Un éternel commencement De Marie-Hélène Marathée

Un éternel commencement, de Marie-Hélène Marathée (one shot, éditions Mon Petit Editeur)

Anna est une jeune femme à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Après avoir perdu sa mère à l’âge de 5 ans, elle entretient des relations houleuses avec sa sœur et son père. Si la vie va faire se rapprocher les deux sœurs que tout oppose, c’est bien pour les séparer de nouveau. Percutée par une voiture et au bord de la mort, Catherine va laisser à sa sœur d’immenses révélations. Et si leur mère n’était pas morte ?
Le monde d’Anna va subitement s’écrouler et la jeune femme va devoir apprendre à reconstruire son passé.
Et cela, c’était sans compter sur l’arrivée inattendue d’un être éclairé qui se dit être un ange…

La vie réelle peut cacher bien des surprises, bien des secrets. C’est à partir de notre quotidien souvent banal que Marie-Hélène Marathée a choisi de commencer son histoire. Celle d’Anna, une jeune femme à la recherche de ses racines.
Le texte est fluide, bien écrit, plaisant à lire et l’on tourne les pages de cet ouvrage épais avec l’envie d’aller toujours plus en avant sur le chemin de la connaissance.
L’auteur a réussi l’exercice de ne pas tout dévoiler d’un seul coup et de nous distiller les informations gouttes à gouttes, sans lasser ni décevoir. Les lieux abordés sont décrits avec une incroyable précision qui sentent le vécu et qui nous transportent immédiatement là où ils doivent nous mener. Entre grand soleil et froides journées d’hiver, nous sommes transporté de la première à la dernière page.
Oui, à la lecture des péripéties d’Anna et de son enquête, on y croit vraiment. On ne peut qu’être absorbé par le récit, fasciné par les lieux et curieux de l’avenir. La galerie de personnage est plutôt fournie et foisonne de protagonistes plus ou moins secondaires.
Le personnage central, celui d’Anna est un personnage volontairement banal, comme la majorité des lecteurs ordinaires, qui possède néanmoins l’agaçante manie « d’entortiller une mèche de cheveux au bout de son doigt ». Une expression souvent utilisée et qui casse un peu le naturel de l’héroïne, la rendant moins forte qu’elle n’y parait. Anna est humaine, donc elle possède des forces (comme la curiosité de questions sans arrêt et faire avancer le récit), mais aussi des faiblesses dans son caractère et son histoire personnelle. On arrive donc assez facilement à s’identifier à elle. Cette jeune femme est issu de notre quotidien, on pourrait la croiser tous les jours au bureau ou dans la vie.
Sa soeur, Catherine, est son parfait opposé. Décrite comme stricte et froide, elle ne parvient pas à créer d’attachement. Une partie de l’histoire tourne cependant autour de sa survie. Va-t-elle mourir ou sortir du coma ? Sans dévoiler l’issue, celle-ci est la parfaite illustration du titre, même si finalement son sort importe peu au lecteur. Ce personnage aurait presque pu être évité, comparé à celui de Pascal dont la place secondaire crève pourtant les pages. Pascal est un personnage « ovni », un trublion en retrait qui n’aide l’héroïne que ponctuellement. Pourtant, chacune de ses interventions provoque rires et sourires. Un bol d’air bienvenu au milieu de la gravité des faits évoqués par le livre. Les dialogues construits autour de ce personnage sont savoureux et il est sans conteste l’un de ceux que l’on retient le plus à la fin du récit. Nous connaissons tous un Pascal dans notre entourage. Ce personnage fait forcément écho à une connaissance et crée immédiatement une sympathie pour lui.
Tous ces personnages, ces lieux, accompagnés par une plume à la fois ordinaire et envoûtante font du récit un roman très agréable à lire. Là où l’on a moins accroché, c’est clairement au niveau des anges.
Ceux-ci apparaissent tardivement, lorsque l’histoire est déjà bien lancée et parfaitement ancrée dans un contexte quotidien. Ils sont plusieurs et leur essence est supérieure à celle des humains. Marie-Hélène Marathée semble s’inspirer de plusieurs théories spirituelles pour ses anges comme le bouddhisme et le spiritisme.
Toutefois, la partie des anges, qui ancre le récit dans le répertoire fantastique, peine à convaincre. On ressent à la lecture la fragilité de la hiérarchie et de l’histoire de ces personnages, qui eux-mêmes n’apportent pas toutes les réponses quand Anna leur pose. Cette pirouette scénaristique est assez frustrante pour le lecteur qui se trouve donc avec des points d’interrogations sur des questions essentielles telles que « Qui les dirige », « d’où viennent-ils » « Que se passe-t-il une fois qu’ils ont terminé leur formation » ? D’une certaine façon, on ne peut pas en vouloir à l’auteur de n’avoir pu combler un vide que même les théories spirites n’ont pas résolus. Mais on peut peut-être se demander s’il n’aurait pas été intéressant justement d’aller plus loin que ces théories afin de créer un univers pour ces anges un peu lisses, un peu fragiles, et qui peinent à s’imposer alors qu’ils auraient dû occuper une place de premier choix grâce à leur nature supérieure. L’idée de les mettre en équipe n’est pas mauvaise mais une fois encore semble assez fragile dans le choix des spécialités et des moyens de communication.
En découle le fait que l’histoire des anges aurait pu être enlevée pour ne laisser au roman qu’une histoire ancrée dans le réel autour d’une jeune femme attachante en quête de ses racines. Le roman est très bon sans les anges et possède une trame capable de vivre pratiquement toute seule. L’histoire des anges, de l’amour aussi fou que soudain d’Anna pour Mikka et leur quête de l’équilibre arrive presque comme un cheveux sur la soupe et fait un peu partir le livre dans tous les sens.  Avec les anges, le lecteur est un peu perdu. Ce n’était pas l’histoire d’une jeune femme en quête de ses racines ? Voilà que maintenant elle doit en plus sauver l’équilibre du monde avec des êtres surnaturels. Les multiples buts se croisent et s’entrechoquent sans jamais se mêler parfaitement. Le sort de Catherine par exemple, qui tenait une place importante au début du récit, est progressivement mis en retrait et son intérêt avec.

En définitive, Un éternel commencement est un roman intéressant et qui se lit bien, mais pour lequel on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait été meilleur sans cette présence « éclairée ».

Découvrez prochainement notre interview de Marie-Hélène Marathée

Pour qui : Les lecteurs qui aiment l’évasion et les récits ancrés dans le quotidien, les histoires de secrets de famille et les enquêtes.
Les + : Le style de Marie-Hélène Marathée est fluide, simple à comprendre et agréable à lire. Il ne souffre d’aucune lourdeur et nous porte dès la première ligne vers les lieux abordés avec une incroyable précision. Certains personnages comme celui de Pascal, valent le détour.
Les – : L’histoire des anges est un élément perturbateur à la fois pour l’héroïne que pour le lecteur. La trame autour des anges aurait pu faire partie d’un récit à part entière et comporte des faiblesses scénaristiques.
Infos pratiques :
Edition : brochée
Pages : 516
ISBN :
9782748355253
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