Singularités , de Gilles Bizien

Singularités, de Gilles Bizien (one shot, éditions Kirographaires)

Dans un monde gouverné par la tyrannique Hellsia Horn , les gens différents n’ont pas leur place. Ces gens hors du commun représentent une menace et doivent être traqués jusqu’à ce que mort s’en suive. Attention, si votre nom est sur la liste, il est peut-être déjà trop tard.
Singularités raconte les péripéties d’une poignée de réfractaires qui vont essayer de renverser le tyran, au péril de leur vie.

Je ne sais pas vraiment par où commencer pour parler de cet ouvrage qui, comme le laisse penser le titre, est bien singulier. Gilles Bizien est un auteur que j’ai découvert à travers un tout petit roman et un recueil de nouvelles. Le tout m’avait plutôt intéressé avec de bonnes idées et un style agréable (il s’agissait des ouvrages Enfants pour l’Enfer et Spectres et autres noirceurs ). Cependant écrire un roman n’est pas la même chose qu’écrire des nouvelles et un novelliste ne peut pas toujours être à l’aise dans les deux genres.
Ici Gilles a peut-être vu trop grand, trop vaste. Car pour faire court : je n’ai pas compris. Pas compris où l’auteur a voulu m’emmener. J’ai été déçue de ce titre, habituée à autre chose de la part de l’auteur.
Je n’ai pas compris l’histoire, pour commencer. Pourtant le résumé m’avait alléché, j’avais hâte d’entamer cette lecture. Sauf que je n’ai pas retrouvé dans le livre ce que l’on m’annonçait dans le résumé. Hellsia Horn est un tyran qu’il faut combattre. Ok, très bien. Mais je n’ai rien vu qui illustrait cette thèse dans le quotidien des personnages (cette femme est certes folle comme on le voit mais je n’ai pas vu en quoi la société était sous son joug, en quoi la population souffrait, en quoi il fallait autant que cela lui faire la peau, ni en quoi consistait son organisation Werewolf). 
De même que les personnages présentés sont tous d’un caractère hors du commun (un tueur psychopathe, un vendeur d’origami qui cache un secret, une femme que l’on connait finalement assez peu, un transsexuel qui se suicide et n’apporte rien à l’histoire), je n’ai pas compris en quoi ces personnages étaient si différents du reste de la population. On doit donc croire le narrateur sur parole lorsqu’il nous dit que ces gens présentent des singularités qui les font sortir du lot, et qu’ils vivent dans une société horrible gouvernée par un tyran. En cela j’ai beaucoup regretté que le texte n’aille pas plus en profondeur. On nous les présente comme des sauveurs mais je n’ai pas adhéré à leur statut de sauveur. En quoi des tueurs pourraient-ils nous être sympathiques ?

Idem dans l’histoire, beaucoup de choses se passent sans qu’on ne les comprennes vraiment. Il semble que des fantômes se mêlent à la population (j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’hallucinations de la part du psychopathe, mais non). Mais pourquoi ? Dans quel but ? On ne le sait jamais. Un nécromancien aux pouvoirs magiques fait irruption dans l’histoire sans que l’on ne sache pourquoi. D’où vient-il ? Pourquoi veut-il s’impliquer dans l’histoire subitement ? Doit-on lui faire confiance ? L’un des personnages semble aussi en douter, mais fini par le suivre puisqu’un fantôme lui a dit de faire confiance (fantôme dont on ne sait pas non plus pourquoi il s’implique ni d’où il vient… ). Le psychopathe tue de manière horrible des femmes et n’est jamais inquiété. J’avoue m’être demandée plusieurs fois si je parviendrais à terminer le livre. Fait extrêmement rare puisque je suis allée jusqu’au bout de tous les livres que j’ai lu jusqu’à présent. La seule chose qui m’a tenu en haleine jusqu’au bout était de savoir si ce psychopathe allait enfin être arrêté pour ses nombreux crimes et leur horreur ? Je ne dévoile pas la fin mais…. elle m’a déçue aussi.
Enfin j’ai trouvé parfois les personnages absurdes, le psychopathe notamment, qui tient une place très importante dans le livre. Outre le fait qu’il assassine, il se dit être un être froid et dur, mais se lie d’amitié avec un inconnu en quelques lignes au point d’aller ensuite venger sa mort. A nouveau je n’ai pas compris. Mais ce qui m’a peut-être le plus choqué au niveau de ce personnage, est l’horreur de ses crimes qui ne semble pas le gêner outre mesure, et son dégoût profond prononcé devant la vue d’une femme obèse ! Est-ce qu’une femme obèse et nue est plus horrible que ses crimes ? 

Je me suis sentie assez mal à l’aise à la lecture du roman. L’histoire met l’accent sur des points horribles, des scènes de torture difficiles. Plus d’une fois j’ai dû lever les yeux et reprendre mon souffle, gênée. Les dialogues quant à eux, relèvent d’un style théâtral. On peut avoir 4 pages de dialogue d’affilée sans indication sur qui parle. Si bien que j’ai quelques fois été perdue.

Parce qu’un livre ne peut pas contenir que du négatif, j’ai apprécié le style d’écriture. Ce livre n’est clairement pas mal écrit. Ce qui fait défaut est bel est bien le concept, les idées. Selon moi ce roman contient de bonnes pistes mais n’est largement pas assez abouti. On ne comprend pas grand chose.
Le résumé est très attrayant mais ne reflète absolument pas le contenu du roman. Dommage. Beaucoup de choses qui se passent sans que l’on comprenne pourquoi, beaucoup trop de questions sans réponses, beaucoup trop de pistes ouvertes sans être refermées, beaucoup d’affirmations sans réels fondement… Et aussi, d’un point de vue plus de forme que de fond, j’ai relevé un certain nombre de coquilles dans le texte, parfois même dans le nom des personnages.

Espérons que Gilles Bizien puisse se servir de cette expérience pour aller au bout des choses (et peut-être de lui-même) dans le prochain titre.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les livres de SF qui sortent de l’ordinaire.

Les + : Un style d’écriture intéressant.

Les – : Beaucoup de questions sans réponse, des faits absurdes, des personnages qui arrivent dans l’histoire sans que l’on ne sache pourquoi, des fantômes dont on ne comprends pas le but, des personnages aux singularités obscures, des motivations toutes aussi obscures, un personnage de « méchant » dont on ne comprends pas vraiment d’où il vient, des passages de torture très difficiles à lire qui peuvent mettre mal à l’aise.

Infos pratiques :

ISBN : 978-2-8225-0266-5

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2 Commentaires

  • Quelques mots de l’auteur sur Singularités.
    Ce texte est une réflexion originale. Un O.V.N.I. littéraire en somme. Il n’est en rien comparable aux productions de l’anticipation contemporaine. De fait, il ne faut pas chercher à le classer ou à chercher des éléments narratifs trop souvent vus ailleurs. C’est un conte moderne à double lecture. On sent d’emblé que le parti pris n’est pas de raconter véritablement une histoire au sens normatif mais plutôt de descendre en apnée dans des psychologies singulières de personnages à la volonté de domination délirante. Même si des balises narratives sont posées tout au long du récit. Les scènes de violence sont autant de signes de la folie de certains personnages. Elles sont à prendre comme étant une validation d’un système psychotique ou de relations sociétales engendrant des individus tout autant psychotiques.
    Ce livre s’adresse aux lecteurs désireux de voyager dans des champs d’expérimentation littéraire. Bien sûr, c’est à chacun de faire son idée. Il plaira ou ne plaira pas. Ce livre en tous cas ne laisse pas indifférent.
    Littérairement.
    Gilles Bizien

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