Jeïs – Le chemin de la liberté, de Jean Vigne

Jeïs, le chemin de la liberté, de Jean Vigne (one shot, éditions du Petit Caveau)

La jeune Jeïs est une adolescente pleine de vie et éprise de liberté qui vivait une existence presque ordinaire au sein des loupbrousses. Mais un jour, tout bascule. Ses parents sont assassinés et son village attaqué par d’horribles bêtes venu d’ailleurs. Jeïs doit fuir, emportant ses rêves avec elle. Mais ce qu’elle va vivre sur le chemin de la liberté ne va pas l’épargner. Si la vie ne va pas lui faire de cadeau, qu’en sera-t-il pour la mort ?

Avant toute chose je tiens à remercier les éditions du Petit Caveau pour leur gentillesse à m’avoir fait parvenir ce texte dans le cadre de l’opération Croc Ebook. Il faut insister sur le fait qu’il s’agit d’une nouvelle version produite le 13 septembre, corrigeant nombre d’erreurs débusquées sur la première version du mois de Juin et disponible gratuitement au retéléchargement pour toutes les personnes qui ont fait l’acquisition de la première version du texte.

Revenons à présent à Jeïs.
Dans ma chronologie des titres de l’auteur, ce roman vient juste après l’excellent Désolation – Le Dernier Vampire. La barre était donc relativement haute après ce coup de coeur pour dire que le roman suivant soit aussi bon sinon meilleur. Comme je m’y attendais j’ai été plutôt déçue par cet ouvrage dans lequel je n’ai pas retrouvé ce qui m’a tant emballé dans Désolation, ni même dans les autres titres.
Cela pour plusieurs raisons : Premièrement il s’agit ici du premier ouvrage véritablement orienté « Fantasy » que je lis de l’auteur, et que j’ai malheureusement retrouvé une foule de clichés des romans de fantasy (j’en ai moi-même exploité un grand nombre par le passé). Je pense à la vampire démone et ultra sexy, la jeune fille mièvre et héroïne qui tombe dans les bras d’un magnifique bellâtre, le fait qu’une adolescente ordinaire (ou qui se pense comme tel) se retrouve à sauver tout un peuple et à en être comme une sorte d’élue, avoir un monde gouverné par un tyran, les vilains contre les gentils, un voyage initiatique semé d’embûches et parcouru par l’héroïne et une poignée de compagnons… Oui il est question de tout cela dans ce livre. Ce sont les ficelles habituelles des romans de fantasy. Mais je n’ai pas été emballée car je m’attendais à trouver une histoire plus originale, comme j’en ai l’habitude avec cet auteur.
Ici j’ai vraiment eu une impression de déjà lu.
De plus l’univers mis en place me laisse une impression mitigée. Certes j’ai aimé le style, le fait que la majorité du roman se déroule dans le Nord et me donne des frissons à imaginer les scènes, les grottes, j’ai aimé que Jeïs et Astinjal trouvent refuge dans un cabanon pour se réchauffer. Mais là où le bas a blessé est certainement dans la volonté de démarquer cet univers avec moult ¨ dans les prénoms et les objets. Peu habituée à ce type de dénominations (surtout dans un monde où tout est inventé) j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver.
En ce qui concerne les personnages, j’ai senti que l’auteur a pris plaisir avec Jeïs et Astinjal. Ce sont les deux personnages qui bénéficient à mon sens du meilleur traitement. J’ai placé des espoirs en Bäcklus mais il est en fait rapidement écarté pour être rangé dans la case du beau gars complètement idiot et ne plus en sortir. L’histoire de la famille de Jeïs m’est apparue un peu confuse, tout comme le fil conducteur du livre.
J’ai moins accroché sur le méchant, El Delmos. Je n’ai pas compris pourquoi il s’est à ce point démené afin de convertir Jeïs alors qu’à aucun moment il ne nous dit qu’il aurait besoin de son corps ou ses pouvoirs, par exemple. Je n’ai pas vu non plus qu’il lui fallait absolument détenir l’adolescente pour accomplir un dessein plus grand. Finalement Jeïs ou une autre, quelle différence ? J’aurais aimé que cet aspect soit plus développé afin de donner davantage de sens à cette quête.
Car l’autre chose que j’ai trouvé vraiment dommage dans ce roman est son côté un peu « fourre tout », le manque d’un vrai fil conducteur. L’apprentissage de Jeïs ? Non. Le Voyage initiatique ? Non plus, il faut encore aller plus loin. La fin du livre n’est à mon avis pas une vraie délivrance de liberté pour l’héroïne. Cela m’a donc donné l’impression d’un roman qui raconte plusieurs histoires à la fois et s’arrête à un point comme il aurait pu s’achever avant ou encore après. L’histoire raconte le chemin vers la liberté mais j’ai eu l’impression que Jeïs elle-même n’était pas pleinement convaincu de sa liberté à la fin du roman.
Peut-être en ai-je trop attendu de la part de ce livre, peut-être aurais-je dû le lire avant Desolation pour ne pas risquer ce syndrome du livre suivant le coup de coeur.
Mais il y a aussi du bon dans ce roman, car ne nous y trompons pas, j’ai pris du plaisir à le lire.
J’ai aimé retrouver le style de l’auteur, toujours propre à lui-même et à placer l’action au coeur de la narration. J’ai apprécié les flash back et les incipits de chapitres qui apportent comme toujours un niveau de lecture supplémentaire, une façon d’étoffer l’histoire et de manière subtile et progressive. Jean Vigne s’attarde toujours aussi peu sur les détails et cette lecture est bourrée d’action. On ne s’ennuie pas et on passe de lieu en lieu avec à peine le temps de reprendre son souffle.
Si certaines choses sont très attendues, plusieurs rebondissement inattendus parsèment le livre et j’ai réellement été surprise plusieurs fois, notamment à la fin où je m’attendais à un autre dénouement, plus classique. C’est donc un vrai bon point. J’ai aussi aimé les illustrations d’intérieur qui tendent à renforcer l’univers et les personnages.
En conclusion malgré une recette aux ingrédients bien connus, Jeïs pourra séduire par son aspect divertissant et agréable à lire. Il sera pour ma part l’un des titres qui me marquera le moins dans la bibliographie de l’auteur, mais j’ai tout de même passé un bon moment.
Un roman à découvrir d’autant plus que son prix est très attractif que vous le preniez seul ou accompagné de l’excellent Désolation – Le Dernier Vampire (coup de coeur).

Pour qui : Les lecteurs qui aiment la fantasy et les romans se passant dans un univers glacé. Les lecteurs qui ont aimé des ouvrages comme Le Seigneur des Neiges et des Ombres.

Les + : Un style dynamique et une ambiance glacée bien menée, des rebondissements, des illustrations sympathiques. Une lecture plaisante.

Les – : Un scénario parfois confus, une impression de déjà lu concernant de nombreux codes classiques de fantasy.

Infos pratiques :

Nombre de pages de l’édition imprimée : 345 pages
Editeur : éditions du Petit Caveau (28 juin 2012)
Langue : Français
ASIN: B008HS9LCU

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2 Commentaires

  • Tout d’abord, merci pour cette critique complète concernant mon roman.
    Je ne vais pas chercher à défendre mon roman qui comporte indéniablement les défauts soulignés dans la critique. La seule vérité, c’est que j’ai, à l’époque, pris grand plaisir à écrire ce roman et que, étonnement, n’étant pas grand lecteur de Fantasy, je suis quand même tombé dans tous les travers du genre. Pourtant, au départ, je voulais plus orienter l’histoire comme une quête policière, un récit moderne calqué dans un autre univers, plus Fantasy. Et puis, j’ai lentement dérivé…

    Pour être totalement honnête, j’ai écrit quelques romans de Fantasy, mais c’est le premier que je publie (et sans doute, l’un des derniers). Pourquoi ? Pour la simple raison qu’il ne s’agit définitivement pas de mon style. Malgré mes nombreux essais, lorsque je plonge dans le monde de la Fantasy, je plonge également dans nombre de clichés.
    Lourdeur de style (que j’ai rattrapé en partie sur ce roman, écrit en 2007 pour le premier jet, et re-re-recorrigé depuis), lourdeur de l’histoire et clichés à n’en plus finir (sans parler des personnages). Je le sais, mais c’est automatique, je n’y peux rien.

    En conclusion, j’ai définitivement abandonné la Fantasy en 2008 pour me consacrer à d’autres domaines que vous connaissez bien et où je suis plus à l’aise. C’est un regret (la Fantasy restant mon domaine préféré), car j’aurais aimé produire une œuvre digne du Trône de Fer, par exemple, mais c’est ainsi. J’ai écrit sept romans de Fantasy, qui resteront donc à l’ombre d’un tiroir. J’ai hésité à sortir Jeïs qui n’est pas forcément ma meilleure vitrine, mais je l’ai fait surtout pour booster les ventes de Désolation… ce qui est un échec, et donc, au final, limite contre productif (de toute manière, vu les ventes de Désolation, on peut parler d’un double échec). Pourtant, pour les rares lecteurs qui voudraient tenter l’expérience, passé les clichés et autre travers du genre, il reste selon moi une vraie histoire avec des bonnes parties de suspenses, des retournements de situation, bref, un roman qui se laisse largement lire (et je pense pouvoir dire que dans d’autres maisons d’édition, plus grande, si l’on a connu mieux, on a connu également bien pire… mais ce n’est que mon humble avis).

    Au départ, je voulais le donner gratuitement contre l’achat de Désolation, mais la maison d’édition a absolument tenue à me rémunérer. Maintenant, 1 euro de plus pour recevoir ce roman en plus du roman coup de cœur ;-), ce n’est pas cher payé, non ?

    En tout cas, merci pour cette lecture qui, je l’espère, ne sera pas la dernière…

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    • Merci pour le commentaire Jean. Et je confirme que malgré tout j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage, et que je le conseille aux acheteurs de Désolation pour poursuivre le voyage à travers votre style et votre univers. 🙂

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