Archives mensuelles : décembre 2013

Resurrection, le dernier vampire , de Jean Vigne

resurrection

Résurrection, de Jean Vigne (tome 2 de la trilogie Le Dernier Vampire, éditions du Petit Caveau)

Virginie Lemère n’a qu’une obsession : Prendre la tête de l’entreprise de bioplasma parisienne. Il faut absolument éviter la fabrication et la distribution à grande échelle d’une forme de bioplasma volatile qui décimerait à coup sûr les vampires du biodôme parisien. Aurore, sa jeune fille rebelle, parviendra-t-elle à maîtriser son addiction au sang humain sans découvrir la vérité sur ses origines ?
La face du biodôme parisien pourrait bien changer de manière définitive… pour le meilleur ou pour le pire ?

Après Désolation, Jean Vigne revient avec une suite toute aussi palpitante. Plus étoffé que le premier, ce texte se concentre à nouveau sur l’histoire de la famille Lemère, principalement Virginie et Aurore, femmes vampires de leur état et extraordinairement belles. On retrouve dans le livre tout ce qu’on a l’habitude de voir chez l’auteur ; des femmes si jolies qu’elles n’en sont pas humaines, une narration alternée entre un JE pour le personnage principal et un ELLE/IL pour les personnages secondaires, des traits de caractères plutôt marqués et surtout un style particulier qui, s’il est propre à l’auteur, pourrait être légèrement retravaillé pour éviter des répétitions de style un peu lourdes à la longue. Jean Vigne use et abuse en effet de son fameux « dont » pour construire phrases après phrases un récit dont la musicalité devient répétitive. Il me semble que c’est la première fois que je me fais à ce point la remarque dans l’un de ses ouvrages.
Mais ça, c’est juste une question de musicalité interne et propre à moi-même. Il est probable que la majorité des lecteurs n’y prêtera même pas attention. Cependant, en ce qui me concerne, lire ou écouter de la musique revient presque au même, et je fais donc attention aux sons que j’entends quand je lis ainsi qu’au rythme des phrases. Résurrection est pour moi un livre au rythme lent et répétitif insufflé par son écriture, comme vous l’aurez compris.
Pour autant le style n’en est pas mauvais. Il est accessible, léger, facile à comprendre et à se représenter.
En outre, le point fort du roman se situe dans son histoire. Résurrection est une quête pour la survie et une enquête pour la vérité. Le scénario nous plonge dans les méandres d’un futur qui reste crédible à tout moment (si tant est que l’on accepte l’existence des vampires, bien sûr). Ce que je veux dire, c’est que l’histoire de Jean Vigne pourrait très bien exister si les choses se déroulaient de cette manière. Les personnages n’ont pas des réactions incompréhensibles et démesurées, on comprend très bien pourquoi ils agissent ainsi, les peurs qui les font avancer, les questions qu’ils se posent, les actions qu’ils accomplissent. Petit à petit, le livre devient plus sombre, plus sinueux. Il y a des morts, nécessaires pour que la vérité éclate. Jean Vigne n’épargne personne, pas même son lecteur qui attendra patiemment le retour du « dernier vampire » (à tort ou à raison).
Une fois de plus, j’ai aimé l’histoire. Peut-être un peu moins que le premier car l’effet de surprise avait disparu, mais je me suis replongée sans peine dans cet univers que j’appréciais dans le premier. On retrouve les marques, les repères, l’auteur distille juste ce qu’il faut d’informations pour que l’on se raccroche à l’histoire précédente (pour ceux qui ont lu le premier tome il y a longtemps, à sa sortie). Le mélange de Science-Fiction et de vampires fonctionne toujours bien et c’est un plaisir de parcourir cet univers intéressant. Le biodôme est dans l’ensemble assez bien construit, tout comme les personnages.
De ce côté, si l’on peut regretter un certain manichéisme dans les caractères, cela est fondu dans la masse de personnages. La galerie étoffée fournie en effet de nombreux protagonistes tous intéressants et utiles à l’histoire. On suit facilement les péripéties sans s’y perdre, et on retrouve avec plaisir quelques clins d’œil culturels.
Résurrection s’inscrit dans la lignée du premier tome. On peut tout à fait lire ce livre indépendamment du premier, bien qu’il soit conseillé de le lire pour en capter toutes les subtilités et allusions.
Un nouveau roman de Jean Vigne qui a tenu toutes ses promesses !

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les histoires de vampires et qui ont lu ou non le premier tome.

Les + : Un univers intéressant mélangeant SF et histoires de vampires, un scénario complexe suffisamment bien orchestré pour nous tenir en haleine jusqu’au bout, une galerie de personnages fournie et tous très différents, la facilité avec laquelle on se replonge dans l’univers.

Les – : Trop de répétition du mot « dont », propre au style de l’auteur, qui de ce fait donne un rythme lent au texte en créant de longues phrases lentes. Les personnages principaux souffrent d’un effet trop manichéen.

Infos pratiques

Date de parution :  25 novembre 2013
ISBN : 978-2-919550-54-8
Nombre de pages : 384
Prix de vente : 19,90€
Illustration de couverture : Fleurine Rétoré
Collection : Miroir de Sang

 

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Walrus Institute : L’anthologie interdite, collectif.

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Walrus Institute : L’anthologie interdite (collectif, Studio Walrus)

Une étrange maison de maître est la proie des flammes. Alors que des doutes sur son existence naissent, les pompiers retrouvent un mystérieux document rédigé à plusieurs mains par ce qui semble être des pensionnaires. La maison commence alors à révéler ses secrets.

Si elle était toujours là, de Jérémy Semet : Une sympathique nouvelle toute en métaphore et en symbolisme. Les lecteurs qui écrivent se retrouveront certainement dans ce personnage qui peut choisir de souffrir pour être artiste, ou de ne plus souffrir pour être « normal ». Un style de lecture simple, rapide, efficace.

Vous voulez devenir un écrivain ? de Stéphane Desienne : L’auteur s’attarde ici sur l’aspect émotionnel du métier d’écrivain. Les émotions se veulent au centre du processus de création et l’auteur nous dépeint un personnage indécis qui ne demande qu’à se faire inspirer. Un texte intéressant en dépit de quelques phrases longues. Stéphane Desienne est quant à lui clairement influencé par l’univers Lovecraftien, à tort ou à raison ?

Le lapin, de Michael Roch : Une étrange nouvelle au sujet des démons intérieurs des auteurs. L’esprit créatif est-il forcément torturé ? Voici un texte plutôt bien écrit qui plonge le lecteur et le narrateur au cœur d’une ambiance glauque, à la limite de la folie.

Chambre 214, de Aude Cenga : Première nouvelle avec de la véritable action dedans. Cela réveille un peu le recueil. Dommage que beaucoup d’allusions soient faites aux auteurs et éditeurs de la maison car le lecteur lambda reste extérieur à ces clins d’œil. Idem lorsque la narratrice/auteur se met à écrire une scène de sa nouvelle précédemment publiée chez Walrus. Il nous manque les clefs pour apprécier pleinement ce récit rythmé et bien écrit.

Dans la langue de Shakespeare, de Jacques Fuentealba : Une histoire originale qui traite une fois encore de l’inspiration des auteurs. On en apprend plus sur le fonctionnement du Walrus Institute et on ne se perd pas dans de nouvelles scènes d’arrivées à l’institut. La crédibilité n’est pas le point fort de ce texte orienté loufoque et même si son dénouement n’est pas très original, il a le mérite d’user et abuser de références littéraires. Un bon point, même si là encore de nombreux clins d’œil personnels sont à regretter.

La vie est un piège à cons dans lequel tout le monde écrit, de Lilian Peschet : Une nouvelle étrange à laquelle je n’ai pas vraiment accroché. Si j’ai aimé les traits d’humour dans la manière d’écrire, je ne suis pas parvenue à entrer dans le délire allemand/nazi/masochiste de l’auteur.

Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, de Julien Morgan : Délire total pour l’auteur qui a dû bien s’amuser à rédiger son texte. Le lecteur, en revanche, passera sans doute à côté de pas mal de clins d’œil. Pas sûre que les lecteurs qui ne viennent pas de l’écurie puissent entrer et partager cette nouvelle qui n’a guère de queue et de tête (si je puis dire).

Walrus Institute – Boss of stage One, de Loïc Corwyn : Le maître de l’anthologie a bien intégré son concept. On sent qu’il a intégré tous les détails dont on dû se servir les autres auteurs pour leur texte. C’est ainsi que cette nouvelle est la plus précise, la plus décrite, sans doute celle qui part le moins dans tous les sens. Des clins d’œil jalonnent aussi le texte mais on les sent plus maîtrisés, pas simplement mis ici entre deux éclats de rire en pensant à la tête des copains quand ils vont lire le texte. La meilleure nouvelle du recueil ?

Okiko contre Cthulhu, de Sozuka Sun : Une certaine émotion se dégage de ce court récit. Dommage que l’on y trouve un Cthulhu qui n’a pas grand-chose à faire là, mais le récit est bien écrit, prenant. Le lecteur est secoué en même temps que le bateau. Encore une arrivée racontée. Peut-être la plus originale du recueil.

On peut résumer le recueil comme un grand délire collectif. Ecrit par et pour les auteurs du Walrus studio, à la manière des 10 petites négresses de Bob Boutique, ce recueil est une accumulation de clins d’œil entre les auteurs. Le fond des textes est une sorte de fantasmes adulescents dans lesquels les auteurs, un brin mégalos pour l’exercice, s’imaginent qu’ils sont géniaux et qu’ils vont être l’objet d’expériences érotico-scientifico-culturelles. On regrettera le focus mis sur les arrivées des protagonistes à l’institut au détriment de tout un tas d’autres facettes qu’il aurait été aussi intéressant de connaître (vie quotidienne, processus de création, suivi de carrière post-publication etc…)
Une lecture sympathique pour se rendre compte de la fraternité qui règne entre les auteurs, mais qui n’a pas de scénario propre en soit.

Pour qui : D’abord pour les auteurs de Walrus. Ensuite pour le reste du monde.

Les + : Des histoires courtes qui se lisent vite et globalement bien écrites. Un concept original qui mériterait d’être creusé.

Les – : Un gros délire collectif dont le lecteur peut se sentir exclu.

Infos pratiques

Publication : 01/12/2013
Langue : 
Français
Pages :
120
Éditeur :
Walrus
ISBN :
978-2-363-76235-1

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