Archives mensuelles : janvier 2014

Llorona On the Rocks, de Charlotte Bousquet

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Llorona on the Rocks, de Charlotte Bousquet (one shot, éditions Argemmios)

ROMAN COUP DE COEUR

Dans une prison Mexicaine, une femme attend son heure, attend qu’on la libère. C’est ce qui va se produire un jour, lorsque les fédéraux américains viennent la chercher pour lui confier une mission. Evelia est mercenaire, elle a un don. Elle voit les esprits. Sa liberté retrouvé n’est qu’un leurre. Le puissant fantôme de la Llorona rode, possède, tue. Et ce qu’elle veut, c’est elle. Evelia va suivre une danse macabre dont l’issue pourrait lui être fatale.

Après les nouvelles, voici que je découvre un roman de Charlotte Bousquet.
J’avais déjà apprécié dans son recueil de nouvelles Au Miroir des Sphinx la capacité de l’auteur à installer des ambiances. Avec Llorona On The Rocks, je n’ai pas été déçue. Non seulement le titre m’a permis de découvrir un pays, sa culture, son ambiance et ses blessures profondes, mais en plus j’y ai pris beaucoup de plaisir.
Comme dit dans la chronique du Miroir des Sphinx, le style de l’auteur va à l’essentiel. Charlotte Bousquet ne s’attarde pas en bavardages inutiles comme c’est trop souvent le cas en littérature. Au lieu de cela, elle nous dépeint des personnages dans leur vie dramatique, engoncés dans la culture morbide d’un pays rongé par la corruption.
Le plus terrible dans l’ouvrage, c’est son fond de vérité. Ce n’est pas du cinéma. Charlotte Bousquet a pris soin d’étoffer son récit avec des éléments véridiques et un petit cahier à la fin pour replacer son histoire dans le terrible réalisme des faits divers. Tout porte à croire que l’auteur s’est déjà rendu sur place, et si ce n’est pas le cas, l’illusion est parfaite.
Le personnage principal, Eva Vargas, a tout d’une Lara Croft. J’ai tout de suite remarqué l’inspiration de l’illustrateur pour la couverture (il s’agit en effet d’une image promotionnelle pour un des jeux Tomb Raider). Le parallèle entre l’héroïne de jeux vidéo et celle du livre est frappant. Je trouve d’ailleurs qu’il est plutôt bien choisi. Eva est une mercenaire, mais comme Lara ce n’est pas une super-héroïne. Ses failles sont très humaines et j’ai beaucoup aimé le traitement qui lui est accordé. On en sait plus sur son passé, sa vie, on comprend ses motivations et on ne peut s’empêcher de s’attacher à elle. C’est une héroïne très forte qui marquera mon esprit à coup sûr grâce à ses inspirations et ses actions.
Comme je l’ai dit, la force de ce récit vient également de son ambiance. Grâce à une plume maîtrisée et de nombreux détails, on est tout de suite plongé dans les rues glauques de Ciudad Juarez. Les extraits de chansons, les termes « bien de chez eux » en espagnol, l’immersion totale dans les villes… tout cela contribue au fait que l’on y est. On y croit. Il ne s’agit pas d’un roman très gaie car les sujets abordés sont ceux entraînés par la misère et la corruption. Drogue, viols, meurtres, mafias, trafic d’organes… le roman baigne dans un climat tragique où seule Eva représente l’espoir. L’héroïne est en effet ce qui nous tient en haleine, aussi bien sur le plan personnel que scénaristique. Va-t-elle s’en sortir ? Pourra-t-elle sauver les innocents et se sauver elle-même ? Parviendra-t-elle à trouver la paix intérieure ? Happé par sa vie à 100 à l’heure, le lecteur suit avec passion les péripéties de cette femme de caractère et de cœur.
Et que dire de cette légende locale de la Llorona que j’ai découvert en lisant le texte ? Nous autres européens avons nos propres mythes issus de notre propre culture. Que connaissons-nous de ceux des Mexicains, dérivés des Mayas, Aztèques et des folklores locaux ? Pas grand-chose, pour ne pas dire rien. Lire Llorona On The Rocks, c’est aussi enrichir sa culture des mythes et légendes d’Amérique latine. J’ai aimé me dire que ma lecture m’a appris des choses.
Enfin, il faut noter que l’ouvrage n’est pas très épais et se lit assez vite. Pour autant je n’ai pas été frustrée par cette taille, bien au contraire. En refermant le livre, je me suis dit que « tout est dit ». Contrairement à certains titres sont la rapidité de lecture donne l’impression d’une histoire survolée et d’un scénario en surface, Llorona On The Rocks sait tout dire avec tous ses mots. Ni plus, ni moins. L’essentiel y est écrit pour s’emparer de votre âme et vous y laisser la trace d’un grand livre.
Bref, vous l’aurez compris, à la fois divertissante et grave, cette lecture possède tout le charme d’un coup de cœur.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment apprendre en lisant, ceux que l’Amérique latine intéresse et bien sûr ceux qui croient aux fantômes.

Les + :  Une écriture maîtrisée qui va à l’essentiel et sait créer une ambiance profonde, une héroïne forte et attachante, la découverte d’un mythe inconnu du grand public européen.

Les – : Quelques passages un peu saccadés du fait de l’insertion de paroles de chanson un peu trop régulière.

Infos pratiques

Editeur : Argemmios éditions (12 novembre 2010)
Langue : Français
ISBN-10: 2919049011
ISBN-13: 978-2919049011
Dimensions du produit: 20 x 14 x 6 cm

Silvana Minchella

Silvana Minchella

La Terre nous dit A Dieu a été le premier roman chroniqué en cette année 2014. Suite à sa lecture, et touchés par la plume pleine de tendresse et de poésie de son auteur, nous avons voulu en savoir plus.
Interview réalisée pour Limaginaria en janvier 2014.

Felixita : Bonjour Silvana, pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Silvana Minchella : Je suis descendue de ma montagne du sud de l’Italie, à l’âge de cinq ans, pour suivre mes parents à  Bruxelles.
Mais je pense qu’une partie de moi est restée là bas et c’est elle qui capte et me renvoie les histoires que j’écris.
Si la montagne m’a offert l’alliance avec la vie sauvage, la ville m’a permis de découvrir les livres.
J’ai été prise de boulimie dès le premier contact visuel puis tactile avec la merveille qu’est un livre… son odeur, la sensualité du papier, les mots qui murmurent ou crient. Je les voulais tous, c’était mon seul désir.  J’en oubliais de manger et de dormir.
Tout naturellement, j’ai commencé à écrire des poèmes.  A l’adolescence, ce furent des nouvelles et des lettres d’amour…
Vers la trentaine, j’ai découvert la pensée de plusieurs guides spirituels et ce fut une deuxième naissance.  Depuis, cette quête ne me quitte pas.
La petite fille en haut de la montagne me dit qu’elle sait tout cela depuis toujours mais que je ne l’écoutais pas!

F : La Terre Nous Dit A Dieu est-il votre premier roman ? Quel est votre parcours littéraire ?
S.M :
C’est, à ce jour, mon seul roman. Le deuxième est en cours d’écriture.  J’ai publié plusieurs recueils de nouvelles, un livre de poésie, des contes pour enfants.

F : La Terre Nous Dit A Dieu est un ouvrage plein de poésie et de tendresse. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce titre ? Comment avez-vous abordé la création des personnages ?
S.M : La poésie et la tendresse, ainsi que l’humour, se retrouvent dans tous mes ouvrages.   » La Terre nous dit à Dieu » reste pour moi un grand mystère.  Je l’ai « reçu » et écrit sans en changer un virgule.  Tous les matins, à l’aube, j’étais tirée hors du lit et menée au clavier. Par qui? Par quoi? Mystère… J’écrivais, dans un état second, et j’avais très froid.  Soudain, je me réveillais, je relisais et découvrais le texte dont j’ignorais tout!  Il m’arrivait de pleurer, parfois je voulais changer le cours des choses.  Impossible.  L’histoire et les personnages cherchaient un canal pour se matérialiser, ce fut moi.

F : Le roman traite aussi de sujets plus écologiques. Êtes-vous écologiste ? Quel regard portez-vous sur la planète et les créatures qui la peuplent ?
S.M : Je ne suis pas écologiste.  Ce mot ne signifie rien pour moi. J’aime passionnément cette merveilleuse Planète et tout ce qui la peuple. Jamais je ne pourrais faire du mal à un arbre, et l’idée de manger un petit animal me révulse l’estomac.
Je pense que les humains vivent en état d’hypnose, coupés de la Source, et qu’ils sont très malheureux.  Je les aime.  Si les messages contenus dans mes livres pouvaient en aider quelques uns, j’en serais heureuse.

F : Avec La Terre Nous Dit A Dieu, vous avez laissé un message à destination des adultes. Vous arrive-t-il, avec vos mots très poétiques, d’écrire pour les plus jeunes, ou d’écrire dans d’autres genre de littérature ? Si oui lesquels ?
S.M : Oui,  j’ai écrit   » La princesse Amandine » pour les petits.  De très belles illustrations l’accompagnent.  Ce sont des messages d’amour, de gratitude, d’espoir.
On retrouve ces messages dans le recueil de nouvelles   » Eveil »  destiné aux adultes.

F : Vous publiez votre roman chez Chloé des Lys, comment s’est passé le travail de recherche d’éditeur ? Avez-vous envoyé le texte chez plusieurs éditeurs ou un seul ?
S. M :  La recherche d’un éditeur m’a appris la patience et le lâcher-prise.  Beaucoup de réponses du style   » Votre travail est bon mais ne correspond pas à notre ligne éditoriale ».   Il semblerait que les romans policiers, les thrillers et les histoires érotiques soient plus appréciés par le grand public.  Concernant  » La Terre nous dit à Dieu », je pense que le titre fait peur.  Ce n’est pourtant pas du tout un livre catastrophe.  Finalement, je fus contactée par le directeur de Chloé des Lys pour aller signer mon premier contrat. Il s’agissait du recueil de nouvelles « Eveil ».
Chloé des Lys aime beaucoup mon écriture, le comité de lecture me fait toujours un accueil chaleureux.  Ils ont publié trois ouvrages  :  Eveil  –  La Terre nous dit à Dieu  –  Les louves –

L’année dernière, Edilivre a publié un de mes recueils de nouvelles   » Jeux de dupes » qui parle d’aventures à la fois drôles et cruelles sur les sites de rencontres.

F : Comment s’est passé le processus éditorial, a-t-il été long entre le moment où le roman a été accepté et le moment où le roman a été publié ? Comment travaillez-vous une fois le roman accepté ?
S. M : Eh oui, il ne suffit pas d’écrire, de trouver enfin un éditeur.   Chez Chloé des Lys par exemple,  il faut attendre plusieurs mois pour réaliser la mise en page, le choix de la couverture, l’impression et la livraison.  Et après, une fois passé l’émerveillement de tenir en mains son nouveau livre, ii faut redoubler de persévérance, de créativité, de travail … Je m’occupe de la promotion de six livres, un travail d’équipe que je dois assumer seule.

F : Au sujet de la couverture du roman, quels ont été vos choix pour la création ? Comment s’est passée l’élaboration de la couverture ? Avez-vous eu votre mot à dire ou pas du tout ?
S. M : J’aime associer les talents.  Je choisis un ami peintre, sculpteur ou photographe pour illustrer la couverture de mes livres.   Sauf pour  » La Terre nous dit à Dieu » pour qui,  à y bien réfléchir, je n’ai jamais décidé quoi que ce soit!   ( Rire )

F : Enfin, quels sont vos projets pour l’année à venir, pouvez-vous nous en parler ?
S. M : Trouver du temps pour continuer à écrire le roman qui me brûle la tête ( celle que vous savez tape du pied là-haut sur la montagne).  Continuer les animations mises en route  :  Conférences « L’énergie sauvage de la Femme » autour du livre   » Les louves »   –    Animation de soirées littéraires réunissant des auteurs, des musiciens et des peintres  –  Brunchs littéraires –  Foires du livre –  Recherche d’éditeur pour un nouveau conte pour enfants …

Retrouvez les ouvrages de Silvana Minchella sur le site de son éditeur : http://www.editionschloedeslys.be/

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