Sutures, de Frederic Livyns

Sutures

Sutures, de Frederic Livyns (one shot, éditions Lune Ecarlate).

Sutures est un recueil de 23 nouvelles horrifiques contant la vie de personnages ordinaires à qui il va arriver des choses pour le moins… extraordinaires.

J’ai déjà eu l’occasion de lire cet auteur à travers deux autres recueils de nouvelles et un roman. Il s’agissait d’Entrez, des Contes d’Amy et du Souffle des Ténèbres.
Si j’ai beaucoup aimé ces trois ouvrages, Sutures est ma première vraie déception.
Avec un titre tel que Sutures, je m’attendais à plein de choses. On pourrait parler longtemps de ce mot dur à consonance chirurgicale, annonciateur de souffrances et, tout du moins, de choses à recoudre. Des sutures ne sont pas des cicatrices, mais les sutures peuvent laisser des cicatrices. Comme le dit le dictionnaire Larousse à la définition du mot : « Rapprochement chirurgical des deux berges d’une plaie. ».
C’est dans cette optique que j’ai entamé le recueil. Je m’attendais à y trouver des nouvelles horrifiques, bien sûr, mais pas de cette manière.
Vingt-trois nouvelles, c’est beaucoup pour un recueil. Surtout pour un recueil d’un même auteur. Le risque avec autant de textes est de voir apparaître une qualité hétérogène ainsi que des répétitions. C’est ce qui se produit ici.
J’ai passé du temps à analyser ce qui ne me plaisait pas dans certains titres, et ce qui m’a plu dans d’autres. J’ai finalement trouvé.
Le recueil nous propose avec beaucoup de talent des ambiances et des atmosphères différentes. On rencontre des personnages d’horizons divers qui, soudainement, vont voir leur vie basculer dans l’horreur. Or, beaucoup de ces nouvelles s’arrêtent là où bascule l’horreur sans jamais aller plus loin. Plusieurs titres se finissent sur un hurlement, sur un phénomène étrange, une bizarrerie… sans que cela ne soit jamais expliqué ou résolu. Un peu comme si l’auteur ébauchait des plans pour de futures ouvrages. Des textes comme La Nuit DévoranteLa Voix ou encore Poupée d’amour présentent des idées intéressantes mais sans aller plus loin. A la fin de la lecture, je me posais de nombreuses questions sur les motivations des personnages. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi l’héroïne dans Lilu et Lilitu passe toute la nouvelle à fuir et dénoncer quelque chose qu’elle ne trouve pas naturel, pour finir par céder facilement et rapidement à la fin.
Ce manque de développement et d’explication m’a frustré. Certes on ne peut pas toujours tout savoir, et cela fait certainement partie de l’ambiance que l’auteur a voulu créer, mais dans ce cas il est facile de créer des univers et des phénomènes sans jamais les expliquer. La difficulté vient souvent de la capacité à expliquer de manière cohérente et crédible quelque chose d’horrible et de surnaturel. Or ici, on a l’impression que Frederic Livyns s’arrête avant ce moment gênant et délicat à mettre en œuvre, privant ainsi le lecteur de réponses.
A contrario, les nouvelles que j’ai préférées ont toutes une trame complète avec un début, un milieu et une fin à peu près expliquée. Il s’agit, entre autre, de La Défaite, un texte court, simple, efficace et glaçant ; Le Bracelet, une des nouvelles les plus abouties, Les Mange-ChairMémoire d’Outre-temps qui aurait même mérité davantage de développement, Post Mortem, et ma préférée : Temps d’arrêt.
De mon point de vue, on aurait très bien pu rassembler uniquement ces quelques nouvelles pour n’en faire qu’un recueil. Le reste n’était pas essentiel, d’autant plus que l’on trouve de nombreuses répétitions dans les personnalités des protagonistes (souvent père de famille, porté sur l’alcool ou qui ont eu une enfance malheureuse), les fins des nouvelles, ou les mécaniques.
L’impression que m’a laissé Sutures est une impression d’éparpillement que je n’ai pas retrouvé dans les autres ouvrages de l’auteur, tous construits autour d’un fil conducteur (la petite Amy dans les contes éponymes, les huis-clos dans Entrez).
A trop vouloir en mettre, et peut-être a trop vouloir en faire, à l’image d’un titre qui n’a pas réellement de sens ici si ce n’est qu’il reprend le titre d’un des textes (absolument pas le meilleur), Frederic Livyns s’est perdu et a fini par me perdre un peu aussi.
Une impression réellement dommage quand on voit la capacité de l’auteur a créer des univers et des ambiances à travers un style simple et fluide. Car on entre vite dans les univers dépeint dans les textes. Les personnages manquent parfois d’épaisseur mais comme il s’agit de nouvelles ce n’est pas grave. Simplement, ce recueil est un peu « trop » à mon goût.
Après avoir correctement analysé mon ressenti, je peux affirmer que je préfère de loin le Frederic Livyns romancier tels qu’il se présente dans Le Souffle des Ténèbres, car il prend plus de temps pour poser son intrigue et la résoudre, que le nouvelliste qui a l’air de partir tout azimut.
La préface de Marc Bailly explique bien que l’auteur fourmille souvent d’idées et cela se ressent dans cet ouvrage dont l’impression générale en demi-teinte me pousse à ne retenir que les meilleurs morceaux. Quitte à les recoudre moi-même pour me forger un souvenir en points de sutures.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les recueils de nouvelles et se faire peur avec des textes glaçants.

Les + : Un style fluide et accessible. L’auteur crée avec beaucoup de talent des ambiances et des atmosphères propre à établir ses intrigues. On ne peut nier que l’auteur a un style dans les thèmes qu’il aborde et les atmosphères confinées, parfois étouffantes, qu’il dépeint. A la manière d’un R.L Stine, il parvient à nous donner la Chair de Poule.

Les – : Beaucoup trop de choses dans ce recueil. Trop de trop. Cela s’explique peut-être parce que le recueil est d’abord sorti en numérique, mais il me semble qu’on a trop chargé son contenu qui, de ce fait, s’éparpille et contient du bon et du moins bon. On a affaire à des nouvelles abouties et d’autres qui ressemblent à des ébauches pour plus tard. Plusieurs phénomènes de répétition dans les dénouements, les personnalités des protagonistes ou les mécaniques narratives… Une impression d’éparpillement ressort à la fin de la lecture. Enfin, je n’ai vu dans ce recueil aucun véritable fil conducteur et le titre apparaît comme décalé. Un joli mot un peu gore mais sans plus.

Infos pratiques

Format : epub, mobi et pdf.
ISBN : 9782369760498
Egalement disponible en format papier

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