Archives mensuelles : novembre 2014

World War Z, de Max Brooks

World-War-Z-Edition-Collector

World War Z, de Max Brooks (one shot, éditions le Livre de Poche)

Ce livre est un recueil de témoignages fictifs au sujet de la guerre mondiale ayant opposée les humains et les morts-vivants.

Ne vous attendez pas à lire une histoire avec World War Z. Du moins, pas une histoire comme on l’entend généralement, c’est-à-dire avec un début, un milieu et une fin. Ici, le personnage principal, un agent de la commission post-traumatique de l’ONU, a rassemblé sous plusieurs thématiques des témoignages de personnalités très diverses ayant chacune des choses à dire. Le livre est ainsi l’occasion d’aborder un même problème sous une multitude de points de vue.

Il est plusieurs fois fait mention dans l’ouvrage du Guide de Survie en Territoire Zombie. Avec ces deux publications, Max Brooks propose réellement quelque chose de différents dans le paysage de la littérature zombie.
Ici, il n’y a pas qu’une vérité vue à travers les yeux d’un protagoniste tout puissant. Il y a plusieurs vérités, plusieurs points de vue. Le travail documentaire qu’à dû demander le roman est extrêmement fourni car les détails scientifiques et militaires ne manquent pas. Des notes de bas de pages viennent crédibiliser les témoignages et on a vraiment l’impression de lire des interviews réelles.
Ce qui fait la force du livre est cette dimension philosophique créée par la puissance des récits. On aborde ainsi des problématiques très concrètes au-delà du fait qu’il s’agisse de zombies. L’actualité du monde réel vient parfois faire écho à certaines prises de parole, si bien que le texte prend une dimension nouvelle, presque documentaire et, on ne l’espère pas, prémonitoire.
J’ai senti la volonté de l’auteur de donner une personnalité différente à chacun des intervenants de son livre, et je déplore qu’il n’ait pas toujours bien réussi (ou bien est-ce un souci de traduction ?). En cela j’aurais aimé sentir des différences plus marquées dans le langage, la construction des phrases… L’auteur a essayé de le faire, mais j’aurais aimé qu’il pousse l’expérience plus loin tel un véritable exercice de style.
Je ne pourrais pas aborder ce titre sans évoquer le film du même nom. Pour les comparer, on peut résumer la chose très brièvement en : rien à voir. Le film se passe en pleine apocalypse zombie alors que le roman se situe après et raconte des événements passés, et il n’est jamais fait mention dans le film des grands événements du livre (comme la bataille de Yonkers, par exemple, souvent abordée dans le livre). Le film reprend surtout le nom de World War Z et prend racine dans un monde apocalyptique. Pour le reste, on retrouve très peu de choses. Tout juste le mur d’enceinte en Israël et c’est tout.
Que vous ayez aimé l’un ou l’autre ne vous dévoilera en rien l’histoire de ce que vous avez manqué.
Le livre est bien plus profond que le film et est un pan très réussi de la littérature zombie dans la mesure où il aborde des problématiques différentes et nous amène à réfléchir sur notre condition si jamais quelque chose d’aussi exceptionnel venait à se produire.
Un moment que tous les lecteurs apprécieront, pour peu qu’ils n’espèrent pas trouver autre chose qu’une compilation journalistique de témoignages.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les zombies mais aussi eux qui aiment les romans qui font réfléchir et qui amènent à se poser des questions.

Les + : Le parti pris des témoignages pour traiter une actualité passée est originale en littérature zombie, un même problème est abordé sous une foule d’aspects que rien ne laisse au hasard, la manière dont est « montée » le livre avec des notes de bas de page le rend extrêmement réaliste.

Les – : A la longue les témoignages ont un peu tous le même style, dommage.

Infos pratiques
Poche:
 544 pages
Editeur : Le Livre de Poche (3 novembre 2010)
Collection : Fantastique
Langue : Français
ISBN-10: 2253129909
ISBN-13: 978-2253129905

L’Ordalie, de Jacques Fuentealba

l ordalie
L’Ordalie, de Jacques Fuentealba (tome 1 de la série Retour à Salem, éditions Asgard)
Un ange envoyé du ciel pour faire le mal, et sept familles de sorciers qui se battent depuis des siècles pour que la menace ne se propage pas. Salem, c’est avant tout un passé, des secrets que l’on préférerait garder… Mais les temps changent. Tout change. Et voici venue l’heure de l’Ordalie.
Petite déception pour moi concernant cet ouvrage. En effet j’ai été attirée par la mystérieuse couverture et par le fait que l’histoire se déroule à Salem, une ville que j’aime beaucoup. Car qui dit « Salem » dit bien entendu « sorciers ». Je m’attendais à y trouver de la magie pure, des sorciers qui s’affrontent, une ville de Salem omniprésente qui incarnerait un personnage à elle seule, le tout dans un univers loin du nôtre… et bien d’autres choses encore.
Certes, il y a des sorciers (7 familles au total), certes on assiste à quelques tours de magie et même une cérémonie vaudou et l’ordalie… Mais malgré tout je suis restée sur ma faim. 
L’écriture de l’auteur n’est pas mauvaise, et il y a de bonnes idées. Toutefois je regrette que l’histoire ne soit pas entrée plus en profondeur dans la psychologie des personnages, leurs descriptions, leur histoires, leurs pouvoirs et leur quotidien. Pas plus en profondeur non plus la ville de Salem qui ne présente rien de particulier si ce n’est qu’elle s’appelle Salem, ni même dans l’époque à laquelle appartient l’histoire. 
Peut-être en ais-je trop attendu ?
J’avoue que par le terme « retour », j’imaginais un retour dans le passé à l’époque des procès et de bien des manigances. Ce n’est pas le cas ici et ce n’est pas choquant. Toutefois comme je l’ai dis aussi la ville n’est à mon goût pas assez explorée, mise en avant, démarquée des autres.
Ce manque de détails et de profondeur m’a embrouillée. Premièrement parce que j’ai eu beaucoup de mal à situer l’histoire dans le temps. Comme je l’ai dis, avec un titre tel que « Retour à Salem« , je suis tout de suite partie dans l’idée que l’on allait faire un bond dans le temps. Or, aucun élément ou presque ne nous permet de le dire. J’ai cherché des traces de technologie mais cela reste si peu abordé que le voile de l’époque contemporaine ne s’est levé que tardivement avec l’allusion aux procès de Salem quelques centaines d’années plus tôt. Aussi les personnages sont très nombreux et comme l’histoire ne prend pas le temps de s’attarder beaucoup sur eux, ils s’enchaînent à une vitesse telle que j’ai souvent eu du mal à assimiler les informations, me perdant entre les personnages féminins que je ne parvenais pas à identifier suffisamment. Seule la prêtresse vaudou Kathleen m’est vraiment restée en mémoire du fait de son appartenance à la magie vaudou et à son serpent (et sa présence marquée sur la couverture dans le même temps). Les gentils et les méchants me sont parfois restés inaccessibles. Pourquoi être devenu si mauvais, pourquoi être resté du bon côté ? Autant de questions dont les  réponses sont très brièvement abordées, là encore au détriment de la compréhension. Je me suis plusieurs fois reportée au glossaire des familles à la fin du livre pour me rappeler dans quel camp se trouvait chacun des protagonistes.
Dans un autre domaine, j’ai trouvé plutôt surprenant que la magie vaudou soit considérée au même titre que la magie au sens large du terme. On voit dans l’histoire que tous les personnages sont très différents les uns des autres, certains ignorent même leur héritage. Mais le fil qui les relie est très mince au point de sembler parfois dérisoire (comme l’histoire d’amour entre Kathleen et Damian, installée beaucoup trop rapidement et qui reste du coup superficielle). Là encore il aurait peut-être fallu insister sur les choses qui les lient comme leurs ancêtres ou leur passé, ou même la magie, tout simplement. 
Un début d’explication est apporté aux alentours de la page 155 ce qui est tardif, mais n’oublions pas qu’il s’agit là d’un premier tome.
Premier tome qui, mes propres attentes mises à part, rempli parfaitement son rôle. Il pose le cadre et les personnages. L’intrigue autour de l’ange est installée d’une manière assez crédible et l’on s’attend à une suite mouvementée. J’ai noté avec plaisir le travail de recherches effectué par l’auteur pour distiller dans ses pages des informations réelles telles que certains noms d’accusés ou des lieux.
Pour en revenir à la magie en elle-même, l’auteur a su placer des éléments de vocabulaire et des pratiques magiques aussi bien fantastiques que plus terre à terre. La magie vaudou de Kathleen a besoin d’éléments réels pour se matérialiser tandis que les autres magiciens prononcent des sorts et font sortir des choses de leurs mains. On a affaire à plusieurs visions magiques, très souvent sombres, qui contrastent avec les livres de magie plus traditionnelle que l’on a pu lire dans Harry Potter ou encore la série de bit-lit des Soeurs de la Lune. Ici le public n’est pas le même, très clairement, et la magie bien plus torturée.
Un premier ouvrage en demi-teinte donc, dont le potentiel ne pourra être mis en exergue que grâce à un second tome à la hauteur. Affaire à suivre.
Pour qui : Les lecteurs qui aiment les histoires de magie sombres et originales.

Les + : Une histoire originale qui revisite le mythe des sorciers de Salem.

Les – : Le livre n’entre pas assez au fond des choses. Les protagonistes sont nombreux et trop peu détaillés pour que l’on s’y accroche. On s’emmêle dans les familles, les personnages, leurs liens et leur histoire.

Infos pratiques
Broché: 292 pages
Editeur : Editions Midgard (24 mars 2012)
Langue : Français
ISBN-10: 2365990010
ISBN-13: 978-2365990011