La Goût du Sang, de Michaël Sailliot

le gout du sang

le gout du sang

Le Goût du Sang, de Michaël Sailliot (one shot, éditions Kitsunegari)

Un meurtre sanglant a été commis dans les Boves d’Arras. Trois touristes anglais ont été retrouvé atrocement mutilés, et même carrément décapité pour l’un d’eux.
Une affaire qui remue la police locale jusqu’aux sommets. Gabriel Papadhopoulos est envoyé sur les lieux pour mener l’enquête à sa manière, toujours singulière. Mais le policier, toujours pugnace, est loin de se douter dans quel guêpier il s’est jeté, ni même jusqu’où tout cela va le mener. L’enfer n’est pas uniquement pavé de bonnes intentions.

« Brillant dehors, mordant dedans ». Telle est la promesse faite dès le départ par cet ouvrage. A-t-il su la tenir ?
Après le discret Connexion avec LaMort paru en 2009, Michael Sailliot revient en 2015 avec Le Goût du Sang, un ouvrage plus sombre qui porte pourtant les traces des thématiques qui lui sont chères.
Avant tout je vais commencer par parler de la couverture, puisque c’est ce que j’avais fait pour le premier ouvrage de l’auteur. Si j’avais trouvé que la première couverture ne rendait pas justice au texte, il faut souligner que j’ai tout simplement adoré celle-ci. Le côté « vieux film des années 60 » m’a beaucoup plus, et voir vampires et garous se côtoyer ne pouvait que m’allécher. La Lune rouge sang a également beaucoup d’effet et je me suis vite emparé de ce titre pour m’y plonger. Mention spéciale à Virgilles, donc, qui a su donner à cette couverture un puissant pouvoir d’attraction.
Ensuite, pour ceux qui connaissent les récits de Franck Thilliez, vous reconnaîtrez dans cet ouvrage un peu des mécaniques qui font le succès de l’auteur de Pandemia. En effet, Michaël Sailliot nous parle aussi du Nord Pas-De-Calais, des Boves d’Arras et de tout ce qui rend cette partie de la France si particulière.
C’est une chose que j’apprécie chez Franck Thilliez et que j’ai aussi beaucoup aimé chez Michaël Sailliot (son roman Connexion avec LaMort se passait également dans la région).
Le Goût du Sang est un roman à mi-chemin entre le thriller et le livre d’horreur. Il se décompose en plusieurs « giclées » (des parties) elles-mêmes découpées en plusieurs chapitres courts et rythmés. On y suit une intrigue policière entourée de mystères et d’horreur.
Je dois dire que j’ai été assez vite prise dans les pages de cet épais volume, mais j’ai regretté certaines choses qui ont fini par émousser mon attention.
En effet, le roman est épais avec ses 463 pages, mais je regrette le trop plein d’éléments hétérogènes qu’il contient.
On trouve pêle-mêle des zombies, des vampires, des loups-garous, des fantômes, des goules, des mages noirs, des pouvoirs magiques type boules d’énergie, de feu, barrière psychiques, un médaillon mystique, le Necronomicon et un descendant de son auteur, et même une étrange épée aux mystérieux pouvoirs (liste non exhaustive).
L’ensemble ne m’a pas semblé se mélanger très bien car on trouve des éléments de fantasy médiévale avec des éléments de fantasy urbaine. Si prendre ce parti peut fonctionner, il est avant tout risqué. J’avoue que plus l’histoire déroulait son ruban d’intrigue aux multiples éléments, moins j’y croyais. J’ai beaucoup aimé les passages se déroulant dans notre monde, surtout dans la première partie, mais beaucoup moins accrochés à ceux du monde des vampires et goules, moins fort. Les personnages agissaient parfois de manière peu cohérente avec leur psychologie, comme par exemple Edith, qui ne m’a pas convaincue. On détecte chez Gabriel la figure de l’Elu de fantasy, avec son épée et son fardeau à porter, ce qui apparaît comme incongru dans un univers aussi actuel et urbain.
J’ai en revanche apprécié suivre les métamorphoses des loups-garous, leurs difficultés, leurs interrogations… Le fonctionnement du monde des goules et leurs moeurs dérangeantes.
Mais ce trop plein d’éléments divers  est assez lourd à digérer et je me suis sentie un peu perdue dans ce cadre si riche.
Si nous avions au départ une intrigue classique dans un univers touché par le mal et ses créatures comme on en lit dans beaucoup d’ouvrages actuels, on bascule de plus en plus dans un univers assez malsain où les choses se passent sans relief. J’ai eu l’impression que l’auteur voulait faire un melting-pot de tout ce qu’il aime en littérature au sein d’un même roman. Mais on peut aimer à la fois différentes couleurs de l’arc-en-ciel sans qu’elles ne s’accordent pour autant. Là l’ouvrage part un peu dans toutes les directions et c’est vraiment ce que je regrette. Ou alors il aurait fallu développer encore plus, de manière à éviter les longues interventions explicatives comme on en trouve de plus en plus au fil de l’histoire (le personnage d’Abdelkacem semble avoir principalement cette fonction, épaulé ensuite par Kugeo).
Certaines choses sont également attendues et manquent peut-être un peu de subtilité (je ne peux pas dévoiler lesquelles pour ne pas spoiler). Mais voilà peut-être ce qu’il a manqué à cet ouvrage : plus de finesse et de subtilité. Que les choses soient plus fines de manière à mieux les mélanger et créer de la surprise.
Il y a donc à mon goût du très bon et du moins convainquant dans ce titre. La plume de l’auteur est toujours aussi efficace et c’est un réel plaisir de le lire, mais certaines idées développées dans le titre desservent cette plume. Comme pour Connexion avec LaMort, l’histoire se passe en partie dans un lycée et on sent que c’est un lieu avec lequel l’auteur aime beaucoup jouer. Néanmoins le trop plein de directions prises par l’auteur a fini par me perdre.
Je reste donc avec une impression en demi-teinte, qui me donne envie de lire la suite car le style de l’auteur est agréable et prometteur, mais qui me laisse sur la réserve du fait du trop plein de choses intégrées rapidement.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les intrigues sombres et les histoires sanglantes, les créatures monstrueuses et les histoires qui ne se passent pas toujours bien.

Les + : Un style agréable à lire, rythmée et dynamique. On tourne les pages rapidement et c’est un plaisir de dévorer le titre chapitre après chapitre. La première partie de l’ouvrage est réellement digne d’un thriller à la Thilliez. Et quelle couverture alléchante !

Les – : Beaucoup d’éléments qui ne se mélangent pas tous de manière convaincante. Beaucoup de directions empruntées et qui finissent par égarer le lecteur au sein même de l’intrigue et de l’univers en place.

Infos pratiques
Date de parution :
 01/05/2015
Pages : 463
ISBN : 1094465054

 

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