Du Plomb à la Lumière, collectif

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Du Plomb à la Lumière, collectif (anthologie collection Mille Saisons, éditions Le Grimoire)

20 auteurs et 1 invité vous livrent leur vision sur un thème original qui va du Plomb à la Lumière.

Quand j’ai reçu le livre, je ne m’attendais pas à un tel recueil. L’ouvrage est épais et les caractères qui le remplissent sont petits. En plus, il est joliment illustré par de multiples dessins et graphismes. Un vrai petit bijou sur le forme, qui m’a donné envie de me plonger dedans immédiatement.
Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez les éditions Le Grimoire pour cet envoi qui m’a beaucoup ému.
Mais qu’en est-il du fond, est-il à la hauteur de la forme ?
Avant de commencer à détailler les textes, je tiens à dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les univers de chacun à travers les dessins et biographies. Le fait que les textes soient illustrés par un dessin qui arrive en amont est une belle idée. Avant d’entamer la lecture de chaque texte, je me suis attardée sur les dessins afin d’en comprendre l’ambiance, l’histoire, et d’essayer de déterminer ce qui m’attendait. Bien que l’ensemble soit de qualité, certains coups de crayon sortent encore plus du lot et valent vraiment le détour ! Et pour ne rien gâcher, il n’y a aucune redondance, chaque style est différent, tout comme les textes.
J’ai commencé à écouter les musiques qui plongent ou replongent le lecteur dans l’ambiance des textes, mais j’avoue m’être arrêtée assez vite car c’est un exercice compliqué d’un point de vue logistique, et chaque musique dure au moins 10 minutes, ce qui ajoute encore au temps de lecture.
Comme vous allez pouvoir le voir ci-dessous, j’ai pris beaucoup de temps pour lire et rédiger mes impressions, mais je pense que cela m’aurait pris le double si j’avais en plus écouté chaque musique.
Si l’ouvrage est un ensemble homogène d’arts diverses, je pense que malheureusement la musique sera l’art délaissé par les lecteurs qui, comme moi, ne pourront pas avoir le livre et des enceintes à proximité en même temps. C’est un peu dommage, bien que je ne sache pas comment remédier à cela avec le livre papier.
Passons maintenant au détail des textes :

Le coup du collier, de Valentin Desloges (hors concours) : Le recueil s’ouvre avec cette nouvelle hors concours, qui raconte l’histoire d’un incroyable magicien dupé par sa vanité.
Le texte démarre fort puisque même s’il n’entre pas dans le thème général, il est bien écrit, léger, et prête à sourire. L’auteur oppose les concepts de tradition et modernité, deux notions précédemment abordées dans la préface d’Olivier Portejoie, préface où le livre numérique est placé face au livre papier.
Cette nouvelle, qui suit directement la préface et est précisée hors concours, fait ainsi écho à cette introduction, dans la manière d’expliquer qu’il y a plusieurs façons de vendre du rêve et qu’il faut cependant faire attention à ce que l’on fait. Une métaphore qui fera réfléchir, même si l’auteur insiste sur une morale frivole. Impossible de ne pas voir au-delà de cet humour un message plus sérieux.

Sous l’oeil de Tornn, de Vyl Vortex : Gaab est un homme, et sera bientôt un père. Dans son étrange univers, mieux vaut faire partie des Viables et non des Inviables, au risque d’avoir un sort peu… enviable.
C’est pourquoi, comme il aspire au paradis, Gaab va se laisser convaincre de partir dans une quête divine censée faire de lui un être béni du Dieu Bon.
Plusieurs éléments troublants interpellent le lecteur à la lecture du texte, mais ce n’est qu’à la fin que les éléments se mettent en place et que la nouvelle trouve sa cohérence avec le thème de l’anthologie. Si les histoires de dieux et de paradis m’ont laissé plutôt sceptique, j’ai en revanche apprécié l’ambiance globale qui se dégage du texte. Quelques pages supplémentaires auraient permis à l’intrigue d’être plus fluide, et à certains personnages d’avoir un peu plus d’intérêt (la femme de Gab, dont la maternité future est si importante, est finalement inexistante dans la trame générale). Une première nouvelle que je qualifierai d’étrange, à la fois poétique et fantaisiste, dans laquelle le lecteur doit se forger sa propre opinion. L’interprétation du thème y est originale.

La clé céleste, de Guillaume Dalaudier : L’histoire d’un maître verrier qui souhaite ardemment réaliser le vitrail le parfait. J’ai été bluffée par la maîtrise qu’à l’auteur sur les termes et le vocabulaire de cet artisanat peu connu. De ce fait la nouvelle est parfaitement bien ambiancée, et sait tenir le lecteur en haleine jusqu’à la fin. J’ai beaucoup apprécié la corrélation finalement tout à fait logique du vitrail pour respecter le thème « Du plomb à la lumière ». Il fallait y penser et en plus c’est très bien fait. Bravo.

La Pierre, de Barnett Chevin : Une petite histoire qui ne sera pas sans rappeler le mythe de Midas. L’illustration du début de texte ne laisse pas de place au doute quant à la nature de « La Pierre », mais on prend tout de même plaisir à suivre le cheminement de l’intrigue. Le héros raconte son histoire avec une foule de détails qui nous ramène à Paris au temps du roi Louis, futur Saint Louis.
Barnett Chevin a écrit un texte dans le recueil Dérives Fantastiques, où j’avais déjà souligné la richesse du vocabulaire. C’est à nouveau le cas ici. Il y a même un clin d’oeil entre les deux textes. Et si l’histoire dans son ensemble n’est guère originale, elle reste agréable à lire et bien racontée. Le thème étant là encore bien respectée à travers une nouvelle interprétation.

Les feux de la rampe, de Karine Rennberg : Ce qui est intéressant dans cette nouvelle, c’est le traitement qu’a fait l’auteure du thème « Plomb et Lumière ». Ici les deux éléments sont personnifiés dans une histoire dont la banalité en devient tragique. En effet ce texte raconte une enquête sur les lieux d’un drame, perpétré au nom de sentiments trop grands, et surtout d’un malentendu. L’illustration parfaite qu’on les âmes sensibles à ne pas accepter la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus simple et de plus triste, comme si chaque chose ne pouvait avoir qu’une explication « grandiose » faite de complots et de meurtres. Le récit prend place dans une réalité alternative où se mêlent magie et créatures extra-terrestres. Un bon choix qui justifie les explications du texte et le rend cohérent.

La mort n’est pas un spectacle, de Stéphane Monnet : Alors que je m’apprêtais à penser que cette nouvelle était ma première déception du recueil, la dernière phrase est venue tout bouleverser.
Certes j’ai trouvé le texte un peu long, un peu trop plaintif à mon goût, et l’auteur se perd un peu dans son témoignage en voulant susciter des émotions qui ne sont pas venues chez moi. Le thème « Du Plomb à la Lumière » n’est qu’en arrière-plan et c’est le premier texte pour lequel je ne le considère pas comme étant un élément de l’histoire.
Le récit est bien écrit, l’auteur maîtrise son sujet. Seulement je ne l’ai pas trouvé bien exploité. Heureusement que la dernière phrase vient provoquer une chute inattendue qui dynamise l’ensemble. Je ne suis pas passée loin de la déception avec ce texte qui, malgré tout, est pour l’instant en-dessous des précédents.

Emmurés, de Marylin Guldin : Cette nouvelle, bien écrite et dans une atmosphère oppressante, est une petite claque comme j’aime en prendre lorsque je lis. La mise en abîme du récit est émouvante, si bien que j’ai terminé la lecture les yeux brillants d’émotions. Les faits racontés sont d’une grande précision, et vous secouent, si bien que je sais déjà que je vais me souvenir de ce texte. Une belle surprise de la part d’une auteure que je découvre. Bravo.

Les hommes de métal, d’Anthony Boulanger: Un petit texte que j’ai beaucoup apprécié. En fait, il a un « goût de trop peu » et je me suis surprise à espérer que cette nouvelle ne soit que le bref brouillon d’un texte de sf plus grand. L’univers créé par l’auteur en quelques pages est original et bien construit. C’est intéressant, il y a du potentiel. L’idée d’un narrateur en métal est une bonne idée. J’ai aussi apprécié toute la société mise en place. Elle donne envie d’y plonger et de suivre d’autres péripéties. Un très bon texte.

Quelques grammes de plomb pour atteindre la lumière, d’Emmanuelle Maia: un récit rythmé peuplé de créatures mi-folles mi-zombies. Un bon texte palpitant dans lequel une première partie un peu lisse et classique laisse place à une seconde partie survoltée. Des personnages attachants fondent l’intrigue et là encore il y aurait matière à développer encore plus cet univers. Bien écrit, plutôt bien construit et original, c’est tout bon pour ce texte !

Marché conclu ! De Céline Ceron Gomez: Un texte surprenant oú s’enchainent les retournements de situations, jusqu’à une chute inattendue. L’univers mis en place fonctionne bien, les personnages sont intéressants et je n’aurais pas été dérangée d’approfondir un peu mes connaissance du monde proposé par l’auteur. Je pensais qu’il y avait un peuple pour chaque élément mais il y en a un aussi pour le métal ? Si oui combien y a-t-il de peuples en tout ? Si ces informations manquantes ne gènent pas l’histoire, j’aurais quand même aimé les connaître afin d’avoir une meilleure vue d’ Énlanyha. Enfin, si la reprise du thème du plomb est évident, j’ai eu plus de mal à percevoir la lumière. Tout comme le fait de passer « Du plomb à la lumière ».

Notre-Dame de Baltimore, de Kéti Touche: Quel bon petit texte fantastique comme j’aime. On retrouve ici l’élément du vitrail pour entrer dans la thématique du recueil dans une histoire plutôt bien pensée er surtout bien écrite.

Ce qui nous lie, d’Ophélie Hervet: Une écriture virile pour dépeindre cet texte rythmé oú l’action s’écoule à longueur de phrases. Le texte raconte l’initiation d’un jeune prêtre à la chasse au démon. Encore une fois le thème de l’anthologie a inspiré un récit religieux. Mais contrairement aux autres lus précédemment et qui prédentaient une église plutôt traditionnelle, ici nous sommes dans un monde oú les prêtres se déplacent à moto, portent un flingue et dégomment du vilain. Une sorte de mix entre cow-boy et bikers. Un mélange qui fonctionne bien et on se laisse happer par le style. J’aurais aimé une fin un peu plus brutale, car en l’était elle n’est malheureusement pas marquante. En revanche nul doute qu’il y a ici une sympathique plume à suivre.

La foire, de Johann Vigneron: Un texte aussi étrange qu’original. C’est la première fois que je vois une narration de ce genre et je trouve cela très créatif. On dirait un texte de stand up, à ceci prêt qu’il n’y a rien de comique ici. Bien au contraire. C’est dérangeant de créativité et on se demande comment l’auteur a fait pour trouver tout ça. Le personnage est bien campé et le style impeccable. En plus le thème est respecté. C’est un sans faute. Probablement un des textes les plus marquant du recueil.

Métal radieux, de Philippe Deniel: Un texte original puisqu’il se déroule en plein far west, ce qui n’est pas courant.
On y découvre de sympathiques personnages au potentiel vraiment intéressant. On retrouve dans cet univers le potentiel de ce que l’on trouve souvent avec les histoires se déroulant en Louisiane, et j’ai trouvé dommage sue les contours de l’environnement ne soient qu’esquissés dans le texte. Le personnage de Lupa mériterait presque à elle-seule une histoire. Quant à l’idée globale du texte, emprunte de religion, de mysticisme et de symbolique, elle m’a semblé un peu confuse, prétexte à illustrer le thème du recueil. Peut-être pas l’angle le plus propice à utiliser pour ce type de texte.

Être vivant, de Marguerite Roussarie: poétique, émouvante, intelligent et philosophique, voici comment résumer ce texte qui m’a beaucoup plu. Un coup de coeur !
C’est simple: tout est beau dans ce texte. Le style, l’histoire, la morale, le thème est respecté… Un petit robot et une humaine, l’auteur ne surfe pas sur les clichés. Une jolie plume à suivre car c’est une révélation.

La bataille de Krak Girn, d’Élie Guillot: Un texte intéressant puisqu’il met en lumière un héros nain, ce que l’on voit bien moins souvent en fantasy que d’autres créatures souvent plus appréciées telles que les Elfes.
Ici l’auteur nous raconte la vie d’un guerrier sans pareille, pour qui le métal est un compagnon depuis l’enfance. Une nouvelle qui a tous les codes des maîtres du genre de l’héroic fantasy et qui plaira aux lecteurs avides de combats de haches, de barbes et de sentiments.

Un rêve de lumière, de Romain Jolly : Une nouvelle sympathique, émouvante, qui fait se poser des questions sur nos rêves et ce que l’on est prêt à sacrifier pour les réaliser. Une jolie plume qui respecte le thème et l’ambiance globale du recueil. Le personnage d’Armand est original, et aurait même pu être développé encore d’avantage.

Et si l’équinoxiale n’était qu’une mort de plus, de Marine Auriol : J’ai eu du mal à entrer dans cette nouvelle, dont l’ensemble m’a d’ailleurs déçu. Du mal à y entrer car beaucoup d’éléments parfois flous, et la fin de ce texte me laisse perplexe. Est-ce bon ? Ne l’est-ce pas ? Comment savoir ? Si la réponse est dans le texte, je suis passée à côté. L’idée des plombars est pourtant bonne, mais elle ne m’a pas suffisamment accrochée. Le récit est bien écrit, mais m’a laissé à l’extérieur de l’univers dépeint ici. Dommage.

Deus ex machina, de Ghislain Morel : C’est intelligent, bien écrit et sympathique à lire. Un bon texte. Un peu trop religieux à mon goût, mais ce n’est qu’un avis personnel, sinon sans cela le texte est agréable et bien écrit. J’ai passé un bon moment à le lire et ai trouvé les idées développées intéressantes. Le thème est respecté pour ce qui est du plomb, un peu moins pour la lumière (je suppose que c’est parce qu’elle est divine que je l’ai moins perçue).

Zhang Zhung, le mont Gang Ti Sé, d’Arnaud Gabriel : J’avoue avoir eu du mal à entrer dans ce texte pour plusieurs raisons. La première vient du fait que le récit énonce une foule de noms et de thermes très asiatiques, ce dont je n’ai pas l’habitude et qui rend la lecture délicate. J’ai eu du mal à assimiler les différents mots, d’autant plus que leur orthographe n’est pas évidente que je peinais ne serait-ce qu’à déterminer comment les prononcer. Si l’ambiance asiatique est donc une totale réussite dans ce texte, elle est peut-être poussée trop loin pour moi, je me suis perdue en chemin.
Ensuite, l’histoire en elle-même est complexe, pour ne pas dire confuse. Là encore je me suis perdue dans le texte. Je n’ai pas réussi à voir le lien avec le thème de l’anthologie. J’ai bien compris le lien avec le plomb, ici à travers la céruse, mais la lumière ?
Je pense sincèrement être passée à côté de ce texte, probablement pour les raisons évoquées ci-dessus.

Betsy, de Simon Boutreux : Encore un texte original, dont le personnage éponyme n’est pas ce que l’on croit, et qui se passe dans un univers rarement exploité en littérature. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà lu pareil titre. Encore un texte bien écrit et d’un grand réalisme (quand on lit la biographie de l’auteur, on comprend pourquoi). Le scénario n’est pas le plus original du recueil mais l’histoire est bien écrite, encore une fois. Un texte qui a largement sa place au sein de cette anthologie, et qui respecte également bien le thème, y apportant une jolie touche finale de fantastique.

Pour conclure cette chronique, je tiens à souligner l’extrême qualité du recueil. Tous les textes sont originaux, bien écrits, il n’y a quasiment pas de redondance dans le traitement du sujet ce qui est rare dans un aussi grand nombre de textes, et j’ai presque toujours passé un agréable moment à lire les 21 oeuvres présentées.
Bien sûr certains titres m’ont davantage plu que d’autres, mais le niveau est globalement élevé. L’ensemble est homogène, complet… un sans faute pour ce bel ouvrage.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les beaux recueils de nouvelles, les thèmes originaux, et les ouvrages où on trouve tous les genres et tous les styles.

Les + : Une grande diversité dans le traitement du thème, que de belles plumes, de belles images et musiques… une belle découverte.

Les – : Personne ne nous dit pourquoi la nouvelle en début de recueil est là malgré le fait qu’elle soit hors concours. Il est difficile d’écouter les musiques qui vont avec les textes, d’autant plus qu’elles sont un peu longues.

Infos pratiques
Date de parution:  31/03/2016
Éditeur : Le Grimoire – Mille Saisons
Collection : Mille Saisons
Nombre de pages : 408
EAN : 979-1092700060
ISBN : 1092700064

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