Archives mensuelles : juin 2016

Or et Nuit, de Mathieu Rivero

or et nuit

Or et Nuit, de Mathieu Rivero (one shot, éditions des Moutons Electriques)

La célèbre reine Shéhérazade vient d’être enlevée par un bandit de grand chemin. Connue mais peu reconnue, elle tente de faire réaliser sa véritable identité à son geôlier en lui contant une histoire fabuleuse, celle d’un sultan dragon extraordinaire.
Mais les contes sont-ils toujours imaginaires ? Ne doivent-ils raconter qu’une histoire embellie et romancée ?
Plonger au coeur de cette histoire, c’est aussi découvrir qui a véritablement enlevé la reine.

Si Or et Nuit n’est pas le premier roman du jeune auteur lyonnais Mathieu Rivero, il est cependant le premier que je lis de sa plume.
Ce roman me faisait de l’oeil depuis longtemps du fait de son théâtre oriental et sa narration atypique.
En effet, on sent dès le résumé et que l’histoire que l’on s’apprête à lire sera riche en rebondissements et émotions. Ce qui a été le cas.
Or et Nuit est une très bonne idée très bien réalisée. Il s’agit d’une intense mise en abîme de récit, à travers laquelle se raconte des histoires de personnages qui racontent des histoires à l’intérieur d’histoires.
Compliqué ?
Pas du tout. C’était probablement la plus grande difficulté du concept : ne pas perdre le lecteur dans les méandres de ses récits. Et pourtant Mathieu Rivero s’en sort avec succès puisque je n’ai pas une fois été perdue. Les choses sont subtiles, bien écrites, et toujours à leur place. Si bien que ce qui pourrait sembler brouillon sur le papier est en réalité tout à fait clair et maîtrisé.
L’écriture soignée de l’auteur nous plonge au coeur de l’orient des mille et une nuits de la première à la dernière page. Pourtant, l’inclusion de créatures issues du milieu de la fantasy et du fantastique (des dragons, zombies, etc…) aurait pu faire basculer le roman dans une sorte de mélange des genres chaotique, mais il n’en est rien. Les différents monstres ne sèment pas le trouble et s’insèrent parfaitement dans le texte. L’ensemble est très cohérent et je me suis surprise, lorsque l’auteur oblige le lecteur à se détacher du conte pour revenir à la « réalité » de la condition de Shéhérazade, à être un peu frustrée et vouloir connaître la suite de l’histoire du sultan-dragon.
Le reste du livre propose une intéressante galerie de personnages qui se croisent au fil des arcs narratifs, jusqu’à parfois se croiser et faire avancer ensemble la trame globale.
Le récit est plein d’action et de rebondissements. Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer et chaque page apporte son lot de péripéties. Pris dans le déroulement des différentes destinées, le lecteur ressent toute une palette d’émotions pour les différents protagonistes. Une chose suffisamment rare pour être soulignée dans un texte.
Mon seul point de déception vis-a-vis des personnages réside dans le léger syndrome de Stockolm que semble parfois éprouver la narratrice pour son ravisseur. Ces quelques passages ambigus ont un peu écornés la belle image que j’avais de cette reine volontaire et droite.
Or et Nuit est un bon moment de lecture qui dépayse et donne envie de lire d’autres titres de cet auteur.

Pour qui : Les lecteurs qui ont envie de se dépayser le temps d’une lecture, ceux qui aiment les concepts originaux et bien mis en oeuvre.

Les + : Une écriture soignée, un concept bien réalisé et une histoire prenante. Des personnages attachants pour qui on ressent une foule de choses, l’insertion de créatures surnaturelles issues d’autres types de récits qui s’insèrent ici parfaitement bien.

Les – : Les sentiments ambigüe de Shéhérazade par rapport à son ravisseur.

Infos pratiques
ISBN : 978-2-36183-190-5
ouvrage broché
17 cm × 21 cm
256 pages

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Le Lai de Bisclavret, de Lia Vilorë

le lai de bisclavret

Le Lai de Bisclavret, de Lia Vilorë (tome 1 de la série La Louve de Brocéliande, éditions Lune Ecarlate)

Hikira est une adolescente issue de l’union d’une jolie japonaise et d’un breton. Son métissage a toujours fait d’elle une enfant à part, tant physiquement que mentalement.
La jeune rousse est sauvage, et sujette à de violents maux de tête une fois par mois. Personne ne s’en inquiétait avant qu’un nouveau médecin scolaire se penche sur la question.
Hikira devra être forte pour découvrir la vérité sur les maux qui l’accablent. D’autant plus que son univers tout entier pourrait s’en trouver bouleversé.

Lia Vilorë revient après Vampire d’une nuit de Printemps, avec un nouveau titre dans un autre style.
Il est question ici de Brocéliande et des légendes qu’elle abrite.
Avec Le Lai de Biscalvret, nous découvrons une légende autour d’un chevalier, d’un loup-garou, et surtout de deux familles maudites. Une histoire originale qui ne manquera pas d’intéresser les lecteurs adeptes de ce genre d’intrigue.
Le Lai de Bisclavret s’inspire de légendes réelles que j’ai pris plaisir à découvrir. Si l’on peut penser qu’une foule de chose a déjà été écrite sur Brocéliande et ses mystères, je dois reconnaître mes lacunes dans ce domaine, bien que je m’y intéresse. Ici les allusions au mythe arthurien sont courantes et l’on croise des personnages tels que Morgane ou la Dame du Lac.
Le style de l’auteur est fluide, agréable à lire, j’ai passé un bon moment dans cette intrigue.
En revanche, là où j’ai eu plus de mal, c’est avec la personnalité de l’héroïne. Pour commencer, j’ai trouvé son parlé difficile à lire. Ce style plein d’apostrophes et de mots coupés ne sert pas sa cause. Même si elle n’est pas la seule à parler ainsi, elle ne faisait pas son âge. En général, ce style est employé pour le parlé paysan et des basses classes sociales. Ainsi, Hikira donne l’impression d’une petite fille (alors qu’elle est adolescente) peu futée et qui n’a absolument pas l’étoffe d’une héroïne. Bien que ce soit sans doute le but recherché, cela lui donne franchement l’allure d’une enfant presque retardée… à 15 ans. J’ai vraiment eu beaucoup de mal avec elle.
Autant les autres personnages sont intéressants, autant Hikira, de par son comportement et sa manière de s’exprimer, m’a déplu. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai eu envie de lui donner les claques qu’elle méritait.
C’est assez rare qu’une héroïne me fasse cet mais dans ce roman, c’est incontestablement le gros point noir.
Néanmoins l’histoire est bien menée, suffisamment développée pour que l’on entre dans l’univers et en saisisse sa portée.
Dans l’ensemble, il s’agit d’un bon premier tome.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les histoires de magie bretonne.

Les + : Une histoire originale où se mêlent des personnages mythiques. Une écriture agréable.

Les – : La personnalité de l’héroïne est insupportable.

Infos pratiques
Collection : Pleine Lune
Illustrateur : Wolfy d’Arkan
ISBN : 978-2-36976-185-3
Date de sortie : 16 avril 2016
Format : broché grand format
Pages : 292 pages

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