Archives mensuelles : octobre 2016

Chimère Captive, de Mathieu Rivero

arpenteurs-reves-1-chimere-captive-mathieu-riveroChimère Captive, de Mathieu Rivero (tome 1 de la trilogie Les Arpenteurs de Rêves, éditions les Moutons Électriques)

Céleste vient d’arriver à Lyon après avoir quitté son île et la petite ville de Port-Au-Riche. Tout est différents ici, et la jeune fille peine à s’intégrer.
Après avoir retrouvé un ami d’enfance, elle loge dans une colocation avec deux garçons aux personnalités différentes et uniques : ils sont tous les deux des arpenteurs de rêves. Céleste apprendra à leur contact qu’elle aussi peut s’introduire dans les rêves d’autrui et les modifier, ainsi que parcourir le Grand Songe.

Chimère Captive est le dernier né de Mathieu Rivero aux éditions des Moutons Electriques. Après le très bon Or et Nuit, il me tardait de me replonger dans un univers poétique créé par le jeune auteur lyonnais.
Ce qui frappe en premier est la taille de l’ouvrage. Il est beaucoup plus fin que son prédécesseur, et se lit par conséquent beaucoup plus vite.
Comme on s’en doute de prime abord, Chimère Captive entrera donc moins dans les détails. Le contenu de l’ouvrage est fidèle à l’idée que l’on peut s’en faire à l’extérieur. On a une intrigue très vite posée, peu de personnages, et une histoire menée rapidement.
J’aime toujours autant l’écriture de Mathieu Rivero, toujours juste, et souvent poétique. Un petit plaisir à lire.
J’ai malheureusement été un peu moins convaincue par cette nouvelle histoire que par la précédente, et je pense que le format du roman y est pour beaucoup.
Car oui c’est bien écrit, oui les personnages ont chacun une personnalité propre, oui le monde créé par l’auteur est original…. mais il est court, il reste en surface. Comme s’il avait été bloqué par un nombre de mots à ne pas dépasser, l’auteur a fait quelques raccourcis qui auraient pourtant mérités d’être développés.
L’exemple le plus flagrant est cette facilité qu’à Céleste à reconnaître qu’elle possède des pouvoirs magiques. Il suffit de lui dire pour qu’elle se rende compte qu’elle, sa mère et sa soeur sont des sorcières. Cela sans poser de questions.
Bien que classique, il aurait été intéressant de voir le chemin d’acceptation de Céleste vers ce nouvel état de fait.
Le reste de l’ouvrage possède aussi quelques facilités, et durant toute la première moitié du livre on se demande où veut nous mener l’auteur, jusqu’au point de rupture où tout prend vraiment forme et tout s’imbrique.
Il faut dire que la capacité à manipuler les rêves des gens est un pouvoir très intéressant qui offre beaucoup de possibilités. Pendant que l’auteur faisait languir le lecteur à savoir ce qu’il allait faire de son histoire, beaucoup de choses me sont passées par la tête, mais pas le tour pris par l’intrigue. C’est une bonne chose. Les éléments s’accélèrent dans la seconde partie du roman comme on dévale des escaliers, allant de mal en pis. Une fois les éléments mis en place, l’auteur se fait plaisir. De ce fait, on voit se dessiner des liens entre les personnages, et des choses restent en suspend pour ce que l’on devine déjà dans la suite de la série.
J’ai apprécié la galerie de personnages et le fait qu’ils ne soient pas très nombreux à tenir un rôle dans ce premier tome. Certains se démarquent déjà (j’aime beaucoup Val, probablement parce que c’est un peintre) et d’autres conservent un fort potentiel que j’espère voir se développer dans les suites (comme la soeur de Céleste).
Ce premier tome est centré sur Céleste donc il est normal que l’on parle d’avantage d’elle. Cependant je vois mal comment l’histoire pourrait se focaliser autant sur un autre personnage. En quelques mots, Céleste semble être la Clé. Rien que son prénom laisse penser que dans ce monde onirique, elle tient une place centrale.
J’ai bien aimé cette jeune fille.
J’ai été contente que la seconde partie de Chimère Captive soit plus rythmée. Il aurait été dommage de m’endormir sur cette lecture et j’avoue avoir eu un peu peur à la lecture des 50 premières pages.
Mon seul regret vient du fait que l’intrigue se déroule à Lyon, une ville que j’aime profondément, et que j’aurais aimé voir plus en avant. Ici Lyon n’est qu’en second, voir troisième plan. Finalement l’histoire pourrait se dérouler n’importe où ailleurs sans que cela ne change quoi que ce soit au déroulement des faits. C’est un peu dommage. La suite viendra peut-être renforcer ce choix. J’espère !
Quoi qu’il en soit j’ai passé avec ce premier tome un bon petit moment. Je regrette encore l’univers oriental d’Or et Nuit et il me faudra sûrement lire la suite de cette trilogie pour la hisser au niveau du premier ouvrage de l’auteur.
Malgré tout, Mathieu Rivero confirme sa maîtrise de la langue française et c’est toujours un plaisir que de lire ses textes.

Pour qui : Si le livre est estampillé plutôt jeunesse, les lecteurs plus âgés pourront y trouver leur compte. Il n’y a pas d’âge pour s’évader dans les rêves.

Les + : Des personnages variés et attachants, une plume toujours aussi maîtrisée et poétique, beaucoup de potentiel dans l’histoire.

Les – : La ville de Lyon assez peu développée, des raccourcis scénaristiques, de manière générale le livre est un peu court alors qu’il aurait pu être d’avantage étoffé.

Infos pratiques
Broché: 176 pages
Editeur : Moutons électriques (18 août 2016)
Collection : Naos
Langue : Français
ISBN-10: 2361832801
ISBN-13: 978-2361832803

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Holomorphose T1 Blasphème, de Jean Vigne

holomorphose-blasphemeBlasphème, de Jean Vigne (Tome 1 du diptyque Holomorphose, éditions du Chat Noir)

Solana vient d’arriver dans la proche banlieue Grenobloise après avoir vécu à Bordeaux une partie de sa vie. L’adolescente déracinée, au look gothique affirmé, a du mal à se fondre dans son nouvel univers.
Au lycée tout va mal. Le jour de la rentrée n’est que le premier d’un enfer sans nom.
Ou peut-être bien que si, il a un nom. Et même plusieurs… Séléné, Hécate et cie. Quand les dieux s’en mêlent et font de vous une créature plus ténébreuse que l’obscurité elle-même, une question se pose alors pour la jeune fille : qui est-elle vraiment ?

Fidèle à lui-même, Jean Vigne nous propose ici une nouvelle série dont les ingrédients ne sont pas sans rappeler ceux de ses autres titres. Nous avons ici une ado tourmentée qui développe des pouvoirs extraordinaires alors que l’intrigue se déroule en grande partie à Grenoble.
Les similitudes avec ces précédents romans (dont la trilogie Néachronical) sont nombreuses. Pourtant, l’auteur arrive à nous proposer quelque chose d’original et qui ne sent pas le déjà lu.
Nous avons affaire, une fois n’est pas coutume, à une histoire de femmes. Des personnalités fortes, variées, aux motivations complexes, le tout dans un univers on ne peut plus quotidien où l’horreur vient s’immiscer.
Les lecteurs habitués des romans de l’auteur pourront y voir une trame plus ou moins consciente reprise dans les différents textes et que l’on retrouve ici. Mais ceux qui découvriront la plume de l’auteur ne pourront qu’être séduit par ce titre au rythme haletant.
Que l’on connaisse ou non la bibliographie de l’auteur, le texte fonctionne à nouveau. En tout cas sur moi. En dépit des similitudes, qui comme je le disais plus haut donnent à lire une tout autre histoire avec les mêmes éléments, le rythme est rapide, prenant. Il y a de la matière, et donc de quoi plonger dans un univers intéressant et fourni. L’histoire pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, mais la suite du roman devrait nous proposer une fresque complète.
On trouve ici d’antiques déesses et des personnages surprenants. L’ombre de Néa plane à certains moment dans le texte, mais cela n’est pas gênant. J’ai apprécié Solana et ses problèmes autant que sa camarade rousse.
Je suis toujours surprise de voir avec quelle facilité Jean Vigne endosse le costume de l’adolescente torturée. Cette fois nous avons affaire à une ado dite « gothique », et si certains éléments sonnent un peu clichés, la plupart des questionnements que se pose Solana sont légitimes et judicieux. On découvre ses états d’âme, la difficulté de s’intégrer dans un environnement scolaire déjà formé lorsque l’on est nouveau et différent, et toutes les préoccupations adolescentes souvent propres aux filles. L’ensemble est très crédible, empathique. Dans l’ensemble j’ai beaucoup aimé cette héroïne déracinée et tourmentée.
Il faut dire que comme souvent chez les personnages de l’auteur, la petite n’a pas eu une enfance facile.
Ce qui m’a un peu moins convaincu est le pouvoir dont elle hérite (ou elle est victime ? Nous ne le savons pas vraiment à la fin du premier tome). Certes intéressant à défaut d’être utile, il pose selon moi quelques problèmes logistiques auxquels l’auteur répond de manière un peu faible. Je me suis fait la remarque un peu tardivement pour y faire attention mais il est possible que toutes les actions provoquées par le pouvoir ne soient pas cohérentes (à vérifier). Peut-être aurait-il fallu creuser d’avantage ce pouvoir et expliquer son fonctionnement pour que j’y adhère totalement. Ici, comme en plus nous n’avons pas encore vraiment d’explication, cette malédiction me fait surtout froncer les sourcils de perplexité.
Quoi qu’il en soit j’ai beaucoup aimé l’alternance du récit entre le présent à Grenoble et le passé en Mongolie. Un dépaysement intéressant qui m’a fait me sentir parfois au milieu du jeu Tomb Raider, jeu que j’apprécie. Les deux univers finissent pas se rejoindre sans trop de surprise mais de manière efficace.
En définitive, ce roman s’inscrit dans la droite lignée des récentes publications de l’auteur. Ici Jean Vigne n’a pas pris énormément de risques et nous propose à nouveau sa meilleure recette, celle qui a déjà si bien fonctionné auparavant.
Le roman se termine d’une manière ouverte, idéale pour nous donner envie de découvrir la suite, au moins pour se dire de ne pas avoir lu tout cela pour rien.
Il est vrai que les lecteurs qui se contenteront de cette seule entrée en matière risque de passer à côté de l’histoire, tant ce tome ne fait que poser l’intrigue et lancer des pistes.
La suite et la fin de cette étonnante histoire sera à découvrir dans quelques mois.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les histoires bien écrites avec des personnages féminins forts, une ambiance posée, les histoires fantastiques.

Les + : On retrouve ici les ingrédients propres à l’auteur et qui ont fait le succès de ses précédentes parutions : des filles fortes, surhumaines, à qui il arrive de mauvaises choses mais qui vont reprendre leur destin en main en dépit d’un sort qui s’acharne à vouloir les faire entrer dans le rang.

Les – : Quelques répétitions (surtout le mot « dont ») et un certain déséquilibre entre le nombre de questions soulevées et de réponses apportées. Ainsi, ne lire que ce roman sans lire sa suite reviendrait presque à une lecture veine.

Infos pratiques
Broché: 440 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (5 septembre 2016)
Collection : Féline
Langue : Français
ISBN-10: 2375680162
ISBN-13: 978-2375680162

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