Dan Machi, La légende des Familias, de Fujino Omori et Suzuhito Yasuda

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dan-machi-la-legende-des-familiasDan Machi, La légende des Familias, de Fujino Omori et Suzuhito Yasuda (tome 1 de la série La Légende des Familias, éditions Ofelbe)

Bell Cranel a choisi d’être aventurier dans l’unique but de rencontrer des filles pour s’en dénicher une. L’adolescent, inexpérimenté au combat, prend tous les risques afin de se faire remarquer par le sexe opposé.
Or, alors qu’il est en difficulté, la célèbre Aiz Wallenstein arrive pour le sauver. Ce sera le début d’un amour impossible pour le jeune garçon.
S’il veut conquérir le coeur de la jeune fille, Bell sait qu’il n’a d’autre choix que de progresser. Heureusement pour lui, ses capacités évoluent de manière hors normes. Est-ce son talent naturel, ou l’intervention de sa déesse, Hestia, qui explique ce phénomène ?

Dan Machi, La Légende des Familias est le second titre que je lis des éditions Ofelbe. Si j’ai apprécié le sympathique Sword Art Online, j’ai moins accroché à celui-ci qui a pourtant reçu de très nombreux avis positifs sur la toile.
On pourrait penser que la principale raison est que je ne suis pas la cible, or, cela va au-delà.
Je pense effectivement ne pas être la meilleure cible pour ce titre clairement orienté adolescent masculin. L’histoire de Bell, un jeune garçon qui se cherche, qui manque de confiance et dont le plus grand rêve est de sortir avec une fille, aura certainement tout pour plaire au jeune public à qui cette préoccupation va faire écho. Pourtant j’apprécie les histoires adolescentes, mais ici, je n’ai pas été convaincue.
Cela a commencé dès le départ, lorsque qu’après avoir ouvert le roman j’ai regardé les illustrations qui ouvrent le récit. Comme pour Sword Art Online, Ofelbe propose un bel ouvrage illustré, à mi-chemin entre le manga et le roman. Un style que j’apprécie, mais pas quand il reprend les clichés du genre pour les afficher à outrance.
En effet, dès les premiers traits de crayon, avant même d’avoir fait la connaissance des personnages, nous pouvons admirer des dessins colorés montrant de jeunes femmes à la poitrine volumineuse en train de… se faire peloter ou se toucher les seins ?!
Oui, oui, vous avez bien lu.
Je me suis donc dès le début demandé à quoi j’allais avoir affaire, d’autant plus que la couverture ne laissait rien présager de tel.
Finalement, après avoir terminé ma lecture et observé l’ensemble des dessins, je peux dire que c’est globalement au style de Suzuhino Yasuda que je n’accroche pas. Le dessinateur a hyper-sexualisé l’ensemble de ses personnages, allant jusqu’à dessiner des scènes de pelotage qui n’ont pas lieu dans le récit. Sur l’une des illustrations, Aiz Wellenstein, la protégée d’une déesse, est montrée avec sa déesse dans le dos, qui la tient fermement par… un sein. Or, le récit illustré ici ne mentionne que « la taille » de la jeune fille et non sa poitrine. Est-ce que les traducteurs ont voulu édulcorer le récit ou bien l’illustrateur a-t-il vraiment sexualisé la majorité de ses dessins ?
Car la tension sexuelle est palpable tout au long du récit. De nombreuses ambiguïtés parsèment le texte au point que l’on ne sache plus où se situe la limite de bonne conduite des dieux. Les humains qui leur appartiennent subissent parfois des actes que j’ai trouvé un peu limites, surtout dans un récit pour adolescents (alors si vous ajoutez les images…).
Au sujet de l’histoire en elle-même, elle reprend certains éléments vidéo-ludiques comme j’ai pu en découvrir dans Sword Art Online. Mais l’ensemble est tout de même fondé sur des bases bien plus légères et fragiles. L’univers de Dan Machi comporte de nombreuses zones d’ombres, comme par exemple l’intérêt du Donjon (un donjon qui est en sous-sol), qui l’a créé ? pourquoi ? Bell ne semble pas avoir de famille. A aucun moment nous n’en apprenons plus sur sa famille. On sait juste qu’il est venu à Orario se chercher une fille car c’est ce que son grand-père lui avait laissé entendre avant de mourir. Bell est-il orphelin ? Beaucoup de jeunes gens n’ont pas l’air non plus d’avoir de famille, et la présence des dieux est également un peu faible. Le roman nous apprend que les dieux perdent leur pouvoir en venant sur Terre. Ils sont donc obligé de travailler, ou de faire travailler des humains recrutés au sein de leur « familia » pour subvenir à leurs besoins.
L’ensemble est très fragile et ne repose pas sur des bases profondes. J’aurais aimé en savoir plus sur le passé des personnages et du monde dans lequel ils évoluent. Les dieux ne semblent pas venus depuis très longtemps puisqu’Hestia elle-même n’a pas encore commencé sa familia. Et puis d’ailleurs, en quoi est-ce si intéressant de posséder une familia ?
Il y a selon moi beaucoup de potentiel dans les idées amenées ici, mais elles sont trop brouillonnes et fragiles pour me convaincre de la crédibilité de l’univers.
Enfin, plusieurs choix stylistiques ne fonctionnent pas, selon moi. Par exemple dans les dialogues. Habituellement je n’y prête pas attention mais cette fois cela a attiré mon attention. J’imagine que cette littérature japonaise retranscrit sur papier ce que l’on peut voir à l’écran dans les fameux animes, c’est à dire que les onomatopées sont ici exprimées, mais je ne trouve pas que cela rende la scène très sérieuse. On assiste donc à des dialogues du type :
– Haaa
– Grrr
– Gné !
Étrange… et pour ma part, cela ne me rend pas le récit très crédible. Autre problème dans les dialogues : le bégaiement des personnages. Très nombreux, trop nombreux peut-être, et géré de manière à systématiquement commencer par la première lettre d’un mot, puis le mot complet, et plus aucun bégaiement. Il m’est arrivé de lire les dialogues à haute voix pour essayer de voir ce que cela pourrait rendre dans la vraie vie, et sincèrement, entre cette gestion des bégaiements et les onomatopées, personne ne parle jamais comme ça. Cela ne fonctionne pas.
Enfin, au niveau de l’histoire, la gestion de la personnalité de Bell m’a laissé perplexe. On nous présente au départ le jeune garçon comme un lâche inexpérimenté, plus capable de fuir que de se battre, et qui est venu au donjon pour se trouver une fille. C’est donc que notre malheureux héros n’a pas de chance en amour. Pourtant, une fois à Orario, toutes les filles s’entichent de lui. Là encore, cela ne fonctionne pas, de mon point de vue. Il y a un manque de subtilité.
Toutefois, mention spéciale à la toute dernière phrase du roman, qui à elle seule mérite que l’on s’intéresse à la suite. Disons que la dernière phrase relève l’intérêt pour le roman et relance l’espoir que j’ai perdu à mesure que je tournais les pages.
Comme vous pouvez le voir, ce roman est loin de se hisser à la hauteur des critiques que j’avais lues en amont de ma lecture (ce que je fais rarement, mais je m’étais intéressée aux publications de cet éditeur lorsque celui-ci m’avait contacté). Là où Sword Art Online nous plongeait dans un monde aux pieds d’argile mais à la mythologie profonde, cette seconde lecture souffre de beaucoup trop de faiblesses pour être une bonne découverte.
A lire pour tenter une expérience littéraire et découvrir ce format original.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les récits courts, rapides, avec les codes de la jeunesse et un petit côté « geek ».

Les + : Un bel objet qui donne envie qu’on le prenne en main, une oeuvre soignée et un format original qui se détache dans le paysage de la littérature actuelle.

Les – : L’histoire peine à convaincre, tout comme les personnages et le style d’écriture. Le moins bon restant les dessins inutilement sexualisés.

Infos pratiques
Broché: 302 pages
Editeur : Ofelbe (30 juin 2016)
Langue : Français
ISBN-10: 2373020149
ISBN-13: 978-2373020144

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