Archives mensuelles : janvier 2017

Les métamorphoses de Julian Kolovos, de J.P Volpi

les-metamorphoses-de-julian-kolovosLes métamorphoses de Julian Kolovos, de J.P Volpi (one shot, éditions Chloé des Lys)

Julian Kolovos n’est pas très porté « famille », d’autant plus que la sienne est un peu spéciale.
Alors qu’il est convié dans le manoir des Kolovos pour fêter la fin de l’année, une révélation va venir bouleverser sa fête : son père a écrit un testament dont les bénéficiaires ne sont pas ceux qu’il faudrait. Entièrement dédié à sa fille préférée, ce morceau de papier tombé par erreur va être la cause de bien des problèmes.
C’est sûr, il va y avoir de l’ambiance !

J’éprouvais une certaine hâte à commencer ce livre dont la couverture et le titre sont plutôt accrocheurs. Malheureusement, je vous avoue dès le départ que je n’ai pas été séduite par Julian Kolovos, le bel acteur un brin mégalo.
Beaucoup de soucis parsèment ce titre qui semble être le premier d’une série. Le fond et la forme ne vont pas. Je m’explique.
Sur le fond :
Le personnage de Julian Kolovos manque de profondeur et de matière pour convaincre. S’il s’agit de second degré, je ne l’ai pas ressenti. On sait que Julian est acteur, mais sa personnalité a l’air si changeante qu’on peine à s’y attacher. Je n’ai pas su si je devais l’apprécier ou le détester.
De plus, les motivations des personnages sont disproportionnées par rapports aux faits. Pourquoi ne pas discuter avec le père concernant le testament au lieu de tout de suite s’embarquer dans un coup monté destiné à l’assassiner ?
Julian Kolovos a l’air de jouer double jeu mais je n’en étais pas vraiment sûre, à aucun moment on ne nous explique vraiment pourquoi (si c’est le cas) ? Le personnage fou amoureuse de lui a des réactions également disproportionnées, telle une Juliette sans Roméo. Bref, cela manquait de subtilité pour moi.
Côté écriture, nous avons des scènes qui ne servent pas le récit comme le passage de Julian à Marseille avec la petite trisomique, qui est un passage long et lors duquel je me suis demandée où voulait en venir l’auteur, des personnages intrigants qui n’apportent pas non plus au récit comme les différents fantômes… En bref l’ensemble du roman comporte beaucoup d’éléments hétérogènes et facultatifs. Ils n’apportent rien au récit. J’ai eu du mal à définir quel était l’objectif de l’histoire : l’assassinat du père ? Autre chose ? Quoi qu’il en soit l’auteur n’a semble-t-il pas assez insisté sur le but de son roman car je suis passée à travers. Quant au style, il est souvent suranné et lourd, peu enclin à nous plonger au coeur de l’histoire. Là encore j’ai eu du mal à adhérer à l’utilisation parfois abusive de tournures telles que « elle eût pu », il y aurait probablement eu la possibilité de fluidifier l’ensemble.
Sur la forme :
Là encore je n’ai pas bien saisi ce que l’auteur a voulu faire. Le récit est imprimé avec moult phrases en italiques détachées des blocs de texte. Mais pourquoi ? Nous avons tantôt une pensé, tantôt une description type « didascalie », tantôt un élément externe à l’histoire. Je n’ai donc pas compris à quoi servaient ces interventions en italique. Est-ce une pièce de théâtre ? Non puisqu’on est parfois dans la tête du personnage. Les descriptions extraites du corps de texte pour être mises en italiques ne sont pas différentes de celles dans le corps du texte. Là encore ces éléments n’apportent rien à l’histoire.
Ces 258 pages sont pleines d’éléments que l’on aurait aisément pu couper pour alléger e récit et se concentrer sur autre chose.
A noter que je me suis plusieurs fois demandée si le concept du roman n’était pas justement de nous fournir un script de pièce de théâtre absurde et tragi-comique. Car les dialogues, les personnages aux traits de caractères clichés et appuyés, les interventions types « didascalie » m’y ont fait penser. Est-ce que le livre a été écrit dans le but d’une adaptation sur les planches ?
Si ce n’est pas le cas, je ne peux pas dire que le but du roman soit atteint. Et si c’est le cas, alors pourquoi pas ?
Ce qui est dommage avec ce titre, c’est qu’il me paraissait avoir le potentiel dans sa première et sa quatrième de couverture, mais que je n’ai pas retrouvé l’ambiance ni le scénario à l’intérieur. J’avais déjà soulevé les mêmes points dans ma chronique des Contes épouvantables et fables fantastiques, du même auteur. Il semble donc que cela soit propre à son style, et que ce style ne soit pas pour moi.

Pour qui : Les lecteurs avides de lectures originales et conceptuelles.

Les + : De bonnes idées et un style propre à l’auteur.

Les – : Un manque d’homogénéité dans le récit, des éléments qui n’apportent rien à l’histoire, des personnages aux réactions étonnantes et une mise en page déroutante.

Infos pratiques
N° ISBN : 978-2-87459-902-6
Auteur : J. P. VOLPI
Année de parution : Février 2016

Dormeurs, d’Emmanuel Quentin

dormeursDormeurs, d’Emmanuel Quentin (one shot, éditions du Peuple de Mü)

En 2017, dormir est un métier. Fredric Jahan est un dormeur, embauché et payé pour rêver. Ses rêves sont si bons qu’il est même une star dans le domaine. La population s’arrache ses productions afin de les rêver à leur tour chaque nuit.
Mais un jour, Fredric ne rêve plus et pour cause : il se met à cauchemarder au sujet d’un étrange personnage en rouge qui sème la mort et la terreur aussi bien dans la vraie vie que dans les songes.
Cela aurait pu faire le bonheur du patron de Fredric si le bonhomme en rouge n’essayait pas clairement d’attirer le dormeur à lui. Car il en est sûr : c’est à lui qu’il en veut. Mais pourquoi ?
Alors qu’il se découvre un don, Fredric se met en tête d’arrêter le tueur, quoi qu’il en coûte.

Je remercie les Éditions du Peuple de Mü, le Dépôt Imaginaire et l’auteur Emmanuel Quentin pour cette découverte. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur lors du premier « Blogueur Day » organisé à Lyon le 10 décembre dernier, date à laquelle j’ai pu faire l’acquisition de ce roman qui me faisait envie depuis un moment.
La première chose que l’on remarque est cette couverture franchement réussie représentant un homme dans un fauteuil au milieu d’une atmosphère en clair obscur du plus bel effet. Et le titre jaune ressort beaucoup. La composition globale est très réussie, d’autant plus que quand on s’approche de l’image on a l’impression qu’il s’agit d’une toile peinte. J’adore !
Mais l’histoire que contient ce joli livre tient-elle la route ?
Hé bien oui. J’ai dévoré ce livre en deux jours, le temps d’un week-end. L’histoire racontée par Emmanuel Quentin à travers son personnage masculin n’a rien d’un rêve. Le lecteur est transporté dans un monde qui pourrait être le nôtre, mais pas tout à fait. A travers la parole du narrateur enrichie de coupures de presse, on plonge dans une dimension parallèle. Est-ce que cela fait envie ? A voir. Surtout quand les choses commencent à dégénérer.
L’auteur passe d’ailleurs assez vite sur le début de l’ImpRêverie et le succès de Fredric pour se concentrer d’avantage sur sa descente aux enfer. Même si je comprends le choix, j’aurais aimé que l’histoire s’attarde un peu plus sur la montée en gloire du narrateur afin de mieux se le représenter par la suite. Car finalement cette gloire reste assez abstraite tout le long du livre.
A part cela, l’histoire va de rebondissements en péripéties. La lecture est fluide, rapide, prenante. L’auteur a su donner un vrai style à son personnage, si bien que l’on ressent le côté « masculin » et « viril » aussi bien dans le ton que dans les actions. C’est punchy, dynamique et bien joué ! Vraiment intéressant.
A la manière d’une pièce de théâtre, l’histoire possède plusieurs actes. On change de décor pour adopter les grandes lignes de la vie du personnages.
Des flashback nous font vivre ou revivre des moments forts de certains protagonistes et j’ai particulièrement aimé les passages concernant la guerre du Vietnam. Là où beaucoup d’auteurs seraient tombés dans la facilité de reprendre l’indémodable seconde guerre mondiale, l’auteur a choisi ici un autre théâtre d’opérations, moins connu, à tort, ce qui rend en plus son histoire originale.
Globalement j’ai apprécié les choix de l’auteur et le monde qu’il a voulu dépeindre. Je n’ai pas le souvenir de m’être dit que l’histoire m’en rappelait une autre, ce qui est assez rare pour être souligné.
Les autres personnages qui évoluent autour du héros sont peu nombreux mais bien construits. Les personnalités féminines sont aussi bien traitées que les personnalités masculins et l’ensemble est crédible.
J’ai globalement cru à cet univers pourtant pas si éloigné du nôtre (le roman est sorti en 2016 mais l’histoire se passe en 2017, donc en ce moment !). Rien que cela n’est pas courant, alors que la majorité des auteurs aurait placé quelques dizaines d’années d’écart entre leur récit et la vie réelle.
Ce Dormeurs est donc une belle découverte. J’espère avoir prochainement l’occasion de lire une nouvelle histoire d’Emmanuel Quentin chez cet éditeur.

Pour qui : Les lecteurs en quête d’une histoire originale, crédible et dynamique.

Les + : Des choix audacieux qui font se démarquer l’histoire, un côté « thriller » frais et dynamique qui fait de ce livre un page turner, le style de l’auteur parvient à créer totalement le narrateur et à nous entraîner avec lui dans son univers, l’ajout des éléments tels que des coupures de presse, des notes, un contrat… ajoutent de l’épaisseur à l’univers créé par l’auteur.

Les – : J’aurais aimé en savoir plus sur l’ascension de Fredric Jahan en tant que star, car sans cette partie on se rend moins compte du phénomène et de ses conséquences.

Infos pratiques
ISBN papier : 979-10-92961-53-9
ISBN numérique : 979-10-92961-54-6
Illustration : Cédric Poulat
Nombre de pages (papier) : 312
Dépôt légal : mai 2016

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