Dormeurs, d’Emmanuel Quentin

dormeursDormeurs, d’Emmanuel Quentin (one shot, éditions du Peuple de Mü)

En 2017, dormir est un métier. Fredric Jahan est un dormeur, embauché et payé pour rêver. Ses rêves sont si bons qu’il est même une star dans le domaine. La population s’arrache ses productions afin de les rêver à leur tour chaque nuit.
Mais un jour, Fredric ne rêve plus et pour cause : il se met à cauchemarder au sujet d’un étrange personnage en rouge qui sème la mort et la terreur aussi bien dans la vraie vie que dans les songes.
Cela aurait pu faire le bonheur du patron de Fredric si le bonhomme en rouge n’essayait pas clairement d’attirer le dormeur à lui. Car il en est sûr : c’est à lui qu’il en veut. Mais pourquoi ?
Alors qu’il se découvre un don, Fredric se met en tête d’arrêter le tueur, quoi qu’il en coûte.

Je remercie les Éditions du Peuple de Mü, le Dépôt Imaginaire et l’auteur Emmanuel Quentin pour cette découverte. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur lors du premier « Blogueur Day » organisé à Lyon le 10 décembre dernier, date à laquelle j’ai pu faire l’acquisition de ce roman qui me faisait envie depuis un moment.
La première chose que l’on remarque est cette couverture franchement réussie représentant un homme dans un fauteuil au milieu d’une atmosphère en clair obscur du plus bel effet. Et le titre jaune ressort beaucoup. La composition globale est très réussie, d’autant plus que quand on s’approche de l’image on a l’impression qu’il s’agit d’une toile peinte. J’adore !
Mais l’histoire que contient ce joli livre tient-elle la route ?
Hé bien oui. J’ai dévoré ce livre en deux jours, le temps d’un week-end. L’histoire racontée par Emmanuel Quentin à travers son personnage masculin n’a rien d’un rêve. Le lecteur est transporté dans un monde qui pourrait être le nôtre, mais pas tout à fait. A travers la parole du narrateur enrichie de coupures de presse, on plonge dans une dimension parallèle. Est-ce que cela fait envie ? A voir. Surtout quand les choses commencent à dégénérer.
L’auteur passe d’ailleurs assez vite sur le début de l’ImpRêverie et le succès de Fredric pour se concentrer d’avantage sur sa descente aux enfer. Même si je comprends le choix, j’aurais aimé que l’histoire s’attarde un peu plus sur la montée en gloire du narrateur afin de mieux se le représenter par la suite. Car finalement cette gloire reste assez abstraite tout le long du livre.
A part cela, l’histoire va de rebondissements en péripéties. La lecture est fluide, rapide, prenante. L’auteur a su donner un vrai style à son personnage, si bien que l’on ressent le côté « masculin » et « viril » aussi bien dans le ton que dans les actions. C’est punchy, dynamique et bien joué ! Vraiment intéressant.
A la manière d’une pièce de théâtre, l’histoire possède plusieurs actes. On change de décor pour adopter les grandes lignes de la vie du personnages.
Des flashback nous font vivre ou revivre des moments forts de certains protagonistes et j’ai particulièrement aimé les passages concernant la guerre du Vietnam. Là où beaucoup d’auteurs seraient tombés dans la facilité de reprendre l’indémodable seconde guerre mondiale, l’auteur a choisi ici un autre théâtre d’opérations, moins connu, à tort, ce qui rend en plus son histoire originale.
Globalement j’ai apprécié les choix de l’auteur et le monde qu’il a voulu dépeindre. Je n’ai pas le souvenir de m’être dit que l’histoire m’en rappelait une autre, ce qui est assez rare pour être souligné.
Les autres personnages qui évoluent autour du héros sont peu nombreux mais bien construits. Les personnalités féminines sont aussi bien traitées que les personnalités masculins et l’ensemble est crédible.
J’ai globalement cru à cet univers pourtant pas si éloigné du nôtre (le roman est sorti en 2016 mais l’histoire se passe en 2017, donc en ce moment !). Rien que cela n’est pas courant, alors que la majorité des auteurs aurait placé quelques dizaines d’années d’écart entre leur récit et la vie réelle.
Ce Dormeurs est donc une belle découverte. J’espère avoir prochainement l’occasion de lire une nouvelle histoire d’Emmanuel Quentin chez cet éditeur.

Pour qui : Les lecteurs en quête d’une histoire originale, crédible et dynamique.

Les + : Des choix audacieux qui font se démarquer l’histoire, un côté « thriller » frais et dynamique qui fait de ce livre un page turner, le style de l’auteur parvient à créer totalement le narrateur et à nous entraîner avec lui dans son univers, l’ajout des éléments tels que des coupures de presse, des notes, un contrat… ajoutent de l’épaisseur à l’univers créé par l’auteur.

Les – : J’aurais aimé en savoir plus sur l’ascension de Fredric Jahan en tant que star, car sans cette partie on se rend moins compte du phénomène et de ses conséquences.

Infos pratiques
ISBN papier : 979-10-92961-53-9
ISBN numérique : 979-10-92961-54-6
Illustration : Cédric Poulat
Nombre de pages (papier) : 312
Dépôt légal : mai 2016

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