Monthly Archives: juin 2017

Inséparables, d’Elie Darco

Inséparables, d’Elie Darco (one shot, éditions Magnard Jeunesse)

Beryl et Alec sont frères et soeurs. Dans la vie, ils partagent tout et font ensemble les quatre-cent coups. Rien ni personne ne pourra jamais les séparer.
A moins que…
Un jour, alors qu’ils viennent d’emménager dans une ville où ils s’ennuient, une camarade de classe est retrouvée morte dans la forêt non loin d’un complexe militaire. Persuadé qu’il se passe quelque chose d’anormal, le duo se met en quête de réponses. Cela pourra également les sortir de leur ennui quotidien.
Malheureusement les apparences sont parfois trompeuses et ils pourraient bien perdre plus de choses qu’en gagner, dans cette histoire.
Ce qui est fait n’est-il pas fait pour être défait, dit le proverbe ? Comme des liens inséparables, par exemple…

Inséparables est le premier roman que je lis de l’auteure Élie Darco. Jusqu’à présent je l’avais découverte dans des recueils de nouvelles, comme Les Dames Baroques , ou l’anthologie Or et Sang (dans laquelle je suis également). Je découvre donc ici un texte plus long et destiné à un autre public : les jeunes ados.
En relisant les chroniques des recueils dans lesquels figure déjà l’auteure, j’ai remarqué que ses textes figurent souvent parmi ceux que je préfère. A la lecture de ce roman, je sais pourquoi.
Inséparables est un thriller palpitant qu’il est difficile de lâcher une fois ouvert. Sincèrement.
Premièrement parce que le duo Alec/Beryl fonctionne extrêmement bien. Il n’est pas sans me rappeler ces couples fraternels forts comme j’en ai lu dans Feed, de Mira Grant ou plus récemment dans Le Serment Incandescent, de Francesca Haig. Attachants, ils restent en mémoire et bénéficient d’une personnalité propre et complémentaires. Ils sont dès le départ présentés comme « frère et soeur » et non comme des jumeaux mais dans l’esprit du lecteur, cela revient au même, tant ils semblent sur la même longueur d’onde. La suite des événements tend à prouver une certaine forme de gemmelité. C’est fort, c’est beau.
Du reste, le traitement de ce duo est ici très intéressant et crédible. Les personnages secondaires comme les camarades de classe ou les parents sont un peu moins fins mais le duo principal suffit à être happé par le livre.
L’histoire se déroule dans un univers proche du nôtre mais visiblement placé dans un futur proche, et sans être précisément localisé, on se représentera sans mal un contexte américain.
Ensuite, les idées développées dans le roman sont prenantes et intéressantes. Les amateurs de théorie du complot se régaleront avec ce scénario à suspense digne d’une série américaine. Personnellement j’ai trouvé la révélation finale un peu « grosse » dans la mesure où un million de paramètres auraient pu venir gangrener la machine, mais après tout pourquoi pas. Je suis très curieuse de lire la suite s’il doit y en avoir une (le roman est un one shot qui se lit comme tel, une suite n’est donc pas obligatoire, mais j’apprécierais retrouver ce duo et vivre de nouvelles aventures). Je me suis demandée jusqu’à l’épilogue où tout cela allait mener le lecteur. Car bien qu’étant un one shot comme je l’ai dit, on a l’impression, presque jusqu’à la fin, que le récit va s’arrêter sur un incroyable clifhangger et nous frustrer jusqu’au prochain épisode. Ce n’est pas le cas ici car l’histoire est bien calibrée mais je n’aurais pas été choquée que ça le soit. Et je me prends à espérer malgré tout une suite, au moins pour revoir Beryl et Alec.
Enfin, l’écriture est immersive, fluide, l’ensemble du roman étant composé de petits chapitres qui vous font sans cesse dire « encore un ». Ici ce procédé fonctionne très bien et participe au fait de ne pas lâcher l’ouvrage. L’auteure a su distiller ses informations au compte goutte et faire naître le suspense page après page, si bien que l’on veut toujours en savoir plus.
Le petit plus revient à cette couverture attractive qui, je trouve, représente extrêmement bien les personnages et la dynamique du roman.
C’est donc presque un sans faute pour ce titre que l’on dévore comme une série américaine. Vivement le suivant !

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires à suspense, les ouvrages au rythme effréné et les théories du complots.

Les + : Un duo de personnages principaux forts et attachants, crédibles, un scénario bien dosé qui tient sur toute la longueur, et un style d’écriture immersif et efficace.

Les – : Le dénouement m’a paru un peu trop gros bien que parfaitement expliqué tout au long du récit.

Infos pratiques
Editeur : Magnard Jeunesse
Parution : avril 2017
Pages : 288 pages
ISBN : 978-2-210-96393-1
EAN13: 9782210963931
Reliure / Technologie : Broché
Collection : Romans Ado
Âge : à partir de 13 ans

Anthologie Animaux Fabuleux, Collectif

Animaux Fabuleux, Collectif (anthologie, éditions Sombres Rets)

L’anthologie Animaux Fabuleux regroupe 19 nouvelles d’auteurs différents sur ce thème.

La Chasse du Baron de Richecourt, d’Aurélie Genêt : Une rapide chasse au darou, cet animal fabuleux connu pour être mi-chèvre mi-renard et parcourir les flancs de montagnes sur ses pattes aux longueurs différentes. Le vocabulaire de la chasse est bien exploité ici et bien que l’on devine rapidement la fin, ce petit conte est plaisant à lire. Le personnage du Baron est pathétique au point qu’on lui pardonne d’avoir voulu mettre fin aux jours d’un animal.

Les Chats de Schrödinger, de Anne Goulard : J’ai beaucoup apprécié ce texte à l’atmosphère singulière et à l’univers développé. Bien écrit, il nous présente une héroïne forte et attachante, qu’il me plairait de revoir. Les scènes d’action sont bien faites et le style global de la nouvelle est très visuel. En revanche, j’ai trouvé que la place du chat de Schrödinger est presque anecdotique et sa signification inexistante (je suis allée voir sur internet de quoi il s’agissait avant d’écrire cet avis car je connaissais de nom sans savoir exactement de quoi on parlait), comme s’il s’agissait d’un élément ajouté a posteriori pour correspondre à cet appel à texte. Dommage car il y a du potentiel.

La Dernière Neige, de Delphine Hédoin : Un joli petit texte, poétique et onirique, sur les loups et d’autres créatures plus légendaires. On y parle chasse et beauté de la vie. C’est intéressant et bien écrit, agréable à lire.

Comme les Rois Mages, de Jean-Marc Sire : Une touche d’humour dans ce petit texte incisif et bien écrit. L’idée d’avoir pris comme personnages principaux deux pingouins de laboratoire est bonne et mériterait d’être encore plus développée à travers une histoire complète. Le duo fonctionne bien et a un potentiel comique indéniable. De bonnes idées et une bonne plume. J’en redemande.

La Valse de la Sirène, de Bleuenn Guillou : Une histoire pleine et entière comme je les aime ! Le texte est plus long que la moyenne, environ une vingtaine de page, et permet de développer une histoire avec un passé, un présent et un futur complets. L’auteur prend le temps d’installer ses personnages et de leur créer un background, sans jamais que cela ne soit trop long. Savamment dosé, le récit nous entraîne au sein d’une foire (ambiance que j’aime particulièrement) dans laquelle se trouve une sirène. Malgré la galerie de personnages fournie, tout tourne autour de la créature qui n’apparaît qu’en filigrane, et est pourtant au tout premier plan. Il n’y a rien à redire sur ce texte qui est tout simplement parfait.

A la poursuite du Khting Voar, de Tepthida Hay : Une histoire originale au coeur de la jungle indochinoise. Ce que j’ai aimé dans ce texte, c’est que le titre porte l’attention sur une créature, mais que finalement ce n’est pas cette créature-là le centre du texte. Un parti pris sympathique et original, qu’il ne m’aurait pas dérangé de voir encore plus développé. L’ambiance de la jungle et des colonies est bien décrite, on s’y croirait.

Si tu n’es pas sage, de Florian Petit : Il m’a manqué quelque chose avec ce texte très court. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui me chiffonne. Je crois que c’est du côté du fond plus que de la forme. Je n’ai tout simplement pas adhéré à ce texte racontant une peur d’enfant. Le fait, peut-être, de ne pas savoir en quoi la petite fille n’a pas été sage rend la conséquence disproportionnée.

Ivresse Ignée, de Florian Bonnecarrère : Un texte assez long pour assez peu de choses, finalement. Celui-ci nous raconte l’histoire d’une jeune alchimiste chasseuse de dragons qui se construit un golem pour se protéger. Je me suis longtemps demandée où l’auteur voulait en venir, et j’ai été un peu déçue par cette fin finalement assez plate par rapport à ce que promettait le récit tout le long. Néanmoins, le texte est bien écrit et reste agréable à lire.

The spider and the fly, de Thibault de Lambert : Un texte très émouvant et poétique se déroulant dans un décor peu commun : un supermarché. J’ai beaucoup aimé, d’autant plus qu’il y a une morale à la fin. Sans doute l’un des plus beaux textes de l’anthologie pour l’instant en dépit de sa petite taille. J’ai été émue par les araignées métalliques. Bien joué !

Par les liens toxiques de la chair, de Frédéric Darriet : Un texte du style horrifique assez efficace. Il y a une ambiance particulière, un décor singulier, et un style qui se lit bien. Seul bémol : la fin. Abrupte, elle m’a laissée sur ma faim, justement. Il y avait tout pour terminer d’une manière plus marquante, mais non. C’est ma petite déception car pour le reste j’ai apprécié les horribles créatures décrites et l’atmosphère générale du texte.

Propensia animis spongiasis, d’Emmanuel Ardichvili : une texte angoissant qui se déroule sous l’eau. La tension est palpable et l’univers bien construit. Je connaissais déjà l’auteur puisque j’avais lu son ouvrage La Tour, paru chez le même éditeur, et on sent dans ce texte que l’auteur a de l’expérience. J’ai passé un moment terrifiant sous l’eau, et j’ai dû retenir moi aussi ma respiration plusieurs fois. L’idée de traiter d’une créature de type « éponge » est très originale et se démarque des autres textes de l’anthologie. Le texte est angoissant de bout en bout (je n’aime pas l’eau et la mer il faut que vous le sachiez). Assurément l’un des textes marquants de cette anthologie.

Cochon qui s’en dédit, de Marie Czarnecki : Un petit texte court mais sympathique. Le parti pris est original (l’histoire est racontée par un cochon savant) et la morale intéressante. Seul bémol : l’inclusion d’expressions porcines qui auraient certainement dues être comiques mais qui, de mon point de vue, ne fonctionnent pas. Il n’y avait pas besoin de cela pour faire un bon texte, ces insertions sont superflues. Le petit cochon est assez attachant dans son ensemble et cela ne m’aurait pas dérangé d’en lire plus sur sa vie.

Inari no Shinden, d’Ophélie Hervet : Une jolie histoire très bien écrite et émouvante. Un couple de personnages qui n’est pas sans rappeler ceux que l’on peut trouver dans les séries des éditions Ofelbe (comme par exemple Spice & Wolf) et qui fonctionne bien. On y parle Yokai et Kitsune. C’est assez poétique, il y a du vocabulaire japonnais pour donner une immersion complète (bien que je ne sois pas fan des notes de bas de page en général) et l’ensemble est bien écrit. Un joli texte.

La Bête, de Pascaline Nolot : Un texte intéressant qui n’est pas sans rappeler Jurassic Park. J’ai apprécié le point de vue du narrateur. Original, on se demande tout le long du texte à qui appartiennent les yeux à travers desquels nous découvrons l’histoire. Beaucoup de créatures fabuleuses se retrouvent dans cette nouvelle et il est intéressant de constater à la fin que La Bête est peut-être plutôt l’Homme, et non pas la créature.

Gare à la Gouille ! de Eric Vial-Bonacci : Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris à ce texte. Très court, il joue sur les mots entre gargouille et son titre, mais de ce fait je n’ai pas compris si le monstre principal est réellement une gargouille ou si c’est une coïncidence. De même je n’ai pas compris les motivations profondes du monstre… Il m’a manqué de la matière pour apprécier ce texte. Pourtant l’idée de choisir cette créature sortait des sentiers battus et pouvait être intéressante à traiter.

Ganiagwaihegowa, de Phil Becker : Un texte plein d’action dans lequel nous découvrons l’histoire d’un groupe de chasseurs à la poursuite d’un ours légendaire. Je ne connaissais pas du tout cet animal et je regrette de ne pas en avoir appris plus sur lui. Pourquoi ce nom imprononçable et difficilement lisible ? Ici les personnages connaissent déjà la bête et ce que nous en apprenons ne suffit pas à brosser un portrait complet, j’imagine qu’il y a tout un folklore derrière elle et cela n’est pas explicité ici.
Néanmoins la lecture est agréable, fluide, et bourrée d’action.

Game Over, de Virginie Perraud : Un des textes les plus courts du recueil. Il raconte l’histoire d’un condamné à mort qui va « boucler la boucle » en poursuivant une existence auprès d’une fille dont il aurait fait sa victime, avant. Un texte plein d’ironie mais qui m’a semblé à la limite du thème de l’anthologie.

Le dernier des Massaliotes, de C.D Inbadreams : Si vous souhaitez apprendre à jurer en marseillais, lisez ce texte. Le lexique, pourtant atténué par des * lorsqu’il devient un peu trop fort, est tout à fait local et riche en expressions en tout genre.
Ce texte est percutant et bien écrit. On peut entendre les grillons chanter et ressentir l’écrasante chaleur à sa lecture. Bien que l’on y croise le dahu, une bête déjà vue plus tôt dans le recueil, ce texte se démarque par son côté immersif et bien construit.

L’Épave du Bout du Temps, de Sylwen Norden : l’anthologie se termine bien avec ce joli texte qui change de ces prédécesseurs dans son décor. En effet, il se déroule principalement sous Terre et dans un monde alternatif, ce qui change. Le duo formé par Annwyn la souris et le héros fonctionne bien. Il y aurait matière à écrire un roman complet avec ce texte comme base ou synopsis. Un auteur à suivre.

En résumé c’est à nouveau une anthologie de qualité que nous proposent les éditions Sombres Rets. Si j’ai été étonnée par le fait que la majorité des textes laissent apparaître leurs animaux fabuleux dans des décors champêtres et non des villes (il y aurait peut-être quelque chose à faire pour palier cette carence ?), l’ensemble est globalement original et bien construit. Les 19 textes sont différentes les uns des autres et je n’ai jamais eu l’impression de relire une aventure. Le choix a donc été bien fait et le thème a pu inspirer suffisamment pour que les auteurs fassent des choix différents et complémentaires.
Les animaux fabuleux dont traitent les textes sont intéressants car ce ne sont pas ceux que l’on a l’habitude de voir en littérature. Pas de zombies, de vampires ou de garous dans ces pages. Il n’y aura que des créatures folkloriques habituellement délaissées. Un point important car il permet d’enrichir sa culture générale.
A noter que si peu de noms vous disent quelque chose, les auteurs ne sont pourtant pas des novices. On découvre dans les notices biographiques de fin d’ouvrage qu’ils ont tous (à l’exception d’un seul) publié dans nombre de revues, webzines et maisons d’éditions. C’est intéressant et prometteur. D’ailleurs, il est possible d’en lire dans la plupart des autres anthologies chroniquées sur le site.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les recueils de nouvelles de qualité et qui proposent des textes riches et intéressants. Les lecteurs qui ont envie de découvrir des créatures dont la littérature ne parle pas assez.

Les + : beaucoup de petits textes et des textes globalement de qualité. Des créatures inhabituelles dans les récits.

Les – : je regrette un peu le manque de paysages urbains et différents. La forêt et la campagne semblent être une source récurrente d’inspiration pour croiser les créatures fabuleuses. Nos villes ne peuvent-elles plus nous faire rêver ?

Infos pratiques
Format : 15 x 21cm
Pages : 284 pages
ISBN : 978-2-918265-24-5
Parution : le 17 avril 2017.

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