Archives mensuelles : octobre 2017

2312, de Kim Stanley Robinson

2312, de Kim Stanley Robinson (one shot, éditions Actes Sud)

Swan est une artiste spécialisée dans la conception de biodômes destinés à accueillir de la population sur des planètes hors de la Terre. Un jour, sa grand-mère, Alex, scientifique reconnue, décède. En guise de cadeau d’adieu, elle laisse à Swan de mystérieux documents qu’elle doit transmettre à une partie de son équipe de travail. Mais Swan, dévastée par le chagrin, ne connait rien des fréquentations ni des motivations de sa grand-mère.
Cette quête de la vérité va l’entraîner sur bien des planètes et ce qu’elle va découvrir pourrait remettre en question toute sa conception de la vie.

J’ai reçu ce titre de la part des éditions Actes Sud sans m’y attendre, si bien que je ne savais justement pas à quoi m’attendre à sa lecture.
Une telle brique de SF (613 pages écrites en tout petit) me donnait envie de me plonger dans cet univers dépaysant. En cela j’ai été servie.
En effet, l’intrigue démarre fort. A la mort d’Alex, nous faisons la connaissance de Swan, sa petite fille éplorée qui cherche à faire son deuil. Or, Alex lui a laissé de drôles de messages. Qu’est-ce que cela signifie ? Sur quoi travaillait-elle ? Qui en veut à la cité de Terminateur ? Qui était cet inconnu aperçu sur un écran dans une zone où personne ne devrait se trouver ?
Alors que les premières pages posent une intrigue qui a tout pour faire un thriller palpitant, les choses s’enlisent. L’auteur commence à nous dépeindre un univers où les planètes sont petit à petit colonisées par l’espèce humaine, depuis longtemps échappée de son berceau originel qu’est la Terre. Une vision d’un monde plutôt noire dans laquelle l’auteur s’échine à nous en apprendre plus sur les techniques de terraformation, de colonisation, de peuplement (notamment à travers une magnifique scène où les animaux sont réintégrés sur la Terre dans des bulles), de commerce et de mœurs inter-espèces… Mais au détriment de l’intrigue, qui elle n’avance pas.
Kim Stanley Robinson pose pourtant des questions intéressantes au sujet de l’intelligence artificiel et de ses dérives. Il nous amène à nous interroger sur les robots, les programmes… tout cela est passionnant. J’aurais aimé en savoir plus, creuser encore davantage la question et le raisonnement. Mais non.
J’ai eu l’impression que cette intrigue n’était qu’un prétexte pour l’auteur afin de lui laisser construire son monde. Ainsi, le roman fourmille de longs passages descriptifs de planètes, de cultures et de systèmes de fonctionnement… dans lesquels j’avoue m’être perdue plusieurs fois en raison d’un décrochage d’attention. L’auteur coupe son roman avec des listes et des textes censés apporter un peu d’épaisseur à son univers, mais toutes ne sont pas faciles à comprendre. Par exemple la toute dernière promenade quantique (presque une purge à lire) semble révéler une information que j’étais excitée d’avoir décelée mais… en fait je n’en sais rien. Et la fin du roman ne vous en apprendra pas plus sur ce qui aurait pu être un sacré retournement de situation.
Car tout au long du roman l’histoire, elle, piétine. On n’avance pratiquement pas, et la romance instaurée entre les deux principaux personnages peine à convaincre.
En effet, les personnages du roman ne sont pas attachants. Je ne me suis pas attachée à eux. Swan, qui a pourtant du potentiel et qu’on nous présente au début comme très émotive, apparait très vite comme une femme au caractère bougon, peu appréciable et sans cesse de mauvaise humeur. Et ce n’est pas Fitz Wahram, constamment décrit comme un crapaud, qui remontera le niveau. Ce personnage aurait pu être attachant mais on sent que l’auteur lui-même n’y tient pas. Les personnages secondaires se perdent dans le récit et n’ont pas de reliefs.
2312, c’est une année. Une année dont on nous dit plusieurs fois qu’elle est charnière et qu’il s’est passé quelque chose.
Mais quoi ?
A la fin du roman, je n’ai toujours pas compris en quoi cette année méritait à ce point d’en faire un fromage. Bombardement d’une planète ? Entrée en guerre ? Épidémie ? Conflit diplomatique ? Prise de pouvoir de l’Intelligence Artificielle ?
Non, rien de tout cela.
En bref je n’ai pas réussi à cerner le but de ce texte, qui a pourtant beaucoup de bonnes pistes. Pourquoi avoir tracé de si intéressantes lignes si ce n’est pas pour aller au bout des choses ? Il y avait sans doute possibilité de développer bien plus l’intrigue sur les I.A et le travail à la mort d’Alex, mais l’auteur ne l’a pas fait. De plus, on ne retrouve pas la subtilité d’un Peter F.Hamilton, par exemple, ce qui confère des lourdeurs et des longueurs dans le texte.
Le plus décevant est que quelques jours avant le début de ma lecture, j’ai assisté à une conférence sur la SF au festival les Aventuriales à Ménétrol, où cet auteur a été cité comme étant un maître du genre. Dommage que cet ouvrage ne m’en ai pas donné l’impression. Une erreur de parcours ?
Il faudra lire un autre texte pour avoir un avis tranché sur le sujet, mais espérons qu’il sera moins épais que celui-ci.

Pour qui : les lecteurs qui aiment la SF et tout savoir de la création de mondes.

Les + : beaucoup d’informations sur le monde de fonctionnement d’un univers étendu dans notre galaxie, sur des cultures diverses et sur la création d’habitats viables sur d’autres planètes. On voyage beaucoup d’une planète à l’autre et il est appréciable de voir que l’auteur a su dépeindre la Terre d’une manière convaincante, bien que catastrophique.

Les – : des pistes abordées pas assez développées, une intrigue qui démarre bien mais se perd au fil du temps, des passages descriptifs très longs et qui n’apportent rien, des personnages auxquels on ne s’attache pas.

Infos pratiques
Actes Sud Littérature
Collection :
Exofictions
Sortie :
Septembre, 2017
Pages :
624 pages
traduit de l’anglais (États-Unis) par :
Thierry ARSON
ISBN :
978-2-330-07534-7

Manus Dei, Neachronical T3, de Jean Vigne

Manus Dei, de Jean Vigne (tome 3 de la trilogie Neachronical, éditions du Chat Noir)

Après un séjour dans un tombeau en compagnie d’un chevalier décédé, le moins qu’on puisse dire, c’est que Néa n’est pas contente. La vengeance sera son obsession lorsqu’elle sortira de ce cercueil de pierre.
Elle voudra comprendre, aussi. Comprendre pourquoi elle, pourquoi tout cela ?
Propulsée dans un futur sombre et délirant en compagnie de sa fidèle amie, elle n’aura d’autres choix que d’affronter le passé pour sauver l’avenir.

Ce dernier tome de la trilogie Neachronical nous entraîne une fois encore à travers les époques. Fidèle à lui-même, Jean Vigne dépeint une héroïne remontée et « badass » partie pour en découdre avec la terre entière.
Si vous avez apprécié Post Mortem, le tome précédent, celui-ci est dans sa lignée. L’histoire mêle en effet notre présent au passé arthurien. On trouve donc les plus grands personnages de l’époque médiévale, portés par le trio Merlin/Morgane/Viviane.
Le tome révèlera grâce à des flashback les motivations finalement très terre à terre des protagonistes, ce qui constitue par rapport au premier tome Memento Mori, un changement significatif. On est passé d’un texte d’urban fantasy à un texte de fantasy à la fois « classique » et « futuriste ». L’auteur mêlant les époques pour produire une seule et même histoire. Les fans du premier tome et de son ambiance pourront être déroutés par ce titre qui vient malgré tout fermer la série avec une grande cohérence. La rupture entre le premier et le second tome est si franche que seuls les lecteurs ayant adhéré au deuxième opus pourront apprécier celui-ci.
En ce qui me concerne, au-delà de l’histoire, c’est surtout Néa que j’ai apprécié. De tous les romans de l’auteur, je crois que c’est l’héroïne à laquelle je me suis le plus attachée. Ce n’est pourtant pas sa seule héroïne rousse, mais ici elle est carrément terrible. L’histoire de sa vie est tellement pleine de rebondissements, ses pouvoirs sont intéressants, et son adolescence volée si touchante. Cet attachement créé dès le premier tome a été pour moi source de frustration dans ce dernier tome où l’intrigue est partagée entre trois époques et autant de galeries de personnages. Bien qu’ils soient tous liés, Néa n’existe véritablement que dans un seul de ses tiers. On la voit beaucoup moins que dans les premiers tomes, ce qui est un peu dommage. Les personnages centraux de ce dernier opus sont Merlin et Morgane, le couple diabolique à l’origine de toute la série. On remonte dans le temps pour répondre à une question importante : « comment en est-on arrivé là ? ».
J’ai un peu moins adhéré au personnage d’Hesat l’égyptienne, qui n’apporte pas grand chose. Certaines pistes auraient peut-être gagnées à être moins complexes, leur base étant relativement simples. Cela aurait probablement donné plus de place à Néa pour s’épanouir et proposer un final flamboyant.
Car en ce qui me concerne, j’ai trouvé le final assez plat et même un peu convenu. Rien ne dépasse, certes, mais venant d’une héroïne comme Néa, c’est presque un peu trop guimauve. Je m’attendais à un feu d’artifice, à une Excalibur plus meurtrière que jamais, à du sang, des têtes qui volent et un festin pour Grognon, mais non. Comme si l’intrigue, qui s’est un peu éparpillée au fil des tomes, a fini par se dissoudre elle-même dans toutes les directions, tel les branches d’une fleur de feu d’artifice. Bien sûr ce n’est que mon avis. Il n’en reste pas moins que j’ai ressenti un petit pincement au coeur au moment de fermer le livre à l’idée que je ne reverrai plus Néa et son tigre. J’attendais aussi beaucoup de Juliette, mais elle a été victime de la grande quantité d’éléments et connaît une fin qui m’a laissée plutôt indifférente.
Le style de l’auteur est comme toujours maîtrisé avec sa propre musicalité. Ces constructions inimitables de phrases « dont » il ne se lasse pas rendent le texte identifiable dès les premières lignes.
Néanmoins, l’histoire, originale à plus d’un titre, souffre peut-être de ce qui est aussi sa grande qualité. Jean Vigne n’a pas voulu faire du réchauffé et c’est ce qui le caractérise. Vous pourrez chercher, cette histoire ne vous rappellera rien de ce que vous avez déjà pu lire. Surprise garantie ! Toutefois, cette originalité semble parfois un peu partir dans tous les sens. Et là où on avait une intrigue peut-être plus classique dans le premier tome (encore que) et complètement liée, elle apparaît presque décousue ici. Avec le découpage des chapitres, il m’est arrivé de me demander pourquoi on était dans le bureau du Président de la république ? Que cherche à faire Merlin, déjà ? Et pourquoi est-il allé réveiller l’égyptienne ? Quel rapport avec la Dame du Lac ? Et pourquoi Néa n’est pas d’avantage liée à Viviane ? Quel est l’intérêt de la partie sur la police ?
Certes tout est lié, mais parfois de manière tellement subtile que cela n’en est plus utile. Un fourmillement de détails qui prête parfois à confusion et m’a un peu perdue, avant que je ne retrouve mon chemin.
N’en reste pas moins que la trilogie sait embarquer le lecteur dans une histoire haletante et pleine de rebondissements. Je conseille de la lire d’un seul tenant pour profiter pleinement de l’intrigue et ne pas vous perdre. Je plaide coupable sur le fait que j’ai probablement mis trop de temps entre chaque tome et que j’ai pu perdre des éléments entre chaque, ce qui a participé à mon sentiment de confusion, parfois.
Quoi qu’il en soit Néa est incontestablement une héroïne que je ne suis pas prête d’oublier !

Pour qui : les lecteurs qui ont lu les premiers tomes.

Les + : une héroïne toujours aussi charismatique et accrocheuse très attachante, une histoire originale qui ne sent pas le « déjà lu », un style fluide et une véritable signature stylistique, des rebondissements en pagaille.

Les – : L’alternance de points de vue donne moins de visibilité à Néa et certaines scènes sont un peu confuses.

Infos pratiques
Broché: 370 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (1 avril 2015)
Collection : GRIFFE SOMBRE
Langue : Français
ISBN-13: 979-1090627710

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