Dualed, de Elsie Chapman

Dualed, de Elsie Chapman (one shot, éditions Lumen)

Kersh est une ville fortifiée dans laquelle tous les individus naissent deux fois. Enfin, pas vraiment. Ils naissent, et quelque part, un double jumeau nait également. Ils cohabitent librement jusqu’à ce que le Conseil active leur puce afin de les faire entrer en chasse. A partir de là, l’un des deux doit mourir pour que l’autre puisse gagner le droit de continuer à vivre. Il ne peut rester que le meilleur. Dans cette lutte à mort, il n’y a pas de place pour les sentiments.
West Grayer n’a pas eu une vie facile. Après la mort de son frère, elle devient une chasseuse, persuadée qu’il sera ainsi plus facile de tuer son double lorsque le grand jour arrivera.
Pourtant, tous les morts ne suffiront pas à éliminer la peur qui s’empare d’elle lorsque son tour arrive.
Et si des deux individus, elle était celle destinée à mourir ?

J’ai acheté ce livre car l’idée de départ me plaisait : deux jumeaux sur la même terre et l’un d’eux doit mourir pour que l’autre survive.
On a ici un roman dystopique pour Young Adult plutôt classique et dont le style simple et efficace rempli son rôle.
Finalement, j’ai été un peu ennuyée à l’idée de me dire que cette société qui prône que les meilleurs survivent soit en fait une société composée uniquement d’assassins… mais soit. C’est une société comme une autre.
En revanche, là où je reste sur ma faim, c’est clairement sur le scénario. Ce postula de départ a tellement de potentiel !
Le roman nous parle de plusieurs choses : la famille décimée de West, son histoire d’amour avec Chord (je ne pense pas spoiler en disant cela car c’est évident dès les premières pages, ce qui ne crée même pas de suspense), la conversion en chasseuse de West, et enfin sa lutte à mort avec son Alt (sa double).
Je reprends dans l’ordre les choses qui pour moi sont insuffisantes et auraient pu être poussées plus loin :
La famille décimée de West : C’est peut-être la chose la mieux réussie du roman dans la mesure où le livre s’ouvre sur une phrase qui vous envoie un coup de poing d’entrée « J’ai enterré presque tous ceux que j’aime ». Boum. On est directement dans les émotions, attaché à ce personnage et sa famille. Le reste du roman nous présente les survivants et on s’attache à eux, l’auteure ayant réussi son coup de nous les faire paraître sympathiques dès le départ. Or, ce n’est pas aussi bien réussi à chaque fois.
L’histoire d’amour avec Chord : aussi grosse qu’un nez au milieu de la figure. Cet arc narratif manque cruellement d’originalité et de finesse, si bien que je n’y ai pas cru. On a encore le thème du beau garçon qui fait tout pour sauver sa demoiselle en détresse, et la demoiselle réticente qui se laisse séduire alors qu’on sait depuis les premières lignes que cela va se terminer ainsi. J’aurais apprécié que l’auteur étire d’avantage son histoire et que cette facette s’installe plus en finesse, et surtout pas dès le début.
La conversion en chasseuse de West : là les choses deviennent vraiment intéressantes ! L’héroïne décide de devenir une tueuse à gage après un tragique événement. Elle pense pouvoir se préparer efficacement à sa propre chasse lorsque le moment sera venu. Bonne idée ! Or, là encore, on manque de matière. On aurait pu apprendre le perfectionnement de West, ses motivations et même pourquoi pas en savoir un peu plus sur ses cibles, afin de la sentir plus ou moins prête. Elsie Chapman nous montre certes quelques un des contrats de West, mais ils durent si peu de temps qu’on a à peine un aperçu. On ne sait pas vraiment comment se prépare West, ses techniques, ses questions… Cette partie de sa vie reste presque secondaire, alors qu’elle est censée avoir une importance pour sa future chasse personnelle.
La lutte à mort de West : comme dit juste au-dessus, la conversion de West en chasseuse avait pour but de la préparer. Je n’ai donc pas compris pourquoi, lorsque vient son activation, elle se met à fuir et se cacher au lieu de traiter cette épreuve comme un nouveau contrat. Pourquoi ce changement d’attitude ? N’a-t-elle rien appris des techniques de combat et de cachette ? On dirait que non. De plus, peu après l’activation de West et sa double, le roman saute au-dessus de trois semaines pour arriver dans les dix derniers jours de chasse (les doubles ont 31 jours pour se neutraliser, à l’issue de quoi ils meurent tous les deux si aucun des deux n’a pris le dessus sur l’autre). Que s’est-il passé tout ce temps ? Ce laps de temps aurait pu faire l’objet d’un livre entier rien qu’à lui. Mais là non. Hop, ni vu ni connu on passe sous silence 20 jours. Mais qu’a fait West et son double durant ce temps ? On a l’impression qu’elles ont vécu normalement pour ne s’affoler qu’à l’approche de l’échéance. Cela rend les choses superficielles et étranges.
De même, on en sait assez peu sur le double de West. Une seule scène nous la présente, lorsque West se rend dans la maison de son double et y découvre sa vie comparée à la sienne. C’est tout. On ne la connait pas plus et on ne s’y attache même pas.
Pourtant, de mon point de vue, il aurait été très intéressant de faire s’attacher le lecteur à ce double, ainsi qu’à l’héroïne. Puisque nous savons qu’au moins une des deux va mourir, il aurait été intéressant de créer aussi un dilemme du côté du lecteur pour lui faire se poser la question : laquelle ai-je envie de voir vivre ? Je croyais vraiment que c’était ce que l’auteure allait faire, ce qui aurait rendu cette lecture vraiment intense.
Mais non.
Si West doute de l’issue de l’affrontement, la fin de l’ouvrage n’est pourtant pas une surprise. Et le double de West connaît un certain destin alors que tout portait à croire qu’elle aurait pu avoir autre chose.
Je suis donc assez mitigée sur cette lecture agréable mais qui m’a donné un sérieux goût de trop peu. Après tout, nous ne sommes jamais limités en caractère dans un roman, alors je ne comprends pas pourquoi l’auteure a fait de tels raccourcis, et a voulu aller aussi vite alors que l’histoire aurait pu être doublement voire triplement plus intense avec plus de développement. Une impression un peu bâclée sort de ce titre au potentiel pourtant indéniable.
A noter pour finir la qualité de l’ouvrage. Il s’agit du premier titre que je me procure de chez cet éditeur et je souhaite souligner la qualité de l’objet. Aussi beau que bien fait, la forme est aussi soignée que le fond (aucune coquille relevée). Chapeau à cet éditeur dont je découvrirai d’autres titres avec plaisir.

Pour qui : les adolescents et lecteurs qui aiment les lectures dystopiques

Les + : une idée de départ originale et avec beaucoup de potentiel. Un ouvrage soigné sur le fond et la forme.

Les – : une histoire développée de manière trop rapide et qui donne une sensation de bâclé, l’ensemble manque de finesse et ne crée donc pas de surprise à la lecture.

Infos pratiques
Broché: 347 pages
Editeur : Lumen (6 mars 2014)
Collection : HORS COLLECTION
Langue : Français
ISBN-10: 237102001X
ISBN-13: 978-2371020016

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