Archives mensuelles : octobre 2018

Rétrograde, de Peter Cawdron

Rétrograde, de Peter Cawdron (one shot, éditions Denoël)

120 humains forment une colonie sur la planète Mars à l’occasion d’une mission scientifique de 10ans.
Un matin, alors que les colons ne se doutent de rien, ils apprennent que plusieurs mégapoles sur Terre ont été atomisées par des bombes nucléaires.
La troisième guerre mondiale vient de commencer.
Dès lors commence une mise en quarantaine durant laquelle les comportements humains les plus primaires ne vont pas tarder à émerger. Comment rester unis quand c’est la guerre ?
Et surtout : comment combattre l’ennemi quand il se révèle être dans vos murs ?

ROMAN COUP DE COEUR

Je crois que je suis tombée amoureuse de Mars.
Rétrograde est le premier roman que je lis de cet auteur et de cet éditeur. A travers sa collection Lunes d’Encre, les éditions Denoël proposent des textes de science-fiction intelligente et incroyablement fines.
Pour ne rien vous cacher, ce qui m’a attiré en premier vers ce titre, c’est sa couverture, signée Aurélien Police. Je la trouve incroyablement belle, poétique, toute en chaleur et en dangers. Les personnages ont l’air vulnérables, isolés, loin de tout. Et j’avais très envie de lire une fiction martienne. Le Seul sur Mars d’Andy Weir m’a plu au cinéma mais je n’ai pas encore réussi à me plonger dans le roman qui est extrêmement froid dans son approche, et très scientifique. De la hard-fiction pure.
Ici, on a un ouvrage de taille modeste (290pages) mais qui réussi à nous plonger dans une intrigue palpitante, incroyablement intelligente, et bien menée.
C’est simple, j’ai tout aimé.
Peter Cawdron élabore un scénario réaliste et crédible, dans lequel se pose des questions sur notre société actuelle, ses dérives, et la capacité de l’humain à dépasser ses attitudes primaires pour aller au-delà. Et puis d’abord, qu’est-ce que l’humanité ? Qu’est-ce qui nous défini en tant qu’êtres humains ?
Toutes ces questions sont subtilement posées dans l’ouvrage à mesure que l’on suit les péripéties de l’astronautes Liz et de ses compagnons.
Je n’ai pas su lâcher le livre.
L’auteur a construit un univers immersif qui réussi à nous mettre mal à l’aise sur une planète. Oui, je me sentais étouffée, claustrophobe, sur un planète ! Les paysages décrits sont magnifiques, émouvants… je n’ai pas pu résister à la tentation d’aller voir sur internet la véracité de ce qui nous est dépeint dans l’ouvre : tout existe. Maintenant j’ai envie de postuler pour aller voir par moi-même Olympus Mons
Je me suis attachée à tous les personnages. Le roman présente une galerie fournie et différentiée, bien construite. Plusieurs grandes puissances possèdent un module unique, quand l’Eurasie doit ne s’en partager qu’un seul. Sans tomber dans les clichés, les personnages ont leur propre culture et des réactions différentes. La jolie morale, c’est qu’il faudra l’aide de tous pour parvenir à s’en sortir. C’est grâce à toutes les cultures et les manières de penser que les problèmes trouveront une issue.
Autre fait que j’ai apprécié : le titre. Rétrograde. Un mot, et plusieurs sens.
En effet, on nous explique que le mouvement Rétrograde est un effet induit par le mouvement des planètes, passé un certain niveau d’alignement.
C’est vrai, et c’est le cas dans le roman.
Mais on peut aussi interpréter ce mot comme ce qui arrive aux colons sur la planète. En effet, les attitudes des uns et des autres est vraiment rétrograde, en cela qu’elle ramène les humains à des comportements primaires. J’ai trouvé le choix de ce mot (qui est le même à l’origine) extrêmement bien pensé.
Vous l’aurez compris, je n’ai rien trouvé qui ne m’ait pas emballé dans ce roman. C’est vraiment un gros gros coup de coeur, tels que je n’en avais pas lu depuis très longtemps. Coup de coeur à la fois pour le fond et la forme du roman.
J’ai encore un titre à lire de cette collection mais il se pourrait bien qu’elle devienne ma collection favorite. Affaire à suivre !

Pour qui : les lecteurs qui aiment les ouvrages de SF réaliste et pas trop épais, de la hard-fiction accessible, des personnages attachants, la poésie, les voyages sur une autre planète.

Les + : Tout ! Tout est super. Que l’on parle de l’objet livre ou du style d’écriture, de l’histoire, des idées développées… tout est intelligent, bien pensé. Tout se tient, tout s’analyse… un roman parfait et inoubliable.

Les – : Je n’en ai pas trouvé, d’où le coup de coeur !

Infos pratiques
Broché: 304 pages
Editeur : Denoël (11 octobre 2018)
Collection : Lunes d’encre
Langue : Français
ISBN-10: 2207142051
ISBN-13: 978-2207142059

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Immortel, d’Annabelle Blangier

Immortel, d’Annabelle Blangier (one shot, éditions du Petit Caveau)

Un meurtre sanglant dans la petite ville sans histoires de Rochereau. Le capitaine Deville est chargé de l’enquête.
La victime a été retrouvée pendue par les pieds et vidée de son sang.
Très vite, des rumeurs circulent, les journaux et la population parlent d’un vampire. Mais est-ce crédible ? Tout le monde sait que ces monstres n’existent pas.
Pendant ce temps, la jeune Adeline s’ennuie chez elle. Alors qu’elle tombe sur une vieille photo de guerre, elle trouve que le soldat ressemble étrangement à son voisin. Elle décide donc d’aller lui rendre une petite visite.

Immortel est un titre assez épais récemment sorti aux éditions du Petit Caveau.
Il raconte, comme bon nombre d’ouvrages avant lui, les péripéties d’un enquêteur à la recherche de la vérité suite à un meurtre.
Le scénario est construit de sorte que nous avons deux histoires en parallèles : celle de l’adulte Deville, très cartésien et rationnel, et celle d’Adeline, sa fille, rêveuse et créative.
Le problème, c’est que j’ai détesté Adeline dès les premières lignes, et que le scénario de Deville, qui avait de loin ma préférence, s’est terminé en une suite de péripéties brouillonnes qui m’ont perdues.
Malheureusement je n’ai pas du tout adhéré à ce roman.
Je m’explique.
Pour commencer, la figure d’Adeline. Je l’ai trouvé à la fois extrêmement clichée, et proprement insupportable. La probabilité qu’elle trouve dans un manuel d’histoire une photo datant de la guerre de 1914 et qu’elle reconnaisse son voisin m’a laissé sceptique. En effet la qualité d’image de l’époque était plus que moyenne, alors si vous y ajoutez une mêlée de soldat, l’action et tout ce qui s’en suit, il faut non seulement un très bon oeil mais aussi une chance insolente.
Adeline a beaucoup de chance dans tout ce qu’elle fait, et je l’ai trouvée pénible, indiscrète, acharnée de manière irrationnelle. Morgane Crane a eu bien de la patience.
Pour ma part je l’aurais flanquée à la porte plus d’une fois. D’ailleurs j’ai trouvé son attitude assez peu crédible et naturelle. Cette détermination à agir seule et à se jeter dans la gueule du loup sans avoir peur une seule seconde est un peu trop extrême pour que j’y adhère. Le personnage manque de nuance.
Quant à Deville, j’ai beaucoup plus apprécié. Il est plus réfléchi et cherche les vraies explications. Il a les pieds sur terre et cherche des éléments rationnels avec sang froid.
Enfin, le personnage de Morgane Crane est l’une des plus grandes faiblesses du roman. Ce ne sera pas spoiler le roman que de dire que dès son premier échange avec Adeline, il lui révèle qu’il est un vampire.
Oui.
Mais non.
Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas. S’il suffisait de demander à un vampire s’il en est un pour qu’il vous dise naturellement « bien sûr », ça se saurait. Comment les vampires auraient-ils pu rester caché depuis si longtemps, alors ?
Toutefois le roman explore quelques pistes intéressantes. Il essaie de nous surprendre (de manière plus ou moins réussie) avec une chute inattendue, et de nous expliquer la dualité entre la part humaine et la part de monstre que nous avons en chacun de nous.
La figure de l’homme au masque sur le visage ne m’a pas convaincue non plus. Elle n’est à mon sens pas assez développée pour qu’elle nous fasse frémir. Il fallait peut-être ajouter une part de frisson au roman, qui malheureusement n’arrive jamais.
Je regrette simplement qu’à nouveau cela n’ait pas fonctionné sur moi. Il n’y a aucun indice qui pouvait laisser supposer de la fin, si bien qu’elle m’a fait l’effet d’un cheveux sur la soupe. Les explications fournies ne tenaient pas vraiment debout. Cette histoire de secte, de lettres… on manque d’éléments pour leur donner toute leur crédibilité. L’autrice s’est sans doute embarquée dans une idée un peu trop grande pour elle et a été un peu dépassée.
Je ne peux pas trop entrer dans le détail pour ne pas spoiler les lecteurs. Sachez simplement que le roman n’a pas pris pour moi.
L’univers fouillé permet d’entrer dans une intrigue construite mais sans doute pas assez fine et profonde pour me séduire. Je le regrette.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires surprenantes et les enquêtes.

Les +  : de bonnes idées de scénario, suivre deux histoires parallèles est intéressant, le style de l’autrice est fluide et permet de bien suivre.

Les – : les personnages agissent souvent de façon peu crédible, les explications fournies ne sont pas convaincantes.

Infos pratiques
Broché
Editeur : Petit Caveau Editions (19 août 2018)
Langue : Français
ISBN-10 : 2373420570
ISBN-13: 978-2373420579

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