Archives mensuelles : novembre 2018

Petit Blanc, de Nicolas Cartelet

Petit Blanc, de Nicolas Cartelet (one shot, Mü éditions)

Albert a tout quitté pour changer de vie et recommencer ailleurs. Son truc, son or, c’était le café. Il rêvait d’Afrique et de Café, d’une grande exploitation familiale sur un continent de cocagne.
Mais la traversée va être longue et périlleuse. A l’arrivée, il aura tout perdu, y compris ses rêves et ses espoirs.
Peut-on vivre contre sa volonté ? Comment se construire quand on n’a plus rien ? A qui faire confiance lorsqu’on est loin de tout et en plein territoire hostile ?

J’avais dans l’idée que les éditions Mü publiaient des titres expérimentaux ou borderline… des objets étranges à la limites des genres et à la croisée des types.
Et puis, dans tout ce que j’ai pu consulter (et même lire, comme Le Sang de Robespierre, une parution plutôt ancienne pour la maison d’édition qui semble depuis s’être orientée dans un autre style), il y avait ce titre.
Je l’ai acheté l’année dernière lors du festival Fantasy en Beaujolais et ne l’ai tiré de ma PAL que tout récemment.
L’ouvrage est fin et se lit vite car il fait tout juste 170 pages.
Pourtant, Nicolas Cartelet a réussi à écrire une histoire qui marque et qui est, comme c’est le cas de beaucoup de titres de cet éditeur : indéfinissable.
Petit Blanc est l’histoire d’un colon devenu esclave, d’un homme devenu migrant, d’un humain devenu animal. Il donne matière à réfléchir à nos actes, à ce que l’Histoire a à nous apprendre et à nous dire. Quand les rôles s’inversent, les choses n’en sont pas moins injustes ou moins cruelles. Le plus terrible est de ce dire que l’histoire de ce petit blanc est sans doute celle de beaucoup d’étrangers venus chercher chez nous des solutions à leurs problèmes.
Pour autant, et malgré ses thèmes très contemporains, Petit Blanc m’a donné l’impression de relire Alice au Pays des Merveilles.
Albert est arrivé dans ce qu’il pensait être le Pays des Merveilles, et va voir que les apparences sont souvent trompeuses.
En effet, on chemine de scène en scène, passant de l’une à l’autre avec des transitions simples et pas toujours très naturelles. Le personnage semble quitter un tableau pour arriver dans un autre comme on franchirait une ligne sur une scène de théâtre.
Outre son univers un brin poétique, Nicolas Cartelet a distillé un soupçon de fantastique, de manière à donner à ce texte sa place chez cet éditeur. Le personnage de Siwane concentre en lui toute l’humanité, la poésie et le fantastique du roman. Il prend très vite une grande place au moins symbolique, et j’ai beaucoup aimé ce personnage. A la manière d’un Jiminy Cricket, il est une sorte de conscience qui rappelle sans cesse au lecteur le côté moral, bien que magique, du texte.
La plume de Nicolas Cartelet est juste, ne tombe pas dans l’excès et dit juste ce qu’il faut dire. Les ambiances sont bien menées et on se croit vraiment dans la jungle. Aucune lourdeur, tout est fluide et compréhensible, pesé, juste. Une finesse d’écriture très élégante et un exercice délicat relevé haut la main.
Une belle découverte que ce texte philosophico-poétique qui fait réfléchir. Je ne m’attendais pas du tout à ça lorsque je l’ai acheté et lu, et il m’a fallu un peu de temps pour le « digérer » et trouver les mots afin d’en parler.
Il y aurait largement matière à débattre sur ce roman et sur ce qu’il peut apporter à nos réflexions personnelles. Un ouvrage utile où l’évasion est porteuse de sens.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les ouvrages poétiques, qui font réfléchir, bien écrit et peu épais.

Les + : le roman est d’un genre inattendu, à la croisée de beaucoup d’autres. Le roman est bien écrit, ciselé, et fait en plus réfléchir à notre condition et nos actes.

Les – : Quelques pages de plus ?

Infos pratiques
Broché: 170 pages
Editeur : Le peuple de Mu (2 septembre 2017)
Langue : Français
ISBN-13: 979-1092961751
Dimensions du produit: 20 x 1,5 x 13 cm

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Depuis l’au-delà, de Bernard Werber

Depuis l’au-delà, de Bernard Werber (one shot, éditions Albin Michel)

ROMAN COUP DE COEUR

Gabriel se réveille un matin avec une excellente idée pour son prochain roman : commencer le récit par cet incipit de choc : « Qui m’a tué ? » .
Il ne pouvait pas se douter qu’à cet instant, cette question allait devenir bien réelle, et pour cause : Gabriel va vite s’apercevoir qu’il a été assassiné.
Aidé par une des meilleure médium au monde, la torturée Lucy Filipini, Gabriel va tout faire pour répondre à cette question et ainsi élucider le mystère de sa propre mort. Une enquête menée en duo à la fois dans la vraie vie, mais aussi depuis l’au-delà.

Il y a très très longtemps, j’ai lu le premier tome de la trilogie des Fourmis. Et puis c’est tout.
Autant dire que j’avais tout oublié ou presque de la plume de Bernard Werber, et de la portée philosophique de ses romans.
On m’a prêté ce titre après me l’avoir chaudement recommandé, et je dois dire que je l’ai dévoré très rapidement.
En effet, Bernard Werber nous parle d’esprit, de mort, de questionnement sur soi et sur sa vie.
Le tout à travers une enquête menée par un duo, chacun d’un côté de la vie, et qui ont tous les deux des réponses à s’apporter.
Ce que j’ai aimé aussi, c’est que l’auteur intercale entre ses chapitres des extraits de son « encyclopédie du savoir relatif et absolu » (que l’on découvre dans ses premiers romans). Il faut savoir que toutes les histoires racontées sont vraies. Cela donne encore plus d’épaisseur au roman et à ce qui nous est présenté.
L’ensemble est crédible, poétique, beau, il tient la route et nous embarque avec lui.
J’ai aimé me divertir et apprendre beaucoup de choses. J’ai aimé me questionner, à la fois sur moi-même mais aussi sur les personnages.
Ce double niveau de lecture est enthousiasmant, d’autant plus qu’il est apporté de façon légère et fluide. Ce n’est pas un roman lourd à lire et qu’il vaut mieux se garder pour un moment où on se sent prêt. Non. Là, j’attendais avec impatience la fin de la journée pour rentrer me plonger dans l’histoire, retourner dans le cabinet de Lucy, découvrir les péripéties des personnages, voler avec Gabriel.
Je me suis dit que cela devait être vraiment bien d’être médium, ou même d’être un esprit. Il y a une forme de dédramatisation de la mort qui soulage et fait du bien dans ce roman.
Les histoires sont belles, la fin aussi. J’ai eu un peu peur que la chute soit décevante, et après quelques explications, elle ne l’est pas. La conclusion vient relever l’ensemble d’une manière maîtrisée et tout à fait poétique. J’ai été conquise. Il y a tellement de métaphores et de sous-entendu dans ce livre qu’on ne peut pas se contenter de simplement le lire. Il faut aussi y réfléchir, y repenser. Le laisser vous imprégner pour se révéler, à la manière d’un vin que vous garderiez en bouche un moment pour lui faire révéler ses arômes. Le titre se décante, s’analyse, se décortique. J’ai aimé me poser tout un tas de questions.
La plume de l’auteur est très addictive, et en même temps très simple. Les évènement s’enchaînent simplement, le tout n’est pas tiré par les cheveux et on prend plaisir à suivre le déroulé de l’intrigue.
Vous l’aurez compris, c’est un grand oui pour moi.
Finalement, la question la plus difficile à laquelle répondre une fois ce roman terminé est la suivante : quel sera ma prochaine lecture de Bernard Werber ?

Pour qui : les lecteurs qui cherchent à voir la vie autrement, ceux qui aiment les histoires de fantômes, et les histoires qui les surprennent.

Les + : Une jolie histoire, un pouvoir poétique et philosophique fort, un style facile à lire et très fluide, léger, des personnages attachants, une conclusion éblouissante.

Les – : Je n’en ai pas trouvé, c’est un coup de coeur.

Infos pratiques
Broché : 448 pages
Editeur : Albin Michel (4 octobre 2017)
Collection : A.M. ROM.FRANC
Langue : Français
ISBN-10 : 2226400303
ISBN-13 : 978-2226400307

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