Archives mensuelles : novembre 2018

Autonome, d’Annalee Newitz

Autonome, d’Annalee Newitz (one shot, éditions Denoël)

En 2144, l’humanité cohabite avec des robots asservis comme d’antiques esclaves. En parallèle, des humains sont parfois obligés de se soumettre pour pouvoir survivre.
De son côté, Jack est une pirate. Elle recrée des médicaments réservés aux riches pour les vendre à des humains moins fortunés.
Or, un jour, l’un des médicaments vendus par Jack cause la mort au lieu de soigner. Pire, une série de décès fait la Une des médias.
Jack découvre que le problème ne vient pas de la copie, mais bien de l’original. Commence alors une course contre la mort dans laquelle elle va devoir échapper à un duo de soldats envoyé à ses trousses pour l’éliminer. Un humain et son robot asservi, dont c’est la première mission, et qui a encore tout à découvrir.

Après Rétrograde, Autonome est le second ouvrage que j’ai choisi dans le catalogue Lunes d’encre des éditions Denoël (encore merci à eux). Cette fois-ci, nous sommes dans un futur proche et encore sur la Terre.
L’ambiance, le propos, la plume… n’ont pas grand chose à voir avec Rétrograde.
Autonome explore la complexité de la vie, de nos choix, et surtout de notre libre arbitre. Le livre nous montre que les frontières sont souvent floues. Le bien, le mal, l’humain ou la machine, qu’est-ce qui défini qui nous sommes ? Qu’est-ce qui fait que nous faisons les choix que nous faisons ? Sommes nous programmé pour agir ainsi ?
Le livre est compliqué, son propos souvent sous-jacent. Il faut resté concentré pour le saisir, mais si vous y arrivez, vous ne serez pas déçu.
Encore une fois, ce livre donne matière à réfléchir, à se questionner.
J’ai été parfois déroutée, presque perdue parce que l’univers créé par Annalee Newitz est complexe. Nous sommes à la fois dans un futur proche (à peine 120 ans plus tard que notre époque actuelle) et pourtant tout y est différent. Les codes de la société, la technologie, le monde diplomatique… tout y est différent. Cela rend l’ouvrage riche mais il faut rappeler qu’il ne comporte « que » 323 pages. Il y a donc beaucoup d’informations et de représentations à digérer en peu de temps. Sachez le.
Pour autant, j’ai apprécié le combat de Jack, une héroïne ambivalente et complexe à laquelle je n’étais pas attachée au départ. Et puis l’histoire revient dans le passé et on comprend d’où elle vient et ce qu’elle a traversé, comme elle s’est construite.
Le roman est construit avec deux histoires parallèles qui finiront par se rejoindre, ce qui crée un suspense intéressant tout au long de la lecture.
Aussi, si j’ai d’avantage aimé la partie « traque » du duo Eliasz/Paladin, je suis restée de marbre devant la romance qui les unit (on s’en rend compte très vite, ce n’est donc pas vraiment un spoiler). Je n’ai pas adhéré au traitement des émotions pour le robot. Peut-être mon côté trop cartésien mais j’ai trouvé cela assez peu crédible, surtout dans le sens Eliasz/Paladin. Qu’un homme puisse tomber amoureux d’un « tas de ferraille » à peine humanoïde et surtout rendu très masculin m’a peu convaincu, quand bien même l’autrice nous explique cela en regardant au-delà des apparences.
En fait, ce qui m’a le plus plu dans ce titre, c’est tout ce qu’on peut apprendre autour de la science du cerveau. Entre l’effet des drogues, les réactions, le contrôle que l’on peut avoir/obtenir sur ce qui n’est qu’un amas de cellules, est réellement passionnant. J’ai beaucoup aimé toute cette partie scientifique, qui vient se mêler à l’histoire, et nous offrir quelque chose de différent de ce que l’on peut lire dans beaucoup d’ouvrages de SF.
On parle science et brevets, laboratoires pharmaceutiques (ce qui m’a beaucoup rappelé Alchimiste, de Peter James, dans un tout autre genre), et cela m’a plu.
A noter également la magnifique couverture, à nouveau signée Aurélien Police.
Une fois de plus j’ai été ravie de ma lecture et de cette bonne découverte, preuve que mon emballement autour de Rétrograde n’était pas un coup de chance. La collection Lunes d’Encre est sans doute en train de devenir ma collection chouchou en matière d’ouvrages intelligents.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires intelligentes et qui font réfléchir sur le monde qui nous entoure.

Les + : beaucoup de questions posées sur des sujets humains qui nous concernent, deux arcs narratifs très différents qui se rejoignent au bout du compte, des personnages complexes qui floutent les frontières, des informations passionnantes sur la science cérébrale.

Les – : Certains passages sont trop riches en informations compliquées ce qui peut perdre un peu le lecteur, il y a un passage un peu creux dans le dernier quart du roman où l’autrice s’égare dans des descriptions qui n’apportent pas grand chose, la romance entre le robot et l’humain ne m’a pas convaincue.

Infos pratiques
Broché: 336 pages
Editeur : Denoël (7 juin 2018)
Collection : Lunes d’encre
Langue : Français
ISBN-10: 2207140784
ISBN-13: 978-2207140789

Wake The Dead, de Frédéric Czilinder

Frédéric Czilinder, Wake The Dead (one shot, éditions Armada)

Nous sommes le 31 octobre, soir d’Halloween.
Nous sommes aux États-Unis.
Nous sommes dans un parc d’attractions.
Alors qu’est-ce qui pourrait se passer d’autre qu’une attaque de zombies ?

L’objet livre est tout à fait le genre que j’aime : une couverture splendide et semi-rigide (mention spéciale à la pomme d’amour au premier plan, elle me fait saliver à chaque fois), des pages épaisses, un format attrayant… et une histoire de zombies et de parc d’attractions.
Waou !
Pour autant, lors de mon achat en présence de l’auteur et de l’éditeur, ce dernier m’a prévenu qu’il ne s’agissait pas d’une histoire de zombie très originale.
Cela ne m’a pas dissuadé car je sais à quel point il est compliqué de faire original avec cette créature, et de toute façon ce n’est pas spécialement ce que je cherche quand je souhaite lire un titre de ce genre.
Ha oui, tiens, qu’est-ce que j’aime lire quand je veux lire un titre de ce genre ?
Hé bien ce que j’aime, c’est assister au basculement du monde dans le chaos, puis à la survie des ultimes résistants. Je veux voir un univers post-apocalyptique où la tension est présente à chaque page, où je vais m’attacher à des personnages qui vont mourir, et où je vais avoir peur pour mes chouchous.
C’est ce que je m’attendais à trouver dans ce roman présenté comme « pas original pour un livre de zombies ».
Or, force m’est d’avouer que j’ai été un peu déçue.
Ne pas trouver ce qu’on s’attend à trouver dans un titre n’est pas grave si ce qu’on a à la place vous transporte. Malheureusement, cela n’a pas été le cas ici.
En effet, sur les 300 pages tout pile du roman, l’intrigue met déjà une centaine de page à se mettre en place.
Dans un livre de zombies, on sait ce qui va arriver. On sait que ça va arriver. Et là, c’est très long à arriver. On suit une multitude de personnages dans leur quotidien le jour du 31 octobre. On commence dès 7:15 du matin alors que l’apocalypse n’arrive que le soir.
Dans une série, cela peut passer avec des coupes régulières. Mais ici, le temps semble long en attendant que le spectacle ne commence.
Ainsi, le découpage horodaté n’apporte pas grand chose. Tout comme le changement de points de vues qui semble nous balader pour temporiser. L’action tarde à arriver et en attendant j’ai trouvé le temps un peu long. Les personnages présentés ne sont pas très attachants et je me demandais lesquels avaient vraiment de l’importance.
Frédéric Czilinder tente des choses, expérimente. Il nous parle d’une jeune fille qui a déménagé à Deep Harbor à la suite d’un viol. C’est de loin mon personnage préféré, celui qui avait le plus de potentiel. Pourtant, même cette fille (Kate) est sous-exploitée. Ce qui la rendait sombre n’est en fait qu’un prétexte pour expliquer que lorsqu’on est mal dans sa peau, on est gothique.
Les autres personnages sont assez fades et n’ont pas réussi à m’embarquer avec eux. Je suis donc un peu déçue d’être passée à côté d’une lecture que j’attendais pourtant avec impatience. Je ne cherchais en effet rien d’original, mais ici, c’est un peu comme une mayonnaise qui n’aurait pas prise, un soufflé qui n’aurait pas gonflé, une ambiance qui n’aurait pas décollé. Je suis restée à plat.
Car passées les 100 premières pages, l’apocalypse est en place. Très bien. On suit donc le lent basculement de la ville agréable vers une nuit de cauchemar. Mais là encore, Frédéric Czilinder est resté en surface. On plonge à peine dans le chaos. Ça manquait de tension, de peur, de tripes… peut-être un peu d’âme, en fait. Ce qui est paradoxal pour un roman de zombies, mais voilà. Les personnages m’ont laissés indifférents. Peut-êtres étaient-ils trop nombreux, peut-être n’est-on pas allé assez en profondeur, de fait je les ais oubliés sitôt que j’ai fermé le livre. L’auteur tente d’expliquer ce qui se passe avec l’apparition d’un spectre mais là encore on ne va pas assez loin pour trouver cela crédible dans l’histoire. Ce n’est pas assez fort, pas assez expliqué. Il manquait peut-être quelques centaines de pages.
Dommage.
Un roman qui avait tout pour me plaire, mais pour lequel je suis restée bien trop en surface.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les libres de zombies, ceux qui cherchent une petite histoire à lire pour Halloween.

Les + : La forme est excellente, très prometteuse. Une couverture sublime, un résumé accrocheur, les ingrédiens classique d’un livre de zombie.

Les – : Malheureusement on n’entre jamais dans le fond des choses, l’action est beaucoup trop lente à se mettre en place, les personnages sont superficiels et de fait pas attachants. Le roman se lit aussi vite qu’il s’oublie et je ne m’y attendais pas du tout.

Infos pratiques
Broché: 312 pages
Editeur : Armada éditions (6 février 2016)
Langue : Français
ISBN-10: 1090931689
ISBN-13: 978-1090931689

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