Archives mensuelles : décembre 2018

Interférences, de Yoss

Interférences, de Yoss (one shot, éditions Hélios)

D’étranges phénomènes se produisent dans le petit pays. Ce petit pays, qui a toujours souffert de sa proximité avec le grand, pense alors pouvoir prendre l’avantage sur son rival de toujours. Que ce soit en prédisant l’avenir, en construisant la cheminée la plus haute, ou en s’intéressant à une mystérieuse maladie, tout est bon pour prendre l’avantage.

ROMAN COUP DE COEUR

J’ai reçu Interférences à l’occasion de la campagne de financement participatif pour l’intégrale de Clark Ashton Smith aux éditions Mnémos en 2017.
Comme je ne l’avais pas sollicité (il s’agissait d’un roman envoyé au hasard) j’ai mis du temps à m’y intéresser.
Un an, en fait.
Et puis, arrivée en fin d’année, alors que je cherchais à éliminer de ma PAL un maximum de petits livres, je suis revenue vers celui-ci, qui n’est pas très épais (207 pages) et dans lequel le texte est écrit gros.
A la lecture, j’ai sincèrement regretté d’avoir attendu un an avant de le lire.
En effet, ce texte rassemble trois petites histoires qui racontent la vie dans le « petit pays », que l’on comprend vite être Cuba. Le Grand Pays est quant à lui les États-Unis.
L’auteur utilise son récit pour mettre en mots les sentiments d’un peuple face à un autre qui les force à vivre dans l’ombre. On y voit aussi la figure d’un dictateur fou et souvent ridicule pour son peuple.
L’écriture est intelligente et les idées très bonnes. Yoss parvient à mélanger de la science-fiction à un présent tout à fait cohérent. Cela donne une force incroyable à son récit, qui acquiert ainsi une grande crédibilité.
En plus, le ton est humoristique. Habituellement, quand un livre se présente comme « truculent, hilarant, divertissant », j’ai tendance à me méfier. Je suis plutôt bon public pour les spectacles vivants, mais pour ce qui est des livres, je ne ris pas souvent. Alors de là à hurler de rire… pourtant, certains passages sont franchement drôles et le résumé ne survend pas son produit.
En outre, le texte a une vraie portée symbolique. On sent derrière la science-fiction la critique bien actuelle d’une société aux nombreuses dérives. Mais le tout est réalisé avec intelligence, si bien qu’il serait facile de nier, car certains propos peuvent être polémiques.
Mais ce que j’ai encore plus aimé, je crois, et qui apporte encore une dimension supplémentaire au texte, ce sont les ajouts avant et après les histoires.
Tout d’abord, la traductrice introduit l’ouvrage dans une préface dont j’aurais aimé qu’elle soit signée, car en guise de préambule cette partie anonyme est un peu frustrante, d’autant plus qu’elle met en avant une connaissance pointue du contexte de l’œuvre et de son auteur. Après le texte, nous avons une interview de Yoss, dans laquelle nous apprenons beaucoup de choses intéressantes.
Selon moi, ces ajouts apportent quelque chose, amènent de la profondeur à l’œuvre. C’est toujours intéressant de savoir pourquoi et comment sont faites les choses. Enfin, moi j’aime savoir (je suis curieuse, c’est vrai).
J’ai donc beaucoup aimé cette première lecture. Ce qui est sûr, c’est que je n’attendrai pas un an pour lire un nouvel ouvrage de cet auteur si l’occasion se présente.
Une littérature digne d’un Ayerdhal et à lire de toute urgence pour aiguiser notre regard au monde qui nous entoure.

Pour qui : les lecteurs curieux de lire des textes qui font réfléchir sur le monde qui nous entoure.

Les + : un style comique, des idées originales et percutantes, une oeuvre qui fait réfléchir

Les – : Plusieurs jours après la fin de ma lecture, je n’en trouve toujours pas.

Infos pratiques
Poche: 250 pages
Editeur : MNEMOS (6 mai 2014)
Collection : HELIOS
Langue : Français
ISBN-10: 2354082150
ISBN-13: 978-2354082154

Ann Radcliffe contre les vampires, de Paul Féval

Ann Radcliffe contre les vampires, de Paul Féval (one shot, tome 4 sur 6 de la saison 1 des Saisons de l’Étrange, éditions Les Moutons Électriques)

Alors qu’elle doit se marier le jour même, la célèbre romancière Ann Radcliffe se lance dans une chasse au vampire dans le but de sauver sa meilleure amie.
Un voyage intense et trépident qui la mènera jusqu’aux confins de Sélène, la ville morte, le sanctuaire des vampires.

De Paul Féval, j’avais déjà lu La Vampire, il y a longtemps. J’en avais gardé le souvenir laborieux d’une littérature ancienne et ampoulée.
Ann Radcliffe contre les vampires (originellement connu sous le nom La Ville Vampire), de par son format plus court, est beaucoup plus abordable. Ou alors c’est parce que j’ai vieilli depuis…
Toujours est-il que ce petit texte m’a plu. Il aborde la question vampirique à sa naissance, dans une Angleterre victorienne chargée et maniérée dont le style s’est emparé avec fidélité.
Nous partons à l’aventure avec une troupe de Ladies et de Gentleman typiques de leur époque. On y sent un peu la poussière, le poids des rouages de cuivre… c’est victorien, très descriptif, attaché à l’étiquette, et cela change. Le roman permet de s’ouvrir à un style plus classique et d’en saisir les contraintes. L’auteur est attaché à son époque.
Bien que certaines scènes m’aient parues un peu confuses, l’ensemble est agréable.
La figure vampirique n’est pas encore imprégnée des clichés que l’on connait actuellement (crocs, chauve-souris, morsure…) car, comme nous pouvons l’apprendre dans la post-face d’Adrien Party : a l’époque le Dracula de Stocker n’est pas encore sorti.
Il s’agit donc d’un roman précurseur, qui a pu créer une figure vierge des a priori et interprétations qu’on connait pour les vampires. Ici les buveurs de sang peuvent se scinder en plusieurs créatures en fonction des personnes qu’elles ont transformées. Le sang est absorbé après un trou fait par la langue, et il se dégage d’eux une lumière verte caractéristique.
La galerie de personnages est fournie, je confesse m’être égarée quelques fois dans les noms des uns et des autres, n’étant pas familière de littérature anglaise. J’ai parfois pris des hommes pour des femmes et inversement.
Néanmoins, tout fini par s’arranger et retrouver son sens sans problème. Il faut juste être un peu concentré.
Une lecture intéressante, portée par un format moderne et qualitatif. Les Saisons de l’étrange permettent en effet de redécouvrir des textes clés des littératures de l’imaginaire.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires de vampires originales, les oeuvres classiques inscrites dans leur temps.

Les + : des idées originales qui ne donnent pas une impression de « déjà lu », un style qui nous propulse dans l’angleterre victorienne.

Les – : beaucoup de personnages qui peuvent perdre le lecteur, parfois.

Infos pratiques
Broché: 144 pages
Editeur : Moutons électriques (7 juin 2018)
Collection : Les saisons de l’étrange
Langue : Français
ISBN-10: 2361834650
ISBN-13: 978-2361834654

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