Archives mensuelles : février 2019

Ta mémoire, pareille aux fables incertaines – Christian Eychloma

Ta mémoire, pareille aux fables incertaines, de Christian Eychloma (one shot, éditions Chloé des Lys)

Dans le futur, un vaisseau fait route vers une nouvelle planète afin d’y semer la vie.
Dans le passé, une femme tente d’échapper au destin que lui prédisent voyants et marabouts.
Dans le présent, un homme tente de comprendre comment se tissent les fils du temps.
Et si tous était déjà écrit, quelque part ?

Nouveau titre de l’auteur de Chloé des Lys que je suis depuis longtemps. Jamais déçue jusqu’a présent grâce à des titres de SF forts et intelligents tels que Ainsi soit-il ou Que le Diable nous emporte, ou des titres mêlant SF et histoire comme le coup de coeur Mon Amour à Pompéï, qu’en est-il de ce titre-ci ?
Dès le départ, l’auteur me l’a présenté comme un ouvrage hybride, à la frontière de tout ce qu’il a pu faire jusqu’à présent. J’avais un peu peur de ce que j’allais découvrir, peur de ne pas réussir à me plonger autant dedans que les précédents tomes.
Mais non.
Globalement je trouve que l’ensemble fonctionne un peu moins bien que dans les titres précédents. Peut-être parce que la barre était placée très haute, et aussi parce qu’il est toujours difficile de jouer avec les théories temporelles sans se prendre les pieds dans le tapis.
C’est parce que la théorie des multivers était extrêmement bien amenée dans les romans précédents que j’ai adhéré. Ici, la science n’arrive qu’en dernière partie, un peu comme un cheveu sur la soupe, et de manière trop complexe pour parvenir à me faire adhérer totalement.
J’ai bien compris ce que les personnages essaient de faire, mais ils se perdent soudain en conjectures scientifiques si pointues et sans que je ne m’y attende que j’ai eu un peu de mal à adhérer au propos.
Un peu comme si l’auteur avait en fin de récit voulu le rattacher aux théories temporelles qui lui sont si chères. Je me demande si ce roman était ainsi pensé au départ, car de par sa construction, j’ai eu l’impression d’une succession de revirements scénaristiques qui retombent certes sur leurs pattes à la fin, mais avec les pattes flageolantes. Vous voyez ?
Nous avons en effet au départ deux dimensions qui cohabitent : nous suivons tantôt une famille dans le futur, tantôt une autre dans le passé.
Puis la famille du passé prend le dessus alors que l’on s’attendait à un nouvel ouvrage SF. Ensuite est amené une histoire de prophétie chamanique dont l’auteur n’est pas coutumier, avant de finir en théorie scientifique pointue. Cela fait beaucoup.
Bien que tout se tienne, je suis quand même restée un peu sur ma faim, que ce soit vis-à-vis de la famille du passé, mais surtout celle du futur. L’auteur a commencé à nous dépeindre un univers, des enjeux, des péripéties… sans aller au bout. J’aurais tellement aimé aller plus loin !
Néanmoins, le style est toujours aussi prenant, aussi fluide, j’ai dévoré l’ouvrage en très peu de temps. Il n’est pas très épais (278 pages) mais se lit bien. Le suspense est présent puisque l’auteur ne relie pas tous les fils entre eux avant la dernière partie du livre. Si bien que pendant longtemps je me demandais ce qui pouvait unir toutes les parties.
J’ai même commencé à m’inquiéter un peu, mais non. Tout se tient, tout est lié. L’histoire ne révèle son sens qu’en dernière partie d’ouvrage. Accrochez-vous le temps de passer les quelques turbulences techniques, ensuite le soleil d’une bonne découverte éblouira le lecteur que vous êtes.
J’ai une nouvelle fois été transportée par cette lecture. Elle n’est peut-être pas aussi bouleversante que d’autres du même auteur, mais on y retrouve quand même ce qui fait la particularité de l’auteur. En tout cas, pour ma part, j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Christian Eychloma et qui me donne envie de suivre sa plume depuis le début.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires où plusieurs destins s’entrecroisent, les livres de SF aux théories qui font réfléchir.

Les + : On voyage, on découvre, on lit un texte intelligent qui nous fait voir le monde sous d’autres angles et élaborer des théories originales. Les personnages sont attachants, leurs histoires aussi. Et comme toujours c’est bien écrit !

Les – : La partie scientifique est amenée de manière un peu trop rapide et brutale en fin d’ouvrage, l’ensemble est lié mais un peu faiblement.

Infos pratiques
Editeur : Chloe des Lys (17 janvier 2019)
ISBN-10: 239018054X
ISBN-13: 978-2390180548

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Les questions dangereuses, de Lionel Davoust

Les questions dangereuses, de Lionel Davoust (one shot, éditions Actu SF)

Un assassinat en 1637 et c’est un duel épique qui va naître. Le mancequetaire Thésard de la Meulière va partir en quête de vérité grâce à ses questions dangereuses.

Un court résumé et une courte chronique pour un court texte. Il s’agit en effet d’une nouvelle de 70 pages complétée par une interview de Lionel Davoust, si ce n’est aussi longue, au moins aussi intéressante que le texte lui-même.
Dans Les Questions Dangereuse, tout est clin d’oeil. Il y en a même de nombreux que je n’ai (probablement) pas vus parce que je manque de culture (sans doute).
Chaque mot, chaque nom, est un clin d’oeil à un autre qui existe vraiment. Ainsi, le récit prend plusieurs dimensions. Les mousquetaires deviennent des mancequetaires se battant avec les mots et des questions pour lesquelles vous avez plutôt intérêt à avoir la réponse. Des sphinx à chapeaux.
A la manière de certains textes connus comme les célèbres Exercices de style de Raymond Queneau, Les Questions Dangereuses est un exercice de l’auteur qui s’est beaucoup amusé à l’écrire, c’est indéniable. Il a repris un classique d’Alexandre Dumas, les fameux 3 mousquetaires, pour reprendre les codes du genre et jouer avec, s’en amuser, les dénoncer.
Il y avait de la difficulté pour caser des noms et surtout ne pas se prendre les pieds dans le tapis, et Lionel Davoust s’en est bien sorti avec sa production.
Comme beaucoup, je trouve un peu frustrant que le texte ne soit pas plus long, mais plus long ne l’aurait-il pas rendu aussi plus ennuyeux, moins sympa ? Ne dit-on pas que les meilleures blagues sont les plus courtes ?
Le choix est donc un bon choix (mais venant de Lionel Davoust, je n’en doutais pas). Il a su s’arrêter à temps.
A noter aussi l’interview en deuxième partie d’ouvrage, que j’ai trouvé encore plus intéressante que le livre en lui-même. C’est une bonne façon de compléter le texte, de l’éclairer depuis les coulisses, et de faire connaissance avec un auteur que je connaissais jusqu’à présent surtout à travers son blog (mais je suis heureuse de l’avoir rencontré au dernier festival des Aventuriales et j’ai hâte de lire le premier tome des Dieux Sauvages, actuellement dans ma PAL).
La lecture de ce petit texte oblige à une gymnastique intellectuelle que j’apprécie.
Mon seul regret n’est pas celui de la longueur du texte, mais plutôt que nous n’avons pas toutes les réponses aux questions posées dans l’histoire. Je n’ai en effet pas tout trouvé !
A savourer comme une entrée ou un petit apéro à l’été.

Pour qui : les lecteurs désireux de lire des expériences originales.

Les + : on rigole, on cherche (on trouve, parfois) et on fait fonctionner son cerveau.

Les – : texte un peu court, on n’a pas toutes les réponses aux questions posées (que va-t-il donc nous arriver à nous, les pauvres lecteurs qui n’ont pas répondu à toutes les questions dangereuses ?).

Infos pratiques
Poche: 120 pages
Editeur : ActuSF (3 janvier 2019)
Collection : Hélios
Langue : Français
ISBN-10: 2366299796
ISBN-13: 978-2366299793

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