Archives mensuelles : janvier 2020

Loup, y es-tu ? D’Henri Courtade

Loup, y es-tu ? D’Henri Courtade (one shot, éditions Folio SF)

Les attentats du 11 septembre ont marqué les mémoires du monde entier. Alors que la version officielle parle de terroristes, personne ne s’attarde sur la vérité. Dans les ruines des tours, Cendrillon est morte. Ce n’était pas un accident, elle était la cible.
Parce que derrière chaque catastrophe s’en trouve une plus grande aux yeux de Marilyn Von Sydow, bien des pages sanglantes de notre Histoire trouvent leur origine sur ses mains.

J’ai acheté ce titre presque 10 ans après sa sortie, alors qu’il m’intéressait depuis le début. Comme quoi tout finit toujours par arriver.
Les histoires de contes revisités m’attirent un peu, c’est pourquoi j’avais eu envie de m’intéresser à cet ouvrage reprenant à son compte les destins de Cendrillon, La Belle au bois dormant, Blanche-Neige et le Petit Chaperon Rouge à la sauce moderne.
J’ignore ce que j’en aurait pensé il y a dix ans, alors que je commençais ce blog, mais aujourd’hui, près de 500 lectures plus tard, je suis passablement mitigée.
Pourtant, tout partait bien. J’ai été entraînée dans l’histoire avec une avidité que je ne soupçonnais pas, tournant les pages avec quasi-frénésie. Faire de Maléfique une brillante femme d’affaire à la tête de groupes de médias est une bonne idée, la faire traquer les réincarnations des princesses aussi, faire entrer en scène une partie des sept Nains pour protéger les jeunes ingénues également… Malheureusement, ma belle aventure a vite tourné court.
En effet, Henri Courtade s’enfonce peu à peu dans un récit trop vaste pour lui. Passé les 100 premières pages, il part dans tous les sens. Si le début est maîtrisé, la suite ne l’est plus du tout. On mélange monde moderne, monde des contes, souvenirs, seconde guerre mondiale, évènements plus récents… Les mains qui semblent dans le récit pour une raison en trouvent une autre qui arrive comme un cheveux sur la soupe, toute cette partie sur la seconde guerre mondiale ne m’a pas convaincue en plus de me perdre. On voit apparaître des personnages qui n’ont l’air présents que pour arranger le scénario (par exemple la vieille dame « ancienne star de cinéma » dont le background n’est jamais vraiment développé pour qu’on comprenne bien son importance). Bref, un récit truffé d’idées mal maîtrisées.
Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Je m’attendais à ce que les princesses trouvent ici de l’épaisseur, une personnalité. Décrites comme naïves dans les contes, je n’en attendais pas moins ici. Au lieu de cela, elles sont insipides. Tout ce que j’ai retenu, c’est que Le Petit Chaperon Rouge (aka Virginia Woolf dans un clin d’oeil qui m’a laissé de marbre) est une rousse incendiaire croqueuse d’hommes. Bonjour le cliché ! Elle ne semble intéressée que par l’idée de mettre un maximum d’hommes dans son lit. Quant à Cendrillon et la Belle aux bois dormant, je me suis même interrogée sur la raison de leur présence dans le livre tant elles sont rapidement évacuées. Si on enlève ces deux princesses, l’histoire reste identique.
J’irais même jusqu’à dire que si on enlève les princesses et qu’on les remplace par des humains ordinaires, l’histoire reste identique. Les princesses n’ont même pas un seul pouvoir magique. Elles sont inutiles en tant que princesses, en tant qu’elles-mêmes, ce qui est triste. Je n’ai pas vraiment compris pourquoi il était si urgent de les éliminer puisqu’elles n’ont aucune influence sur le monde et ne poursuivent aucune quête.
Selon moi le seul personnage intéressant est le Traqueur, à l’origine d’un twist inattendu qui a su réveiller la lectrice endormie que j’étais, assommée par cette histoire à laquelle je ne croyais pas et que je peinais à suivre. Peut-être l’auteur aurait-il dû choisir le point de vue de ce personnage pour tisser son roman.
Il m’a manqué de la maîtrise, il m’a manqué de l’épaisseur, il m’a manqué de l’émotion et des sentiments pour trouver enfin dans ce livre une réinterprétation satisfaisante des contes. Après avoir été déçue par la la trilogie des Contes des Royaumes de Sarah Pinborough, j’attendais beaucoup de ce titre, qui est en plus écrit par un auteur français. Malheureusement pour moi, la révélation ne sera pas encore pour cette fois. En outre, j’ai plissé le nez à quelques reprises face au discours un brin moralisateur que l’auteur a placé dans ses pages (la guerre c’est mal, et les médias nous manipulent). Je n’aime pas sentir les opinions personnelles d’un auteur quand je lis une oeuvre et j’ai eu l’impression de recevoir un sermon à deux ou trois reprises, ce qui m’a à chaque fois éjectée hors de l’histoire.
En bref, en dix années d’attentes, je ne peux pas dire que j’avais manqué quelque chose. Peut-être mon avis aurait-il été différent si j’avais attendu encore dix ans avant de le lire ? Qui sait…

Pour qui : les lecteurs qui aiment les contes et les histoires qui s’en inspirent.

Les + : de bonnes idées, du potentiel, une écriture fluide et entraînante.

Les – : une histoire qui s’éparpille, des enjeux mal maîtrisés qui finissent par perde le lecteur, les princesses n’ont pas d’intérêt à être qui elles sont, rendent de fait l’histoire faible.

Infos pratiques
Broché : 400 pages
Editeur : Folio (3 janvier 2013)
Collection : Folio. Science-fiction
Langue : Français
ISBN-10 : 2070449726
ISBN-13 : 978-2070449729

Rocaille, de Pauline Sidre

Rocaille, de Pauline Sidre (one shot, éditions Sillex)

Le roi Gésill est mort, vive le roi Gésill.
Assassiné puis ramené à la vie, Gésill, descendant des Roi Verts, n’a qu’un but : retrouver son trône et démasquer son assassin.
Aidé par les Funestrelles, ce peuple de brigands pillards et sanguinaires, il partira à la recherche d’un mage capable de lui redonner un peu de la vie qu’il a perdu.
Mais en chemin, il pourrait découvrir bien plus que ce qu’il cherchait au départ. Une quête inattendue qui le mènera jusqu’aux origines de son univers, et remettra en cause toutes ses croyances.

ROMAN COUP DE COEUR

La fantasy est l’un des genres avec lequel j’ai commencé ce blog il y a plus de dix ans (tout cela ne me rajeunit pas). Toutefois, même si la liste des chroniques fantasy n’est pas la moins fournie du blog, au fil du temps, j’en lisais de moins en moins. Certes, je ne suis pas passée par les multiples classiques du genre, hormis Tolkien, mais j’ai tout de même eu entre les mains un certain nombre de titres.
Je me suis lassée bien avant que ce genre ne revienne à la mode.
En effet, cette impression que tout le monde voulait faire du Tolkien après Tolkien, qu’il fallait absolument inventer des langues, des noms de personnages imprononçables, des magiciens surpuissants et toujours cette fameuse quête dévolue à un élu tout droit sorti des cendres, pour le mener sur la plus haute marche du trône, a finit par me lasser.
Or, il m’arrive encore d’en lire de temps en temps, lorsque j’estime que cela fait trop longtemps que je n’ai pas ouvert un titre de ce style.
Et voici qu’on me propose Rocaille, premier roman d’une autrice française dont je n’avais lu jusqu’alors qu’une nouvelle dans l’anthologie Bal Masqué. Nouvelle que j’avais apprécié mais dont je ne me souvenais plus particulièrement.
En revanche, comment oublier cet univers construit avec brio, sans jamais tomber dans aucun des clichés qui m’ont peu à peu éloigné de la fantasy ?
Ce premier roman est une réussite totale. C’est même un vrai coup de coeur, tant je n’ai rien trouvé à lui reprocher.
Premièrement, et c’est un point non négligeable : le titre est un one shot. Au moins on ne s’embarque pas dans une saga interminable dont on n’aura peut-être même pas la fin à cause des aléas éditoriaux des uns et des autres. Non.
En plus, ici, la lecture est facile : oui on nous parle d’un autre monde, avec des peuples différents et même un peu de magie, mais le vocabulaire choisi est simple, visuel, facile à retenir. La galerie de personnages est étendue sans noyer le lecteur. Le personnage principal n’est pas un héros, et ce n’est pas non plus un membre du « petit peuple » destiné à s’asseoir sur un trône. Il est déjà roi.
Une prophétie ? Pas vraiment. Une quête initiatique ? Pas vraiment non plus.
En fait, le plus grand talent de l’autrice est d’avoir su créer un monde totalement inédit et très détaillé sans en faire trop. Il y a de l’action mais aussi beaucoup de descriptions (qui ne sont pas contemplatives pour autant), si bien qu’on est très vite plongé au coeur d’un monde qui a son propre fonctionnement, ses coutumes, ses légendes… Tout est très bien dosé. Cela se lit de manière très fluide, presque légère, et n’a rien de ces pavés indigestes qui ont pu fleurir sur les étagères après le succès de Tolkien. Ici tout est carré, posé, et réfléchi. Le vocabulaire est extrêmement riche mais jamais pédant, toujours moderne. Nous avons affaire à une bataille pour autre chose que de l’or : de la nourriture. L’ensemble est très frais, et je n’ai personnellement jamais rien lu de tel.
Les personnages sont tous très attachants. Je regrette un peu le second rôle de la princesse Sénielle, que j’aurais aimé voir d’avantage, mais j’ai aimé chacun des protagonistes. Ils sont tous utiles, tous différents, et tous travaillés.
L’histoire, en plus d’être inédite, propose plusieurs temporalités qui viennent trouver réponse en fin d’ouvrage, sans jamais perdre le lecteur. J’ai apprécié voir les personnages naître et renaître tour à tour, s’ouvrir à la vie et au monde à la manière d’une fleur en pleine éclosion.
Rocaille cultive sa singularité.
Pour être brève : j’ai adoré. Cela m’a donné envie de relire de la fantasy !
Je dois également mentionner l’objet livre en lui-même : outre sa splendide couverture qui m’a tapé dans l’oeil, le livre en lui-même est d’une beauté qui sort de l’ordinaire. En plus de sa couverture épaisse et cartonnée, l’ouvrage est parsemé de petits détails graphiques appartenant à l’univers du roman. De fait, on est plongé dans l’ambiance dès la prise en main.
Une superbe expérience ! Si je ne me souvenais plus de la nouvelle de l’autrice dans le recueil Bal Masqué, il ne fait aucun doute que je n’oublierai pas ce premier roman.

A vous procurer de toute urgence durant la troisième campagne lancée par Projet Sillex, en ligne jusqu’au 22 février 2020. Ne passez pas à côté.

Pour qui : les lecteurs qui aiment la fantasy qui sort des sentiers battus, ceux qui ne veulent pas s’engager dans des sagas en une infinité de tomes, ceux qui aiment les histoires émouvantes et qu’ils n’oublieront pas.

Les + : Une écriture fluide, un vocabulaire riche, un objet splendide : on plonge dans l’univers dès la prise en main. L’histoire sort de l’ordinaire et est très recherchée, les personnages sont attachants, une découverte

Infos pratiques :
Pages : 490
Langue : Français
A paraître d’ici le 20 mars 2020 sous réserve du succès de la campagne de financement participative disponible jusqu’au 22 février.

 

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