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Loup, y es-tu ? D’Henri Courtade

Loup, y es-tu ? D’Henri Courtade (one shot, éditions Folio SF)

Les attentats du 11 septembre ont marqué les mémoires du monde entier. Alors que la version officielle parle de terroristes, personne ne s’attarde sur la vérité. Dans les ruines des tours, Cendrillon est morte. Ce n’était pas un accident, elle était la cible.
Parce que derrière chaque catastrophe s’en trouve une plus grande aux yeux de Marilyn Von Sydow, bien des pages sanglantes de notre Histoire trouvent leur origine sur ses mains.

J’ai acheté ce titre presque 10 ans après sa sortie, alors qu’il m’intéressait depuis le début. Comme quoi tout finit toujours par arriver.
Les histoires de contes revisités m’attirent un peu, c’est pourquoi j’avais eu envie de m’intéresser à cet ouvrage reprenant à son compte les destins de Cendrillon, La Belle au bois dormant, Blanche-Neige et le Petit Chaperon Rouge à la sauce moderne.
J’ignore ce que j’en aurait pensé il y a dix ans, alors que je commençais ce blog, mais aujourd’hui, près de 500 lectures plus tard, je suis passablement mitigée.
Pourtant, tout partait bien. J’ai été entraînée dans l’histoire avec une avidité que je ne soupçonnais pas, tournant les pages avec quasi-frénésie. Faire de Maléfique une brillante femme d’affaire à la tête de groupes de médias est une bonne idée, la faire traquer les réincarnations des princesses aussi, faire entrer en scène une partie des sept Nains pour protéger les jeunes ingénues également… Malheureusement, ma belle aventure a vite tourné court.
En effet, Henri Courtade s’enfonce peu à peu dans un récit trop vaste pour lui. Passé les 100 premières pages, il part dans tous les sens. Si le début est maîtrisé, la suite ne l’est plus du tout. On mélange monde moderne, monde des contes, souvenirs, seconde guerre mondiale, évènements plus récents… Les mains qui semblent dans le récit pour une raison en trouvent une autre qui arrive comme un cheveux sur la soupe, toute cette partie sur la seconde guerre mondiale ne m’a pas convaincue en plus de me perdre. On voit apparaître des personnages qui n’ont l’air présents que pour arranger le scénario (par exemple la vieille dame « ancienne star de cinéma » dont le background n’est jamais vraiment développé pour qu’on comprenne bien son importance). Bref, un récit truffé d’idées mal maîtrisées.
Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Je m’attendais à ce que les princesses trouvent ici de l’épaisseur, une personnalité. Décrites comme naïves dans les contes, je n’en attendais pas moins ici. Au lieu de cela, elles sont insipides. Tout ce que j’ai retenu, c’est que Le Petit Chaperon Rouge (aka Virginia Woolf dans un clin d’oeil qui m’a laissé de marbre) est une rousse incendiaire croqueuse d’hommes. Bonjour le cliché ! Elle ne semble intéressée que par l’idée de mettre un maximum d’hommes dans son lit. Quant à Cendrillon et la Belle aux bois dormant, je me suis même interrogée sur la raison de leur présence dans le livre tant elles sont rapidement évacuées. Si on enlève ces deux princesses, l’histoire reste identique.
J’irais même jusqu’à dire que si on enlève les princesses et qu’on les remplace par des humains ordinaires, l’histoire reste identique. Les princesses n’ont même pas un seul pouvoir magique. Elles sont inutiles en tant que princesses, en tant qu’elles-mêmes, ce qui est triste. Je n’ai pas vraiment compris pourquoi il était si urgent de les éliminer puisqu’elles n’ont aucune influence sur le monde et ne poursuivent aucune quête.
Selon moi le seul personnage intéressant est le Traqueur, à l’origine d’un twist inattendu qui a su réveiller la lectrice endormie que j’étais, assommée par cette histoire à laquelle je ne croyais pas et que je peinais à suivre. Peut-être l’auteur aurait-il dû choisir le point de vue de ce personnage pour tisser son roman.
Il m’a manqué de la maîtrise, il m’a manqué de l’épaisseur, il m’a manqué de l’émotion et des sentiments pour trouver enfin dans ce livre une réinterprétation satisfaisante des contes. Après avoir été déçue par la la trilogie des Contes des Royaumes de Sarah Pinborough, j’attendais beaucoup de ce titre, qui est en plus écrit par un auteur français. Malheureusement pour moi, la révélation ne sera pas encore pour cette fois. En outre, j’ai plissé le nez à quelques reprises face au discours un brin moralisateur que l’auteur a placé dans ses pages (la guerre c’est mal, et les médias nous manipulent). Je n’aime pas sentir les opinions personnelles d’un auteur quand je lis une oeuvre et j’ai eu l’impression de recevoir un sermon à deux ou trois reprises, ce qui m’a à chaque fois éjectée hors de l’histoire.
En bref, en dix années d’attentes, je ne peux pas dire que j’avais manqué quelque chose. Peut-être mon avis aurait-il été différent si j’avais attendu encore dix ans avant de le lire ? Qui sait…

Pour qui : les lecteurs qui aiment les contes et les histoires qui s’en inspirent.

Les + : de bonnes idées, du potentiel, une écriture fluide et entraînante.

Les – : une histoire qui s’éparpille, des enjeux mal maîtrisés qui finissent par perde le lecteur, les princesses n’ont pas d’intérêt à être qui elles sont, rendent de fait l’histoire faible.

Infos pratiques
Broché : 400 pages
Editeur : Folio (3 janvier 2013)
Collection : Folio. Science-fiction
Langue : Français
ISBN-10 : 2070449726
ISBN-13 : 978-2070449729