Le sort en est jeté, d’Élodie Serrano

Le sort en est jeté, d’Élodie Serrano (recueil de nouvelles, éditions Malpertuis)

Recueil de 18 nouvelles autour du thème du jeu et du destin.

Communion : L’histoire de Marie et de sa solitude. Un parallèle troublant entre un ascenseur et le carcan d’une vie ordinaire. Plutôt glaçant quand on se penche sur la symbolique de l’ascenseur.

Au fond du puits : Une nouvelle histoire de folie douce ou de vérité masquée se terminant tragiquement. Ce texte a fait l’objet d’une première publication en 2015. L’histoire est intéressante mais à mon goût le style était plus enfantin que celui d’une jeune fille de 16 ans.

Muse à vendre, accepte âmes : Une bonne idée pour parler des idées. La seule chose que je n’ai pas trop aimé dans ce texte, c’est son titre alambiqué. Sinon je me suis faite avoir comme l’héroïne et comme la plupart des lecteurs, probablement (je suis pourtant autrice moi-même !).

Belle : Une belle idée avec une morale intéressante. J’ai beaucoup aimé le personnage principal et ce qu’elle véhicule. Ce texte donne matière à réfléchir sur pas mal de choses.

Ceci est mon corps : Dans ce texte, un homme décide de se donner la mort en se faisant manger par des humains. J’ai trouvé ce texte assez pauvre dans sa matière. Les motivations ne sont pas assez développées si bien que je n’y ai pas adhéré car pas vraiment comprises. Cela m’a paru faible pour en arriver à une telle extrémité. Le thème de la solitude et de l’inutilité est à nouveau abordé, comme dans la première nouvelle. En outre, la fin m’a laissée perplexe par sa brusquerie. Il manquait quelques pages à ce texte pour en faire une oeuvre crédible.

Créatures ratées anonymes : Encore un texte avec une « belle » morale : vous êtes handicapé ? Vous pouvez quand même accomplir ce que vous voulez. Ne renoncez pas.

Buffet à volonté : Ce texte est une ode à la nourriture. On y lit dans le détail des buffets entiers. Parfait pour donner des idées de menu. L’histoire, en revanche, est un peu simple, et la fin un peu facile.

La vengeance dans le feuillage : Un petit texte sympathique et dynamique au thème original. La vengeance d’une forêt d’arbres jusqu’à la dernière cendre. J’ai apprécié.

Querelle de voisinage : La chute donne tout son intérêt au texte. Il s’agit d’une nouvelle d’horreur. Le problème, c’est que je ne suis généralement pas convaincue par les nouvelles horrifiques. En effet, le format est souvent trop court pour me faire adhérer aux motivations des personnages et phénomènes sanglants. Cela ne me fait pas peur, et ne m’écoeure pas non plus. Ce qui a été le cas dans ce texte. Or, la chute vient relever l’intérêt parce qu’elle es inattendue et apporte une petite dose de crédibilité suffisante pour ne pas complètement oublier cette nouvelle.

Le collectionneur d’étoiles : Un sympathique petit texte avec une morale qui sonnera juste aux oreilles de tous ceux qui collectionnent quelque chose.

Un capybara, et que ça saute ! : Prise dans la suite des textes j’ai d’abord cru qu’on allait me parler d’un cocktail. Mais non. Ce texte est le premier du recueil à être complètement dans un monde imaginaire. Les protagonistes sont des lutins, le personnage principal serviteur d’un roi. Une histoire courte et rapide avec un fond original, celui d’aller chercher un drôle d’animal. Un texte sympathique qui se lit rapidement.

Festin nocturne : Un texte qui a su créer la surprise ! Je ne m’attendais pas cela, habituée par les textes précédents à un certain style de scénario. Pour une fois, cela ne se passe pas comme prévu et j’ai trouvé l’idée vraiment originale. Un texte qui m’a comme « réveillée » après m’être un peu laissée emporter par les textes précédents. J’ai même eu envie de connaître la suite.

L’attaque des vaches zombies : Une bonne idée de départ avec un environnement et un métier que l’on n’a pas l’habitude de voir dans les textes. Toutefois, je dois avouer ne pas avoir très bien compris les enjeux du texte. Je n’ai pas vu où on voulait m’emmener. J’ai eu l’impression d’un début de texte, un récit inachevé.

Du coin de l’oeil : Dans un premier temps, j’ai cru que ce texte était la suite du précédent car on parle d’une créature verte fluo moisie. Mais non. Cela dit, ce texte-ci a bien un objectif et je l’ai apprécié. Court et efficace, j’ai même trouvé l’héroïne attachante.

La mort au tournant : Là encore on nous présente une héroïne sujette à un don (une malédiction ?) de voir toutes ses morts possibles à chaque seconde. Un pouvoir handicapant auquel j’ai eu un peu de mal à adhérer car cela doit créer vraiment un cafouillage permanent dans l’esprit de l’héroïne. Au point que lorsque les choses basculent pour de vrai dans le texte, je ne m’en suis pas rendue compte. Une bonne idée peut-être encore un peu trop brouillonne dans ce texte, dont la fin, sans surprise, ne m’a pas emballée.

Payer pour ses crimes : Voilà un texte réjouissant par bien des aspects ! Premièrement, il fait écho à l’attaque des vaches zombies et j’ai été satisfaite d’avoir des réponses aux questions que je me posais. Ensuite, sa morale est intéressante, le retournement de situation aussi. Une bonne idée dont il y aurait encore beaucoup de choses à dire !

Le marionnettiste : Un texte très court qui marquera plus pour la richesse de son vocabulaire que pour son histoire. En effet, le format est bien trop court pour marquer l’esprit.

Le voleur de mots : Encore une idée sympathique que j’aurais aimé voir d’avantage développée. Il y a à mon avis beaucoup de choses à faire avec ce sujet et les quelques personnages aperçus dans ce texte.

En conclusion, comme pour chaque recueil il y a de tout à l’intérieur : des textes que j’ai aimé, d’autres moins, il s’agit là d’une bonne occasion de découvrir l’univers et la plume d’Elodie Serrano.
En outre, ce qui m’a peut-être un peu déçue, est le manque de lien entre le titre du recueil et les textes en eux-même : je m’attendais à ce que l’accent soit mis sur le moment infime où tout bascule dans la vie des personnages, de sorte qu’il y ait un réel « avant » et un « après ». Ou bien que le thème principal tourne autour des jeux (comme le laisse penser la couverture). Or, cela n’a pas été le cas. J’ai pu lire un recueil oscillant entre les univers de Chair de Poule et de Stephen King. Je retiens néanmoins de bonnes idées et une plongée intéressante dans un style que je n’ai pas l’habitude de lire.

Les + : Une grande variété de textes, tous assez courts pour donner une impression de rythme, et de bonnes idées.

Les – : Certains textes m’ont moins convaincus que d’autres, notamment à cause de leur chute un peu trop « facile » ou « attendue ».

Infos pratiques
Broché
Editeur : Malpertuis (23 septembre 2017)
Collection : BROUILLARDS
ISBN-10 : 291703551X
ISBN-13 : 978-2917035511

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