Archives mensuelles : mai 2020

Ann Radcliffe contre Dracula, de Bénédicte Coudière

Ann Radcliffe contre Dracula, de Bénédicte Coudière (one shot, Les Saisons de l’étrangeSaison La ligue des écrivaines extraordinaires).

Après son retour de la ville-vampire, Ann fait un étrange rêve qui la glace. Elle rêve de ce vampire aux yeux verts qui voulait tant la dévorer.
Alors, quand elle reçoit une lettre verte l’invitant à un bal et signé de « D. », son coeur s’emballe.
Et si le cauchemar n’était pas terminé ?

Premier titre que je lis de cette saison des Écrivaines extraordinaires, je l’ai choisi pour deux raisons : pour rester dans l’univers de Dracula après ma lecture catastrophique de La croisade des carpates, et parce que j’aime bien le personnage d’Ann Radcliffe.
J’ai apprécié cette lecture. Premièrement parce qu’elle reprend les aventures et le personnage d’Ann Ward (épouse Radcliffe) après les péripéties d’Ann Radcliffe contre les vampires, de Paul Féval, titre publié dans la première saison des Saisons de l’étrange, ensuite parce que c’est bien écrit. Tout simplement.
L’histoire est très courte, ce qui est peut-être sa seule faiblesse.
Le pitch est très simple, et l’ensemble se passe rapidement mais pas superficiellement en moins de 110 pages.
C’est bien dosé, bien raconté. Comme dans le roman de Paul Féval, j’ai bien aimé le personnage d’Ann Radcliffe. Elle aime son mari, elle est courageuse, elle écrit et a une curiosité intellectuelle très intéressante. Bref, un personnage sympathique que j’ai pris plaisir à retrouver. J’aurais vraiment aimé rester avec elle plus longtemps, la voir dans d’avantage de péripéties, que son voyage dure plus longtemps… parce que je suis restée sur ma faim.
La galerie de personnages est plus restreintes que dans le livre de Paul Féval, ce qui donne plus de clarté à l’ensemble. Comme le livre est court, il ne se perd pas en intrigues esquissées et non développées. Le lecteur n’est pas perdu non plus.
Le personnage de Dracula est présent tout au long du récit et reste en arrière plan à la manière d’une ombre planante. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage d’Agata. Je me suis attachée au personnage d’Agata que j’ai trouvé plein de potentiel. Une belle création.
On retrouve aussi l’horrible Monsieur Götzi, découvert dans le précédent opus.
Globalement, le scénario est bien construit avec un début simple, un milieu avec des rebondissements, et une fin satisfaisante.
J’ai découvert la plume de Bénédicte Coudière à cette occasion et elle a parfaitement réussi l’exercice.
En outre, j’ai apprécié me « faire avoir » par le terme de « Ligue des écrivaines extraordinaires ».
Je l’avoue, comme la plupart des lecteurs (je suppose), j’attribuais cette ligue aux autrices des histoires. Or, le terme se prête aussi aux héroïnes des livres.
Réaliser cela m’a fait sourire et encore plus aimer cette série. C’est très bien pensé !
Ce livre est donc une bonne petite découverte qui mérite d’être connue. A quand un roman volumineux et important dans la même veine ?

Pour qui : les lecteurs en quêtes d’une bonne petite histoire de vampires.

Les + : Une intrigue simple et efficace qui ne se perd pas en chemin, une galerie de personnages assez peu étendue ce qui permet de les développer, un dracula crédible et un petit roman bien écrit. Mention spéciale à la superbe couverture signée Melchior Ascaride.

Les – : C’était tellement agréable que je regrette que ce soit si court.

Infos pratiques
ISBN : 978-2-490972-33-3
Version : Broché
Dimensions : 14 × 18.2 cm
Pages : 108 pages
Sortie : 13 février 2020

Tu es belle Apolline, de Marianne Stern

Tu es belle Apolline, de Marianne Stern (one shot, éditions du Chat Noir)

Toutes les filles du lycée rêvent d’habiter dans une villa, d’être maigre et de pouvoir séduire le beau Arnaud pour une première expérience amoureuse qu’elles espèrent torride.
Apolline vit avec sa mère dans une immense villa surveillée par des agents de sécurité, est si maigre qu’elle peut enfiler les robes haute couture de sa mère, et a pu découvrir avec Arnaud que la première expérience n’avait rien de torride.
Alors, heureuse, Apolline ? Pas du tout.

J’ai acheté ce roman car il était indiqué qu’il traitait du thème de l’anorexie, un sujet qui m’intéresse toujours. Mais le sujet étant finalement assez peu exploité, ma dernière lecture remontait à un peu plus de deux ans avec Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson).
Ici, nous faisons la connaissance d’Apolline et de ses problèmes. Autant le dire tout de suite et avec franchise : je ne suis pas une grande fan d’allemagne et de langue allemande. Autant dire qu’Apolline et moi ne partions pas sur des bases propices à ce qu’on s’entende.
Pour ne rien arranger, la jeune fille est un cliché ambulant sur ce qu’on peu imaginer d’ado rebelle amourachée d’Allemagne au sens caricatural. Allemagne nazie, tenues punk, Rammstein, langage explosif et conduite insupportable, la malheureuse n’avait pas grand chose pour plaire.
Et pourtant, au fil des pages, j’ai commencé à m’attacher à elle. En effet, si elle peut sembler dure de prime abord, Apolline possède beaucoup de failles qui la rendent humaine et attachante. Ses déconvenues, sa quête d’elle-même, sont légitimées par sa vie complexe et compliquée. La recherche d’un père dont elle ne sait rien, la quête de l’amour maternel alors que celle-ci l’a eu très jeune et ne s’en occupe pas… La jeune fille évolue dans un cadre peu propice à une construction stable et une vie heureuse. En apparence elle a tout pour être heureuse, mais la vie n’est jamais aussi simple qu’elle en a l’air.
J’ai été bouleversée par la tournure que prenait l’ouvrage. Marianne Stern a su plonger petit à petit dans son sujet pour nous faire prendre conscience de son horreur. C’est pourquoi pendant un moment je me suis demandé si on parlait bien d’anorexie dans le roman car il n’en est pas explicitement fait mention durant un long moment.
Mais Apolline glisse inéluctablement dans la déchéance et nous finissons par voir au plus profond d’elle-même, de son dégoût pour elle reflet de celui pour la nourriture. On comprend qu’Apolline est en fait un animal blessé, paumé, qui appelle à l’aide. Je suis sûre que nous avons tous croisé une Apolline une fois dans notre vie sans nous en rendre compte et c’est terrible. Le livre est terrible.
Les échecs d’Apolline sont durs, ils peinent. Bref, si je n’appréciais pas la jeune fille au départ, je me suis laissée toucher par sa vie et ce qu’elle a à nous dire.
La fin n’est pas si attendue que cela et je me suis longtemps demandé quels choix feraient l’autrice, quelle serait l’issue de cette déchéance pour Apolline ?
Je ne vous dirai rien mais j’ai été contente de ce choix qui, finalement, n’est pas si commun quand on traite de ce sujet.
Le style d’écriture est acéré, incisif, le livre se lit rapidement et on enchaîne les pages sans s’en rendre compte.
Je ne sais pas si c’est volontaire ou si c’est moi qui crée des parallèles avec mes lectures récentes, mais d’un certain côté, Apolline m’a fait penser à Christiane, l’héroïne de l’autobiographie Moi, Christiane F, dans ce qu’elle a de tragique et de descente aux enfers.
Quelques points négatifs toutefois : l’arc narratif avec la professeure d’Allemand n’apporte absolument rien. J’ai eu l’impression qu’il y avait ici un début d’idée avorté, ou sur lequel l’autrice serait revenue pendant son écriture (au début je pensais qu’Apolline était lesbienne ou bisexuelle mais finalement on n’en parle jamais). Et les nombreux passages en allemands non traduits m’ont fait passer à côté de certaines subtilités. J’ai compris que l’autrice est elle-même une grande fan d’Allemagne, mais même après 7 ans d’allemand j’ai toujours été incapable d’écrire ne serait-ce que la date du jour. Ce qui vous donne une idée de mon niveau et mon besoin de traduction pour comprendre, n’ayant aucune affinité avec la langue.
Bref, malgré ces points, cela n’empêche pas de comprendre le roman et l’essentiel des messages qu’il veut nous faire passer.
Un bon moment de lecture et une belle découverte dont je vais me souvenir, c’est certain.

Pour qui : les lecteurs qui cherchent un roman émouvant et à l’héroïne complexe et attachante

Les + : l’autrice arrive à créer de l’ordre dans le chaos et à rendre son héroïne attachante à mesure que l’on plonge avec elle dans les profondeurs de son âme

Les – : le sujet de l’anorexie reste tout de même en surface, l’arc narratif avec la professeure d’allemand n’apporte rien, les longues citations allemandes non traduites.

Infos pratiques
Broché : 214 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (24 février 2020)
Langue : Français
ISBN-10 : 2375681339
ISBN-13 : 978-2375681336

Derniers articles »