Archives mensuelles : juillet 2020

Le garçon et la ville qui ne souriait plus, de David Bry

Le garçon et la ville qui ne souriait plus, de David Bry (one shot, éditions Pocket)

Dans ce Paris de la fin du XIXème siècle, la différence n’a pas sa place. Qu’elle soit physique ou morale, ceux qui n’entrent pas dans les cases strictes édictées par le pouvoir en place sont rejetés sur une île appelée « La Cour des Miracles ».
Les pauvres, les disgracieux, ceux dont les moeurs sont jugées contraires aux bonnes moeurs, se retrouvent ainsi à la marge, parqués dans un monde où ils n’ont pas d’autre choix que de survivre.
Romain, jeune noble issu d’une bonne famille, porte en lui un lourd secret. S’il se faisait découvrir, il se ferait aussitôt bannir sur l’île. Or, un jour, il apprend qu’un complot menace la Cour et ses habitants. Porté par ses émotions, le jeune homme ne peut pas rester sans agir. Il doit sauver La Cour des Miracles, quitte à révéler son secret.

ROMAN COUP DE COEUR

Second livre que je lis de l’auteur après le très contemplatif Que Passe l’Hiver, ce roman n’a absolument rien à voir. Au contraire, c’est même tout l’inverse de son premier. Si Que passe l’hiver ne m’avait pas embarquée avec lui, j’ai été au contraire totalement happée par Le garçon et la ville qui ne souriait plus.
J’ai tout aimé dans ce titre.
L’histoire : on nous la dépeint dans un Paris du XIXème siècle mais elle est pourtant d’une incroyable modernité. Portée par un message fort de tolérance, elle ne pourra que faire écho à notre monde actuel et ses propres problématiques. Avoir choisi de délocaliser l’intrigue dans un Paris alternatif est une bonne idée qui permet, par contraste, de faire ressortir les travers du monde dans lequel nous vivons en tant que lecteurs. C’est bien pensé et terriblement efficace ! Personne ne croira une minute que cette histoire se cantonne aux pages de ce Paris alternatif. Sa portée va bien au-delà.
L’ambiance : Quelle merveilleuse ambiance ! Sans doute un peu influencée par la jolie couverture de Benjamin Carré et ses allures de Bossu de Notre Dame, nous sommes plongés dans un Paris qui n’est pas sans rappeler celui de Victor Hugo. L’auteur a très bien travaillé son ambiance et j’ai aimé le travail sur le phrasé des gens de l’île. Un peu rude au départ, on s’y habitue. Mine de rien, cela crée un charme et une ambiance uniques. On sent la poussière, la débrouille, la rudesse d’une vie pour ceux à qui on n’a pas fait de cadeau. Cela renforce le fossé entre les pauvres et les nobles, et pourtant sans en faire trop. Tout reste crédible !
Les personnages : je les ai tous beaucoup aimé. Je me suis attachée à Romain ainsi qu’à ses amis. Ils sont tous attachants et émouvants. Leurs particularités les rendent humains et on ne peut pas rester insensible à leurs péripéties. Plusieurs fois je me suis surprise à retenir ma respiration, ou à avoir peur pour eux. Aussi, on assiste avec un pincement au coeur à la naissance de sentiments que l’on sait qu’ils ne seront jamais partagés. Bref, les personnages sont tous très humains. J’ai aussi beaucoup aimé les retournements de situation et les nombreux petits éléments qui donnent de l’épaisseur à tous les protagonistes. Certains éléments ne sont utiles que pour créer des caractères et l’ensemble est bien construit, les personnages ne sont pas caricaturaux et restent crédibles, la galerie est variée sans être étendue. Bref, on ne se perd pas et « on s’attache », comme dirait un chanteur connu.
Le rythme : Comme je le disais au début de cette chronique, je n’avais lu de David Bry que Que passe l’hiver, un roman contemplatif qui m’avait plutôt laissée de glace. Ici, nous avons un roman où l’action est omniprésente ! Les pages se tournent à une allure folle tant nous passons d’une péripétie à l’autre. Poursuites, combats… les personnages virevoltent à chaque page et le roman possède peu de temps morts pour nous laisser reprendre notre souffle. Si bien que pris dans ce tourbillon d’action, on a encore plus peur pour les personnages. Quelle sera la péripétie de trop ? Comment tout cela va-t-il se terminer ?
Vous l’avez compris, ce livre a été un coup de coeur pour moi. Je n’ai pas été déçue et ne trouve rien de négatif à en dire. Au contraire ! Il fait partie des titres que j’ai envie de relire une fois terminé. Un de ceux qui m’ont fait réfléchir, et vont me marquer.
Avec une lecture mitigée et un coup de coeur, j’ai hâte de lire le prochain ouvrage de David Bry pour me faire un avis définitif sur sa plume.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires qui ont une portée au-delà des pages et qui font écho à notre propre société, les histoires qui font réfléchir et se questionner sur soi et le monde qui nous entoure. Les lecteurs qui cherchent une histoire émouvante avec des personnages attachants.

Les + : L’histoire, l’ambiance, la plume, les personnages… tout est soigné et travaillé dans cet ouvrage. Tout est à sa juste place, comme une mélodie qui sonne parfaitement.

Les – : Je n’en ai pas trouvé, c’est pour cela que c’est un coup de coeur !

Infos pratiques
Poche : 352 pages
Editeur : Pocket (18 juin 2020)
Collection : Fantasy
Langue : Français
ISBN-10 : 2266307312
ISBN-13 : 978-2266307314

La candeur de la rose partie 2, de Ielenna – Les chroniques des fleurs d’opale T2

La candeur de la rose partie 2, de Ielenna (tome 1.2 de la trilogie Les chroniques des fleurs d’opales, éditions Graphein)

Diphtil est enceinte. La 5ème déesse poursuit son parcours à travers l’empire pour trouver des réponses à ses questions identitaires. Or, de nombreux bouleversement vont arriver. La guerre se prépare et le trône sera bientôt au coeur de toutes les intrigues.
Diphtil devra faire preuve de courage pour mener à bien toutes les missions qui lui incombent et surmonter le lot de drames qui va avec.

Deuxième partie d’une histoire coupée en deux, ce tome 2 semble pourtant avoir été traité différemment du premier. En effet, même s’il se déroule dans la continuité du premier, j’ai remarqué des différences entre les deux. Du bon et du moins bon.
Du côté du bon, le plus appréciable est sans aucun doute le style narratif. Insupportable et pompeux dans le premier tome, il reprend de la clarté et de la fluidité dans ce second tome. Diphtil abandonne son verbiage ampoulé pour une narration plus moderne et actuelle. Bien qu’elle ne le mentionne jamais, c’est clairement visible. Je me suis demandée si Ielenna l’avait fait exprès ou non. Pas sûre que ce soit un choix conscient.
Du côté des mauvaises différences, j’ai noté le nombre incalculables de fautes en tout genre dans cette deuxième partie, a fortiori dans les 100 dernière pages. Beaucoup de mots sont mal employés, coupés, mal écrits, et parfois les phrases sont mal tournées ou ont été corrigées en laissant la première version d’une expression. Bref, on dirait que ce second tome n’a pas bénéficié des relectures du premier, ou alors les lecteurs se sont également lassés de cette prose  démesurée.
Quand je dis « prose démesurée » je pèse mes mots. En effet, le livre n’en finit pas. Il est volumineux et long à lire. Le volume de l’histoire est l’argument de l’autrice pour expliquer le découpage en deux volumes. Or, cette histoire comporte de très nombreux passages inutiles qui auraient très bien pu être coupés. Encore une fois, j’en reviens à ce que je disais dans ma première chronique : il s’agit d’un ouvrage auto-édité qui a semble-t-il eu beaucoup de succès sur internet avant sa publication papier. Or, ce la ne signifie pas que tout y est bon. Un vrai travail éditorial aurait sans doute permis d’élaguer suffisamment le roman pour n’en faire qu’un seul volume conséquent mais plus fort dans ses idées. Ici, tout est dilué dans une masse d’informations et d’actions qui ne servent à rien. Je peux citer le passage dans le temple au début de ce tome avec l’action d’un génie sur une petite fille qui n’apporte absolument rien à l’histoire, de longs dialogues entre une enfant et l’héroïne qui meublent plus qu’ils ne font avancer, des péripéties inutiles, et de longs bavardages sans intérêt.
Certaines intrigues sont ouvertes sans être fermées, je me demande à quoi cela sert qu’un personnage ait l’oreille absolue, par exemple, et beaucoup d’autres choses.
Ielenna a l’air d’avoir écrit son histoire à main levée, y mettant toutes les idées qui lui passaient par la tête sans faire de tri. Cela donne cet amalgame où les personnages agissent de manière peu crédible par rapport à leur personnalité, sont incroyablement chanceux et servis par le scénario, la magie résout tout et semble s’adapter à toutes les demandes du scénario (je n’ai pas compris l’intérêt de mettre une personne immortelle sur un trône puisque par définition personne ne lui succèdera, les morts semblent revenir parmi les vivants sans règle véritable : aux solstices et équinoxes ou à leur anniversaire ? Il faudrait choisir. Je n’ai toujours pas vu la différence entre « la race » des humains et celle des Neltiades, pour une Déesse je trouve l’héroïne impuissante et fragile, je n’ai pas compris l’intérêt de lui faire faire des massacres au nom de « La mort », on nous la décrit comme la Déesse de la vie et de la mort mais cela ne se manifeste jamais vraiment a part un ou deux tours de magie, cette déesse n’impose rien et semble subir son destin à chaque chapitre, quel est l’intérêt de faire se transformer les personnages en animaux ? etc…). J’ai même trouvé que dans l’ensemble l’histoire ne sait pas trop où elle va.
Je ne me suis pas attachée aux personnages, trop caricaturaux. L’ensemble de l’histoire et de ses protagonistes est selon mon goût bien trop naïf, je n’y ai pas cru.
Malheureusement, si la lecture de la première partie m’avait laissée mitigée, la lecture de cette trop longue deuxième me fait pencher du côté du « non ». Non, je n’ai pas apprécié, et j’ai même été déçue car je m’attendais à tout autre chose vu la manière dont cette série m’a été présentée.
Malheureusement, je ne lirai donc pas la suite. Je suis peut-être trop exigeante mais ce titre n’est pas pour moi. Nous sommes à des années lumières d’une saga de fantasy telle que Kushiel ou Imriel, de Jacqueline Carey, qui dans le même genre sont des modèles de perfection.
Le point positif est que je ne me suis pas ennuyée à la lecture car il se passe beaucoup de péripéties, je dois au moins reconnaître cela. Ce n’est pas une mauvaise lecture pour cela. Mais elle n’aura pas su m’embarquer avec elle.

Pour qui : les lecteurs qui ont lu le premier tome. Impossible de bien comprendre l’histoire sans avoir lu le premier tome.

Les + : il se passe de nombreuses péripéties et on ne s’ennuie pas.

Les – : l’intrigue est extrêmement brouillonne, désordonnée, où tout semble avoir été jeté sans tri. Certains éléments se contredisent, tout y est trop facile, les personnages agissent de manière peu crédible et l’ensemble n’est clairement pas convainquant. De plus, il semble que la relecture/correction n’ait pas été faite, ou pas jusqu’au bout, sur cette seconde partie car beaucoup de fautes et d’erreurs parsèment les pages.

Infos pratiques
Pages : 628
Format : Grand format
ISBN : 978-2-9560652-2-7

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