La candeur de la rose partie 1, de Ielenna – Les chroniques des fleurs d’opale T1

La candeur de la rose partie 1, de Ielenna (tome 1.1 de la trilogie Les chroniques des fleurs d’opales, éditions Graphein)

Diphtil est séparée de son jeune frère durant l’attaque de son village, alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Une attaque d’humains qui marquera sa vie à jamais puisqu’elle va la laisser orpheline.
Elle sera ensuite recueillie dans un couvent et élevée par un prêtre qui prétend qu’elle est un être exceptionnel, la fille de la prophétie, la 5ème déesse.

Cela m’est rarement arrivé qu’une lecture me laisse mitigée, mais c’est exactement ce qui s’est produit ici. Globalement, je suis en mesure de dire j’ai plutôt aimé ou non un titre. Or, ici, je suis incapable de me prononcer car il y a des arguments des deux côtés de la balance. Peut-être que je peux résumer l’impression que ce livre m’a laissé par « j’ai apprécié mais pas aimé ».
Il faut savoir que j’avais ce roman dans son ensemble (le tome 1 est découpé en 2 volumineuses parties où le texte est imprimé en tout petit, la seconde l’étant encore plus que la première) depuis plus de 2 ans. J’attendais d’avoir du temps devant moi pour m’y plonger, et avec le confinement, l’occasion idéale s’est présentée. J’avais envie d’une longue lecture avec un univers marqué dans lequel je pourrais me plonger et y rester longtemps.
De ce côté là, mission accomplie pour cette première partie qui propose une entrée en matière sur les personnages, leurs motivations, et leur univers. Il y a de quoi lire dans ce scénario riche en péripéties. Ielenna a semé son texte de révélations et de rebondissements pour ne pas perdre l’intérêt du lecteur et je ne me suis globalement pas ennuyée. Le livre est long, certes, mais ce n’est pas un problème. Le livre s’ouvre sur une carte du monde dans lequel nous allons plonger. Je regretterai la typographie choisie que je n’ai pas vraiment réussi à déchiffrer. Parfois, l’efficacité est dans la simplicité.
Malheureusement, le livre a peiné à me convaincre tant ses faiblesses sont grossières. Ielenna a auto-publié son livre et il aurait été intéressant d’avoir un vrai regard éditorial sur ce texte.
Premièrement, ce qui m’a frappée est le style d’écriture. Il est très soutenu, ampoulé, pompeux… L’autrice essaie de le justifier par l’éducation noble reçue par Diphtil et le fait que ce soit elle la narratrice, mais cela ne se tient pas. Plusieurs personnages s’expriment de la même manière. Et, il faut bien le dire, c’est à la fois risible et insupportable. Plusieurs fois j’ai eu l’impression d’être dans Kaamelott tant les dialogues sont lourds et caricaturaux. Plusieurs fois j’ai éclaté de rire tant on aurait dit un sketch dans lequel la comédienne se forçait à parler comme au moyen-âge. Cette plume pompeuse, aux mots voulant être soutenus mais étant régulièrement mal employés, est à mon avis la plus grosse faiblesse du livre. Je n’ai pas arrêtée d’être sortie du roman à cause de ce style ampoulé qui n’est absolument pas crédible. Quand on veut trop en faire, la limite est mince entre la maîtrise et l’erreur. Là, c’est beaucoup trop. On est dans le trop.
Aussi, le point de vue de la narration m’a laissé une drôle d’impression. Le livre est raconté par Diphtil comme un témoignage à sa fille. Or, plusieurs fois, elle est capable de nous raconter en détail des scènes dans lesquelles elle ne se trouvait pas. Voir parfois d’exprimer des pensées et avis de personnages alors qu’elle n’était pas là. J’ai trouvé cela perturbant e peu naturel. Le récit est raconté par le personnage principal, mais qui est aussi un narrateur omniscient. Ce n’est pas possible, ça ne colle pas.
Le scénario est aussi pour beaucoup dans ce sentiment mitigé. Si, comme je l’ai dit, on a de quoi plonger longtemps dans un univers, cet univers n’est pas sans défauts, loin de là. Il souffre de multiples clichés et d’incohérences qui m’ont une fois de plus sortie du livre plusieurs fois.
Pour commencer, j’ai été très gênée par le système de « races ». Je n’ai rien contre ce principe en fantasy, mais là on nous explique clairement qu’une des races sont les « humains ». Pour moi, cela signifie que par extension, toutes les autres races ne sont pas humaines. Donc que sont-elles ? Ce n’est jamais expliqué. Vraiment, je ne comprends pas le choix de ce nom. Jamais on ne nous dit que les Neltiads sont différents des humains (a part quelques tatouages sur les bras ou une couleur d’iris violette mais cela sont des broutilles). Ensuite, nous avons dans l’histoire absolument tous les clichés du genre : la fille de ferme naïve élue d’une prophétie que tous les hommes convoitent (tous les hommes du livre sont présentés comme des porcs cherchant à la violer, c’est fatiguant), le frère trop protecteur, le chevalier servant qui est prêt à tout endurer pour elle, le long voyage semé d’embuches, la guerrière envoyée pour tuer quelqu’un avant de céder aux sirènes de l’amour… Non, vraiment, rien n’est épargné. Et je ne vous parlerai pas des gens qui appellent Diphtil « Déesse » alors que celle-ci n’est même pas au courant de la prophétie. Là encore il y a quelque chose de comique.
Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages tant ils sont caricaturaux. Mais le pire étant quand même Diphtil, donc la naïveté et la « candeur » ont parfois l’air d’agacer également l’auteur qui fait reconnaître à ses personnages qu’elle est insupportable. De plus, on nous explique que la jeune femme est une déesse mais elle a l’air tellement impuissante, elle subit tellement son destin que ce rôle n’est pas crédible. J’ai relevé deux ou trois passages dans le roman où Diphtil agit d’une manière totalement incohérente par rapport à son caractère. Elle qui est si prude devient subitement débridée comme jamais. Elle qui est si bonne devient subitement un monstre assoiffé de sang… je n’y ai pas cru.
Quant à Astiran, ce personnage et son ascendance n’ont absolument aucun intérêt (à moins qu’on nous en parle dans la seconde partie, mais pour ce qui est de la première, il ne sert absolument à rien). Les âges des personnages ne sont pas non plus crédibles par rapport à leur personnalité. Yasalin est une prostituée meurtrière qui a l’air d’avoir tout vu à… 17 ans ?
Aussi, si les péripéties sont nombreuses, elles tournent majoritairement autour des amourettes des uns et des autres. Cela m’a rappelé certaines lectures, comme le premier tome d’Opalien, de Mélanie Lamare, sauf que j’ai trouvé la romance plus crédible dans Opalien qu’ici. Les personnages y étaient plus attachants.
J’ai eu l’impression que Ielenna voulait proposer une fantasy sensuelle à la manière de Jacqueline Carey et sa célèbre série Kushiel, mais on en est malheureusement très loin.
Bref, vous aurez compris que cette lecture, bien que j’ai apprécié m’y plonger, ne m’a pas transportée.
Bien que je n’ai pas détesté et que cela reste malgré tout un divertissement agréable, je ne vais lire la suite que parce que je l’ai déjà achetée. Sans quoi je ne serais pas allée plus loin. D’autant plus que la deuxième partie est encore plus épaisse que la première. J’espère réussir à supporte Diphtil et cette plume si singulière.

Pour qui : les lecteurs qui cherchent un roman de fantasy volumineux pour s’y plonger.

Les + : un univers fourni et de nombreuses péripéties, on ne s’ennuie pas.

Les – : trop de clichés, une plume maladroite et beaucoup trop ampoulée, des personnages caricaturaux et une héroïne insupportable. Beaucoup de faiblesses dans la construction du monde.

Infos pratiques
Pages : 460
ISBN : ISBN-978-2-9560652-0-3

4 Commentaires

  • Je partage totalement tes réserves, notamment au niveau du style, sur ce roman que j’ai dû lire dans le cadre d’un prix littéraire… Que la lecture avait été longue et pénible. Du coup, je trouve pas mal que sans l’apprécier outre mesure, tu aies quand même réussi à le lire sans trop de lassitude.

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ton commentaire ! Je suis rassurée de voir qu’il n’y a pas que moi qui ai trouvé le livre en-dessous de toute la publicité qui lui était faite. Après je ne vais pas te cacher que vu le prix du tome, le fait que j’ai encore la suite, et sans doute aussi que je suis plutôt bon public, je suis allée au bout. J’ai de toute façon beaucoup de mal à abandonner un livre, mais là ça a été compliqué, oui.
      Tu n’as pas lu la suite, du coup ?

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s