Archives mensuelles : octobre 2020

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury (one shot, éditions Folio)

Dans ce monde, Montag est un pompier. Il est chargé d’incendier les livres qu’il trouve ainsi que les maisons des propriétaires délictueux. Car dans ce monde, les livres ne doivent plus exister, c’est la loi.
Montag pensait comprendre cette loi, jusqu’au jour où il rencontre Clarisse, adolescente rêveuse et à l’esprit éclairé. Elle, elle sait. Elle lit.
Le pompier va alors voir toutes ses certitudes s’enflammer et se consumer jusqu’à le mener de l’autre côté de la frontière, là où ses actes deviendront irréparables.
Jusqu’où sera-t-il prêt à aller pour rendre au monde le pouvoir de la connaissance ?

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce titre. J’essaie depuis un moment de m’intéresser aux classiques des genres SFFF et ce Fahrenheit 451 est incontestablement un monument de la SF.
Cet emblématique titre de Ray Bradbury est un livre qui parle de livres.
Il n’est pas seulement à inscrire dans le genre de Science-Fiction, c’est aussi selon moi une oeuvre avec une portée symbolique et philosophique qui ne peut échapper au lecteur.
En effet, outre les dialogues parfois directs dans lesquels les personnages échangent au sujet de la lecture et de son pouvoir, il possède une portée symbolique indéniable, incarnée dans des personnages tels que Clarisse ou Faber, ou des objets comme le Limier.
Fahrenheit 451 est un livre assez court qui nous dépeint une société futuriste sans jamais lui donner une date précise, ce qui la rend indémodable. Ce futur peut toujours exister et c’est ce qui rend l’oeuvre intemporelle.
Les grandes oeuvres sont intemporelles.
Côté style, on sent que ce roman a été écrit il y a plusieurs dizaines d’années (première publication en 1953) car il possède le style un peu ampoulé de son époque. Néanmoins le livre se lit bien et est très accessible. Il ne faut pas avoir peur de s’y plonger au prétexte qu’il est classé « Science-Fiction ».
Ray Bradbury a choisi de raconter l’Histoire des livres du point de vue d’un pompier, Montag, dans ce futur où les rôles se sont inversés. Ici les pompiers n’éteignent plus les feux, ils les allument. Ils allument les feux pour des autodafés littéraires et intellectuels. Il faut éteindre les étincelles de pensées individuelles, il faut étouffer la connaissance libre et éclairée en tuant les livres. Le personnage de Clarisse, trop libre, trop éveillé, trop vivant, est l’illustration de ce que fait la société sur les âmes un peu trop sauvages. A l’opposé, la femme de Montag est un pur produit de son époque, droguées aux écrans et à la technologie qui pense pour elle. Mais qui est la plus heureuse ?
Mieux vaut-il vivre vite et mourir jeune ?
Montag, qui vivait sans se poser de questions, au contact de la liberté incarnée, va commencer à se poser des questions. Il devient alors une menace et son collègue ne cessera de lui faire remarquer qu’il n’est pas dupe de son changement de caractère.
C’est bien écrit, plutôt fin dans le propos, et fait à coup sûr réfléchir le lecteur. Mais le lecteur n’est-il pas déjà une âme libre, puisqu’il a déjà fait la démarche de se saisir du livre et de le lire ? Est-ce qu’avec son roman sur la lecture, Ray Bradbury ne prêche-t-il pas déjà des convaincus ? Comment faire pour faire accéder à la lecture les âmes qui ne lisent pas ?
Le livre n’apporte pas de réponse aux questions qu’ils soulève. Il faut plutôt le voir comme un plaidoyer pour la lecture, pour l’objet livre en lui-même.
Cette société qui déteste les livres est forcément dangereuse, mais les gens qui vivent dedans ne s’en rendent pas compte.
Charge au lecteur désormais averti de faire en sorte que la vraie vie ne ressemble jamais à cette fiction.

Pour qui : les lecteurs qui veulent découvrir un classique de science-fiction, ceux qui aiment que leur lecture les fasse réfléchir.

Les + : Un roman profond, plein de symboles, qui pose des questions intéressantes et permet d’ouvrir les yeux sur notre propre société.

Les – : le livre n’apporte pas forcément de réponse aux questions qu’il soulève, cela manque un peu.

Infos pratiques
ISBN-10 :
2070415732
ISBN-13 : 978-2070415731
Broché : 224 pages
Éditeur : Folio

Le ballet des ombres, de Marika Gallman (Les Chroniques de Hallow 1)

Le ballet des ombres, de Marika Gallman (tome 1 de la série Les Chroniques de Hallow, éditions Milady)

Abby est une jeune femme en apparence normale, vivant dans une ville en apparence normale.
Mais ce ne sont que des apparences.
Car la vérité, c’est qu’Abby possède un pouvoir lui permettant d’absorber l’énergie des gens qui l’entourent, et qu’elle vit dans une ville rongée par le crime.
Elle qui, jusqu’alors, passait son temps entre sa boutique de mariage qui ne prospère pas et les larcins qui rapportent gros, va se trouver au coeur d’une affaire qui pourrait bien la dépasser complètement.
Elle se croyait unique, discrète, et forte… Elle n’est rien de tout cela.

J’ai mis du temps à lire cet ouvrage paru en 2016. Vous savez pourquoi ? Parce que j’attendais la suite, pardi !
On peut voir sur la couverture qu’il s’agit du premier tome d’une série. J’aime donc, quand je pense aimer, acheter plusieurs tomes et les lire à la suite pour me plonger plus longtemps dans l’univers.
Or, la suite n’est jamais venue, ne viendra probablement jamais, et je me suis résolue à me lancer sur ce premier tome qui ressemble désormais à un one shot.
Ce qui est dommage et renforce mon impression pour ce tome. Même s’il me semble que l’autrice n’a jamais communiqué officiellement sur le fait qu’il n’y aura jamais de suite à cette histoire, depuis le temps, plus personne ne l’attend. Et cela renforce mon sentiment de déception vis-à-vis de cet ouvrage.
J’ai découvert Marika Gallman il y a longtemps à travers son feuilleton Bad Moon Rising, puis le premier tome de sa série Maeve Regan, la plus populaire de ses sorties. J’ai retrouvé ici la plume faite d’héroïne forte ou qui pensent l’être et se fait dépasser par les évènements.
Car il faut bien le dire, ici, Abby subit littéralement tout ce qui lui arrive durant le livre et cela ne m’a pas aidé à la trouver attachante.
Mais avant d’entrer plus avant dans mon ressenti pour les personnages, sachez que j’ai vraiment trouvé que ce premier tome partait dans tous les sens. Il pose les bases de la série, certes, mais cela fourmille trop et l’équilibre entre « nouveauté pour la suite/révélations » n’est pas assez bien dosé, si bien que j’ai eu l’impression non pas de marcher sur des oeufs, mais carrément d’être en lévitation. J’avançais dans l’histoire avec un oeil bandé et l’autre mi-clos.
Un peu pénible, surtout quand on sait que les suites qui nous auraient permis d’éclairer tout cela ne verront jamais le jour.
Pour ce qui est des personnages, ils sont plutôt clichés et sans surprise. Comme dans tous les romans de bit-lit, notre belle héroïne est convoitée par trop d’hommes à la fois, s’entiche du seul qui ne veut pas d’elle, bénéficie du soutien d’un frère ultra geek… Je n’ai pas trouvé la galerie de personnages particulièrement folle et pour être honnête, à l’heure où j’écris cette chroniques (plusieurs jours après la fin de ma lecture) j’ai déjà oublié la plupart des protagonistes.
Côté péripéties, c’est aussi un peu le foutoir. Si le début est clair, l’autrice s’embarque ensuite dans des aventures où plusieurs niveaux de complexités se mêlent. Abby rencontre des personnages qui ont leurs propres objectifs que l’on ne connaît pas vraiment, qui ont des pouvoirs et des capacités qu’on ne comprends pas encore… bref cela m’a perdu plus d’une fois. C’est dans ces moments là que j’avais l’impression d’avoir un bandeau sur les yeux et que ma déception a été la plus grande. J’imagine que le voile se serait levé dans les tomes suivants mais vu qu’ils n’existeront pas…
Pour ce qui est du style, il est fidèle à celui de l’autrice. Moderne et fluide, il rend la lecture légère et agréable. Il nous plonge facilement dans le théâtre de Hallow, ville sombre et sale qui ne sera pas sans nous rappeler Gotham City.
Malgré tout, j’ai assez vite survolé cette histoire qui a d’autant moins d’intérêt qu’elle s’arrête peu de temps après avoir commencé.
J’ignore pourquoi la série n’a pas eu de suite et je penche plutôt pour des soucis personnels de l’autrice plus qu’une question de succès. C’est dommage et j’espère qu’un jour, peut-être, elle parviendra à la reprendre, quitte à ce que ce ne soit pas chez un éditeur.
En attendant je ne peux que vous inviter à passer votre chemin, vous n’auriez pas l’occasion d’y marcher longtemps pour admirer cet univers. Personne n’aime avancer dans le noir.

Pour qui : les lecteurs qui ne seront pas dérangé à l’idée d’entamer une série sans suite et qui aiment la plume de Marika Gallman.

Les + : Un style fluide qui se lit bien.

Les – : l’intrigue part dans tous les sens et perd le lecteur, beaucoup de portes sont ouvertes sur du vide car les réponses devraient se trouver dans les tomes suivants, le dosage mystères/révélations n’est pas assez subtilement dosé, si bien que l’on a surtout du mystère et quasiment pas de révélations pour nous faire avancer. La série n’a pas de suite.

Infos pratiques
Poche : 480 pages
ISBN-10 : 2811217843
ISBN-13 : 978-2811217846
Éditeur : Milady (8 juillet 2016)

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