Archives mensuelles : février 2021

Pacte Obscur, de Bettina Nordet (La Geste des exilés 1)

Pacte Obscur, de Bettina Nordet (Tome 1 de la trilogie La Geste des exilés, éditions du Chat Noir)

Alors que tout ou presque allait bien pour elle, Jana se voit, du jour au lendemain, pratiquement enlevée par son supérieur hiérarchique. Ce dernier va lui faire traverser la planète pour échapper à une bande de dangereux criminels, bien décidés à l’assassiner.
Mais pourquoi ?
Ce que Jana va découvrir va remettre en cause toute sa vie, et bouleverser son destin.

Je vais être brève : je n’ai pas compris ce livre. Vraiment.
Il faut savoir que je l’ai pris lors d’une opération spéciale confinement, durant laquelle tous les titres des éditions du Chat Noir ou presque étaient à 1€ en numérique. Comme j’avais entendu beaucoup de bien de cette série, je me suis pris les trois tomes d’un coup.
Car oui, je le redis (je suis même allée vérifier si je n’avais pas rêvé, mais non), j’ai vu beaucoup d’avis positifs sur cette trilogie. Je n’ai même pratiquemment vu que cela.
Or, pour moi, le coup de foudre n’a pas eu lieu. C’est même plutôt l’inverse. Je n’ai pas du tout compris cette avalanche de commentaires élogieux, mais c’est la preuve que tous les goûts sont dans la nature et qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’apprécier une oeuvre.
Pour moi ce premier tome est d’une médiocrité comme j’ai rarement lu, et je suis même étonnée que ce soit édité aux Éditions du Chat Noir, qui m’avaient habitué à mieux (Tu es belle, Apolline, de Marianne Stern, Love in 56k de Clémence Godefroy, Pandemonium d’Aurélie Mandonça ou même l’excellent Apostasie de Vincent Tassy).
Ici, nous avons tous les clichés du genre Bit-Lit réunis dans un seul et même ouvrage. Mais en pire, puisqu’on dirait qu’il s’agit d’un premier jet écrit par une adolescente pétrie de fantasmes et de frustrations.
Jana est insupportable. On essaie de nous la présenter comme une femme forte et « badass » mais elle ne fait que subir les événements. Se fait enlever, entraîner, enchaîner et manipuler (parfois d’une manière tellement grosse qu’on le voit venir à des kilomètres), sans jamais prendre son destin en main. Et puis, pourquoi insister autant sur ses déconvenues sexuelles ? C’est lassant et n’apporte rien. L’autrice tente maladroitement d’apporter une explication dans la suite du roman mais on n’y croit pas une seconde. On enchaîne les scènes soi-disant « sexy » mais l’ensemble paraît ridicule et plutôt à côté de la plaque. Pourquoi habiller Jana comme une poupée SM hyper sexualisée juste pour dire qu’elle est l’esclave de Kell ? Fait-il être habillée de latex pour obéir à quelqu’un ?
En fait, ce qui caractèrise l’écriture de ce roman, c’est l’improvisation totale dont semble faire preuve l’autrice tout au long de sa narration. Elle improvise à chaque page, arrangeant les règles de son univers au gré de son scénario. Les longues tirades des personnages pour expliquer des coutumes tirées par les cheveux, les événements qui arrangent bien l’héroïne, les méchants qui déballent tous leurs plans sous les yeux d’une Jana miraculeusement invisible… fourmillent à chaque page. C’est grotesque ! Je n’y ai pas cru une seule seconde.
Tout comme le reste des personnages. Tout le monde est magnifique, splendide, musclé comme les héros marvel… franchement, arrêtons et revenons à la vraie vie ! Je veux bien que les personnages soient pour la plupart des créatures surnaturelles, mais quand même. Ou bien j’ai passé l’âge de ce genre de littérature ? Tout le monde est ultra manichéen, sans subitilité ni nuances. L’héroïne est d’une niaiserie confondante pour ne pas voir tous les pièges qui lui sont tendus sans finesse. Kell, le personnage masculin principal, est lui aussi insupportable. Il passe son temps à être de mauvaise humeur avant de miraculeusement devenir quelqu’un d’autre. Pourquoi ? Si ce n’est donner le prétexte à une scène de sexe aussi peu crédible que ses conséquences… On n’entendra d’ailleurs plus parler de ce mystérieux changement de personnalité par la suite. La scène, unique, ne trouvera pas d’écho dans le récit. En d’autres termes, elle est là pour arranger le scénario, encore une fois.
Et je ne parlerai pas des personnages humains, entre un frère miraculeusement dans les services secrets qui peut lui obtenir des faveurs très arrangeantes et exceptionnelles sans problème, les parents qu’on évacue très vite et sans aucune peine… Tout cela manque de travail, de profondeur, d’originalité…
Quant à l’histoire… sans doute le plus grand foutoir de ce livre. Rien ne va !
Si elle commence comme la plupart des histoires du genre (une héroïne policière), elle finit par déraper dans un décors absolument peu crédible, où les caractéristiques de l’héroïne n’apportent rien (elle aurait aussi bien pu être boulangère, infirmière ou chômeuse, cela n’aurait strictement rien changé au scénario). On nous présente une société, des moeurs et des personnalités qui ne sont pas du tout crédibles. Et comme d’habitude le scénario est très complaisant envers une héroïne naïve et aveugle.
L’ultime rebondissement qui touche Jana… j’ai cru que le livre allait me tomber des mains tellement c’est improbable. Cela sort de nulle part, échoue (donc ne sert à rien). Est-ce du remplissage ?
Côté bestiaire, on a des anges, des démons, des vampires, des humains, des créatures non identifiées… c’est le foutoir le plus complet, j’ai eu du mal à comprendre l’univers et ses limites. Rien n’est clair, en fait. Tout se mélange et, comme d’habitude, l’autrice impovise des explications à mesure qu’elle a besoin de se tirer d’un mauvais pas.
Et puis, bien sûr, le monde entier semble tenir Jana dans l’ignorance. Elle pose bien quelques questions, parfois (on dirait qu’elle prend un peu conscience de sa situation) mais on lui répond toujours « je ne peux rien dire ». C’est assez ridicule, mais on constate vite que si les personnages répondaient aux questions de Jana, l’histoire serait aussitôt terminée. Ce qui, je dois le dire, m’aurait arrangé !
En prime, à la fin du livre, on ne sait pas ce qu’est « la geste des exilés ». Ou bien je suis passée à côté, mais encore un élément tiré du chapeau.
Sincèrement, c’est assez rare pour être souligné : je ne saurais vous donner une seule chose pour réhausser l’ensemble, car même le style d’écriture n’est pas à la hauteur. La couverture non plus n’est pas très aguicheuse, présentant une Jana aux proportions et à la position étranges.
Je n’ai donc pas compris où l’autrice voulait nous emmener, quel est le but de cette histoire, sa finalité ? Et surtout pourquoi une telle vague de bons commentaires ?
Une lecture que je vais vite oublier. Je regrette de m’être laissée influencer par les avis et d’avoir acheté les suites. Je ne suis pas sûre de les lire, ou alors pas avant très, très, longtemps, quand j’aurai tout oublié. Histoire que, comme Jana, je tombe dans un piège plus gros que moi.

Pour qui : les lecteurs fans de bit-lit sans relief et sans surprise.

Les + : Les personnages secondaires, comme Nicolas, apportent un peu de fraîcheur eu texte. Ce sont les seuls vraiment crédibles du roman.

Les – : Beaucoup trop d’éléments ne vont pas, aussi bien sur le fond que la forme. Un premier tome décevant qui ne m’a pas donné envie de lire la suite.

Infos pratiques
Éditeur :
Editions du Chat Noir (3 février 2014)
Langue : Français
Broché : 417 pages
ISBN-13 : 979-1090627390

Ce monde-ci et l’autre, de Mélissa Restous

Ce monde-ci et l’autre, de Mélissa Restous (one shot, éditions Livresque)

Lisandre et Athénaïs sont des imposteurs. Ils s’invitent dans les réunions mondaines pour mener grand train alors qu’ils ne sont pas de ce monde. Mais cela ne peut pas faire de mal de rêver, non ?
A moins que…
Les deux amis, qui se présentent comme mari et femme, pourraient bien être pris à leur propre piège et se trouver obligé de révéler leurs secrets.

Sur le papier, ce petit one-shot avait tout pour me plaire. J’avais déjà pu lire Mélissa Restous aux éditions du Petit Caveau avec son roman L’inconsolé, dont la lecture m’avait marqué.
L’autrice a récidivé avec ce titre que j’ai beaucoup aimé !
Je m’attendais à un roman d’ambiance et je n’ai pas été déçue. En effet, ce n’est pas l’action qui prime dans ce titre mais bien l’univers et ses personnages. Très versaillaise, l’autrice vous plonge dans l’univers de la noblesse dès le départ et on s’embarque avec elle avec plaisir.
C’est tout ce que j’aime !
L’ensemble du récit est teinté d’une poésie romantico-dramatique qui suinte à travers les lignes. Le propre titre de l’ouvrage est empreinté à Théophile Gautier et j’ai trouvé ce choix de titre extrêmement pertinent.
Parce qu’en réalité, il peut s’appliquer à une foule de choses dans le roman (que je ne peux pas vous dévoiler au risque de spoiler l’intrigue, mais n’hésitez pas à me contacter ou à débattre en commentaires). Tout le récit fait écho à cette triste poésie et il faut noter le très joli travail graphique à l’intérieur du livre qui vient renforcer cette impression de triste amertume.
Très vite, on comprend que les personnages ont tous des choses à cacher. Le livre s’attache à nous révéler leurs secrets au fil de la lecture, de manière subtile et savamment dosée. En effet, nous n’avons pas une cascade de révélations brutes en une seule fois, comme c’est souvent le cas à travers de monologues aussi ennuyeux que faux. Ici, les secrets sont parfois révélés involontairement, ou de manière indirecte. Si bien que tout s’enchaîne de manière fluide et naturelle. Le style de Mélissa Restous est agréable à lire et se déroule facilement.
La nature des secrets en elle-même surprendra. Bien que j’en ai deviné certains, d’autres ont été de véritables surprises et j’ai apprécié les choix retenus par l’autrice, qui arrive à faire passer quelques messages dans son récit.
Comme je le disais plus haut, ce petit roman est avant tout un roman d’ambiance. On sent que l’autrice maîtrise la période qu’elle a choisi et le voyage n’en est que plus agréable.
J’ai beaucoup aimé le duo Athénaïs/Lisandre et cela ne m’aurait pas dérangé de lire d’avantage de péripéties, ou même d’autres histoires dans le passé. Je ne sais si c’est une faiblesse ou le résultat de ma frustration mais j’aurais aimé que le roman soit un peu plus long pour pouvoir développer d’avantage certaines préoccupations soulevées par Athénaïs, notamment. Le personnage de Chogan aurait aussi pu prendre plus de place sans que cela ne soit dérangeant.
Mais peut-être dis-je cela parce que je suis un peu frustrée que le roman soit si court (270 pages). N’en reste pas moins que tout est expliqué, bien dosé, et qu’il ne subiste aucune question sans réponse à la fin. La mission de l’autrice est accomplie.
En fait, la seule chose que je n’ai pas tout à fait aimé dans ce texte est sa fin, peut-être un peu facile, un peu radicale, un peu expeditive. Elle se justifie tout à fait par le contexte de l’époque et par les péripéties mais je l’ai quand même trouvé en-dessous du reste du libre. Peut-être parce que c’est une fin lue et relue dans nombre d’ouvrages et qu’il est toujours plus facile de finir ainsi plutôt qu’autrement (je ne peux pas être plus précise au risque de dévoiler l’intrigue).
Néanmoins, il ne s’agit que d’un goût personnel et cela ne m’a pas empêché de dévorer ce petit livre avec beaucoup de plaisir.
Mélissa Restous est définitivement pour moi une autrice à suivre, une de celles qui écrivent dans le style que j’aime lire et qui, a priori, ne me décevra pas.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les romans à l’ambiance forte, les univers de noblesse, d’époque, les révélations et réfléchir sur le monde qui les entoure.

Les + : une ambiance crédible et immersive, un duo de personnages principaux attachants, des révélations bien dosées et qui rythment le récit, une écriture fluide et agréable à lire.

Les – : roman peut-être un peu court, certaines thématiques auraient pu être un peu plus développées, la fin.

Infos pratiques
Éditeur : Livresque éditions (6 janvier 2021)
Langue : Français
Broché : 276 pages
ISBN-10 : 2379602018
ISBN-13 : 978-2379602016

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