Archives mensuelles : avril 2021

Féro(ce)cités, collectif

Féro(ce)cités, Collectif (Recueil de nouvelles, éditions Projets Sillex)

Féco(ce)cités est un recueil de 10 nouvelles de fantasy animalière autour du thème de la cité chez nos amis à plumes, à poils ou à écailles. Cet article traite de 3 des 10 nouvelles, reçues avant la parution de l’ouvrage. L’article sera mis à jour lorsque le recueil sera sorti avec l’ajout de mon avis sur les 7 autres textes.
Participez à la campagne en cliquant sur ce lien : https://projets-sillex.com/
La campagne est disponible jusqu’au vendredi 7 mai.

Pour l’heure, le point commun entre toutes les nouvelles est leur grande qualité. Les trois textes proposent un voyage en fantasy animalière très différents, sans redondance. C’est souvent le souci dans les recueils : les textes traitent des mêmes sujets ou thèmes et on peut avoir l’impression de tourner en rond. Or, ici, les auteurs ont su exploiter le thème de manière très différentes qui fera à coup sûr le bonheur des lecteurs. Chacun aura sa préférence, que ce soit pour l’une des espèces mise en avant, ou pour l’une de leurs cités. Pour rappel, les livres créés par Projets Sillex sont tous de très grande qualité, ce qui ravira les amoureux d’objets livres. Pour les valeurs de la structure, la qualité des plumes et du projet, je ne peux que vous encourager à découvrir le projet et participer à la campagne.
Si vous souhaitez en savoir plus, découvrez le replay de l’émission du club de lecture consacré à Projets Sillex et au monde de l’édition en cliquant ici : Book Club #17.

Mus de la brèche, de Jeanne Mariem Corrèze : Mus est une souris au triste passé dont le travail consiste à faire passer des souris de Merle-Saule jusqu’à Rodentia, la capitale du royaume d’Akodon. Mais Mus a un objectif secret : retrouver sa bien-aimée. Quitte à renoncer à ce qu’elle sait faire de mieux. J’ai beaucoup aimé ce texte. On est vite plongé dans un monde de souris aux multiples prédateurs. Très vite, je me suis attachée à Mus et ses compagnons, j’ai ressentis de la peur pour eux et j’ai eu envie de connaître la fin de l’aventure. L’auteur a passé beaucoup de temps à nous décrire le voyage des souris, et s’est finalement peu attardé sur la ville en elle-même. Les péripéties de Mus entre les murs ne sont pas le coeur de l’histoire. Mon seul regret est la fin, que je voyais différente, mais qui saura satisfaire la plupart des lecteurs. Pour une entrée en matière, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu. C’est bien écrit, le vocabulaire est immersif, et surtout l’ensemble est très crédible. Je ne serais pas contre lire une histoire entière au sujet de Mus (oui, oui, c’est une demande à peine voilée).

Peau de lapin, peau de chagrin, de Thomas Fouchault : La peau de chagrin, de Balzac, est dans ma PAL depuis plusieurs années. Si je ne l’ai pas encore lu, j’en connais au moins les grandes lignes : un homme qui vend son âme au diable en échange de voir ses souhaits exaucés, chacun d’eux faisant diminuer la taille d’une peau jusqu’à son anéantissement. Ici, Thomas Fouchault nous propose une réinterprétation du mythe, transposé dans le cadre de cette fantasy animalière propre au recueil. On fait la rendre de Muscade, un lièvre plein de rêves venu à Bardane pour devenir marchand. S’il espèce rencontrer le succès et rentrer chez lui avec la fortune, nous allons assister au contraire à sa déchéance. Après avoir vendu une partie de lui-même, ce qu’il prenait pour de la chance va vite lui tourner le dos.
J’ai beaucoup aimé ce texte également. La marque de fabrique de l’auteur est la poésie, que l’on retrouve ici incarnée dans le personnage du diabolique Sumac. Ce texte prend le temps de nous exposer la ville de Bardane, sa foire, ses coutumes… j’ai trouvé le tout vraiment bien dosé. L’histoire se suffit à elle-même. Tout arrive à un bon rythme, ni trop vite ni trop lentement, et j’ai eu pitié du pauvre Muscade. On assiste au piétinement de ses rêves, à l’anéantissement de ses espoirs, et l’histoire propose une boucle fort bien pensée. A la fin, je me suis dit « woaou ». Comme toujours avec Thomas Fouchault, c’est très bien écrit et immersif. Fort d’un vocabulaire riche qui insuffle la vie aux personnages et une belle consistance au décor de la cité si féroce. Bravo !

Piège à nuage, de Eymeric Amselem : Une nouvelle mélangeant ciel et mer, dans laquelle nous faisons la connaissance de Galléon, un Béluga, échoué sur une île pleine d’oiseaux, et fait la connaissance de Daenne, une gardienne. J’ai trouvé cette nouvelle un peu plus confuse que les deux précédentes. On sent que l’auteur veut nous faire passer un message (la finitude du monde, le mélange des cultures et des mondes, accepter l’étranger…) mais il m’a semblé que l’ensemble était parfois un peu confus. Je ne savais pas toujours très bien comment positionner les personnages « gentils ? méchants ? coupables ? Victimes ? ». Je n’ai pas su sur quel pied danser et les deux principaux protagonistes se tenaient dans mon esprit sans que je ne sache très bien dans quelle case les ranger. Peut-être est-ce tout simplement le but du texte, de justement montrer qu’on ne peut jamais se tenir dans une seule case ?
En revanche j’ai beaucoup aimé la fin, qui crée un réel élément de surprise et nous fait imaginer la suite. L’auteur a su me surprendre, ce qui fait que je me souviendrai de cette nouvelle principalement pour sa jolie chute.

Infos pratiques :
Recueil de 10 nouvelles
480 pages
Sortie : Été 2021

Le signal, de Maxime Chattam

Le signal, de Maxime Chattam (one shot, éditions Pocket)

Tom, auteur de théâtre, et Olivia, star de télévision, viennent s’installer à Mahningan Falls avec leurs enfants Chad et Owen, afin d’y vivre une vie plus paisible qu’à New York.
Ils sont loin de se douter des horreurs que renferment leur maison, et que sous leurs pieds se réveille une force obscure qui a faim de vangeance.

Le Signal est le premier ouvrage que je lis de Maxime Chattam. Je connais l’auteur de nom depuis longtemps mais n’avais encore jamais sauté le pas, persuadée qu’il écrivait surtout des polars et n’ayant jamais pris le temps de me pencher dessus plus attentivement.
Or, s’il est vrai que l’auteur écrit des polars (qu’il va me falloir découvrir également), il verse aussi dans le roman d’horreur, comme en témoigne celui-ci.
Je préfère être honnête et vous dire que je n’ai pas eu peur en lisant ce titre, contrairement à la promesse qui nous est faite au quatrième de couverture. Mais je n’ai jamais peur en lisant, donc c’est normal.
En revanche, je dois reconnaître que l’auteur a un talent fou pour les ambiances.
J’ai beaucoup aimé ce Signal, pour plein de raisons.
Pour moi, ce livre est un mélange certain de King et de Stine, de Ça et de Chair de Poule. On ressent clairement les influences des maîtres de l’horreur. L’histoire est volumineuse, elle prend son temps pour se mettre en place, et se déroule dans une ville américaine fictive qui pourrait exister. De sombres croyances indiennes et des faits surnaturels viennent planter un décors dans lequel on suivra aussi bien une bande d’adultes responsables qu’un groupe d’adolescents plus frivoles. J’ai parfois pensé à la série Stranger Things, également, et serais vraiment curieuse de connaître les inspirations de l’auteur pour ce livre.
Le roman est un enchaînement de scènes frappantes qui ne vous laissera pas souvent reprendre son souffle. Chaque personnage rencontre des difficultés et cherche à résoudre ses propres soucis, tous plongés dans un grand tout qui forme le livre. L’ensemble est très visuel et j’ai adoré lire ces scènes que je me suis parfaitement représentées. Parfois, on a vraiment l’impression de « lire un film » et d’en visualiser parfaitement les mouvements de caméra. Si Le Signal est adapté au cinéma demain, je serai la première dans la salle, croyez-moi !
J’ai eu l’impression que l’auteur s’est intégré et a intégré sa famille dans l’histoire. Je ne connais pas du tout Maxime Chattam personnellement mais j’ai apprécié avoir l’impression qu’il se mettait un peu en scène, et voir sa famille à travers sa plume me l’a rendue encore plus sympathique.
La galerie de personnages est variée, autant qu’on peut l’imaginer pour une intrigue qui se déroule dans une ville, mais ne perd pas le lecteur. Cela donne de la consistance à l’intrigue et à son environnement, j’ai beaucoup aimé.
En fait, une seule chose fait que je n’ai pas mis ce livre en « coup de coeur » : l’explication.
Tout au long de ma lecture, j’étais happée par le style rapide, les éléments surnaturels, et je me demandais quelle explication on allait me fournir pour expliquer les phénomènes. J’avais peur d’être déçue. Finalement, bien que l’histoire se tienne, j’ai trouvé malgré tout que l’explication était un peu faible, pas à la hauteur du reste du livre.
Elle est assez vite évacuée par deux personnages qu’on ne connaît pas vraiment, et repose sur des bases assez faibles. Malgré cela, les héros en tiennent compte pour résoudre le problème et mettre fin à la situation. Donc oui, l’histoire est bien ficelée, mais ce point est un peu en-dessous du reste du livre, qui échappe donc de peu à la mention « coup de coeur ».
Quoi qu’il en soit, j’ai dévoré ce roman et je suis impatiente de me procurer d’autres titres de cet auteur pour me plonger un peu plus dans son univers. Assurément une belle plume française !

Les + : une histoire complexe et bien ficelée, une ambiance crédible et très visuelle, parfaitement menée, des personnages attachants aux préoccupations variées, un style fluide et agréable à lire, de bonnes idées.

Les – : l’explication de tout le chaos m’a paru un peu faible.

Infos pratiques
Éditeur :
Pocket (6 février 2020)
Langue : Français
Poche : 912 pages
ISBN-10 : 2266269100
ISBN-13 : 978-2266269100