Archives mensuelles : mai 2021

50 degrés au-dessous de zéro, de Kim Stanley Robinson (T2 de la trilogie climatique)

50 degrés au-dessous de zéro, de Kim Stanley Robinson (T2 de la trilogie climatique, éditions Pocket)

Après la grande innondation qui a submergé Washington, chacun tente de se reconstruire. Frank, chercheur à la NSF, se retrouve contraint de quitter son domicile, que son propriétaire veut récupérer pour louer à prix d’or. Il décide alors ne pas reprendre un logement et de vivre dehors, en totale autonomie.
Se fondant dans la nature, Franck va découvrir le retour à la vie sauvage, et va faire la connaissance de gens qui vivent comme lui, par choix ou contrainte.
Le monde de demain sera-t-il le même que celui d’hier ?
Le sénateur Phil Chase, porté par les scientifiques de la NSF, compte bien prendre en main le problème de l’écologie mondiale. L’humanité en dépend.
A cause du réchauffement climatique, une nouvelle ère glaciaire se prépare.

Après avoir installé son univers dans le premier tome de sa série, Les 40 signes de la pluie, Kim Stanley Robinson prend le temps de développer le point de vue d’un autre personnage : Franck.
J’ai pris plaisir à découvrir sa stratégie de survie dans ce texte toujours aussi fidèle au style de l’auteur. En effet, durant toute ma lecture, je me suis dit qu’à nouveau je ne savais pas trop où l’auteur voulait m’emmener. On a une succesion d’actions et de fait, mais sans trop comprendre d’où nous partons et où nous nous dirigeons.
L’innodation, point d’orgue du premier tome, est à peine évoquée dans le début du livre. Il s’agit surtout d’un prétexte pour mettre en place la nouvelle vie de Franck et son changement de style de vie.
Malgré tout, le changement climatique reste présent en toile de fond et j’ai eu l’impression que ce thème était plus présent que dans le premier tome.
En outre, l’auteur fait commencer chacunes des parties de son ouvrage par un passage en italique que j’ai trouvé plus confusant qu’utile. Dans le premier tome, il nous plaçait des morceaux d’articles, des éléments qui venaient étoffer l’univers du livre et appuyer le côté dramatique. Ici, ce sont des scènes qui auraient très bien pu être écrites sans italiques tant elles s’insèrent naturellement dans l’histoire globale.
Kim Stanley Robinson continue de faire de la prospective dans ce qui pourrait être un futur très proche (et malheureusement ressemble beaucoup à notre présent). On découvre qu’un réchauffement climatique pourrait initier une nouvelle ère glaçiaire, et on découvre les conséquences de bien des dérèglements à l’échelle mondiale. Si le premier tome ne laissais guère d’espoir, il semble que cette suite propose au contraire des solutions. Comme dans le premier, on se rend compte que les enjeux écologiques sont avant tout politiques et économiques, ce qui rend le propos du livre très crédible. Mais malgré tout, KSR propose des solutions. Ses chercheurs ont des idées et se battent pour les imposer. J’ai apprécié cette lueur d’espoir dans la lutte qui, si j’ai bien compris qu’elle sera fatalement veine, permettra au moins de limiter les dégâts pour les générations futures. Le livre n’est pas complètement noir et déprimant. Ouf !
Côté personnages, j’ai apprécié suivre Frank. Plutôt secondaire et marginalisé dans le premier tome, on découvre ici sa façon de penser très cérébrale, et sa façon de vivre. Plutôt solitaire, il n’en reste pas moins un coeur à prendre et on le voit naviguer d’espoirs en questionnements autour des femmes qui gravitent dans sa vie. J’ai moins aimé l’arc narratif de Caroline, qui part dans tous les sens et m’a semblé avoir été ajouté à posteriori pour créer une romance à suspense. Je vous le dis : je n’aime pas le personnage de Caroline, je n’aime pas son histoire, je n’aime pas sa façon de toujours imposer de prendre contact et de disparaître le reste du temps… Je lui préfère de loin Diane, beaucoup plus forte et impliquée. Il me faudra lire la suite et fin de cette trilogie pour connaître la conclusion de cet arc sentimental.
D’un autre côté, on suit les péripéties de la famille Quibler et de Joe, le petit dernier au caractère troublant.
J’ai aimé suivre tous ces arcs qui, s’ils ne s’inscrivent pas clairement dans une histoire, sont une successions de tranches de vie à un moment critique de l’histoire de l’humanité. Le livre invite également à la réflexion sur notre monde et ce que nous sommes prêts à faire pour protéger la vie.
Parvenue au bout des 760 pages, ma seule envie était de me plonger dans le dernier tome.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires qui font réfléchir sur notre présent. Il me semble qu’il n’est pas obligatoire d’avoir lu le premier tome pour tout comprendre à celui-ci.

Les + : des réflexions intéressantes sur notre quotidien, des personnages attachants et un style accessible.

Les – : l’arc romance/suspense avec Caroline manque de subtilité et de crédibilité, l’histoire semble parfois ne pas savoir où elle va.

Infos pratiques
Éditeur :
Pocket (9 juin 2011)
Langue : Français
Poche : 768 pages
ISBN-10 : 2266210793
ISBN-13 : 978-2266210799

Le vieil homme et la guerre, de John Scalzi

Le vieil homme et la guerre, de John Scalzi (tome 1 de la série Le Vieil homme et la guerre, audiolib)

A 75 ans, John Perry, veuf, décide de s’engager dans les Forces de Défenses Coloniales (les FDC). Cette branche particulière de l’armée n’est accessible qu’à cet âge-là et propose de vous rajeunir, et d’augmenter vos capacités physiques afin de vous envoyer combattre les puissances aliens à l’autre bout de la galaxie, et vous offre l’opportunité de vivre sur une nouvelle planète à l’issue du contrat.
John agit un peu par désespoir, et parce qu’ils s’étaient promis, avec Kathy, de s’engager le jour de leurs 75 ans. Il ne se doutait pas qu’il serait seul. Ils rêvaient d’une vie meilleure, un peu plus longue.
Ce sera comme une deuxième naissance. John fera la connaissance non seulement d’un nouveau corps, mais d’un nouveau lui. De nouveaux camarades et de nouvelles perspectives, qui viendront remettre en question tout ce qu’il avait vécu jusqu’alors. Mais quel sera le prix de cet engagement ? Quels en sont les buts, les valeurs ? Peut-il espérer voir la terre promise un jour ?

C’est une première pour moi, je n’ai pas lu le livre mais je l’ai écouté après l’avoir reçu en audiobook (merci encore Audiolib).
Je voulais tenter cette expérience depuis longtemps et c’est donc avec ce volumineux ouvrage de John Scalzi que j’ai commencé.
Tout d’abord, concernant mon expérience d’écoute. Il me paraît important de revenir dessus parce que vous êtes peut-être plusieurs à vous poser la question de ce nouveau média pour consommer du livre.
J’ai téléchargé l’application Audible (gratuite) et j’ai lancé le titre. En elle-même, l’application est bien faite, facile à comprendre et utiliser, et propose plein de petites fonctionnalités sympathiques comme avancer/reculer de 30 secondes, mettre des marques pages (ce qui n’est pas très utile dans la mesure où le fichier reprend exactement là où vous avez quitté l’application), ou permet au texte de recommencer la phrase qui a été interrompue par l’arrivée d’une notification. C’est facile et pratique d’utilisation puisque je lançais le fichier dès lors que je sortais de chez moi dans la rue ou les transports, ou quand j’étais chez moi à tricoter et n’avait besoin que d’occuper mes oreilles.
En revanche, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il s’agit d’une activité active, et non passive comme le fait d’écouter simplement de la musique. Il faut rester concentré à chaque phrase pour ne pas décrocher du récit et comprendre toute l’histoire. En cela, il m’arrivait parfois d’écouter plutôt de la musique quand je me sentais trop fatiguée pour me concentrer. Il faut dire que possédant une bonne mémoire visuelle, il m’est plus facile de lire en toutes circonstances, que d’écouter un texte. Ici, j’ai eu un peu plus de mal à rentrer dans l’histoire car mon cerveau glissait sur les mots au lieu de s’y accrocher comme il le fait à travers les yeux.
Mais j’ai réussi, et avec une lecture de plus de 9h, j’ai fini par entrer complètement dans le sujet.
D’ailleurs, la voix de Louis Spiteri est agréable à écouter et plutôt bien choisie pour interpréter un personnage de la trempe de John Perry. Si le rythme a pu me sembler lent au départ (plus lent que si vous lisiez), je m’y suis habituée et ai apprécié l’expérience.

S’agissant de l’histoire en elle-même.
Comme je l’ai dit plus haut, j’ai eu un peu de mal à entrer dedans. Pas seulement parce qu’il s’agissait d’une lecture audio, mais aussi parce que John Scalzi passe presque les deux tiers de son livre à nous décrire l’univers qu’il a mis en place. Rien ne nous est épagné, y compris les petites lignes du contrat que signe John, ou les mentions légales des différents instruments implantés dans le personnage.
Si bien qu’au début, même si j’appréciais les personnages, je me sentais noyée sous la masse d’informations à retenir, ayant plutôt l’impression de feuilleter un livre de jeux de rôle qu’un roman de SF.
Pourtant, il me semble que si l’auteur prend le temps de nous expliquer avec autant de détails, c’est pour bien nous montrer à quel point ce monde proche du notre en est aussi très éloigné. Il pourrait s’agir d’un futur proche, mais lointain. Il permet de nous faire questionner sur notre finitude, qu’aimerions nous faire une fois vieux ? Voudrions nous tout sacrifier sur la promesse d’une nouvelle vie ailleurs, en mieux ? Que serions nous prêts à sacrifier pour défendre notre humanité et son expansion ?
Plus qu’un ouvrage de SF, Le vieil homme et la guerre porte un regard parfois cynique sur le monde et les gens. Tantôt comique, tantôt dramatique, nous assistons à l’arrivée dans un nouveau monde d’une personne âgée venue avec ses rêves, ses idéaux, et qui devra s’adapter à son nouvel univers.
Le monde dépeint par John Scalzi est vaste, et malgré les détails parfois assommants, l’auteur parvient à insuffler régulièrement une dose de curiosité grâce à des retournements de situation bienvenus.
Côté personnages, ils sont tous attachants et la lecture de Louis Spiteri donne un vrai ton martial à l’univers des forces spéciales. J’ai regretté la perte de certains ou leur passage au second plan, et j’ai apprécié l’arrivée d’autres. Le livre est un ballet qui nous rappelle sans cesse que les gens ne seront pas toujours là, qu’un destin peu basculer en quelques secondes. Mais quand on a déjà bien vécu, est-on encore capable de s’attacher ?
C’est aussi une réflexion sur l’âge, le temps qui passe, les valeurs que l’on veut défendre, que nous propose l’auteur à travers son livre.
Si j’étais mitigée dans un premier temps, j’ai fini emballée par l’ouvrage. Le début est long le temps de la mise en place, oui, mais quand il commence à se passer des choses, on est pris dedans. C’est brut, il y a de l’humour, et beaucoup de sentiments variés.
Chacun pourra se faire son opinion sur cette oeuvre.
En tout cas, j’ai beaucoup réfléchi à la suite de cette lecture.
Et vous, seriez vous prêt.e à vous engager à 75 ans, ou préfrèreriez-vous une fin de vie paisible et tranquille sur notre bonne vieille Terre ?

Pour qui : les lecteurs qui aiment les grandes sagas de SF, les livres qui font vous questionner, les personnages attachants, ceux qui aiment les audiobooks apprécieront cette version lue par Louis Spiteri.

Les + : une histoire riche qui vous fera vous questionner, un style qui nous plonge réellement au coeur de l’armée et des souvenirs profonds d’un homme qui a déjà bien vécu. Dans cette version audio, la voix de Louis Spiteri est un vrai plus car elle correspond très bien au personnage principal et à l’ambiance globale.

Les – : Beaucoup trop de détails inutiles dans les deux premiers tiers, au détriment de l’action véritable.

Infos pratiques
Pour la versio audio :
Date de parution :
24 Février 2021
Éditeur d’origine : L’Atalante
Durée : 9h41
Lu par : Philippe Spiteri

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