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Le phare au corbeau, de Rozenn Illiano

Rozenn Illiano, Le phare au corbeau (tome 1 de la série Magie Grise, éditions Critic)

Agathe et Isaïah sont exorcistes. Leur job ? Aider les vivants à se débarrasser d’esprits coincés du mauvais côté de la barrière. Un exercice dans lequel ils sont doués mais pas experts, c’est pourquoi ils se limitent à des cas à leur niveau.
Jusqu’au jour où, pour payer leurs factures, ils acceptent un cas a priori ordinaire en Bretagne.
Mais sur place, beaucoup de choses ne collent pas. Pourquoi Agathe éprouve-t-elle cette sensation étrange ? Pourquoi est-ce si difficile de faire venir l’esprit ? Pire, pourquoi n’arrivent-ils pas à s’en débarrasser en dépit de leur travail ?
Et surtout, pourquoi ont-ils l’impression que tout le village leur est hostile ?

D’abord attirée par la sublime couverture que je ne me lasse pas de regarder, j’ai ensuite été convaincue qu’il me fallait cet ouvrage parce qu’on y parle fantômes et exorcisme.
Il ne pouvait donc que me plaire, a priori.
Hé bien oui !
Il faut dire que le roman avait plutôt intérêt à être agréable car la lecture s’annonçait longue avec ses 380 pages écrites en tout petit.
Je ne connaissais pas cette autrice et j’ai beaucoup aimé ce roman. Il s’agit incontestablement d’un roman d’ambiance. On y trouve essentiellement des paysages bretons et l’ambiance d’un petit village en bord de mer.
J’ai été happée, enthousiasmée par cette lecture au style fluide et agréable.
Les personnages sont travaillés et originaux, le duo se complète bien. On sent que l’autrice s’est beaucoup investie dans Agathe, notamment lorsqu’elle parle du syndrome de l’imposteur. Les protagonistes qui doutent d’eux ont de bonnes raisons de le faire, selon eux. Mais le lecteur verra qu’un point de vue externe relativise beaucoup de choses.
Les exorcismes sont crédibles et bien proposés. J’ai apprécié lire ces scènes que l’on ne trouve pas beaucoup en littérature fantastiques. En effet, les fantômes sont assez rares, contrairement aux sorcières, démons et autres goules.
Personnellement le fantôme est une des créatures que je trouve les plus intéressantes et je n’ai pas été déçue par le traitement qui est proposé ici.
Les enjeux se tiennent et tout est bien ficelé. J’ai été un peu moins emballée a partir du moment où on commence à avoir des flashback. Certes ils permettent d’en savoir plus sur l’histoire présente, mais j’ai aussi trouvé qu’ils la rendaient un peu plus confuse et surtout que leur construction était un peu faible (je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler mais il m’a semblé que les origines évoquées pour expliquer la colère des spectres du phare étaient un peu « faciles », ou du moins pas proportionnelles à la colère des fantômes, et que l’intrigue part un peu dans toutes les directions ce qui l’affaibli).
Néanmoins, j’ai passé un bon moment avec cette lecture. C’est original, moderne, intéressant et bien écrit. Comme je le disais, l’autrice nous propose un roman d’ambiance. Le phare est ici un personnage à part entière et on sent le village se refermer peu à peu sur les protagonistes. Une partie de l’intrigue se déroule au coeur d’un manoir avec son phare et on se sent oppressé comme les personnages, on a peur de ce que l’on va trouver au détour de chaque porte, chaque couloir.
En plus, l’objet livre en lui-même est beau, ce qui ne gâche rien.
Ce n’est pas le premier roman de Rozenn Illiano mais c’est celui avec lequel je découvre sa plume et il m’a donné envie d’en lire plus. Le phare au corbeau se termine par une fin ouverte qui laisse présager une suite. Je la lirai avec plaisir.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les fantômes, les ambiances à huis-clos, la bretagne et les récits originaux

Les + : un style fluide, une ambiance particulière et oppressante, des personnages originaux, une mythologie magique que l’on ne trouve pas souvent en littérature fantastique.

Les – : l’intrigue part un peu dans toutes les directions lorsqu’on essaie de nous expliquer les origines du village et des spectres, la colère des jeunes femmes semble disproportionnée par rapport aux éléments d’origines qui apparaissent comme « un peu faciles ».

Infos pratiques
Broché : 382 pages
Editeur : Critic (22 août 2019)
Collection : Fantasy
Langue : Français
ISBN-10 : 2375791274
ISBN-13 : 978-2375791271

Le Chrysanthème Noir, de Feldrik Rivat (La 25ème heure T2)

Le Chrysanthème Noir, de Feldrik Rivat (tome 2 du diptyque de la 25ème heure, éditions de L’Homme Sans Nom)

Paris, 1889. Alors que l’exposition universelle durant laquelle le tout Paris s’apprête à inaugurer la Tour Eiffel se prépare, la CCN, achève de mettre au point son expérience paranormale. En effet, la Compagnie du Chrysanthème Noir a réussi à élaborer un procédé permettant aux morts d’occuper le corps d’un vivant, permettant ainsi aux grands de ce monde de prolonger leur génie et de faire avancer l’Humanité.
Mais Bertillon et Lacassagne ne sont pas en reste et continuent d’enquêter sur cette mystérieuse organisation qui sème des cadavres derrière elle.
La réalité pourrait bien être très différente de ce qu’il paraît. Rien n’est réellement comme le voient les yeux des mortels.

J’avais apprécié la premier tome de La 25ème heure mais sa lecture m’avait semblé parfois laborieuse.
C’est pourquoi, même si c’est rare, j’ai trouvé que cette suite était bien meilleure que le premier tome.
En effet, ce texte se place directement à la suite du premier tome, au point que je me demande si l’histoire n’était pas à l’origine un seul roman scindé ensuite en deux pour cause de volume.
Toutefois, les choses sont en place dans ce second volume et je n’ai pas ressenti cette impression brouillonne que m’a laissé le premier tome. La lecture a donc été plus fluide et j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette plume ciselée et pleine de gouaille. L’histoire se déroule en 1889 et on a beaucoup de vocabulaire d’époque. On sent que l’auteur maîtrise son sujet et propose un roman d’ambiance fantastique très riche, où les descriptions nous plongent au coeur de cet ancien Paris.
On croise de nombreux noms qui vous diront forcément quelque chose. Ainsi ai-je pu découvrir que j’habite dans une ville où beaucoup de rues portent des noms de médecins ou de scientifiques issus de cette époque. Bref, j’ai apprécié lire et apprendre des choses, même si, comme le précise l’auteur au début, tous les faits ne sont pas rigoureusement exacts et qu’il a dû imaginer des péripéties pour son histoire. Il ne s’agit pas d’une biographie (du moins pas pour les illustres personnages que l’on croise).
Les personnages forts du premier tome sont ici de retour. Si j’ai apprécié revoir Lacassagne, il est néanmoins plus secondaire dans ce tome, la part belle étant faite au chef de la Sûreté Goron.
Le seul personnage dont j’ai trouvé le traitement plutôt farfelu est la jeune Clémence Prud’hon. L’auteur a opéré ici un retournement de situation plutôt inattendu dont je n’ai pas le souvenir qu’on pouvait le prévoir dans le premier tome. J’ai ainsi eu l’impression d’avoir affaire à une toute autre personne, ce qui m’a un peu perturbée. Je n’ai pas adhéré à sa nouvelle condition.
Nous avons dans ce titre des personnages féminins plutôt forts aux motivations chaque fois superficielles. Les femmes de cette époque ne pensent qu’à leur propre intérêt et j’ai regretté le manque de sentiments de chacune d’elles. La froideur asociale du grand Khan était contrebalancée par son acolyte Bertillon dans le premier tome, mais pas ici. Cette suite a moins d’humanité et de chaleur que le premier, il faut le savoir.
Toutefois, j’ai beaucoup plus ris grâce au vocabulaire qui donne à plusieurs scènes des allures de comédie française. C’est très recherché et efficace. Les mots surannés prêtent à rire et le style visuel nous emporte dans ce qu’il raconte. De vrais bons points.
En définitive, outre quelques scènes longues dans lesquelles l’auteur se fait plaisir à décrire un passé ou un décors facultatifs à l’histoire, la seule chose que je n’ai vraiment pas aimé est la fin.
Elle m’a déçue.
Le volume des deux romans méritait autre chose que cette fin presque expéditive et surtout tirée par les cheveux. J’ai manqué d’à peu près tout dans cette fin rapide : de sentiments, de crédibilité, de chaleur, de positif… je n’y ai vu qu’une scène insatisfaisante. Un peu comme si après avoir fait 10heures de randonnée vous arriviez en haut de la montagne pour constater que tout est nuageux et que vous ne voyez rien. Décevant.
Si pendant longtemps je me suis demandée si la série pouvait comporter un tome supplémentaire (je savais que non mais on ne sait jamais si l’auteur n’aura pas envie un jour de se laisser tenter) la fin raisonne comme définitive.
Dommage, il faudra m’en contenter.

Pour qui : les lecteurs qui ont lu le premier tome. Je doute que vous puissiez comprendre l’histoire sans avoir lu le premier tome.

Les + : un style travaillé et vraiment savoureux, immersif. Des personnages qu’on prend plaisir à retrouver.

Les – : certaines scènes traînent en longueurs, l’ensemble manque de chaleur et d’humanité, la fin n’est pas satisfaisante.

Infos pratiques
Broché : 443 pages
Editeur : Homme sans nom (22 septembre 2016)
Langue : Français
ISBN-10 : 2918541273
ISBN-13 : 978-2918541271

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