Archives de Catégorie: Fantasy

Féro(ce)cités, collectif

Féro(ce)cités, Collectif (Recueil de nouvelles, éditions Projets Sillex)

Féco(ce)cités est un recueil de 10 nouvelles de fantasy animalière autour du thème de la cité chez nos amis à plumes, à poils ou à écailles. Cet article traite de 3 des 10 nouvelles, reçues avant la parution de l’ouvrage. L’article sera mis à jour lorsque le recueil sera sorti avec l’ajout de mon avis sur les 7 autres textes.
Participez à la campagne en cliquant sur ce lien : https://projets-sillex.com/
La campagne est disponible jusqu’au vendredi 7 mai.

Pour l’heure, le point commun entre toutes les nouvelles est leur grande qualité. Les trois textes proposent un voyage en fantasy animalière très différents, sans redondance. C’est souvent le souci dans les recueils : les textes traitent des mêmes sujets ou thèmes et on peut avoir l’impression de tourner en rond. Or, ici, les auteurs ont su exploiter le thème de manière très différentes qui fera à coup sûr le bonheur des lecteurs. Chacun aura sa préférence, que ce soit pour l’une des espèces mise en avant, ou pour l’une de leurs cités. Pour rappel, les livres créés par Projets Sillex sont tous de très grande qualité, ce qui ravira les amoureux d’objets livres. Pour les valeurs de la structure, la qualité des plumes et du projet, je ne peux que vous encourager à découvrir le projet et participer à la campagne.
Si vous souhaitez en savoir plus, découvrez le replay de l’émission du club de lecture consacré à Projets Sillex et au monde de l’édition en cliquant ici : Book Club #17.

Mus de la brèche, de Jeanne Mariem Corrèze : Mus est une souris au triste passé dont le travail consiste à faire passer des souris de Merle-Saule jusqu’à Rodentia, la capitale du royaume d’Akodon. Mais Mus a un objectif secret : retrouver sa bien-aimée. Quitte à renoncer à ce qu’elle sait faire de mieux. J’ai beaucoup aimé ce texte. On est vite plongé dans un monde de souris aux multiples prédateurs. Très vite, je me suis attachée à Mus et ses compagnons, j’ai ressentis de la peur pour eux et j’ai eu envie de connaître la fin de l’aventure. L’auteur a passé beaucoup de temps à nous décrire le voyage des souris, et s’est finalement peu attardé sur la ville en elle-même. Les péripéties de Mus entre les murs ne sont pas le coeur de l’histoire. Mon seul regret est la fin, que je voyais différente, mais qui saura satisfaire la plupart des lecteurs. Pour une entrée en matière, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu. C’est bien écrit, le vocabulaire est immersif, et surtout l’ensemble est très crédible. Je ne serais pas contre lire une histoire entière au sujet de Mus (oui, oui, c’est une demande à peine voilée).

Peau de lapin, peau de chagrin, de Thomas Fouchault : La peau de chagrin, de Balzac, est dans ma PAL depuis plusieurs années. Si je ne l’ai pas encore lu, j’en connais au moins les grandes lignes : un homme qui vend son âme au diable en échange de voir ses souhaits exaucés, chacun d’eux faisant diminuer la taille d’une peau jusqu’à son anéantissement. Ici, Thomas Fouchault nous propose une réinterprétation du mythe, transposé dans le cadre de cette fantasy animalière propre au recueil. On fait la rendre de Muscade, un lièvre plein de rêves venu à Bardane pour devenir marchand. S’il espèce rencontrer le succès et rentrer chez lui avec la fortune, nous allons assister au contraire à sa déchéance. Après avoir vendu une partie de lui-même, ce qu’il prenait pour de la chance va vite lui tourner le dos.
J’ai beaucoup aimé ce texte également. La marque de fabrique de l’auteur est la poésie, que l’on retrouve ici incarnée dans le personnage du diabolique Sumac. Ce texte prend le temps de nous exposer la ville de Bardane, sa foire, ses coutumes… j’ai trouvé le tout vraiment bien dosé. L’histoire se suffit à elle-même. Tout arrive à un bon rythme, ni trop vite ni trop lentement, et j’ai eu pitié du pauvre Muscade. On assiste au piétinement de ses rêves, à l’anéantissement de ses espoirs, et l’histoire propose une boucle fort bien pensée. A la fin, je me suis dit « woaou ». Comme toujours avec Thomas Fouchault, c’est très bien écrit et immersif. Fort d’un vocabulaire riche qui insuffle la vie aux personnages et une belle consistance au décor de la cité si féroce. Bravo !

Piège à nuage, de Eymeric Amselem : Une nouvelle mélangeant ciel et mer, dans laquelle nous faisons la connaissance de Galléon, un Béluga, échoué sur une île pleine d’oiseaux, et fait la connaissance de Daenne, une gardienne. J’ai trouvé cette nouvelle un peu plus confuse que les deux précédentes. On sent que l’auteur veut nous faire passer un message (la finitude du monde, le mélange des cultures et des mondes, accepter l’étranger…) mais il m’a semblé que l’ensemble était parfois un peu confus. Je ne savais pas toujours très bien comment positionner les personnages « gentils ? méchants ? coupables ? Victimes ? ». Je n’ai pas su sur quel pied danser et les deux principaux protagonistes se tenaient dans mon esprit sans que je ne sache très bien dans quelle case les ranger. Peut-être est-ce tout simplement le but du texte, de justement montrer qu’on ne peut jamais se tenir dans une seule case ?
En revanche j’ai beaucoup aimé la fin, qui crée un réel élément de surprise et nous fait imaginer la suite. L’auteur a su me surprendre, ce qui fait que je me souviendrai de cette nouvelle principalement pour sa jolie chute.

Infos pratiques :
Recueil de 10 nouvelles
480 pages
Sortie : Été 2021

Les années noires, Belgarath le sorcier 1, de David et Leigh Eddings

Les années noires, de David et Leigh Eddings (tome 1 du dyptique Belgarath le sorcier, éditions Pocket)

Après avoir vécu les évenements relatés dans La Belgariade, les protagonistes se retrouvent autour d’un feu et demandent à Belgarath de leur raconter son histoire avant toute cette épopée. Le vieil homme ne peut résister au plaisir de faire revivre ses souvenirs, et se lance donc dans le récit de la naissance du monde tels qu’on l’a connu dans la Belgariade. La naissance des Dieux, l’explosion de l’Orbe, et le façonnement des destins.

J’ai eu peur avant même de commencer ce livre. En effet, le résumé nous indique que nous allons remonter 7 000 ans en arrière, dans la jeunesse de Belgarath.
Je ne suis pas contre. Or, ce qui m’a fait peur, c’est la taille de l’ouvrage (440 pages, certes écrites en petit, mais quand même) comparé au nombre d’années dont on va nous parler.
Et malheureusement, mes craintes se sont confirmées.
J’ai apprécié retrouver l’univers dans lequel La Belgariade m’a plongé, mais cet ouvrage souffre de plusieurs problèmes, selon moi. Des problèmes qui le rendent dispensable et bien en-dessous de la série originale.
Tout d’abord, la gestion du temps. Comme je l’ai dit plus haut, c’est à mon avis le plus gros souci de ce texte : il veut trop en dire. Et en voulant trop en dire, il ne dit presque rien.
Le récit m’a fait l’effet d’un accordéon : on passe plusieurs chapitres sur quelques années, puis on saute des siècles, avant de revenir sur un an ou deux, puis sauter mille ans… Je ne peux pas croire qu’il ne se passe rien d’intéressant durant tout ce temps. Je suis sûre qu’il y aurait des centaines d’histoires à écrire pour combler tous les trous. Or, le récit ne prend que ce qui l’intéresse (c’est un témoignage, après tout, le narrateur fait ses propres choix), mais cela m’a dérangé. Pourquoi avoir choisi de faire se dérouler les évènements sur une si longue période ? J’ai trouvé que cela n’apportait rien, et qu’on aurait très bien pu couper la chronologie pour la raccoursir de plusieurs milliers d’années sans que cela ne porte préjudice à l’univers. Car ce souci temporel en amène d’autres.
L’autre souci vient du traitement des personnages. Je n’ai pas du tout senti leur évolution. On a donc un très grand laps de temps, de nombreuses années. Plusieurs personnages sorciers/sorcières/divins traversent le récit, mais ils pourraient être nés déjà vieux, ou rester jeunes, que cela ne ferait aucune différence. Leur personnalité, leur expérience, leur façon de voir le monde… n’évolue pas. Ils sont identique du début à la fin. Là encore, on ne parle pas de quelques dizaines d’années (ce qui serait déjà long et serait déjà un souci dans le traitement des personnages), mais bien de 7 000 ans. Faire dire à un personnage qu’il a sombré dans l’alcool avant d’en sortir ne constitue pas selon moi une évolution. J’ai donc eu l’impression que le caractère des personnages restait constant de leur naissance à la fin du récit. Cela a été particulièrement flagrant avec Polgara (non, prendre une douche n’est pas une évolution, d’autant plus que je n’ai pas très bien compris l’intérêt de ne jamais se laver). Depuis sa naissance, elle est puissante, sait quoi dire, quoi faire, apprend… comme si elle n’avait jamais connu la solitude, la tristesse, les échecs, ou les problèmes insolubles. On nous dit qu’elle a 18 ans mais elle réagit de la même manière qu’à 1 000. Cela m’a géné.
Enfin, le dernier problème majeur de ce roman est un phénomène que l’on sent dans La Belgariade mais qui est moins flagrant qu’ici : l’omnipotence du duo Belgarath/Polgara. Je me suis parfois demandée si les évenements tels que racontés étaient volontaires de la part des auteurs, ou le fruit d’une certaine paresse du scénario. Les deux sorciers savent tout, savent quoi faire (et le dictent à des personnes crédules qui suivent les directives sans poser de questions), et on a l’impression que rien ne peut les faire dévier de leur chemin. Quand Belgarath vient expliquer à deux personnes qui ne se connaissent même pas qu’elles doivent se marier « parce que c’est comme ça et que cela aura de l’importance dans plus de 1000 ans », excusez-moi mais pourquoi personne ne dit rien ? Pourquoi tout le monde exécute sans se poser de question ? Belgarath lui-même se pose assez peu de questions quand il entend des voix lui ordonner d’accomplir des choses. Il se contente de se dire que « c’est comme ça » et « c’est le maître qui le demande » et les choses se passent sans résistance.
Côté style, il est différent de celui de la Belgariade car il s’agit d’un témoignage, il est donc raconté comme tel. On a plus d’humour que dans la série principale, et Belgarath se permet parfois d’invectiver les personnes présentes autour du feu. C’est certes comique mais laisse le lecteur en dehors du moment.
Vous l’aurez compris, j’ai été beaucoup moins convaincue par ce texte que par son récit d’origine. J’aurais aimé qu’on me raconte des histoires dans l’Histoire, des évènements prenants, plein d’actions, avec de nouveaux personnages auxquels j’aurais pu m’attacher, mais non. On a un récit qui déroule des éléments très éloignés dans le temps, des personnages que l’on ne connaît pas vraiment et qui passent… Les seuls personnages qui traversent le récit ne créent aucune dimension dramatique puisqu’on les connaît déjà et on connaît leur destin. Ce livre n’apporte donc rien et est parfaitement dispensable.
A noter que j’ai un coup de coeur pour la sublime couverture, très dynamique et intriguante.

Pour qui : les lecteurs qui ont aimé la série principale et veulent prolonger leur voyage dans cet univers.

Les + : on n’est pas dépaysé par les lieux ni les gens.

Les – : la forme narrative du récit est moins immersive, la chronologie beaucoup trop étendue et mal gérée, la psychologie des personnages manque de nuances et l’omnipotence de certains personnages coupe tout effet dramatique possible.

Infos pratiques
Éditeur ‏ :
‎ Pocket (2021)
Poche ‏ : ‎ 448 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2266177494
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266177498

« Entrées précédentes