Archives de Catégorie: Jeunesse

Love in 56K, de Clémence Godefroy

Love in 56K, de Clémence Godefroy (one shot, éditions du Chat Noir)

Erika et ses copines font leur rentrée au lycée de Westbridge High. Cette année, les filles deviennent presque des grandes ! Erika veut donc prendre son indépendance.
Mais quand elle croise Scott Peterson, elle réalise à quel point le jeune homme a changé durant l’été. Désormais, il est absolument parfait à ses yeux ! Or, elle qui est plutôt timide et se réfugie dans les livres, ne sait pas comment faire pour le séduire, ni même si les signes qu’elle a l’impression de ressentir sont réels ou fictifs.
La vie d’une adolescente dans les années 1998/1999 n’est pas de tout repos, surtout à l’heure où arrive internet dans les foyers.

Petit roman adolescent, ce Love in 56k a su me séduire sans que ce ne soit pour autant un coup de coeur.
La promesse affichée du titre est de nous faire voyager dans le temps avec un retour en arrière à l’époque où internet commençait tout juste à faire son apparition. Erika, le personnage principal, va surfer et découvrir une communauté de fans écrivant des fanfictions sur l’univers d’un roman à succès.
J’ai apprécié l’ambiance très « Lizzie mcguire » qui se détache du livre. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser, étant à peu près aussi âgée que le personnage à la même époque (un peu plus jeune, quand même !). On retrouve l’ambiance « groupe de filles » avec un garçon pour venir équilibrer les relations, le beau gosse sympathique qui a l’air d’apprécier l’héroïne et le groupe de filles populaires qu’on adore détester.
L’histoire est longue à se mettre en place. La partie « internet/fandom » est longue à venir. L’autrice nous parle d’un roman à succès calqué sur Harry Potter et nous en propose de longs extraits dont je n’ai pas vu l’intérêt. Premièrement parce qu’ils sont sortis du livre auquel ils appartiennent donc nous n’avons pas toutes les clés de compréhension ni l’intensité des scènes, ensuite parce que cela n’apporte rien à l’histoire principale, et enfin parce qu’on peut très bien parler d’une communauté de fans sans tartiner des pages avec des extraits de livre. J’ai eu plusieurs fois l’impression que Clémence Godefroy remplissait son manuscrit avec ces passages bien pratiques et finalement inutiles.
Aussi, la partie « communauté de fans » arrive tardivement et reste finalement assez superficielle. Ce que j’ai trouvé dommage. Si l’autrice avait remplacé les longs extraits de romans inutiles par autant de caractères consacrés à développer la communauté et les relations entre elle et Erika, je pense que cela aurait été plus intéressant. D’autant plus que, en définitive, cette communauté n’apporte elle non plus pas grand chose à l’histoire. J’ai trouvé la fin un peu décevante car trop facile.
Il y a beaucoup de bonnes idées dans ce livre et l’ambiance « rétro » y est vraiment plaisante. Cela m’a rendu nostalgique de ces années où tout était encore à découvrir et inventer. J’ai apprécié suivre les péripéties des jeunes filles et leur ouverture au monde. Le style de Clémence Godefroy est fluide, facile à lire. Il est pile dans le genre de ses personnages.
En revanche, le scénario global manque de profondeur et cède souvent à la facilité scénaristique. Peut-être que l’autrice a voulu faire trop court et que son histoire ne tient pas dans un si petit format ? L’ensemble aurait mérité d’être étoffé, assurément, car ce Love in 56k est un beau titre qui ne fait pas vraiment sens au regard de l’histoire. Je ne peux pas trop en dire au risque de vous dévoiler l’intrigue mais l’espace commentaires est ouvert pour en parler si vous souhaitez.
Il n’en demeure pas moins que Love in56k m’a permis de passer une bonne après-midi et de me replonger pour un temps dans les années insouciantes de l’adolescence.

Pour qui : les jeunes lecteurs qui veulent savoir comment était le monde avant internet, les adultes qui aiment les histoires pour ados et tous les lecteurs à la recherche d’une petite histoire légère et sympathique à lire rapidement.

Les + : de bonnes idées, une ambiance rétro maîtrisée qui rappelle plein de souvenirs, des personnages sympathiques et un style fluide

Les – : beaucoup de facilités scénaristiques et d’éléments qui ne servent pas l’intrigue. Plusieurs passages ont plus l’air d’un remplissage que de réels éléments pour étoffer l’histoire. Le tout est long à démarrer.

Infos pratiques
Broché : 254 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (12 juin 2019)
Collection : Chat blanc
Langue : Français
ISBN-10 : 2375681169
ISBN-13 : 978-2375681169

Tu es belle Apolline, de Marianne Stern

Tu es belle Apolline, de Marianne Stern (one shot, éditions du Chat Noir)

Toutes les filles du lycée rêvent d’habiter dans une villa, d’être maigre et de pouvoir séduire le beau Arnaud pour une première expérience amoureuse qu’elles espèrent torride.
Apolline vit avec sa mère dans une immense villa surveillée par des agents de sécurité, est si maigre qu’elle peut enfiler les robes haute couture de sa mère, et a pu découvrir avec Arnaud que la première expérience n’avait rien de torride.
Alors, heureuse, Apolline ? Pas du tout.

J’ai acheté ce roman car il était indiqué qu’il traitait du thème de l’anorexie, un sujet qui m’intéresse toujours. Mais le sujet étant finalement assez peu exploité, ma dernière lecture remontait à un peu plus de deux ans avec Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson).
Ici, nous faisons la connaissance d’Apolline et de ses problèmes. Autant le dire tout de suite et avec franchise : je ne suis pas une grande fan d’allemagne et de langue allemande. Autant dire qu’Apolline et moi ne partions pas sur des bases propices à ce qu’on s’entende.
Pour ne rien arranger, la jeune fille est un cliché ambulant sur ce qu’on peu imaginer d’ado rebelle amourachée d’Allemagne au sens caricatural. Allemagne nazie, tenues punk, Rammstein, langage explosif et conduite insupportable, la malheureuse n’avait pas grand chose pour plaire.
Et pourtant, au fil des pages, j’ai commencé à m’attacher à elle. En effet, si elle peut sembler dure de prime abord, Apolline possède beaucoup de failles qui la rendent humaine et attachante. Ses déconvenues, sa quête d’elle-même, sont légitimées par sa vie complexe et compliquée. La recherche d’un père dont elle ne sait rien, la quête de l’amour maternel alors que celle-ci l’a eu très jeune et ne s’en occupe pas… La jeune fille évolue dans un cadre peu propice à une construction stable et une vie heureuse. En apparence elle a tout pour être heureuse, mais la vie n’est jamais aussi simple qu’elle en a l’air.
J’ai été bouleversée par la tournure que prenait l’ouvrage. Marianne Stern a su plonger petit à petit dans son sujet pour nous faire prendre conscience de son horreur. C’est pourquoi pendant un moment je me suis demandé si on parlait bien d’anorexie dans le roman car il n’en est pas explicitement fait mention durant un long moment.
Mais Apolline glisse inéluctablement dans la déchéance et nous finissons par voir au plus profond d’elle-même, de son dégoût pour elle reflet de celui pour la nourriture. On comprend qu’Apolline est en fait un animal blessé, paumé, qui appelle à l’aide. Je suis sûre que nous avons tous croisé une Apolline une fois dans notre vie sans nous en rendre compte et c’est terrible. Le livre est terrible.
Les échecs d’Apolline sont durs, ils peinent. Bref, si je n’appréciais pas la jeune fille au départ, je me suis laissée toucher par sa vie et ce qu’elle a à nous dire.
La fin n’est pas si attendue que cela et je me suis longtemps demandé quels choix feraient l’autrice, quelle serait l’issue de cette déchéance pour Apolline ?
Je ne vous dirai rien mais j’ai été contente de ce choix qui, finalement, n’est pas si commun quand on traite de ce sujet.
Le style d’écriture est acéré, incisif, le livre se lit rapidement et on enchaîne les pages sans s’en rendre compte.
Je ne sais pas si c’est volontaire ou si c’est moi qui crée des parallèles avec mes lectures récentes, mais d’un certain côté, Apolline m’a fait penser à Christiane, l’héroïne de l’autobiographie Moi, Christiane F, dans ce qu’elle a de tragique et de descente aux enfers.
Quelques points négatifs toutefois : l’arc narratif avec la professeure d’Allemand n’apporte absolument rien. J’ai eu l’impression qu’il y avait ici un début d’idée avorté, ou sur lequel l’autrice serait revenue pendant son écriture (au début je pensais qu’Apolline était lesbienne ou bisexuelle mais finalement on n’en parle jamais). Et les nombreux passages en allemands non traduits m’ont fait passer à côté de certaines subtilités. J’ai compris que l’autrice est elle-même une grande fan d’Allemagne, mais même après 7 ans d’allemand j’ai toujours été incapable d’écrire ne serait-ce que la date du jour. Ce qui vous donne une idée de mon niveau et mon besoin de traduction pour comprendre, n’ayant aucune affinité avec la langue.
Bref, malgré ces points, cela n’empêche pas de comprendre le roman et l’essentiel des messages qu’il veut nous faire passer.
Un bon moment de lecture et une belle découverte dont je vais me souvenir, c’est certain.

Pour qui : les lecteurs qui cherchent un roman émouvant et à l’héroïne complexe et attachante

Les + : l’autrice arrive à créer de l’ordre dans le chaos et à rendre son héroïne attachante à mesure que l’on plonge avec elle dans les profondeurs de son âme

Les – : le sujet de l’anorexie reste tout de même en surface, l’arc narratif avec la professeure d’allemand n’apporte rien, les longues citations allemandes non traduites.

Infos pratiques
Broché : 214 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (24 février 2020)
Langue : Français
ISBN-10 : 2375681339
ISBN-13 : 978-2375681336

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