Archives de Catégorie: Science-Fiction

Interférences, de Yoss

Interférences, de Yoss (one shot, éditions Hélios)

D’étranges phénomènes se produisent dans le petit pays. Ce petit pays, qui a toujours souffert de sa proximité avec le grand, pense alors pouvoir prendre l’avantage sur son rival de toujours. Que ce soit en prédisant l’avenir, en construisant la cheminée la plus haute, ou en s’intéressant à une mystérieuse maladie, tout est bon pour prendre l’avantage.

ROMAN COUP DE COEUR

J’ai reçu Interférences à l’occasion de la campagne de financement participatif pour l’intégrale de Clark Ashton Smith aux éditions Mnémos en 2017.
Comme je ne l’avais pas sollicité (il s’agissait d’un roman envoyé au hasard) j’ai mis du temps à m’y intéresser.
Un an, en fait.
Et puis, arrivée en fin d’année, alors que je cherchais à éliminer de ma PAL un maximum de petits livres, je suis revenue vers celui-ci, qui n’est pas très épais (207 pages) et dans lequel le texte est écrit gros.
A la lecture, j’ai sincèrement regretté d’avoir attendu un an avant de le lire.
En effet, ce texte rassemble trois petites histoires qui racontent la vie dans le « petit pays », que l’on comprend vite être Cuba. Le Grand Pays est quant à lui les États-Unis.
L’auteur utilise son récit pour mettre en mots les sentiments d’un peuple face à un autre qui les force à vivre dans l’ombre. On y voit aussi la figure d’un dictateur fou et souvent ridicule pour son peuple.
L’écriture est intelligente et les idées très bonnes. Yoss parvient à mélanger de la science-fiction à un présent tout à fait cohérent. Cela donne une force incroyable à son récit, qui acquiert ainsi une grande crédibilité.
En plus, le ton est humoristique. Habituellement, quand un livre se présente comme « truculent, hilarant, divertissant », j’ai tendance à me méfier. Je suis plutôt bon public pour les spectacles vivants, mais pour ce qui est des livres, je ne ris pas souvent. Alors de là à hurler de rire… pourtant, certains passages sont franchement drôles et le résumé ne survend pas son produit.
En outre, le texte a une vraie portée symbolique. On sent derrière la science-fiction la critique bien actuelle d’une société aux nombreuses dérives. Mais le tout est réalisé avec intelligence, si bien qu’il serait facile de nier, car certains propos peuvent être polémiques.
Mais ce que j’ai encore plus aimé, je crois, et qui apporte encore une dimension supplémentaire au texte, ce sont les ajouts avant et après les histoires.
Tout d’abord, la traductrice introduit l’ouvrage dans une préface dont j’aurais aimé qu’elle soit signée, car en guise de préambule cette partie anonyme est un peu frustrante, d’autant plus qu’elle met en avant une connaissance pointue du contexte de l’œuvre et de son auteur. Après le texte, nous avons une interview de Yoss, dans laquelle nous apprenons beaucoup de choses intéressantes.
Selon moi, ces ajouts apportent quelque chose, amènent de la profondeur à l’œuvre. C’est toujours intéressant de savoir pourquoi et comment sont faites les choses. Enfin, moi j’aime savoir (je suis curieuse, c’est vrai).
J’ai donc beaucoup aimé cette première lecture. Ce qui est sûr, c’est que je n’attendrai pas un an pour lire un nouvel ouvrage de cet auteur si l’occasion se présente.
Une littérature digne d’un Ayerdhal et à lire de toute urgence pour aiguiser notre regard au monde qui nous entoure.

Pour qui : les lecteurs curieux de lire des textes qui font réfléchir sur le monde qui nous entoure.

Les + : un style comique, des idées originales et percutantes, une oeuvre qui fait réfléchir

Les – : Plusieurs jours après la fin de ma lecture, je n’en trouve toujours pas.

Infos pratiques
Poche: 250 pages
Editeur : MNEMOS (6 mai 2014)
Collection : HELIOS
Langue : Français
ISBN-10: 2354082150
ISBN-13: 978-2354082154

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Autonome, d’Annalee Newitz

Autonome, d’Annalee Newitz (one shot, éditions Denoël)

En 2144, l’humanité cohabite avec des robots asservis comme d’antiques esclaves. En parallèle, des humains sont parfois obligés de se soumettre pour pouvoir survivre.
De son côté, Jack est une pirate. Elle recrée des médicaments réservés aux riches pour les vendre à des humains moins fortunés.
Or, un jour, l’un des médicaments vendus par Jack cause la mort au lieu de soigner. Pire, une série de décès fait la Une des médias.
Jack découvre que le problème ne vient pas de la copie, mais bien de l’original. Commence alors une course contre la mort dans laquelle elle va devoir échapper à un duo de soldats envoyé à ses trousses pour l’éliminer. Un humain et son robot asservi, dont c’est la première mission, et qui a encore tout à découvrir.

Après Rétrograde, Autonome est le second ouvrage que j’ai choisi dans le catalogue Lunes d’encre des éditions Denoël (encore merci à eux). Cette fois-ci, nous sommes dans un futur proche et encore sur la Terre.
L’ambiance, le propos, la plume… n’ont pas grand chose à voir avec Rétrograde.
Autonome explore la complexité de la vie, de nos choix, et surtout de notre libre arbitre. Le livre nous montre que les frontières sont souvent floues. Le bien, le mal, l’humain ou la machine, qu’est-ce qui défini qui nous sommes ? Qu’est-ce qui fait que nous faisons les choix que nous faisons ? Sommes nous programmé pour agir ainsi ?
Le livre est compliqué, son propos souvent sous-jacent. Il faut resté concentré pour le saisir, mais si vous y arrivez, vous ne serez pas déçu.
Encore une fois, ce livre donne matière à réfléchir, à se questionner.
J’ai été parfois déroutée, presque perdue parce que l’univers créé par Annalee Newitz est complexe. Nous sommes à la fois dans un futur proche (à peine 120 ans plus tard que notre époque actuelle) et pourtant tout y est différent. Les codes de la société, la technologie, le monde diplomatique… tout y est différent. Cela rend l’ouvrage riche mais il faut rappeler qu’il ne comporte « que » 323 pages. Il y a donc beaucoup d’informations et de représentations à digérer en peu de temps. Sachez le.
Pour autant, j’ai apprécié le combat de Jack, une héroïne ambivalente et complexe à laquelle je n’étais pas attachée au départ. Et puis l’histoire revient dans le passé et on comprend d’où elle vient et ce qu’elle a traversé, comme elle s’est construite.
Le roman est construit avec deux histoires parallèles qui finiront par se rejoindre, ce qui crée un suspense intéressant tout au long de la lecture.
Aussi, si j’ai d’avantage aimé la partie « traque » du duo Eliasz/Paladin, je suis restée de marbre devant la romance qui les unit (on s’en rend compte très vite, ce n’est donc pas vraiment un spoiler). Je n’ai pas adhéré au traitement des émotions pour le robot. Peut-être mon côté trop cartésien mais j’ai trouvé cela assez peu crédible, surtout dans le sens Eliasz/Paladin. Qu’un homme puisse tomber amoureux d’un « tas de ferraille » à peine humanoïde et surtout rendu très masculin m’a peu convaincu, quand bien même l’autrice nous explique cela en regardant au-delà des apparences.
En fait, ce qui m’a le plus plu dans ce titre, c’est tout ce qu’on peut apprendre autour de la science du cerveau. Entre l’effet des drogues, les réactions, le contrôle que l’on peut avoir/obtenir sur ce qui n’est qu’un amas de cellules, est réellement passionnant. J’ai beaucoup aimé toute cette partie scientifique, qui vient se mêler à l’histoire, et nous offrir quelque chose de différent de ce que l’on peut lire dans beaucoup d’ouvrages de SF.
On parle science et brevets, laboratoires pharmaceutiques (ce qui m’a beaucoup rappelé Alchimiste, de Peter James, dans un tout autre genre), et cela m’a plu.
A noter également la magnifique couverture, à nouveau signée Aurélien Police.
Une fois de plus j’ai été ravie de ma lecture et de cette bonne découverte, preuve que mon emballement autour de Rétrograde n’était pas un coup de chance. La collection Lunes d’Encre est sans doute en train de devenir ma collection chouchou en matière d’ouvrages intelligents.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires intelligentes et qui font réfléchir sur le monde qui nous entoure.

Les + : beaucoup de questions posées sur des sujets humains qui nous concernent, deux arcs narratifs très différents qui se rejoignent au bout du compte, des personnages complexes qui floutent les frontières, des informations passionnantes sur la science cérébrale.

Les – : Certains passages sont trop riches en informations compliquées ce qui peut perdre un peu le lecteur, il y a un passage un peu creux dans le dernier quart du roman où l’autrice s’égare dans des descriptions qui n’apportent pas grand chose, la romance entre le robot et l’humain ne m’a pas convaincue.

Infos pratiques
Broché: 336 pages
Editeur : Denoël (7 juin 2018)
Collection : Lunes d’encre
Langue : Français
ISBN-10: 2207140784
ISBN-13: 978-2207140789

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