Archives de Catégorie: Science-Fiction

Dune, de Frank Herbert (T1 de la série Dune)

Dune, de Frank Herbert (tome 1 de la série Dune, éditions Robert Laffont)

La famille Atréides hérite de la part de l’Empereur, d’une planète hostile où règne le désert, d’horribles vers géants, et une poignée d’hommes et de femmes libres.
Paul, adolescent à la destinée incroyable, va devoir apprendre à gérer ce qu’il est, et faire ce qu’on attend de lui. A moins qu’il ne prenne lui-même son destin en main pour mener les peuples vers un avenir moins sombre que ce qu’il a pu apercevoir dans ses visions.

Il n’est pas facile de résumer Dune, pour tout un tas de raisons.
Mais est-il encore besoin de le faire ? Vu le batage médiatique autour du texte grâce à la sortie du film, j’aurais peut-être pu me passer de faire cet exercice.
Néanmoins, si le titre est si difficile à résumer, c’est bien parce qu’il est écrit d’une manière peu commune, et raconte une histoire qui ne l’est pas moins.
Je me suis plusieurs fois interrogée sur le parcours professionnel de Frank Herbert : venait-il du milieu du cinéma avant d’écrire ?
Pas du tout. Il a toujours été dans la littérature (journaliste) et a toujours écrit.
Dune est pourtant un texte hautement visuel, il est évident qu’une adaptation au cinéma aurait pu mettre ce texte en valeur. Et pour cause : le style est parfois proche de celui d’un scénario, ou d’un script, plus que celui d’un roman.
On y lit une succession de scènes, souvent plates, où l’on passe d’un plan à un autre à travers les yeux des personnages, qui se jaugent sans cesse, se parlent intérieurement, réflechissent… On est dans une forme d’écriture plutôt passive, contemplatives, où on nous décrypte des voix, des attitudes, des pensées… plutôt qu’un récit d’action. Le narrateur lui-même « saute » d’un personnage à un autre au fil des phrases et je dois reconnaître avoir été perdue plusieurs fois. Idem sur la chronologie qui passe parfois des années sans une seule indication temporelle.
En vérité, mon sentiment global est celui de la confusion. J’ai trouvé l’histoire, le style… un peu confus. Je n’ai pas toujours bien compris les motivations des uns et des autres, ni même le but de l’histoire. Je ne voyais pas très bien où l’auteur voulait nous mener, et à quoi cette lecture « servait ». A la place, j’ai eu l’impression de lire une succession de scènes d’intrigues comme si j’avais simplement été parachutée au milieu d’elles.
Ainsi, on ne connait pas vraiment les personnages, on ne s’y attache pas beaucoup non plus. L’histoire d’amour entre Paul et Chani n’est que survolée, le duc Léto est assez vite mis à la marge… si bien que lorsque des drames surviennent, ils m’ont laissé indifférente.
Aussi, l’idée d’une planète aride où l’eau est une ressource précieuse, avec ses rites et ses coutumes, m’a beaucoup plu. En revanche, je n’ai pas du tout senti la chaleur étouffante du désert, ni le soleil, la poussière… J’aurais aimé me sentir oppressée à la lecture, mais ce ne fut pas le cas.
Les personnages, comme je le disais, ne m’ont pas été très attachants. J’ai apprécié voir des personnages féminins forts, mais je me suis demandée s’ils l’étaient vraiment, au bout du compte. Je n’ai pas bien compris pourquoi faire avoir un fils à Paul (pour le traitement qui en est fait dans le livre), ni même pourquoi la petite Alia est si particulière. En soit, beaucoup de choses n’ont pas été expliquées et j’ai eu du mal à y adhérer.
Quant à Paul, je ne l’ai vraiment pas trouvé attachant du tout. On nous le présente comme un adolescent mais il ne fait qu’agir en adulte, avec un phrasé et des pensées beaucoup plus sages que tous les adultes qui l’entourent. Je veux bien qu’il soit hors normes, mais là encore l’histoire ne s’attarde pas assez sur ce fait pour crédibiliser l’ensemble. Paul fait l’objet d’un culte, il est présenté comme un messi et compte de nombreux adeptes, un peu malgré lui.
Finalement, je me demande si Paul n’est pas une sorte de mise en abime de l’oeuvre : quelque chose de plutôt moyen mais qui, parce qu’il compte des adeptes qui y croient avec ferveur, parviennent à créer un culte. C’est la force de conviction des adeptes qui hissent Paul jusqu’à un haut niveau, alors qu’il aurait pu rester dans l’anonymat. C’est parce que dès le début on nous le présente comme un être exceptionnel que nous intégrons le fait qu’il l’est. Mais le livre, en lui-même, peine à nous en convaincre dans ce qu’il a à nous montrer (en tout cas ce fut mon cas, Paul bénéficiant souvent de mentors pour le tirer de quelques mauvais pas, et a part sa capacité à lire l’avenir, je n’ai pas senti d’autres qualités héroïques. D’ailleurs, les mediums ne sont pas souvent des héros dans la plupart des cultures et récits).
Enfin, un autre point que je souhaite soulever, parce que je suppose que l’on va rebondir dessus : le roman se termine par une série d’annexes, de cartes et un lexique. Ok pour le lexique, je m’en suis servie quelques fois. Or, je n’ai pas lu les Appendices à la fin du roman (je devais rapidement partir plusieurs jours après la fin de ma lecture et je ne pouvais emporter ce volumineux ouvrage) car j’estime que si l’auteur a besoin d’un dossier supplémentaire pour expliquer son univers, alors c’est qu’il manque quelque chose à l’histoire originale. Je lirai ces informations supplémentaires à mon retour, qui me permettront peut-être d’en apprendre plus sur la temporalité de l’histoire, les personnages et leurs motivations (pourquoi les Atreides et les Harkonnens se détestent-ils autant ??).
Dune restera pour moi une oeuvre singulière dans le paysage littéraire de SF. Il faut la lire pour la comprendre. Même si j’ai passé un bon moment, elle ne marquera pas mon esprit comme ont pu le faire les séries de Peter F. Hamilton ou encore Arthur C. Clark.

Pour qui : les lecteurs qui veulent découvrir les grandes oeuvres du genre, ou ceux qui ont vu le film.

Les + : de bonnes idées, un environnement original qui ne donne pas d’impression de déjà-vu.

Les – : un style particulier qui peut dérouter le lecteur, une impression un peu confuse, les motivations des uns et des autres ne sont pas toujours très claires, et Paul est largement sur-côté si je me base uniquement sur les faits rapportés dans le livre.

Infos pratiques
Éditeur ‏ : ‎ Robert Laffont; Special édition (1 octobre 2020)
Langue ‏ : ‎ Français
Relié ‏ : ‎ 720 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2221249488
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2221249482

60 jours et après, de kim stanley robinson (t3 de la trilogie climatique)

60 jours et après, de Kim Stanley Robinson (T3 de la trilogie climatique, éditions Pocket)

Phil Chase a été élu Président des État-Unis d’Amérique et souhaite faite du changement climatique son combat principal. Sa vision moderne et active lui offre autant le soutien du peuple que son hostilité. Si bien que le jeune Président devra affronter des menaces plus terribles encore que la nature.
Entouré dans son travail par une équipe de chercheurs dont font partie Charly, Frank, Diane et les autres, ce dernier tome vient conclure une trilogie climatique où la politique et la science s’emmêlent à la recherche de résultats.

Il s’agit du dernier tome de cette série d’anticipation climatique écrite par Kim Stanley Robinson après Les 40 signes de la pluie, et 50 degrés au-dessous de zéro. Je dois avouer qu’à la longue, j’avais un peu hâte que cela se termine.
Non pas que le livre soit mauvais, mais parce que l’auteur continue de partir un peu dans toutes les directions, au point parfois de créer des longueurs, des péripéties auxquelles je n’ai pas accroché.
J’ai bien aimé ce dernier volume, qui s’inscrit parfaitement dans la ligne des précédents. Comme d’habitude, il nous permet de nous questionner sur notre présent, sur la catastrophe en cours, sur les solutions que nous pouvons/voulons apporter pour répondre aux problèmes et sur l’inertie des pouvoirs publics pour mettre en place des actions concrètes. J’ai apprécié que l’auteur nous fasse réfléchir, et qu’il distille parfois ses propres opinions à travers la bouche de ses personnages. Phil Chase a notamment un blog sur lequel il écrit des articles censés que j’aurais beaucoup aimé lire dans la vraie vie de la part d’un politique aussi puissant. Il m’a semblé lire dans cette histoire un semblant d’espoir, un peu d’optimisme pour le futur et j’ai apprécié que la trilogie ne soit pas complètement déprimante. Il est vrai que notre futur paraît sombre, et cette histoire ne s’en cache pas, mais alors que j’ai pu penser par moments que l’auteur allait nous proposer une vision très pessimiste de l’avenir, il a su distiller quelques notes d’espoir.
C’est comme toujours très bien écrit, facile à lire et à comprendre, y compris pour les non initiés. Car oui, Kim Stanley Robinson maîtrise ses sujets et écrit de la hard-fiction, cette science-fiction tirant d’avantage sur la « science » que sur la fiction, ce qui lui permet d’établir avec ses oeuvres des sujets prospectifs. Or, malgré la bonne dose de science développée dans ce nouveau roman, on arrive à suivre. Cela nous parle, puisque c’est notre quotidien. Il est donc plutôt logique que tout le monde s’y retrouve et se sente concerné. Bravo à l’auteur d’avoir su mettre à la portée de tous les lecteurs un sujet si complexe à appréhender.
Car complexe, il l’est bel et bien. Entre la science, la politique, et les histoires personnelles de chacun, Kim Stanley Robinson a eu beaucoup à faire pour développer son récit. Et c’est ce que j’ai à reprocher au texte. Certes, il y a plein de bonnes choses, mais elles sont noyées dans une masse d’informations superficielles dont on aurait très bien pu se passer. Certains arcs narratifs n’apportent rien, comme l’arc avec Caroline, que j’ai trouvé aussi inutile qu’insupportable (le personnage n’apporte rien, j’ai eu l’impression que cet arc avait été ajouté a posteriori sur demande de l’éditeur original pour mettre un peu de romance). Il faut donc faire le tri dans les informations données par le livre, ce qui rend la lecture parfois plate et longue.
La fin de cette trilogie est-elle vraiment une fin ? Je me demandais comment l’histoire allait se terminer. Comme vous vous en doutez, dans la mesure où il s’agit de tranches de vie, l’histoire continue en dehors des pages. Néanmoins, il m’a semblé qu’on pouvait considérer la série comme achevée selon certains critères (que je ne pourrai pas expliciter au risque de vous spoiler). J’ai donc apprécié globalement mon voyage avec ces personnages. Bien plus, en tout cas, que lors de ma lecture de 2312. Reste à savoir que la plume de l’auteur est un peu difficile d’accès quand on n’a pas l’habitude de lire des pavés de SF, c’est la raison pour laquelle je ne recommande pas cette série aux débutants. La science-fiction climatique semble avoir le vent en poupe actuellement dans les sorties littéraires, je suis curieuse de voir ce que d’autres auteurs proposent sur le sujet.
N’hésitez pas à me conseiller dans les commentaires.

Pour qui : les lecteurs habitués de grandes séries d’anticipation ou qui connaissent déjà la plume de l’auteur, les lecteurs qui aiment les histoires qui les questionneront sur leur vie actuelle et sur leur rôle à leur échelle.

Les + : des questions intéressantes, des réponses qui le sont tout autant avec des pistes sérieuses que je serais curieuse d’approfondir, des partis pris modernes qu’il faudrait soumettre à nos politiques.

Les – : des longueurs, l’auteur s’éloigne parfois de son sujet pour proposer des arcs narratifs mineurs et sans intérêt. Dommage que cela affaiblisse la concentration et l’intérêt pour le sujet original, plus grave, qui mérite toute notre attention.

Infos pratiques
Éditeur :
Pocket (mars 2021)
Langue : Français
Poche : 704 pages
ISBN-10 : 2266210807
ISBN-13 : 978-2266210805

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