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Tu es belle Apolline, de Marianne Stern

Tu es belle Apolline, de Marianne Stern (one shot, éditions du Chat Noir)

Toutes les filles du lycée rêvent d’habiter dans une villa, d’être maigre et de pouvoir séduire le beau Arnaud pour une première expérience amoureuse qu’elles espèrent torride.
Apolline vit avec sa mère dans une immense villa surveillée par des agents de sécurité, est si maigre qu’elle peut enfiler les robes haute couture de sa mère, et a pu découvrir avec Arnaud que la première expérience n’avait rien de torride.
Alors, heureuse, Apolline ? Pas du tout.

J’ai acheté ce roman car il était indiqué qu’il traitait du thème de l’anorexie, un sujet qui m’intéresse toujours. Mais le sujet étant finalement assez peu exploité, ma dernière lecture remontait à un peu plus de deux ans avec Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson).
Ici, nous faisons la connaissance d’Apolline et de ses problèmes. Autant le dire tout de suite et avec franchise : je ne suis pas une grande fan d’allemagne et de langue allemande. Autant dire qu’Apolline et moi ne partions pas sur des bases propices à ce qu’on s’entende.
Pour ne rien arranger, la jeune fille est un cliché ambulant sur ce qu’on peu imaginer d’ado rebelle amourachée d’Allemagne au sens caricatural. Allemagne nazie, tenues punk, Rammstein, langage explosif et conduite insupportable, la malheureuse n’avait pas grand chose pour plaire.
Et pourtant, au fil des pages, j’ai commencé à m’attacher à elle. En effet, si elle peut sembler dure de prime abord, Apolline possède beaucoup de failles qui la rendent humaine et attachante. Ses déconvenues, sa quête d’elle-même, sont légitimées par sa vie complexe et compliquée. La recherche d’un père dont elle ne sait rien, la quête de l’amour maternel alors que celle-ci l’a eu très jeune et ne s’en occupe pas… La jeune fille évolue dans un cadre peu propice à une construction stable et une vie heureuse. En apparence elle a tout pour être heureuse, mais la vie n’est jamais aussi simple qu’elle en a l’air.
J’ai été bouleversée par la tournure que prenait l’ouvrage. Marianne Stern a su plonger petit à petit dans son sujet pour nous faire prendre conscience de son horreur. C’est pourquoi pendant un moment je me suis demandé si on parlait bien d’anorexie dans le roman car il n’en est pas explicitement fait mention durant un long moment.
Mais Apolline glisse inéluctablement dans la déchéance et nous finissons par voir au plus profond d’elle-même, de son dégoût pour elle reflet de celui pour la nourriture. On comprend qu’Apolline est en fait un animal blessé, paumé, qui appelle à l’aide. Je suis sûre que nous avons tous croisé une Apolline une fois dans notre vie sans nous en rendre compte et c’est terrible. Le livre est terrible.
Les échecs d’Apolline sont durs, ils peinent. Bref, si je n’appréciais pas la jeune fille au départ, je me suis laissée toucher par sa vie et ce qu’elle a à nous dire.
La fin n’est pas si attendue que cela et je me suis longtemps demandé quels choix feraient l’autrice, quelle serait l’issue de cette déchéance pour Apolline ?
Je ne vous dirai rien mais j’ai été contente de ce choix qui, finalement, n’est pas si commun quand on traite de ce sujet.
Le style d’écriture est acéré, incisif, le livre se lit rapidement et on enchaîne les pages sans s’en rendre compte.
Je ne sais pas si c’est volontaire ou si c’est moi qui crée des parallèles avec mes lectures récentes, mais d’un certain côté, Apolline m’a fait penser à Christiane, l’héroïne de l’autobiographie Moi, Christiane F, dans ce qu’elle a de tragique et de descente aux enfers.
Quelques points négatifs toutefois : l’arc narratif avec la professeure d’Allemand n’apporte absolument rien. J’ai eu l’impression qu’il y avait ici un début d’idée avorté, ou sur lequel l’autrice serait revenue pendant son écriture (au début je pensais qu’Apolline était lesbienne ou bisexuelle mais finalement on n’en parle jamais). Et les nombreux passages en allemands non traduits m’ont fait passer à côté de certaines subtilités. J’ai compris que l’autrice est elle-même une grande fan d’Allemagne, mais même après 7 ans d’allemand j’ai toujours été incapable d’écrire ne serait-ce que la date du jour. Ce qui vous donne une idée de mon niveau et mon besoin de traduction pour comprendre, n’ayant aucune affinité avec la langue.
Bref, malgré ces points, cela n’empêche pas de comprendre le roman et l’essentiel des messages qu’il veut nous faire passer.
Un bon moment de lecture et une belle découverte dont je vais me souvenir, c’est certain.

Pour qui : les lecteurs qui cherchent un roman émouvant et à l’héroïne complexe et attachante

Les + : l’autrice arrive à créer de l’ordre dans le chaos et à rendre son héroïne attachante à mesure que l’on plonge avec elle dans les profondeurs de son âme

Les – : le sujet de l’anorexie reste tout de même en surface, l’arc narratif avec la professeure d’allemand n’apporte rien, les longues citations allemandes non traduites.

Infos pratiques
Broché : 214 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (24 février 2020)
Langue : Français
ISBN-10 : 2375681339
ISBN-13 : 978-2375681336

Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson

Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson (one shot, éditions J’ai Lu)

Lia et Cassie sont amies depuis l’enfance. Un jour, elles se sont lancé un terrible défi : être les filles les plus minces de l’école. Mais difficile de s’arrêter une fois que l’on est prise dans cette spirale infernale.
Un jour, Cassie est retrouvée morte, seule, dans une chambre d’hôtel miteuse. Lia s’en veut beaucoup et se sent coupable, car avant de mourir, son amie a essayé de la joindre.
33 fois.

Je me suis intéressée à ce titre car il traine du thème grave de l’anorexie.
Si je m’attendais à lire autre chose, j’ai tout de même apprécié ma lecture pour plusieurs raisons.
Avant tout, il faut que je revienne sur ce que je m’attendais à trouver dans ce titre, et que je n’ai donc pas lu. Certes, le thème de l’anorexie est grave, mais je m’attendais à une histoire plus lumineuse, plus « légère ». Je m’attendais à ce que la mort de Cassie ne soit pas l’objet des premières lignes du livre. Je pensais qu’on aurait assisté aux moments légers avant la descente aux enfers.
Mais non.
En cela le livre m’a fait l’effet d’une lecture lourde, grave, du genre de celles qu’il ne faut pas lire un dimanche après-midi pluvieux quand on n’a pas trop le moral (ce qui s’est passé pour moi). Parce que ce livre ne vous fera pas retrouver le moral, bien au contraire.
En revanche, il vous fait réfléchir sur la nourriture, l’acceptation de soi et sur la relation que l’on peut avoir avec son corps. Toutes ces choses que l’on s’inflige parce qu’au fond on ne connait pas les conséquences.
Il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ce roman, et pourtant il y en a un peu, à la toute fin. Pas plus d’un cheveux.
La gravité des faits pourrait sans peine passer pour le récit d’une histoire vraie. On sent que l’auteure a travaillé son sujet, est allé au plus près des filles en souffrance, des médecins, et ce qu’elle nous donne à lire est aussi dérangeant que la vérité. C’est sale, c’est dur, c’est triste, exactement comme dans la vraie vie.
Oui, je m’attendais à lire une histoire un peu déguisée, dans laquelle le thème serait presque un prétexte à une histoire d’ados. Quelque chose de faux, en fin de compte. Au lieu de cela, j’ai lu un roman qui ne cache rien de la réalité et de la vérité de cette maladie terrible.
La mise en forme, parsemée de texte barré représentant la voix intérieure de l’héroïne, est au départ déroutant, mais finalement extrêmement intéressant. Cela permet d’avoir plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation. On voit que l’héroïne n’est pas tout à fait convaincue par ses actes mais elle ne peut pas s’empêcher de ne rien avaler. Alors qu’elle en a envie. Les pulsions primaires sont dominées par les pulsions du cerveau. Le corps et l’esprit s’affrontent sans cesse dans une lutte où il n’y aura pas de vainqueur.
Ce n’est donc pas une lecture joyeuse, gaie, ou qui fait du bien. Elle est de ces lectures qui vous remuent, vous secouent, et tournent encore dans votre esprit longtemps après que vous les ayez terminées.
J’ai également apprécié le traitement de Cassie, dont je n’ai su dire s’il était le fruit de l’imagination de Lia ou une hallucination. L’auteure a-t-elle voulu introduire du fantastique dans son oeuvre ? Possible. Plusieurs éléments me font pencher en ce sens, mais je me trompe peut-être. N’hésitez pas à me donner votre avis si vous l’avez lu.
Enfin, il me semble que le résumé en quatrième de couverture ne soit pas très adapté au contenu du livre et puisse induire en erreur.
La mort de Cassie est le point de départ et non un élément arrivant quelque part dans le récit. Cela change tout.
Une lecture à mettre entre un maximum de mains, mais pas à n’importe quel moment.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les lectures qui font réfléchir et porter un autre regard sur le monde et nous-même.

Les + : un thème abordé sans mensonge, brut dans sa vérité, des personnages vrais et un sujet que l’on sent très travaillé.

Les – : j’ai eu du mal à entrer dans le récit à cause du style particulier, la gravité du texte n’était pas ce à quoi je m’étais attendue en lisant le résumé.

Infos pratiques
Poche: 318 pages
Editeur : J’ai lu (3 janvier 2018)
Collection : J’ai lu
Langue : Français
ISBN-10: 2290146056
ISBN-13: 978-2290146057