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Du Plomb à la Lumière, collectif

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Du Plomb à la Lumière, collectif (anthologie collection Mille Saisons, éditions Le Grimoire)

20 auteurs et 1 invité vous livrent leur vision sur un thème original qui va du Plomb à la Lumière.

Quand j’ai reçu le livre, je ne m’attendais pas à un tel recueil. L’ouvrage est épais et les caractères qui le remplissent sont petits. En plus, il est joliment illustré par de multiples dessins et graphismes. Un vrai petit bijou sur le forme, qui m’a donné envie de me plonger dedans immédiatement.
Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez les éditions Le Grimoire pour cet envoi qui m’a beaucoup ému.
Mais qu’en est-il du fond, est-il à la hauteur de la forme ?
Avant de commencer à détailler les textes, je tiens à dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les univers de chacun à travers les dessins et biographies. Le fait que les textes soient illustrés par un dessin qui arrive en amont est une belle idée. Avant d’entamer la lecture de chaque texte, je me suis attardée sur les dessins afin d’en comprendre l’ambiance, l’histoire, et d’essayer de déterminer ce qui m’attendait. Bien que l’ensemble soit de qualité, certains coups de crayon sortent encore plus du lot et valent vraiment le détour ! Et pour ne rien gâcher, il n’y a aucune redondance, chaque style est différent, tout comme les textes.
J’ai commencé à écouter les musiques qui plongent ou replongent le lecteur dans l’ambiance des textes, mais j’avoue m’être arrêtée assez vite car c’est un exercice compliqué d’un point de vue logistique, et chaque musique dure au moins 10 minutes, ce qui ajoute encore au temps de lecture.
Comme vous allez pouvoir le voir ci-dessous, j’ai pris beaucoup de temps pour lire et rédiger mes impressions, mais je pense que cela m’aurait pris le double si j’avais en plus écouté chaque musique.
Si l’ouvrage est un ensemble homogène d’arts diverses, je pense que malheureusement la musique sera l’art délaissé par les lecteurs qui, comme moi, ne pourront pas avoir le livre et des enceintes à proximité en même temps. C’est un peu dommage, bien que je ne sache pas comment remédier à cela avec le livre papier.
Passons maintenant au détail des textes :

Le coup du collier, de Valentin Desloges (hors concours) : Le recueil s’ouvre avec cette nouvelle hors concours, qui raconte l’histoire d’un incroyable magicien dupé par sa vanité.
Le texte démarre fort puisque même s’il n’entre pas dans le thème général, il est bien écrit, léger, et prête à sourire. L’auteur oppose les concepts de tradition et modernité, deux notions précédemment abordées dans la préface d’Olivier Portejoie, préface où le livre numérique est placé face au livre papier.
Cette nouvelle, qui suit directement la préface et est précisée hors concours, fait ainsi écho à cette introduction, dans la manière d’expliquer qu’il y a plusieurs façons de vendre du rêve et qu’il faut cependant faire attention à ce que l’on fait. Une métaphore qui fera réfléchir, même si l’auteur insiste sur une morale frivole. Impossible de ne pas voir au-delà de cet humour un message plus sérieux.

Sous l’oeil de Tornn, de Vyl Vortex : Gaab est un homme, et sera bientôt un père. Dans son étrange univers, mieux vaut faire partie des Viables et non des Inviables, au risque d’avoir un sort peu… enviable.
C’est pourquoi, comme il aspire au paradis, Gaab va se laisser convaincre de partir dans une quête divine censée faire de lui un être béni du Dieu Bon.
Plusieurs éléments troublants interpellent le lecteur à la lecture du texte, mais ce n’est qu’à la fin que les éléments se mettent en place et que la nouvelle trouve sa cohérence avec le thème de l’anthologie. Si les histoires de dieux et de paradis m’ont laissé plutôt sceptique, j’ai en revanche apprécié l’ambiance globale qui se dégage du texte. Quelques pages supplémentaires auraient permis à l’intrigue d’être plus fluide, et à certains personnages d’avoir un peu plus d’intérêt (la femme de Gab, dont la maternité future est si importante, est finalement inexistante dans la trame générale). Une première nouvelle que je qualifierai d’étrange, à la fois poétique et fantaisiste, dans laquelle le lecteur doit se forger sa propre opinion. L’interprétation du thème y est originale.

La clé céleste, de Guillaume Dalaudier : L’histoire d’un maître verrier qui souhaite ardemment réaliser le vitrail le parfait. J’ai été bluffée par la maîtrise qu’à l’auteur sur les termes et le vocabulaire de cet artisanat peu connu. De ce fait la nouvelle est parfaitement bien ambiancée, et sait tenir le lecteur en haleine jusqu’à la fin. J’ai beaucoup apprécié la corrélation finalement tout à fait logique du vitrail pour respecter le thème « Du plomb à la lumière ». Il fallait y penser et en plus c’est très bien fait. Bravo.

La Pierre, de Barnett Chevin : Une petite histoire qui ne sera pas sans rappeler le mythe de Midas. L’illustration du début de texte ne laisse pas de place au doute quant à la nature de « La Pierre », mais on prend tout de même plaisir à suivre le cheminement de l’intrigue. Le héros raconte son histoire avec une foule de détails qui nous ramène à Paris au temps du roi Louis, futur Saint Louis.
Barnett Chevin a écrit un texte dans le recueil Dérives Fantastiques, où j’avais déjà souligné la richesse du vocabulaire. C’est à nouveau le cas ici. Il y a même un clin d’oeil entre les deux textes. Et si l’histoire dans son ensemble n’est guère originale, elle reste agréable à lire et bien racontée. Le thème étant là encore bien respectée à travers une nouvelle interprétation.

Les feux de la rampe, de Karine Rennberg : Ce qui est intéressant dans cette nouvelle, c’est le traitement qu’a fait l’auteure du thème « Plomb et Lumière ». Ici les deux éléments sont personnifiés dans une histoire dont la banalité en devient tragique. En effet ce texte raconte une enquête sur les lieux d’un drame, perpétré au nom de sentiments trop grands, et surtout d’un malentendu. L’illustration parfaite qu’on les âmes sensibles à ne pas accepter la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus simple et de plus triste, comme si chaque chose ne pouvait avoir qu’une explication « grandiose » faite de complots et de meurtres. Le récit prend place dans une réalité alternative où se mêlent magie et créatures extra-terrestres. Un bon choix qui justifie les explications du texte et le rend cohérent.

La mort n’est pas un spectacle, de Stéphane Monnet : Alors que je m’apprêtais à penser que cette nouvelle était ma première déception du recueil, la dernière phrase est venue tout bouleverser.
Certes j’ai trouvé le texte un peu long, un peu trop plaintif à mon goût, et l’auteur se perd un peu dans son témoignage en voulant susciter des émotions qui ne sont pas venues chez moi. Le thème « Du Plomb à la Lumière » n’est qu’en arrière-plan et c’est le premier texte pour lequel je ne le considère pas comme étant un élément de l’histoire.
Le récit est bien écrit, l’auteur maîtrise son sujet. Seulement je ne l’ai pas trouvé bien exploité. Heureusement que la dernière phrase vient provoquer une chute inattendue qui dynamise l’ensemble. Je ne suis pas passée loin de la déception avec ce texte qui, malgré tout, est pour l’instant en-dessous des précédents.

Emmurés, de Marylin Guldin : Cette nouvelle, bien écrite et dans une atmosphère oppressante, est une petite claque comme j’aime en prendre lorsque je lis. La mise en abîme du récit est émouvante, si bien que j’ai terminé la lecture les yeux brillants d’émotions. Les faits racontés sont d’une grande précision, et vous secouent, si bien que je sais déjà que je vais me souvenir de ce texte. Une belle surprise de la part d’une auteure que je découvre. Bravo.

Les hommes de métal, d’Anthony Boulanger: Un petit texte que j’ai beaucoup apprécié. En fait, il a un « goût de trop peu » et je me suis surprise à espérer que cette nouvelle ne soit que le bref brouillon d’un texte de sf plus grand. L’univers créé par l’auteur en quelques pages est original et bien construit. C’est intéressant, il y a du potentiel. L’idée d’un narrateur en métal est une bonne idée. J’ai aussi apprécié toute la société mise en place. Elle donne envie d’y plonger et de suivre d’autres péripéties. Un très bon texte.

Quelques grammes de plomb pour atteindre la lumière, d’Emmanuelle Maia: un récit rythmé peuplé de créatures mi-folles mi-zombies. Un bon texte palpitant dans lequel une première partie un peu lisse et classique laisse place à une seconde partie survoltée. Des personnages attachants fondent l’intrigue et là encore il y aurait matière à développer encore plus cet univers. Bien écrit, plutôt bien construit et original, c’est tout bon pour ce texte !

Marché conclu ! De Céline Ceron Gomez: Un texte surprenant oú s’enchainent les retournements de situations, jusqu’à une chute inattendue. L’univers mis en place fonctionne bien, les personnages sont intéressants et je n’aurais pas été dérangée d’approfondir un peu mes connaissance du monde proposé par l’auteur. Je pensais qu’il y avait un peuple pour chaque élément mais il y en a un aussi pour le métal ? Si oui combien y a-t-il de peuples en tout ? Si ces informations manquantes ne gènent pas l’histoire, j’aurais quand même aimé les connaître afin d’avoir une meilleure vue d’ Énlanyha. Enfin, si la reprise du thème du plomb est évident, j’ai eu plus de mal à percevoir la lumière. Tout comme le fait de passer « Du plomb à la lumière ».

Notre-Dame de Baltimore, de Kéti Touche: Quel bon petit texte fantastique comme j’aime. On retrouve ici l’élément du vitrail pour entrer dans la thématique du recueil dans une histoire plutôt bien pensée er surtout bien écrite.

Ce qui nous lie, d’Ophélie Hervet: Une écriture virile pour dépeindre cet texte rythmé oú l’action s’écoule à longueur de phrases. Le texte raconte l’initiation d’un jeune prêtre à la chasse au démon. Encore une fois le thème de l’anthologie a inspiré un récit religieux. Mais contrairement aux autres lus précédemment et qui prédentaient une église plutôt traditionnelle, ici nous sommes dans un monde oú les prêtres se déplacent à moto, portent un flingue et dégomment du vilain. Une sorte de mix entre cow-boy et bikers. Un mélange qui fonctionne bien et on se laisse happer par le style. J’aurais aimé une fin un peu plus brutale, car en l’était elle n’est malheureusement pas marquante. En revanche nul doute qu’il y a ici une sympathique plume à suivre.

La foire, de Johann Vigneron: Un texte aussi étrange qu’original. C’est la première fois que je vois une narration de ce genre et je trouve cela très créatif. On dirait un texte de stand up, à ceci prêt qu’il n’y a rien de comique ici. Bien au contraire. C’est dérangeant de créativité et on se demande comment l’auteur a fait pour trouver tout ça. Le personnage est bien campé et le style impeccable. En plus le thème est respecté. C’est un sans faute. Probablement un des textes les plus marquant du recueil.

Métal radieux, de Philippe Deniel: Un texte original puisqu’il se déroule en plein far west, ce qui n’est pas courant.
On y découvre de sympathiques personnages au potentiel vraiment intéressant. On retrouve dans cet univers le potentiel de ce que l’on trouve souvent avec les histoires se déroulant en Louisiane, et j’ai trouvé dommage sue les contours de l’environnement ne soient qu’esquissés dans le texte. Le personnage de Lupa mériterait presque à elle-seule une histoire. Quant à l’idée globale du texte, emprunte de religion, de mysticisme et de symbolique, elle m’a semblé un peu confuse, prétexte à illustrer le thème du recueil. Peut-être pas l’angle le plus propice à utiliser pour ce type de texte.

Être vivant, de Marguerite Roussarie: poétique, émouvante, intelligent et philosophique, voici comment résumer ce texte qui m’a beaucoup plu. Un coup de coeur !
C’est simple: tout est beau dans ce texte. Le style, l’histoire, la morale, le thème est respecté… Un petit robot et une humaine, l’auteur ne surfe pas sur les clichés. Une jolie plume à suivre car c’est une révélation.

La bataille de Krak Girn, d’Élie Guillot: Un texte intéressant puisqu’il met en lumière un héros nain, ce que l’on voit bien moins souvent en fantasy que d’autres créatures souvent plus appréciées telles que les Elfes.
Ici l’auteur nous raconte la vie d’un guerrier sans pareille, pour qui le métal est un compagnon depuis l’enfance. Une nouvelle qui a tous les codes des maîtres du genre de l’héroic fantasy et qui plaira aux lecteurs avides de combats de haches, de barbes et de sentiments.

Un rêve de lumière, de Romain Jolly : Une nouvelle sympathique, émouvante, qui fait se poser des questions sur nos rêves et ce que l’on est prêt à sacrifier pour les réaliser. Une jolie plume qui respecte le thème et l’ambiance globale du recueil. Le personnage d’Armand est original, et aurait même pu être développé encore d’avantage.

Et si l’équinoxiale n’était qu’une mort de plus, de Marine Auriol : J’ai eu du mal à entrer dans cette nouvelle, dont l’ensemble m’a d’ailleurs déçu. Du mal à y entrer car beaucoup d’éléments parfois flous, et la fin de ce texte me laisse perplexe. Est-ce bon ? Ne l’est-ce pas ? Comment savoir ? Si la réponse est dans le texte, je suis passée à côté. L’idée des plombars est pourtant bonne, mais elle ne m’a pas suffisamment accrochée. Le récit est bien écrit, mais m’a laissé à l’extérieur de l’univers dépeint ici. Dommage.

Deus ex machina, de Ghislain Morel : C’est intelligent, bien écrit et sympathique à lire. Un bon texte. Un peu trop religieux à mon goût, mais ce n’est qu’un avis personnel, sinon sans cela le texte est agréable et bien écrit. J’ai passé un bon moment à le lire et ai trouvé les idées développées intéressantes. Le thème est respecté pour ce qui est du plomb, un peu moins pour la lumière (je suppose que c’est parce qu’elle est divine que je l’ai moins perçue).

Zhang Zhung, le mont Gang Ti Sé, d’Arnaud Gabriel : J’avoue avoir eu du mal à entrer dans ce texte pour plusieurs raisons. La première vient du fait que le récit énonce une foule de noms et de thermes très asiatiques, ce dont je n’ai pas l’habitude et qui rend la lecture délicate. J’ai eu du mal à assimiler les différents mots, d’autant plus que leur orthographe n’est pas évidente que je peinais ne serait-ce qu’à déterminer comment les prononcer. Si l’ambiance asiatique est donc une totale réussite dans ce texte, elle est peut-être poussée trop loin pour moi, je me suis perdue en chemin.
Ensuite, l’histoire en elle-même est complexe, pour ne pas dire confuse. Là encore je me suis perdue dans le texte. Je n’ai pas réussi à voir le lien avec le thème de l’anthologie. J’ai bien compris le lien avec le plomb, ici à travers la céruse, mais la lumière ?
Je pense sincèrement être passée à côté de ce texte, probablement pour les raisons évoquées ci-dessus.

Betsy, de Simon Boutreux : Encore un texte original, dont le personnage éponyme n’est pas ce que l’on croit, et qui se passe dans un univers rarement exploité en littérature. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà lu pareil titre. Encore un texte bien écrit et d’un grand réalisme (quand on lit la biographie de l’auteur, on comprend pourquoi). Le scénario n’est pas le plus original du recueil mais l’histoire est bien écrite, encore une fois. Un texte qui a largement sa place au sein de cette anthologie, et qui respecte également bien le thème, y apportant une jolie touche finale de fantastique.

Pour conclure cette chronique, je tiens à souligner l’extrême qualité du recueil. Tous les textes sont originaux, bien écrits, il n’y a quasiment pas de redondance dans le traitement du sujet ce qui est rare dans un aussi grand nombre de textes, et j’ai presque toujours passé un agréable moment à lire les 21 oeuvres présentées.
Bien sûr certains titres m’ont davantage plu que d’autres, mais le niveau est globalement élevé. L’ensemble est homogène, complet… un sans faute pour ce bel ouvrage.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les beaux recueils de nouvelles, les thèmes originaux, et les ouvrages où on trouve tous les genres et tous les styles.

Les + : Une grande diversité dans le traitement du thème, que de belles plumes, de belles images et musiques… une belle découverte.

Les – : Personne ne nous dit pourquoi la nouvelle en début de recueil est là malgré le fait qu’elle soit hors concours. Il est difficile d’écouter les musiques qui vont avec les textes, d’autant plus qu’elles sont un peu longues.

Infos pratiques
Date de parution:  31/03/2016
Éditeur : Le Grimoire – Mille Saisons
Collection : Mille Saisons
Nombre de pages : 408
EAN : 979-1092700060
ISBN : 1092700064

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Dérives Fantastiques, Collectif

derives fantastiques
Dérives fantastiques
 (collectif, éditions Sombres Rets).

21 auteurs se sot réunis dans cette anthologie afin d’explorer les dérives fantastiques sous toutes leurs formes.

Fissures, de Morgane Dieng : Le train, les heures, la temporalité… autant de thèmes classiques du fantastique abordés ici avec originalité dans un petit texte où les personnages ont presque des allures de Robinson.

Chair à canon, d’Anthony Boulanger : Un texte où les retournements de situations s’enchaînent dans un univers futuriste inquiétant. Le sujet aurait peut-être mérité d’être traité plus en profondeur tant la richesse de l’idée est palpable.

L’ordre des choses, de Dean Venetza : Un texte court mais efficace. Percutant. L’humain n’est plus en haut de la chaîne alimentaire et vit comme un animal d’élevage. Un texte qui met à coup sûr mal à l’aise et fait réfléchir sur la condition animale. Parce que nous sommes aussi des animaux après tout.

Les saveurs, la fabuleuse cuisine de Dante, de Barnett Chevin : Aucun dialogue dans ce texte exclusivement descriptif. Un peu long pour une fin que l’on devine assez rapidement. A noter tout de même la richesse du vocabulaire, qui retranscrit parfaitement saveurs et arômes. L’auteur s’est fait plaisir à écrire le texte et l’on se régale à le lire. On y retrouve des notes de la célèbre oeuvre « Le Parfum », de Patrick Süskind.

Parasites, de Grégory Covin : Un huis-clos prenant en forme de course contre la montre dans l’espace. Plutôt réussi sauf la fin qui m’a laissée sur… ma faim, justement. J’aurais souhaité dans le cadre du recueil un dénouement plus rationnel après le vécu irrationnel des personnages.

Le maître du temps, de Yoann Denuault : Un texte émouvant dans lequel il est à nouveau question du temps (thème classique du fantastique ?). L’univers est intéressant bien qu’il manque de détails pour être tout à fait clair. L’histoire est simple mais le cadre spatio-temporel l’est moins. Dommage.

Les petits poucets, de Virginie Perraud : Un texte intéressant bien que reprenant la figure classique d’Alexis Romanov. Le texte se lit bien et s’apprécie pleinement grâce à sa chute.

La grande boucle de Phillippe Goaz : Un texte comme je les aimes ! Rythmé, épistolaire, original… pour l’heure ma meilleure découverte du recueil. Dommage que le titre gâche l’effet de surprise. Le thème de dérive fantastique est ici parfaitement respecté. Un texte dont je vais me souvenir !

Cousins éloignés, de Loïc Henry : J’ai beaucoup aimé ce texte dont le sujet principal (les hommes de Néendertal) me tient à coeur. Des planètes et des sapiens, tout ce que j’aime. L’histoire aurait cependant mérité d’être plus développée car le duo de personnages principaux et la narration ont du potentiel. J’aurais aimé en lire plus. Après la nouvelle, le roman ?

Un carré de chocolat, de Alexandre Ratel : D’habitude j’aime les histoires de zombies mais j’ai eu du mal à adhérer à celle-ci. Le style trop enfantin et parfois suranné ne m’a pas convaincu. Le texte est trop court pour que l’on puisse se plonger véritablement dans l’histoire et s’attacher aux héroïnes. L’ensemble reste en surface. Dommage.

La naufragée, de Eric Lysoe : Un air du 5ème élément de Besson dans ce texte taillé sur mesure pour le recueil. Une agréable découverte, bien écrite et plaisante à lire.

En scène, de Sylvain Lamur : Un texte qui m’a semblé extrêmement long et attendu et qui manque de fantaisie. Sans doute ma seconde vraie déception après Un carré de chocolat.

La princesse et le pirate, de Yohan Queyla : Un texte court qui remplit son rôle. L’élément perturbateur fantastique arrive comme la chute et fait prendre à ce récit réaliste une teinte surnaturelle. Un texte qui a toute sa place dans le recueil.

Histoires à rebours, de Bruno Grange : Un texte très bien pensé qui sent bon les temps classiques. On y retrouve des protagonistes se racontant des histoires autour d’une table. L’ensemble est bien amené et plutôt bien fait. Je regrette la fin un peu facile. Cependant ce texte long est vraiment convainquant.

Bleu, de Clélie Avit : Un texte court et très poétique, emprunt de magie et d’émotions. C’est beau, touchant, surprenant.

L’âme du serpent, d’Alice Mazuay : Un texte classique. Des sorcières, des femmes, la mort… j’en attendais plus avec un personnage principal aussi original. Je reste un peu sur ma faim.

Nuntium Mortis, de Jérôme Simon : La chute de se texte lui donne tout son sens. Sans cela, on aurait eu un texte mêlant absurde, manque de crédibilité et fin classique. L’auteur s’est donc bien rattrapé. Malgré cela, j’ai eu du mal à entrer complètement dans l’histoire et à m’attacher aux personnages.

Ce qui se passe sous l’Arbre, de Neil Jomunsi : L’un des plus longs textes (si ce n’est le plus long) du recueil. C’est aussi le plus marquant, le plus émouvant. Il nous parle du temps qui passe et des souvenirs, rappellant par là que chacun fait plus ou mois la même chose à sa manière, et c’est ce qui nous distingue des enfants (j’enferme pour ma part mes souvenirs dans des chansons). J’ai beaucoup aimé ce texte. Je crois qu’il est même mon préféré du recueil, parce que sa dimension fantastique est très poétique, presque imaginaire. Tout le monde se reconnaîtra en Richard, un personnage incroyablement humain et vivant. La frontière entre réalité et surnaturelle est ténue, ce qui fait de ce texte le plus fin, le plus travaillé et le plus soigné des 21. Mon coup de coeur du recueil.

Strates, de Marie-Lucie Bougon : Cette nouvelle est une véritable surprise. Tout le long de ma lecture, je pensais « je ne comprends pas ce texte ». On y parle d’une figure maternelle invisible, on se promène dans des lieux que l’on ne comprend pas… et pourtant, quand arrive l’heure de la chute, tout fait sens. C’est une très bonne surprise, la créativité de cette nouvelle est enthousiasmante. Et en plus c’est bien écrit. J’ai adoré l’idée de m’être faite avoir en pensant que ce texte dépassait mon seuil de compréhension alors qu’il est simplement très bien pensé.

L’expédition, de Thepthida Hay : Un texte court dont l’ambiance luxuriante est bien dépeinte. En revanche, l’histoire elle-même laisse un peu sur la faim. J’ai trouvé cela un peu bref, avec un manque d’explications.

Frères d’A(r)mes, de Dola Rosselet : Cette nouvelle se distingue par son cadre spatio-temporel différent des autres textes. Ici nous sommes à Verdun durant la première guerre mondiale. L’histoire est émouvante, racontée avec une richesse de détails particulièrement convaincante. L’auteur alterne récit et lettres pour donner plus de corps à un texte dont la qualité est indéniable. De quoi finir l’ouvrage sur une bonne note.

Comme on peut le voir, il y a de tout dans cette anthologie organisée en deux grandes parties. L’ensemble est agréable à lire, la richesse des environnements et des histoires permettant de ne pas s’ennuyer.
Évidemmentcertains textes sont plus intéressants, plus agréables, plus recherchés que d’autres mais cette impression est forcément subjective.
J’ai été surprise de trouver des textes à l’univers volontairement imaginaire. En effet je m’attendais à trouver pour ces « Dérives » un point de départ ancré dans le réel que nous connaissons ou avons connu dans le passé. Or, de nombreux univers parallèles se mêlent aux ambiances historiques ou actuelles. L’aspect de « dérives », point essentiel du recueil, a ainsi été laissé au second plan quand le fantastique a pris le dessus.
De bonnes surprises, d’agréables moments et quelques déceptions, chacun trouvera dans ce recueil de quoi interpréter sa propre vision des Dérives Fantastiques.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les anthologies, les textes courts et longs, les univers divers et variés.

Les + : Il y en a pour tous les goûts, tous les styles, tous les gens et toutes les qualités.

Les – : Ces « Dérives » sont surtout « fantastiques ».

Infos pratiques
Editeur : 
Sombres Rets (7 janvier 2015)
Collection : QUETES PRESAGES
ISBN-10: 2918265209
ISBN-13: 978-2918265207