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Les années noires, Belgarath le sorcier 1, de David et Leigh Eddings

Les années noires, de David et Leigh Eddings (tome 1 du dyptique Belgarath le sorcier, éditions Pocket)

Après avoir vécu les évenements relatés dans La Belgariade, les protagonistes se retrouvent autour d’un feu et demandent à Belgarath de leur raconter son histoire avant toute cette épopée. Le vieil homme ne peut résister au plaisir de faire revivre ses souvenirs, et se lance donc dans le récit de la naissance du monde tels qu’on l’a connu dans la Belgariade. La naissance des Dieux, l’explosion de l’Orbe, et le façonnement des destins.

J’ai eu peur avant même de commencer ce livre. En effet, le résumé nous indique que nous allons remonter 7 000 ans en arrière, dans la jeunesse de Belgarath.
Je ne suis pas contre. Or, ce qui m’a fait peur, c’est la taille de l’ouvrage (440 pages, certes écrites en petit, mais quand même) comparé au nombre d’années dont on va nous parler.
Et malheureusement, mes craintes se sont confirmées.
J’ai apprécié retrouver l’univers dans lequel La Belgariade m’a plongé, mais cet ouvrage souffre de plusieurs problèmes, selon moi. Des problèmes qui le rendent dispensable et bien en-dessous de la série originale.
Tout d’abord, la gestion du temps. Comme je l’ai dit plus haut, c’est à mon avis le plus gros souci de ce texte : il veut trop en dire. Et en voulant trop en dire, il ne dit presque rien.
Le récit m’a fait l’effet d’un accordéon : on passe plusieurs chapitres sur quelques années, puis on saute des siècles, avant de revenir sur un an ou deux, puis sauter mille ans… Je ne peux pas croire qu’il ne se passe rien d’intéressant durant tout ce temps. Je suis sûre qu’il y aurait des centaines d’histoires à écrire pour combler tous les trous. Or, le récit ne prend que ce qui l’intéresse (c’est un témoignage, après tout, le narrateur fait ses propres choix), mais cela m’a dérangé. Pourquoi avoir choisi de faire se dérouler les évènements sur une si longue période ? J’ai trouvé que cela n’apportait rien, et qu’on aurait très bien pu couper la chronologie pour la raccoursir de plusieurs milliers d’années sans que cela ne porte préjudice à l’univers. Car ce souci temporel en amène d’autres.
L’autre souci vient du traitement des personnages. Je n’ai pas du tout senti leur évolution. On a donc un très grand laps de temps, de nombreuses années. Plusieurs personnages sorciers/sorcières/divins traversent le récit, mais ils pourraient être nés déjà vieux, ou rester jeunes, que cela ne ferait aucune différence. Leur personnalité, leur expérience, leur façon de voir le monde… n’évolue pas. Ils sont identique du début à la fin. Là encore, on ne parle pas de quelques dizaines d’années (ce qui serait déjà long et serait déjà un souci dans le traitement des personnages), mais bien de 7 000 ans. Faire dire à un personnage qu’il a sombré dans l’alcool avant d’en sortir ne constitue pas selon moi une évolution. J’ai donc eu l’impression que le caractère des personnages restait constant de leur naissance à la fin du récit. Cela a été particulièrement flagrant avec Polgara (non, prendre une douche n’est pas une évolution, d’autant plus que je n’ai pas très bien compris l’intérêt de ne jamais se laver). Depuis sa naissance, elle est puissante, sait quoi dire, quoi faire, apprend… comme si elle n’avait jamais connu la solitude, la tristesse, les échecs, ou les problèmes insolubles. On nous dit qu’elle a 18 ans mais elle réagit de la même manière qu’à 1 000. Cela m’a géné.
Enfin, le dernier problème majeur de ce roman est un phénomène que l’on sent dans La Belgariade mais qui est moins flagrant qu’ici : l’omnipotence du duo Belgarath/Polgara. Je me suis parfois demandée si les évenements tels que racontés étaient volontaires de la part des auteurs, ou le fruit d’une certaine paresse du scénario. Les deux sorciers savent tout, savent quoi faire (et le dictent à des personnes crédules qui suivent les directives sans poser de questions), et on a l’impression que rien ne peut les faire dévier de leur chemin. Quand Belgarath vient expliquer à deux personnes qui ne se connaissent même pas qu’elles doivent se marier « parce que c’est comme ça et que cela aura de l’importance dans plus de 1000 ans », excusez-moi mais pourquoi personne ne dit rien ? Pourquoi tout le monde exécute sans se poser de question ? Belgarath lui-même se pose assez peu de questions quand il entend des voix lui ordonner d’accomplir des choses. Il se contente de se dire que « c’est comme ça » et « c’est le maître qui le demande » et les choses se passent sans résistance.
Côté style, il est différent de celui de la Belgariade car il s’agit d’un témoignage, il est donc raconté comme tel. On a plus d’humour que dans la série principale, et Belgarath se permet parfois d’invectiver les personnes présentes autour du feu. C’est certes comique mais laisse le lecteur en dehors du moment.
Vous l’aurez compris, j’ai été beaucoup moins convaincue par ce texte que par son récit d’origine. J’aurais aimé qu’on me raconte des histoires dans l’Histoire, des évènements prenants, plein d’actions, avec de nouveaux personnages auxquels j’aurais pu m’attacher, mais non. On a un récit qui déroule des éléments très éloignés dans le temps, des personnages que l’on ne connaît pas vraiment et qui passent… Les seuls personnages qui traversent le récit ne créent aucune dimension dramatique puisqu’on les connaît déjà et on connaît leur destin. Ce livre n’apporte donc rien et est parfaitement dispensable.
A noter que j’ai un coup de coeur pour la sublime couverture, très dynamique et intriguante.

Pour qui : les lecteurs qui ont aimé la série principale et veulent prolonger leur voyage dans cet univers.

Les + : on n’est pas dépaysé par les lieux ni les gens.

Les – : la forme narrative du récit est moins immersive, la chronologie beaucoup trop étendue et mal gérée, la psychologie des personnages manque de nuances et l’omnipotence de certains personnages coupe tout effet dramatique possible.

Infos pratiques
Éditeur ‏ :
‎ Pocket (2021)
Poche ‏ : ‎ 448 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2266177494
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266177498