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Pandemonium, d’Aurélie Mendonça

Pandemonium, d’Aurélie Mendonça (one shot, éditions du Chat Noir)

Elena Lautturi est thanatopractrice dans sa propre entreprise : Pandemonium. Un commerce qu’elle a ouvert après avoir été missionnée par la déesse Hela d’aider à conduire certaines âmes dans l’autre monde.
Elena est donc une personnalité connue au panthéon des dieux de la mort. Mais pourquoi ?
Et pourquoi est-elle soudain menacée ? Quel secret porte-t-elle en elle ?

Il m’a fallu du temps pour réussir à écrire cette chronique parce que ce livre m’a laissé une impression assez vive. Je ne peux pas expliquer vraiment pourquoi mais j’ai eu l’impression que pour son autrice, ce livre était comme ma propre Sonate au Clair de Lune : une fiction très personnelle. Derrière les mots se trouve en fait la figure de l’autrice, présente en trompe l’oeil, et cela rend le propos encore plus puissant, encore plus émouvant.
C’est un peu, comme je l’ai dit pour mon récit, une « fiction autobiographique ».
Mais si on s’attache à l’histoire et non à ce qu’il y a derrière, le roman est particulièrement prenant. Son thème central, la mort, est traité avec beaucoup de justesse, de respect, et de détails. J’ai appris beaucoup de choses sur le métier, les techniques de traitement des corps mais aussi des familles etc… et j’avoue que j’aurais bien aimé en savoir encore plus.
Dans l’ensemble, j’ai apprécié les deux tiers du livre. On y suit plusieurs cas de morts à accueillir et dont il faut s’occuper.
En revanche, j’ai un peu moins adhéré au dernier tiers parce que les éléments se précipitent beaucoup trop vite pour laisser le temps au lecteur de passer du monde réel au monde mythologique.
L’arrivée de Morgane m’a laissée un peu perplexe car je ne l’imaginais pas développée de cette manière. Là, elle semble arriver par un hasard qui n’en est pas un, et prend très vite une trop grande place dans le récit. Alors qu’à l’origine, elle était là par hasard. Que ce serait-il passé si elle n’était jamais entrée à Pandemonium, ou si Elena n’avait pas choisi de la prendre sous son aile ?
En fait, le seul « défaut » du livre est sa taille : il est un peu court. Plusieurs réponses à des questions que le lecteur se posent sont survolées, voir pas du tout abordées. Par exemple, j’aurais aimé en savoir plus sur la relation Elena/Lucifer. On sent qu’il y a un passif mais nous n’y avons jamais vraiment accès. Ce qui est dommage. Si bien que la fin, inattendue, manque de puissance. L’impact aurait été plus fort encore avec un peu de background.
Malgré cela, j’ai beaucoup aimé cette lecture. Au-delà du scénario qui aurait gagné à être mieux dosé, le thème global est original. Je souhaitais lire une histoire de mort, pour me familiariser avec ce domaine si peu abordé quel que soit le genre littéraire. Il fallait oser s’aventurer dans ce monde, aller aussi loin dans la recherche, les détails… Aurélie Mendonça a su retranscrire avec justesse et pudeur un univers que beaucoup de personnes préfèrent ignorer. Sauf que nous y serons tous un jour confronté, d’une manière ou d’une autre.
J’ai trouvé ce livre très émouvant et humble. Bien écrit, il m’a emporté du début à la fin, et même s’il n’est pas parfait, il m’a donné envie de me plonger dans d’autres récits de cette autrice.
J’ai l’impression que cette dernière a encore beaucoup de choses à nous dire à travers ses textes.
Une plume à suivre, donc !

Les + : un thème difficile abordé avec humilité, justesse et pudeur. Une histoire originale dont on ne voit pas souvent de romans sur le sujet. On apprend beaucoup de choses sur le milieu des pompes-funèbres.

Les – : Les événements finaux sont un peu précipités, la transition entre notre monde actuel et le monde mythologique est un peu abrupte, rapide, et manque d’explications. J’ai eu du mal à adhérer à la fin.

Infos pratiques
Broché: 292 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (14 février 2018)
Collection : Féline
ISBN-10: 2375680642
ISBN-13: 978-2375680643

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Mémoires d’outre-mort, de Christopher Buehlman

Mémoires d’outre-mort, de Christopher Buehlman (one shot, éditions Hugo et Cie)

1930, 1970, à New York. Le temps passe, mais plus pour Joey, transformé en vampire à l’âge de 14 ans par la nourrice qu’il a contribué à faire renvoyer de chez lui.
Depuis, il mène une vie de monstres dans les égouts New-Yorkais, où il ne se passe pas beaucoup de choses.
Mais ça, c’était avant l’arrivée d’un groupe d’enfants en ville. Repérés par les cadavres qu’ils sèment derrière eux, et si ces petits anges n’étaient pas ce qu’ils avaient l’air d’être ?
Joey et sa communauté ne tarderont pas à vouloir en apprendre plus, à leurs risques et périls.

Pour être tout à fait honnête avec vous, lecteurs, je n’étais qu’à moitié convaincue lorsqu’on m’a proposé de lire cet ouvrage. Encore une histoire de vampires, me suis-je dit avec un soupir.
J’ai oublié le compte de ce que j’ai pu lire sur ces créatures, et je me méfiais de ce roman, que l’on m’a présenté comme faisant un traitement novateur des buveurs de sang.
J’aurais pu refuser, mais j’ai quand même voulu voir si c’était si différent que cela. Est-il encore possible de faire original sur le vampire à la fin des années 2010, après toute la vague (le tsunami) que l’on a connu il y a une dizaine d’années ?
Hé bien oui.
Je n’ai pas regretté mon choix.
Le traitement original ne tient pas tellement dans ce qui est dit au sujet des vampires, car ce sont encore et toujours des buveurs de sang cruels et assoiffés de sexe et de pouvoir.
En revanche, l’histoire nous est présentée dans un décor que l’on n’a pas l’habitude de lire (du moins est-ce mon cas), dans le New-York des années 70, avec un personnage principal intéressant puisqu’il s’agit d’un homme de 80 ans coincé dans un corps d’ado de 14 ans.
L’originalité est donc ici. Le texte est raconté à la première personne et j’ai vraiment eu l’impression de lire des mémoires.
Dans un premier temps, je ne voyais pas où le livre voulait mener le lecteur. En effet, il s’agit de souvenirs un peu disparates et sans lien apparents. Et puis les choses se mettent en place lorsqu’arrivent dans l’histoire les personnages des enfants, et ce qui a l’air d’une autobiographie devient un vrai récit palpitant. Les souvenirs servent le récit, lui donnent de la profondeur, nous aident à mieux connaître les personnages et leurs histoires, savoir comment ils en sont arrivés là.
Ce que j’ai aimé, aussi, c’est le style d’écriture, toujours très vif, parfois cru, et qui sait capter l’attention et maintenir l’intérêt. Les chapitres sont courts et débouchent toujours sur une suite dont le suivant porte le nom. Si bien que l’on tourne les pages rapidement, avide d’en savoir plus, et surtout de savoir comment les choses vont se terminer.
Et la fin, parlons-en. Sans rien dévoiler, elle m’a beaucoup plus parce que l’on ne s’y attend pas.
Bien que l’épilogue soit un peu expéditif et inutile à mon goût, j’ai quand même apprécié ce final original. Une vraie chute. Tout le récit pour arriver à cette fin m’a beaucoup plus.
En fait, plus que l’histoire en elle-même, c’est la façon de la construire et de la raconter qui m’a plu. Je ne le dis pas souvent, parce que beaucoup de romans sont écrits de la même manière, mais ici cela change vraiment de ce que l’on peut avoir l’habitude de lire.
De fait, je n’ai vraiment pas regretté mon choix. J’ai passé un bon moment de lecture (j’ai plutôt dévoré ce titre et ne l’ai lu que durant 3 ou 4 séances de lecture, pas plus. C’est dire, vu le volume !) dans une ambiance horrifique qui m’a rappelé celle du Portrait du Mal, de Graham Masterton.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les lectures horrifiques, ou qui ont envie de lire une histoire de vampires peu commune. Ceux qui ont envie qu’on leur raconte une histoire de manière moins classique que à quoi nous sommes habitués.

Les + : Une narration originale et qui tient en haleine, un récit dynamique, une galerie de personnages intéressantes.

Les – : L’épilogue est un peu expéditif à mon goût, et j’ai lu dans une interview sur ActuSF que l’auteur a fait beaucoup de recherches sur le New York des années 70 ans d’écrire son roman mais je ne l’ai pas ressenti dans les pages.

Infos pratiques
Broché: 429 pages
Editeur : Hugo Roman (18 avril 2019)
Collection : Nouveaux Mondes
Langue : Français
ISBN-10: 2755641371
ISBN-13: 978-2755641370

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