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Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes (one shot, éditions J’ai Lu)

Charlie Gordon est un adulte « retardé » qui possède une particularité : il a envie d’apprendre. Le rêve de Charlie est de de devenir intelligent, c’est pourquoi il est choisi par une équipe médicale dont l’objectif est de rendre les humains beaucoup plus intelligents grâce à l’implantation d’une puce dans leur cerveau.
L’expérience a déjà fonctionné sur une souris : Algernon. Les résultats se confirment sur un humain et Charlie progresse rapidement. Bientôt, ce dernier commence à comprendre le monde qui l’entoure et à se poser de nouvelles questions.
Mais à trop approcher du soleil, ne finit-on pas par se brûler les ailes ?
Quand les incroyables facultés d’Algernon commencent à décliner, tout le monde s’inquiète : et si Charlie connaissait le même destin ?
Il n’est pas évident de retourner dans l’ombre quand on a connu la lumière de la connaissance.

ROMAN COUP DE COEUR

Avant de commencer la chronique je précise que j’ai acheté l’ouvrage dans sa sortie augmentée en édition limitée cet hiver. La jolie couverture m’a tentée alors que je voulais lire le livre depuis longtemps.
L’édition augmentée contient le roman, suivi par une autobiographie de Daniel Keyes, puis par la nouvelle originale. Le texte était en effet une nouvelle primée avant de devenir le roman que nous connaissons.
Je ne vais parler ici que du roman, les autres parties étant intéressantes pour enrichir le propos du texte ou le contextualiser.
Dire que Des fleurs pour Algernon est un roman bouleversant est encore en-dessous de la réalité. Lorsque j’ai dit que j’allais le lire, les réactions ont été nombreuses et unanimes : ce livre remue. J’ai pu constater son incroyable popularité rien qu’en abordant le sujet sur les réseaux.
Si habituellement je suis sceptiques quant aux phénomènes populaires (qui ne sont pas un gage de qualité, n’en déplaise aux fans de E.L James), je reconnaît avoir été totalement séduite sur ce coup-là.
Des fleurs pour Algernon n’a pas volé son succès. C’est un livre à la fois poétique, philosophique, et incroyablement humain. Raconté sous la forme d’un journal (ou une succession de « compte-rendus » pour être exacte), nous faisons la connaissance de l’attachant Charlie et nous lions rapidement à lui. En tant qu’adulte « normale » j’ai compris pourquoi Charlie voulait s’élever au-dessus de sa condition. Pourquoi il lui était si important de se sentir lui aussi dans la moyenne.
Et l’ouverture de son regard sur le monde est un émerveillement partagé par le lecteur. On le voit prendre conscience du monde qui l’entoure, du fait que tout n’est pas toujours juste, ou beau, et on se pose les mêmes questions que lui.
Être intelligent n’est pas sans conséquence. On comprend la laideur, elle nous explose en plein visage et on n’a pas toujours de prise dessus. Charlie, parti de si loin, arrive si haut qu’il ne peut qu’assister impuissant à l’horreur du monde qui veut faire de lui (à tort ou à raison) l’exemple d’un nouvel humain. Il ressent l’amour et les émotions, ouvre les yeux sur ce qu’il a été et ce qu’il est devenu, avant d’avoir pleinement conscience de sa chute.
Et si cette opération existait vraiment ? Est-ce qu’on refuserait à des gens de la pratiquer ? De la porter en eux ? Pourquoi tout le monde ne devrait-il pas être intelligent et connaître cet état propre à l’Homme ? Et si tout le monde était des génies, les gens « normaux » seraient-ils bêtes ? Est-il plus difficile de rester dans le noir sans le savoir ou bien d’y retourner lorsqu’on a connu la lumière ?
Des fleurs pour Algernon est un récit puissant, bien écrit, et surtout très intelligent. C’est l’intelligence au service du propos sur l’intelligence. Daniel Keyes a réussi à écrire une oeuvre majeure (non sans mal comme on peut l’apprendre dans son autobiographie) dans la littérature contemporaine.
J’ai particulièrement apprécié le travail sur le style. L’auteur parvient à nous faire assister à l’éveil de Charlie grâce au fond mais aussi à la forme. Les mots choisis, d’abord simples puis plus élaborés, les constructions de phrases, l’utilisation de la ponctuation… la forme au service du fond. Cet exercice complexe es pourtant parfaitement maîtrisé dans l’oeuvre, ce qui en fait un de ses principaux points forts.
Ce livre fait réfléchir. J’ai été prise d’une grande empathie pour Charlie et sa vie, pour Algernon, aussi. Il n’est jamais agréable de voir décliner les gens auxquels on est attaché. Apprêtez-vous à vivre cette expérience avec ce titre.
Un roman inoubliable qui devrait être lu par tout le monde.

Pour qui : tout le monde ! Les jeunes et les moins jeunes.

Les + : un roman intelligent qui fait s’interroger sur les choses de la vie, l’intelligence, l’amour des uns pour les autres… un style intéressant et travaillé, qui se lit vite et bien, une galerie de personnages attachants, une histoire inoubliable.

Les – : je n’en ai pas trouvé, c’est un coup de coeur.

Infos pratiques
Poche: 542 pages
Editeur : J’ai lu (26 septembre 2018)
Collection : SCIENCE-FICTION
Langue : Français
ISBN-10: 2290155357
ISBN-13: 978-2290155356

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Avance rapide, de Michael Marshall

Michael Marshall, Avance rapide (one shot, éditions Milady)

Dans un monde étrange entièrement constitué de quartiers, Stark est envoyé en mission pour retrouver un ingénieur du Centre. Une mission périlleuse dont il est en réalité la dernière chance.
L’ingénieur est menacé de mort, si bien qu’il faut faire vite. Une course contre la montre s’engage alors.

Avance rapide n’est pas un livre facile d’accès. Il n’est pas évident à comprendre. Je me suis laissée emporter par ce gros chat en couverture (ma faiblesse me perdra) et je pensais trouver un ouvrage de science-fiction « classique ».
Or, ce livre n’a rien de classique.
Premièrement son univers. Il est très étrange, spécial. L’auteur nous plonge dedans comme si nous en connaissions les codes et le lecteur a intérêt à suivre et à adhérer. C’est un peu déroutant.
L’auteur a bien travaillé son sujet car il ne s’y perd pas, lui. Dans un sens, cela m’a fait penser à un mélange entre l’Écume des jours, de Boris Vian, et Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll. Un monde où les lois de la physique ne sont pas les mêmes que nous, pas plus que celles de l’espace et du temps.
Si bien que j’avoue avoir été un peu perdue par moment. L’auteur saute de scène en scène et on chemine avec lui sans comprendre comment on en est arrivé là. Mais je fais confiance à l’auteur, je me suis dit que c’était normal.
Sous cette couche étrange et onirique (une partie du livre se déroule même dans un rêve), on trouve une trame plus classique d’agent spécial en mission pour retrouver une cible.
Cette partie est réellement intéressante car elle donne matière à s’accrocher pour le lecteur. Le personnage de Stark est intéressant, bien travaillé, et j’ai apprécié son caractère bourru à la Jason Statham (oui je l’imaginais ainsi). Stark ne recule devient rien et a un peu de jugeote. Il est humain et a donc des failles, des faiblesses, des amis, aussi.
Toute cette partie haletante d’énigmes et de courses poursuite nous permet de nous familiariser avec l’univers créé par l’auteur. Ces passages sont plus simples et j’étais ravie chaque fois que j’arrivais à plonger dans l’univers.
Michael Marshall développe des concepts intéressants (les quartiers, le temps, les couleurs, les sons…) qui mériteraient peut-être d’autres histoires dans cet univers.
La fin est plutôt satisfaisante. J’ai apprécié ce retournement de situation où, soudain, tout fait sens. Il me semblait ne pas avoir tout compris et soudain, j’ai compris pourquoi. Le récit est habile, parfois un peu trop subtile, mais la plupart des éléments font sens pourvu qu’on reste concentré.
Ce n’est pas une lecture à avoir dans le train (comme j’ai commencé) mais plutôt tranquillement installé chez soi au calme, sinon vous allez décrocher. Il y a beaucoup de symboles, beaucoup de sous-entendus, d’allégories… qui ne pardonneront pas si vous n’accordez pas 100% de votre attention au livre.
Il s’agit du premier livre que je lis de cet auteur et je suis curieuse d’en lire d’autres pour voir si ce tour de passe-passe littéraire est un coup de chance ou une habitude.
Le livre a remporté le prix British Fantasy en 1995.

Pour qui : les lecteurs qui ont envie d’une lecture hardue à relever.

Les + : de bonnes idées, un personnage principal charismatique et attachant, une fin satisfaisante.

Les – : quelques passages compliqués auxquels il faut s’accrocher pour ne pas passer à côté.

Infos pratiques
Poche: 384 pages
Editeur : Bragelonne (27 mars 2014)
Collection : SCIENCE-FICTION
Langue : Français
ISBN-10: 2811211616
ISBN-13: 978-2811211615

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