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Où s’imposent les silences, Emmanuel Quentin

Où s’imposent les silences, d’Emmanuel Quentin (one shot, Mü éditions)

Avignon, 2036. Matthias, étudiant, découvre une lettre déposée sous la porte de son appartement. S’il n’y prête pas attention au départ, quand elle reviendra dans sa vie, ce sera pour faire basculer sa vie d’une manière inattendue. Pourquoi un tableau vieux de plusieurs centaines d’années représente-t-il de personnes de sa famille ?
Et pourquoi la police découvre de singuliers cadavres, subitement ?
Et si tout était lié ?
C’est ce que Matthias et Alexandre vont découvrir bien malgré eux, entraînés dans les arcanes d’une histoire qui les dépasse en tout point.

J’ai commencé cette année 2017 comme je la termine : avec un ouvrage d’Emmanuel Quentin. L’auteur, qui a publié Dormeurs, revient avec ce nouveau roman de SF.
Plus sombre que le précédent, il s’agit d’un récit choral où se mêlent différents types de narrations pour une même histoire. Narration à la première personne, à la troisième personne et témoignage en italique vont nous faire traverser les pages de manière rythmée et dynamique.
Le début est explosif, les éléments s’enchainent rapidement et la petite taille des chapitres m’a fait tourner les pages de manière frénétique. Il est devenu difficile de poser le livre car je voulais connaître la suite. Et pour cause : entre l’aspiration d’un personnage et son réveil dans un monde inconnu, le réveil d’une autre dans un monde extraordinaire où elle semble avoir tout oublié ou presque, et la découverte de cadavres extraordinaires, le livre a tout pour happer le lecteur et ne plus le lâcher.
Malheureusement pour moi, le rythme va s’essouffler vers la moitié du roman et ne repartira pas. C’est là que l’auteur commence à distiller ses révélations, ce qui a malgré tout tenu mon intérêt éveillé. emmanuel Quentin a l’art de faire ses révélations au compte goutte et de manière maîtrisée. Peu d’auteurs en sont capables.
Néanmoins, il m’a semblé qu’Emmanuel Quentin avait une foule d’idées dans la tête et a eu du mal à se canaliser. Plus d’une fois l’histoire manque de partir dans tous les sens mais elle se recentre pour garder une certaine cohérence. C’est à la fois bien et pas bien.
C’est bien parce que l’ouvrage est cohérent du début à la fin et c’est toujours ce que je demande à un livre. Bon point.
Mais c’est aussi pas bien parce que l’auteur a esquissé des pistes qu’il n’explore pas, ou pas suffisamment. Si bien que j’ai eu en bouche un goût de trop peu à la fin de l’ouvrage.
Si certains éléments laissent à penser qu’une suite verra le jour, ce qui est un bon point, il n’empêche que pour un premier tome, j’ai la sensation d’être restée à la surface de ce monde.
On parle dans le roman d’univers parallèles, d’autres langues, d’un système de gouvernance particulier (la Loi), il y aurait tant à dire sur tout cela ! Quelle superbe matière ! Comme si cela ne suffisait pas, l’auteur place quelques courriers issus directement de sa « République de Falmur », et laisse entendre qu’un évènement antérieur à l’histoire (la pandémie) est liée à des forces de cette république.
C’est super !
Alors pourquoi avoir fait si peu dans cet ouvrage ? Pourquoi ne pas avoir exploré plus avant cette république, développé d’avantage cette Loi (nous avons une partie centrale pour expliquer la vie d’un des personnages principaux au coeur de ce système mais ce n’est justement qu’un seul personnage, et cette partie est également petite, à peine 60 pages, alors que les éléments sont capitaux dans le texte). De même, plusieurs chapitres s’intitulent « Avant la brèche ». Nouvel élément d’importance qui n’est que survolé.
Ma curiosité de lectrice avide de SF s’en trouve frustrée.
Il y a dans Où s’imposent les silences une foule de bonnes idées que j’aurais adoré voir développées, étoffées, creusées. Que ce soit les personnages, leur univers ou leurs histoires personnelles (l’histoire de Magda arrivent un peu comme un cheveux sur la soupe), j’aurais aimé pouvoir plonger en entier dans toutes ces pistes. Certains auteurs ne se privent pas d’écrire des briques sur leur monde, y compris quand il n’y a rien à dire (ce fût le cas de l’ennuyeux 2312, de Kim Stanley Robinson, par exemple) et je regrette qu’Emmanuel Quentin n’ait pas voulu ou osé aller aussi loin.
Car côté écriture, il a tout ce qu’il faut pour ! Le style est fluide, vif, immersif, on est au coeur de l’action et il y a juste ce qu’il faut de description pour nous dépeindre le décor. C’est agréable à lire et très prenant, comme écrit plus haut.
Pour moi il manque juste des pages pour être un coup de coeur et une révélation.
Je croise les doigts pour le prochain titre de cet auteur qui pourrait se faire un nom dans le paysage SF francophone.
A noter également la superbe couverture de Pascal Casolari qui nous projette dans cet univers avec brio, ce qui renforce ma frustration de ne pas avoir pu y passer plus de temps.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires de SF rapides et efficaces.

Les + : un univers plein de potentiel et de nombreuses bonnes idées, un roman qui démarre très fort et un style qui happe le lecteur dès les premières pages.

Les – : Le livre est trop court, si bien que l’on reste en surface de tout. Dommage car la matière est là pour aller beaucoup plus loin sans obligatoirement faire une suite.

Infos pratiques
Broché: 252 pages
Editeur : Le peuple de Mu (6 juin 2017)
Langue : Français
ISBN-13: 979-1092961683

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Dormeurs, d’Emmanuel Quentin

dormeursDormeurs, d’Emmanuel Quentin (one shot, éditions du Peuple de Mü)

En 2017, dormir est un métier. Fredric Jahan est un dormeur, embauché et payé pour rêver. Ses rêves sont si bons qu’il est même une star dans le domaine. La population s’arrache ses productions afin de les rêver à leur tour chaque nuit.
Mais un jour, Fredric ne rêve plus et pour cause : il se met à cauchemarder au sujet d’un étrange personnage en rouge qui sème la mort et la terreur aussi bien dans la vraie vie que dans les songes.
Cela aurait pu faire le bonheur du patron de Fredric si le bonhomme en rouge n’essayait pas clairement d’attirer le dormeur à lui. Car il en est sûr : c’est à lui qu’il en veut. Mais pourquoi ?
Alors qu’il se découvre un don, Fredric se met en tête d’arrêter le tueur, quoi qu’il en coûte.

Je remercie les Éditions du Peuple de Mü, le Dépôt Imaginaire et l’auteur Emmanuel Quentin pour cette découverte. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur lors du premier « Blogueur Day » organisé à Lyon le 10 décembre dernier, date à laquelle j’ai pu faire l’acquisition de ce roman qui me faisait envie depuis un moment.
La première chose que l’on remarque est cette couverture franchement réussie représentant un homme dans un fauteuil au milieu d’une atmosphère en clair obscur du plus bel effet. Et le titre jaune ressort beaucoup. La composition globale est très réussie, d’autant plus que quand on s’approche de l’image on a l’impression qu’il s’agit d’une toile peinte. J’adore !
Mais l’histoire que contient ce joli livre tient-elle la route ?
Hé bien oui. J’ai dévoré ce livre en deux jours, le temps d’un week-end. L’histoire racontée par Emmanuel Quentin à travers son personnage masculin n’a rien d’un rêve. Le lecteur est transporté dans un monde qui pourrait être le nôtre, mais pas tout à fait. A travers la parole du narrateur enrichie de coupures de presse, on plonge dans une dimension parallèle. Est-ce que cela fait envie ? A voir. Surtout quand les choses commencent à dégénérer.
L’auteur passe d’ailleurs assez vite sur le début de l’ImpRêverie et le succès de Fredric pour se concentrer d’avantage sur sa descente aux enfer. Même si je comprends le choix, j’aurais aimé que l’histoire s’attarde un peu plus sur la montée en gloire du narrateur afin de mieux se le représenter par la suite. Car finalement cette gloire reste assez abstraite tout le long du livre.
A part cela, l’histoire va de rebondissements en péripéties. La lecture est fluide, rapide, prenante. L’auteur a su donner un vrai style à son personnage, si bien que l’on ressent le côté « masculin » et « viril » aussi bien dans le ton que dans les actions. C’est punchy, dynamique et bien joué ! Vraiment intéressant.
A la manière d’une pièce de théâtre, l’histoire possède plusieurs actes. On change de décor pour adopter les grandes lignes de la vie du personnages.
Des flashback nous font vivre ou revivre des moments forts de certains protagonistes et j’ai particulièrement aimé les passages concernant la guerre du Vietnam. Là où beaucoup d’auteurs seraient tombés dans la facilité de reprendre l’indémodable seconde guerre mondiale, l’auteur a choisi ici un autre théâtre d’opérations, moins connu, à tort, ce qui rend en plus son histoire originale.
Globalement j’ai apprécié les choix de l’auteur et le monde qu’il a voulu dépeindre. Je n’ai pas le souvenir de m’être dit que l’histoire m’en rappelait une autre, ce qui est assez rare pour être souligné.
Les autres personnages qui évoluent autour du héros sont peu nombreux mais bien construits. Les personnalités féminines sont aussi bien traitées que les personnalités masculins et l’ensemble est crédible.
J’ai globalement cru à cet univers pourtant pas si éloigné du nôtre (le roman est sorti en 2016 mais l’histoire se passe en 2017, donc en ce moment !). Rien que cela n’est pas courant, alors que la majorité des auteurs aurait placé quelques dizaines d’années d’écart entre leur récit et la vie réelle.
Ce Dormeurs est donc une belle découverte. J’espère avoir prochainement l’occasion de lire une nouvelle histoire d’Emmanuel Quentin chez cet éditeur.

Pour qui : Les lecteurs en quête d’une histoire originale, crédible et dynamique.

Les + : Des choix audacieux qui font se démarquer l’histoire, un côté « thriller » frais et dynamique qui fait de ce livre un page turner, le style de l’auteur parvient à créer totalement le narrateur et à nous entraîner avec lui dans son univers, l’ajout des éléments tels que des coupures de presse, des notes, un contrat… ajoutent de l’épaisseur à l’univers créé par l’auteur.

Les – : J’aurais aimé en savoir plus sur l’ascension de Fredric Jahan en tant que star, car sans cette partie on se rend moins compte du phénomène et de ses conséquences.

Infos pratiques
ISBN papier : 979-10-92961-53-9
ISBN numérique : 979-10-92961-54-6
Illustration : Cédric Poulat
Nombre de pages (papier) : 312
Dépôt légal : mai 2016