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Autonome, d’Annalee Newitz

Autonome, d’Annalee Newitz (one shot, éditions Denoël)

En 2144, l’humanité cohabite avec des robots asservis comme d’antiques esclaves. En parallèle, des humains sont parfois obligés de se soumettre pour pouvoir survivre.
De son côté, Jack est une pirate. Elle recrée des médicaments réservés aux riches pour les vendre à des humains moins fortunés.
Or, un jour, l’un des médicaments vendus par Jack cause la mort au lieu de soigner. Pire, une série de décès fait la Une des médias.
Jack découvre que le problème ne vient pas de la copie, mais bien de l’original. Commence alors une course contre la mort dans laquelle elle va devoir échapper à un duo de soldats envoyé à ses trousses pour l’éliminer. Un humain et son robot asservi, dont c’est la première mission, et qui a encore tout à découvrir.

Après Rétrograde, Autonome est le second ouvrage que j’ai choisi dans le catalogue Lunes d’encre des éditions Denoël (encore merci à eux). Cette fois-ci, nous sommes dans un futur proche et encore sur la Terre.
L’ambiance, le propos, la plume… n’ont pas grand chose à voir avec Rétrograde.
Autonome explore la complexité de la vie, de nos choix, et surtout de notre libre arbitre. Le livre nous montre que les frontières sont souvent floues. Le bien, le mal, l’humain ou la machine, qu’est-ce qui défini qui nous sommes ? Qu’est-ce qui fait que nous faisons les choix que nous faisons ? Sommes nous programmé pour agir ainsi ?
Le livre est compliqué, son propos souvent sous-jacent. Il faut resté concentré pour le saisir, mais si vous y arrivez, vous ne serez pas déçu.
Encore une fois, ce livre donne matière à réfléchir, à se questionner.
J’ai été parfois déroutée, presque perdue parce que l’univers créé par Annalee Newitz est complexe. Nous sommes à la fois dans un futur proche (à peine 120 ans plus tard que notre époque actuelle) et pourtant tout y est différent. Les codes de la société, la technologie, le monde diplomatique… tout y est différent. Cela rend l’ouvrage riche mais il faut rappeler qu’il ne comporte « que » 323 pages. Il y a donc beaucoup d’informations et de représentations à digérer en peu de temps. Sachez le.
Pour autant, j’ai apprécié le combat de Jack, une héroïne ambivalente et complexe à laquelle je n’étais pas attachée au départ. Et puis l’histoire revient dans le passé et on comprend d’où elle vient et ce qu’elle a traversé, comme elle s’est construite.
Le roman est construit avec deux histoires parallèles qui finiront par se rejoindre, ce qui crée un suspense intéressant tout au long de la lecture.
Aussi, si j’ai d’avantage aimé la partie « traque » du duo Eliasz/Paladin, je suis restée de marbre devant la romance qui les unit (on s’en rend compte très vite, ce n’est donc pas vraiment un spoiler). Je n’ai pas adhéré au traitement des émotions pour le robot. Peut-être mon côté trop cartésien mais j’ai trouvé cela assez peu crédible, surtout dans le sens Eliasz/Paladin. Qu’un homme puisse tomber amoureux d’un « tas de ferraille » à peine humanoïde et surtout rendu très masculin m’a peu convaincu, quand bien même l’autrice nous explique cela en regardant au-delà des apparences.
En fait, ce qui m’a le plus plu dans ce titre, c’est tout ce qu’on peut apprendre autour de la science du cerveau. Entre l’effet des drogues, les réactions, le contrôle que l’on peut avoir/obtenir sur ce qui n’est qu’un amas de cellules, est réellement passionnant. J’ai beaucoup aimé toute cette partie scientifique, qui vient se mêler à l’histoire, et nous offrir quelque chose de différent de ce que l’on peut lire dans beaucoup d’ouvrages de SF.
On parle science et brevets, laboratoires pharmaceutiques (ce qui m’a beaucoup rappelé Alchimiste, de Peter James, dans un tout autre genre), et cela m’a plu.
A noter également la magnifique couverture, à nouveau signée Aurélien Police.
Une fois de plus j’ai été ravie de ma lecture et de cette bonne découverte, preuve que mon emballement autour de Rétrograde n’était pas un coup de chance. La collection Lunes d’Encre est sans doute en train de devenir ma collection chouchou en matière d’ouvrages intelligents.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires intelligentes et qui font réfléchir sur le monde qui nous entoure.

Les + : beaucoup de questions posées sur des sujets humains qui nous concernent, deux arcs narratifs très différents qui se rejoignent au bout du compte, des personnages complexes qui floutent les frontières, des informations passionnantes sur la science cérébrale.

Les – : Certains passages sont trop riches en informations compliquées ce qui peut perdre un peu le lecteur, il y a un passage un peu creux dans le dernier quart du roman où l’autrice s’égare dans des descriptions qui n’apportent pas grand chose, la romance entre le robot et l’humain ne m’a pas convaincue.

Infos pratiques
Broché: 336 pages
Editeur : Denoël (7 juin 2018)
Collection : Lunes d’encre
Langue : Français
ISBN-10: 2207140784
ISBN-13: 978-2207140789

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Rétrograde, de Peter Cawdron

Rétrograde, de Peter Cawdron (one shot, éditions Denoël)

120 humains forment une colonie sur la planète Mars à l’occasion d’une mission scientifique de 10ans.
Un matin, alors que les colons ne se doutent de rien, ils apprennent que plusieurs mégapoles sur Terre ont été atomisées par des bombes nucléaires.
La troisième guerre mondiale vient de commencer.
Dès lors commence une mise en quarantaine durant laquelle les comportements humains les plus primaires ne vont pas tarder à émerger. Comment rester unis quand c’est la guerre ?
Et surtout : comment combattre l’ennemi quand il se révèle être dans vos murs ?

ROMAN COUP DE COEUR

Je crois que je suis tombée amoureuse de Mars.
Rétrograde est le premier roman que je lis de cet auteur et de cet éditeur. A travers sa collection Lunes d’Encre, les éditions Denoël proposent des textes de science-fiction intelligente et incroyablement fines.
Pour ne rien vous cacher, ce qui m’a attiré en premier vers ce titre, c’est sa couverture, signée Aurélien Police. Je la trouve incroyablement belle, poétique, toute en chaleur et en dangers. Les personnages ont l’air vulnérables, isolés, loin de tout. Et j’avais très envie de lire une fiction martienne. Le Seul sur Mars d’Andy Weir m’a plu au cinéma mais je n’ai pas encore réussi à me plonger dans le roman qui est extrêmement froid dans son approche, et très scientifique. De la hard-fiction pure.
Ici, on a un ouvrage de taille modeste (290pages) mais qui réussi à nous plonger dans une intrigue palpitante, incroyablement intelligente, et bien menée.
C’est simple, j’ai tout aimé.
Peter Cawdron élabore un scénario réaliste et crédible, dans lequel se pose des questions sur notre société actuelle, ses dérives, et la capacité de l’humain à dépasser ses attitudes primaires pour aller au-delà. Et puis d’abord, qu’est-ce que l’humanité ? Qu’est-ce qui nous défini en tant qu’êtres humains ?
Toutes ces questions sont subtilement posées dans l’ouvrage à mesure que l’on suit les péripéties de l’astronautes Liz et de ses compagnons.
Je n’ai pas su lâcher le livre.
L’auteur a construit un univers immersif qui réussi à nous mettre mal à l’aise sur une planète. Oui, je me sentais étouffée, claustrophobe, sur un planète ! Les paysages décrits sont magnifiques, émouvants… je n’ai pas pu résister à la tentation d’aller voir sur internet la véracité de ce qui nous est dépeint dans l’ouvre : tout existe. Maintenant j’ai envie de postuler pour aller voir par moi-même Olympus Mons
Je me suis attachée à tous les personnages. Le roman présente une galerie fournie et différentiée, bien construite. Plusieurs grandes puissances possèdent un module unique, quand l’Eurasie doit ne s’en partager qu’un seul. Sans tomber dans les clichés, les personnages ont leur propre culture et des réactions différentes. La jolie morale, c’est qu’il faudra l’aide de tous pour parvenir à s’en sortir. C’est grâce à toutes les cultures et les manières de penser que les problèmes trouveront une issue.
Autre fait que j’ai apprécié : le titre. Rétrograde. Un mot, et plusieurs sens.
En effet, on nous explique que le mouvement Rétrograde est un effet induit par le mouvement des planètes, passé un certain niveau d’alignement.
C’est vrai, et c’est le cas dans le roman.
Mais on peut aussi interpréter ce mot comme ce qui arrive aux colons sur la planète. En effet, les attitudes des uns et des autres est vraiment rétrograde, en cela qu’elle ramène les humains à des comportements primaires. J’ai trouvé le choix de ce mot (qui est le même à l’origine) extrêmement bien pensé.
Vous l’aurez compris, je n’ai rien trouvé qui ne m’ait pas emballé dans ce roman. C’est vraiment un gros gros coup de coeur, tels que je n’en avais pas lu depuis très longtemps. Coup de coeur à la fois pour le fond et la forme du roman.
J’ai encore un titre à lire de cette collection mais il se pourrait bien qu’elle devienne ma collection favorite. Affaire à suivre !

Pour qui : les lecteurs qui aiment les ouvrages de SF réaliste et pas trop épais, de la hard-fiction accessible, des personnages attachants, la poésie, les voyages sur une autre planète.

Les + : Tout ! Tout est super. Que l’on parle de l’objet livre ou du style d’écriture, de l’histoire, des idées développées… tout est intelligent, bien pensé. Tout se tient, tout s’analyse… un roman parfait et inoubliable.

Les – : Je n’en ai pas trouvé, d’où le coup de coeur !

Infos pratiques
Broché: 304 pages
Editeur : Denoël (11 octobre 2018)
Collection : Lunes d’encre
Langue : Français
ISBN-10: 2207142051
ISBN-13: 978-2207142059