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Petit Blanc, de Nicolas Cartelet

Petit Blanc, de Nicolas Cartelet (one shot, Mü éditions)

Albert a tout quitté pour changer de vie et recommencer ailleurs. Son truc, son or, c’était le café. Il rêvait d’Afrique et de Café, d’une grande exploitation familiale sur un continent de cocagne.
Mais la traversée va être longue et périlleuse. A l’arrivée, il aura tout perdu, y compris ses rêves et ses espoirs.
Peut-on vivre contre sa volonté ? Comment se construire quand on n’a plus rien ? A qui faire confiance lorsqu’on est loin de tout et en plein territoire hostile ?

J’avais dans l’idée que les éditions Mü publiaient des titres expérimentaux ou borderline… des objets étranges à la limites des genres et à la croisée des types.
Et puis, dans tout ce que j’ai pu consulter (et même lire, comme Le Sang de Robespierre, une parution plutôt ancienne pour la maison d’édition qui semble depuis s’être orientée dans un autre style), il y avait ce titre.
Je l’ai acheté l’année dernière lors du festival Fantasy en Beaujolais et ne l’ai tiré de ma PAL que tout récemment.
L’ouvrage est fin et se lit vite car il fait tout juste 170 pages.
Pourtant, Nicolas Cartelet a réussi à écrire une histoire qui marque et qui est, comme c’est le cas de beaucoup de titres de cet éditeur : indéfinissable.
Petit Blanc est l’histoire d’un colon devenu esclave, d’un homme devenu migrant, d’un humain devenu animal. Il donne matière à réfléchir à nos actes, à ce que l’Histoire a à nous apprendre et à nous dire. Quand les rôles s’inversent, les choses n’en sont pas moins injustes ou moins cruelles. Le plus terrible est de ce dire que l’histoire de ce petit blanc est sans doute celle de beaucoup d’étrangers venus chercher chez nous des solutions à leurs problèmes.
Pour autant, et malgré ses thèmes très contemporains, Petit Blanc m’a donné l’impression de relire Alice au Pays des Merveilles.
Albert est arrivé dans ce qu’il pensait être le Pays des Merveilles, et va voir que les apparences sont souvent trompeuses.
En effet, on chemine de scène en scène, passant de l’une à l’autre avec des transitions simples et pas toujours très naturelles. Le personnage semble quitter un tableau pour arriver dans un autre comme on franchirait une ligne sur une scène de théâtre.
Outre son univers un brin poétique, Nicolas Cartelet a distillé un soupçon de fantastique, de manière à donner à ce texte sa place chez cet éditeur. Le personnage de Siwane concentre en lui toute l’humanité, la poésie et le fantastique du roman. Il prend très vite une grande place au moins symbolique, et j’ai beaucoup aimé ce personnage. A la manière d’un Jiminy Cricket, il est une sorte de conscience qui rappelle sans cesse au lecteur le côté moral, bien que magique, du texte.
La plume de Nicolas Cartelet est juste, ne tombe pas dans l’excès et dit juste ce qu’il faut dire. Les ambiances sont bien menées et on se croit vraiment dans la jungle. Aucune lourdeur, tout est fluide et compréhensible, pesé, juste. Une finesse d’écriture très élégante et un exercice délicat relevé haut la main.
Une belle découverte que ce texte philosophico-poétique qui fait réfléchir. Je ne m’attendais pas du tout à ça lorsque je l’ai acheté et lu, et il m’a fallu un peu de temps pour le « digérer » et trouver les mots afin d’en parler.
Il y aurait largement matière à débattre sur ce roman et sur ce qu’il peut apporter à nos réflexions personnelles. Un ouvrage utile où l’évasion est porteuse de sens.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les ouvrages poétiques, qui font réfléchir, bien écrit et peu épais.

Les + : le roman est d’un genre inattendu, à la croisée de beaucoup d’autres. Le roman est bien écrit, ciselé, et fait en plus réfléchir à notre condition et nos actes.

Les – : Quelques pages de plus ?

Infos pratiques
Broché: 170 pages
Editeur : Le peuple de Mu (2 septembre 2017)
Langue : Français
ISBN-13: 979-1092961751
Dimensions du produit: 20 x 1,5 x 13 cm

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Où s’imposent les silences, Emmanuel Quentin

Où s’imposent les silences, d’Emmanuel Quentin (one shot, Mü éditions)

Avignon, 2036. Matthias, étudiant, découvre une lettre déposée sous la porte de son appartement. S’il n’y prête pas attention au départ, quand elle reviendra dans sa vie, ce sera pour faire basculer sa vie d’une manière inattendue. Pourquoi un tableau vieux de plusieurs centaines d’années représente-t-il de personnes de sa famille ?
Et pourquoi la police découvre de singuliers cadavres, subitement ?
Et si tout était lié ?
C’est ce que Matthias et Alexandre vont découvrir bien malgré eux, entraînés dans les arcanes d’une histoire qui les dépasse en tout point.

J’ai commencé cette année 2017 comme je la termine : avec un ouvrage d’Emmanuel Quentin. L’auteur, qui a publié Dormeurs, revient avec ce nouveau roman de SF.
Plus sombre que le précédent, il s’agit d’un récit choral où se mêlent différents types de narrations pour une même histoire. Narration à la première personne, à la troisième personne et témoignage en italique vont nous faire traverser les pages de manière rythmée et dynamique.
Le début est explosif, les éléments s’enchainent rapidement et la petite taille des chapitres m’a fait tourner les pages de manière frénétique. Il est devenu difficile de poser le livre car je voulais connaître la suite. Et pour cause : entre l’aspiration d’un personnage et son réveil dans un monde inconnu, le réveil d’une autre dans un monde extraordinaire où elle semble avoir tout oublié ou presque, et la découverte de cadavres extraordinaires, le livre a tout pour happer le lecteur et ne plus le lâcher.
Malheureusement pour moi, le rythme va s’essouffler vers la moitié du roman et ne repartira pas. C’est là que l’auteur commence à distiller ses révélations, ce qui a malgré tout tenu mon intérêt éveillé. emmanuel Quentin a l’art de faire ses révélations au compte goutte et de manière maîtrisée. Peu d’auteurs en sont capables.
Néanmoins, il m’a semblé qu’Emmanuel Quentin avait une foule d’idées dans la tête et a eu du mal à se canaliser. Plus d’une fois l’histoire manque de partir dans tous les sens mais elle se recentre pour garder une certaine cohérence. C’est à la fois bien et pas bien.
C’est bien parce que l’ouvrage est cohérent du début à la fin et c’est toujours ce que je demande à un livre. Bon point.
Mais c’est aussi pas bien parce que l’auteur a esquissé des pistes qu’il n’explore pas, ou pas suffisamment. Si bien que j’ai eu en bouche un goût de trop peu à la fin de l’ouvrage.
Si certains éléments laissent à penser qu’une suite verra le jour, ce qui est un bon point, il n’empêche que pour un premier tome, j’ai la sensation d’être restée à la surface de ce monde.
On parle dans le roman d’univers parallèles, d’autres langues, d’un système de gouvernance particulier (la Loi), il y aurait tant à dire sur tout cela ! Quelle superbe matière ! Comme si cela ne suffisait pas, l’auteur place quelques courriers issus directement de sa « République de Falmur », et laisse entendre qu’un évènement antérieur à l’histoire (la pandémie) est liée à des forces de cette république.
C’est super !
Alors pourquoi avoir fait si peu dans cet ouvrage ? Pourquoi ne pas avoir exploré plus avant cette république, développé d’avantage cette Loi (nous avons une partie centrale pour expliquer la vie d’un des personnages principaux au coeur de ce système mais ce n’est justement qu’un seul personnage, et cette partie est également petite, à peine 60 pages, alors que les éléments sont capitaux dans le texte). De même, plusieurs chapitres s’intitulent « Avant la brèche ». Nouvel élément d’importance qui n’est que survolé.
Ma curiosité de lectrice avide de SF s’en trouve frustrée.
Il y a dans Où s’imposent les silences une foule de bonnes idées que j’aurais adoré voir développées, étoffées, creusées. Que ce soit les personnages, leur univers ou leurs histoires personnelles (l’histoire de Magda arrivent un peu comme un cheveux sur la soupe), j’aurais aimé pouvoir plonger en entier dans toutes ces pistes. Certains auteurs ne se privent pas d’écrire des briques sur leur monde, y compris quand il n’y a rien à dire (ce fût le cas de l’ennuyeux 2312, de Kim Stanley Robinson, par exemple) et je regrette qu’Emmanuel Quentin n’ait pas voulu ou osé aller aussi loin.
Car côté écriture, il a tout ce qu’il faut pour ! Le style est fluide, vif, immersif, on est au coeur de l’action et il y a juste ce qu’il faut de description pour nous dépeindre le décor. C’est agréable à lire et très prenant, comme écrit plus haut.
Pour moi il manque juste des pages pour être un coup de coeur et une révélation.
Je croise les doigts pour le prochain titre de cet auteur qui pourrait se faire un nom dans le paysage SF francophone.
A noter également la superbe couverture de Pascal Casolari qui nous projette dans cet univers avec brio, ce qui renforce ma frustration de ne pas avoir pu y passer plus de temps.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires de SF rapides et efficaces.

Les + : un univers plein de potentiel et de nombreuses bonnes idées, un roman qui démarre très fort et un style qui happe le lecteur dès les premières pages.

Les – : Le livre est trop court, si bien que l’on reste en surface de tout. Dommage car la matière est là pour aller beaucoup plus loin sans obligatoirement faire une suite.

Infos pratiques
Broché: 252 pages
Editeur : Le peuple de Mu (6 juin 2017)
Langue : Français
ISBN-13: 979-1092961683