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De l’autre côté du mouroir, de Mainak Dhar

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De l’autre côté du mouroir, de Mainak Dhar (tome 2 de la série Alice Au Pays des Morts-Vivants, Fleuve Editions)

Après deux ans de paix, le Pays des Merveilles est secoué par une terrible affaire : un groupe d’enfants a été sauvagement assassinés par des Mordeurs. Si la nature des tueurs ne fait aucun doute, Alice ne croit pas qu’il puisse s’agir de ses fidèles serviteurs.
Trop tard, cependant. La population accuse bien vite les Morts-Vivants d’Alice et commence à la rejeter pour se placer sous la protection bienveillance des Gardes Rouge.
Mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?

Après son premier tome assez classique pour le genre, Mainak Dhar nous propose une suite explosive ! Avec De L’autre Côté du Mouroir, l’auteur Indien revisite l’histoire du célèbre conte de Lewis Caroll à la sauce zombie et survoltée.
Ici l’intrigue se déroule dans un court laps de temps, donnant à voir la vision anxieuse du peuple indien face au peuple chinois.
Car en effet, contrairement à la majorité des oeuvres de fiction traitant de la rivalité « USA vs Russie/Europe/Extra-Terrestres », ici on a un concept inédit « Inde vs Chine ». C’est ce qui est intéressant quand on lit des auteurs étrangers ancrés dans leur culture.
Ainsi, on sent un certain parti pris par l’auteur pour dénoncer la main-mise chinoise, qui abreuve le pays d’objets divers de mauvaise qualité en échange d’un faux sentiment de sécurité.
L’ouvrage se teinte ainsi d’une couleur plus politique, où l’on sent entre les lignes les idées de l’auteur. Le récit devient alors l’illustration de ce qui pourrait se produire si un peuple décidait d’abandonner sa liberté en échange d’un confort relatif.
En outre, ces 206 pages sont une succession de scènes d’actions. Alice fait tout pour défendre son Pays des Merveilles des envahisseurs, à l’instar des irréductibles gaulois. Mainak Dhar a une écriture vive, intense, et l’on ne s’ennuie pas une seconde. Sa Alice a tout d’une « Prospero » (Resident Evil), mutante survoltée et souple aux idées de liberté bien affirmées.
Ce seconde tome est plus puissant, moins linéaire, digne d’un film d’action.
Ce que je regrette, c’est que le personnage de la Reine Rouge soit si peu présent. Alors que je m’attendais à une adversaire de la trempe d’Alice, comme nous le laisse penser la couverture (qui présente curieusement une femme de type européen alors qu’elle est asiatique), force m’a été de constater que non. Elle est souvent en retrait, n’apparaît que par intermittence sur de courtes périodes, et on sent vite qu’elle est aveuglée de mensonges. Ainsi son personnage n’est pas vraiment crédible, et il ne fait peur à aucun moment. L’affrontement final, qui survient à la manière d’un film d’action américain, ne m’a pas fait autant vibrer qu’il aurait dû. Je m’attendais à avoir peur mais non car le personnage de la Reine Rouge n’impressionne pas.
A part cela, cette suite se termine sur une note d’espoirs et je suis vraiment curieuse de lire la suite de la série car j’apprécie beaucoup Alice. Je ne dévoilerai pas l’intrigue pour ne pas vous gâcher la surprise mais si comme moi vous êtes curieu(se)x, vous ne pourrez qu’espérer que la suite arrivera rapidement.
Mainak Dhar est pour moi un auteur à suivre pour sa vision originale dans notre paysage littéraire européen et la qualité de son écriture. J’espère avoir l’occasion de lire d’autres romans de sa main.

Pour qui : Il n’est pas obligatoire d’avoir lu le premier tome d’Alice Au Pays des Morts-Vivants pour le comprendre, mais il est quand même conseillé de l’avoir lu au préalable vu qu’il s’agit d’une suite. Les lecteurs qui aiment les histories de zombies et cherchent de l’originalité, et ceux qui aiment les livres d’action.

Les + : Une écriture vive et haletante, un roman plus politique que le premier et avec un message sous-jacent qui fait réfléchir.

Les – : L’exploitation de la Reine-Rouge qui est largement inférieure à ce à quoi on s’attend en voyant la couverture, le personnage manque de charisme et on ne tremble jamais pour Alice, cet alter-ego maléfique n’est pas à la hauteur. La couverture qui représente deux femmes de type « caucasien » alors que la Reine Rouge est asiatique.

Infos pratiques
Broché: 208 pages
Editeur : Fleuve éditions (10 novembre 2016)
Collection : Rendez-vous ailleurs
Langue : Français
ISBN-10: 2265114480
ISBN-13: 978-2265114487
Dimensions du produit: 14 x 2 x 21 cm

Voir la fiche de « De l’autre côté du mouroir » sur le site de l’éditeur.

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Merfer, de China Miéville

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Merfer, de China Miéville (one shot, éditions Fleuve Noir)

Des rails, à perte de vue. Ainsi est la Merfer sur la planète, parcourue par des trains de toutes sortes et de tous objectifs. A travers le Médes, un train-taupier, on fait la rencontre de Sahm, jeune-homme rêveur, apprenti médecin raté et qui se trouve là plus par devoir que par envie.
A bord, la capitaine Picbaie n’a qu’une obsession : chasser celle qui la hante depuis qu’elle a arraché son bras, la fameuse Jackie La Nargue.
A toute allure, les protagonistes n’auront de cesse de poursuivre leur rêve, quitte à ce que cela les mène à l’ultime arrêt : le bout du monde.

J’avais beaucoup entendu parler de China Miéville, dont plusieurs romans parus précédemment m’ont attiré, sans que je ne franchisse le cap. Quand l’occasion me fut donnée de découvrir sa plume à travers une histoire aussi singulière que celle de Merfer, je n’ai pas hésité.
Merfer est un roman très dynamique digne de films d’action américain tels que Mad Max. Il s’agit d’une histoire de piraterie, à la différence que vous remplacez la mer par des rails, et les bateaux par des trains.
Le monde de China Miéville est peuplé de créatures étranges et hostiles, qui hantent les sous-sols ou ont pris possession de l’atmosphère toxique de la planète. Si bien que les habitants du monde n’ont pas vraiment envie de mettre pied à terre sans une vraie bonne raison.
J’ai bien aimé le personnage de Sham. Adolescent en pleine recherche de lui-même, il est aussi maladroit qu’on pourrait l’attendre. Au début du roman, il fait les choses par devoir, parce que c’est ce que l’on attend de lui. Mais petit à petit il prend de l’assurance et commence à faire des choix plus personnels qui parleront à nombre de lecteurs : que veut-on faire de sa vie, dans la vie ?
D’autres personnages sont intéressants comme la capitaine Picbaie. Une femme forte comme un homme qui n’a pas son pareil pour imposer son autorité. C’est vraiment le second personnage que j’ai aimé dans ce titre.
Malgré ses bons points, je reste sur une impression mi-figue mi-raisin sur ce titre car je suis ressortie de ma lecture avec un goût d’inachevé.
En effet, l’environnement de Merfer me semble un peu fragile. Il y a beaucoup de bonnes idées et l’ambiance globale, toute en fer, en vapeur et en créatures terribles est bien posée. En revanche, les bases du roman m’ont paru faibles.
On ne sait pas vraiment qui a posé cette Merfer, ni pourquoi, ni quand. On apprend qu’il s’agit plus ou moins de la planète Terre, car plusieurs éléments exhumés s’y rapportent, et des références aux temps anciens. Mais que sont devenus les hommes de notre époque ? Pourquoi ont-ils disparus ? Que s’est-il passé pour qu’une frange de la population revienne ainsi à un âge que l’on pourrait qualifier « d’antérieur » (la médecine n’a pas l’air très avancée, de ce qu’on nous en dit à bord du Médes). Pourquoi cette régression ?
On ne sait donc jamais vraiment de quoi sont parties les choses que l’on nous demande de tenir pour acquis, et j’ai personnellement du mal à adhérer quand c’est ainsi.
Par exemple cette Merfer sur laquelle cheminent de nombreux trains est intéressante, mais est-elle physiquement réalisable ? Je veux dire, quand des trains sont lancés à pleine vitesse, comment peuvent-ils ne pas entrer en collision ? Quand un train en suit un autre, comment peut-il avoir le dessus sur celui qu’il poursuit, sachant que par définition il sera toujours derrière ? Quand les trains veulent changer rapidement de voie, cela se fait-il en quelques secondes ? N’y a-t-il aucun organisme de contrôle sur lequel s’appuyer pour s’assurer que la voie est sûre ? Qu’il n’y a pas quelqu’un qui va s’engager en même temps ou quelqu’un à quelques kilomètres devant qui va les gêner ?
J’ai eu un peu de mal à imaginer toutes ses considérations, et par conséquent à adhérer au monde proposé par l’auteur dans cet ouvrage.
Même chose quand il s’agit du phrasé : tous les « et » sont remplacés par l’esperluette « & » plutôt difficile à lire sur la longueur. Des mots de notre époque sont remplacés par d’autres, ce qui donne un sentiment confus. Par exemple les « photos » sont appelées des « plato ». Pourquoi ? Entre les esperluettes et les éléments à remplacer, la lecture se transforme parfois en exercice de traduction compliqué quand on a eu une rude journée. Les animaux subissent aussi ce phénomène et si certains sont totalement inventés comme les darbounes (taupes géantes), d’autres que nous connaissons changent de noms sans raison particulière (là encore je me demande pourquoi les mots ont changés, cette civilisation n’avait-elle pas de lien avec la nôtre ? Est-ce un monde différent ? Comment celui-ci a-t-il évolué ? Ces questions me sont revenues sans cesse au fil de ma lecture).
Côté histoire, les choses peinent également à décoller. Plusieurs éléments viennent parsemer le récit. Des éléments suffisamment grandioses pour constituer à eux seuls une histoire. Si bien qu’avec le recul du lecteur, j’ai un peu de mal à déterminer en une phrase l’élément principal du roman. Est-ce ce que trouve Sham dans une vieille locomotive ? La poursuite de Jackie la Nargue (comme semble le dire le résumé), l’élément final qui constitue la quête ultime ?
J’hésite. Là encore cela me paraît fragile. D’ailleurs j’ai eu du mal à entrer dans le roman à cause de la vitesse de narration (on passe souvent d’une chose à l’autre avec des transitions floues) et à cause de tous les éléments à prendre en compte de manière secondaire alors qu’ils sont importants.
Enfin, j’ai eu du mal à situer la narration. Parfois le narrateur s’adresse à nous et coupe son récit avec des considérations personnelles, parfois on est dans un récit traditionnel où le narrateur n’intervient jamais… On a parfois l’impression d’une histoire orale comme si on nous racontait une histoire à l’oreille, mais d’autres fois on est bien en train de lire un livre. Bref, schizophrénie d’auteur ou manque de clarté ? J’ai là encore eu du mal à mettre tous les éléments à leur place.
A noter que le texte est augmenté de sympathiques dessins (de l’auteur ? je ne sais pas) illustrant les créatures de son livre. Un bon point quand on sait qu’elles ne sont pas de notre monde, ou presque.
China Miéville me fait donc l’effet d’un auteur en qui les idées fourmillent, impatient à l’idée de les mettre sur papier, mais qui de ce fait peinerait à se canaliser pour n’aller que dans une seule direction.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires haletantes, dans des monde apocalyptiques et inconnus.

Les + : Une ambiance intéressante peuplée de fer, de trains et de créatures monstrueuses.

Les – : Des bases faibles pour le scénario et une écriture parfois trop rapide.

Infos pratiques
format : Broché
Editeur : Fleuve éditions (13 octobre 2016)
Collection : Outre Fleuve
Langue : Français
ISBN-10: 2265116122
ISBN-13: 978-2265116122

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