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Les bras de morphée, de Yann Bécu

Les bras de Morphée, de Yann Bécu (one shot, éditions Pocket)

Dans un futur proche, un mystérieux virus à l’origine inconnue fait tomber les humains de sommeil. La majorité de la population dort 20h par jour. Une situation qui ne laisse que peu de temps pour vivre réellement, c’est pourquoi tout doit aller vite.
Dans ce monde particulier, Pascal Frimousse fait figure d’exception. Ce professeur de français à Prague peut en effet rester éveillé 12h ! De quoi lui donner envie d’occuper son temps quand les gens dorment. Il le fera d’une manière qui lui est propre : en trollant le monde.

Le thème du sommeil est incontestablement ce qui m’a attiré dans cet ouvrage. Après avoir lu Le sixième sommeil de Bernard Werber, j’ai été particulièrement accrochée par le résumé de ce livre qui promettait d’aller vite et de nous emporter avec lui.
Or, une fois ma lecture terminée, je dois reconnaître que je n’ai pas retrouvé ce que j’espérais lire dans l’histoire.
En effet, avec un tel parti pris, je m’attendais à une histoire qui va vite, qui nous emporte, bourrée d’action et avec des enjeux forts. Le résumé parle d’un personnage qui trolle le monde (se moque d’eux) de manière professionnelle, je voulais vraiment voir ce que cela pouvait donner dans un univers avec une telle contrainte de temps.
Ce n’est pas du tout ce que j’ai lu. Ou bien j’ai mal compris.
Pour commencer, j’ai été déçue de ne pas ressentir cette pression du temps promise par le résumé. A aucun moment je n’ai eu peur que le narrateur s’endorme en plein milieu d’une action décisive, à aucun moment je n’ai eu l’impression que le virus Morpheus (celui qui vous fait dormir) était un problème pour lui. Il vit et évolue dans un monde où il croise des gens sur les heures habituelles, si bien qu’on ne se rend pas compte que les autres personnes ont un souci de sommeil. Et lui non plus.
Ensuite, alors que je m’attendais à trouver un hacker ou un utilisateur de nouvelles technologies (c’est bien là qu’on trouve les trolls, non ?), il n’en est rien. Frimousse opère dans la vraie vie, laissant venir à lui des êtres de chair et de sang bien réveillés.
Là encore, je n’ai donc pas ressenti ce que je m’attendais à trouver alors que le résumé à un fort potentiel (imaginez un geek chez lui qui trolle les gens sur ses heures d’éveil, pendant que tout le monde ou presque dort ?).
Enfin, l’histoire est-elle sérieuse ou loufoque ? Tout au long de ma lecture, je n’ai pas su choisir mon camp. Je n’ai pas su déterminer précisément avec quel ton l’histoire nous est racontée. Là où, par exemple, un Karim Berrouka ne laisse pas de place au doute avec ses personnages et ses situations barrées, ici, on oscille constamment entre une intrigue sérieuse dans un décor de foire à la saucisse. Pour ne rien arranger, l’histoire nous est racontée d’une façon passive qui ne nous donne pas l’impression d’être dynamique. Je me suis rendue compte à force de lire que c’était une des choses qui me génait le plus dans le roman. Il est raconté de manière passive, comme un témoignage dont les faits sont déjà terminés, plutôt qu’activement, donnant l’occasion au lecteur de vivre les évènements en même temps que les personnages.
Pourtant l’auteur a réussi à construire un univers qui lui est propre, avec son lexique, sa particularité, ses coutumes… j’ai apprécié le travail de création, le fait que l’histoire se déroule à Prague, une ville que je vois peu dans les romans français. Je ne peux pas dire que le livre n’a pas quelques qualités, mais elles n’ont pas suffit à rattraper mon sentiment de déception global à la lecture. Je suis même allée lire d’autres avis pour tenter de comprendre si c’était moi qui étais passée à côté du livre, et vu la majorité de lecteurs satisfaits, je pense que oui. Je suis littéralement passée à côté.
Du coup, je me demande : et si le plus gros défaut de son livre était ce qui le rendait leplus séduisant ? A savoir son résumé ?
Car soyons clair, c’est bien là qu’est mon problème, d’avantage que dans le livre en lui-même, qui reste bien écrit et saura sans doute trouver son public. Je me suis construit une image mentale du livre à travers le résumé, mais n’ai rien retrouvé dans le livre des promesses qui m’ont été faites. Me vient alors une question hautement sérieuse :
Et si j’avais simplement été trollée par ce livre ?

Pour qui : les lecteurs qui aiment se détendre avec une histoire rapide et loufoque, qui ont envie de lire des choses originales, jamais lues ailleurs.

Les + : de bonnes idées, un univers construit de manière originale, une intrigue qui se passe dans une ville qu’on n’a pas l’habitude de voir dans les publications francophones et dépayse un peu.

Les – : J’ai eu l’impression que l’histoire dans le roman était différente de celle promise par le résumé, je n’ai pas toujours su déterminer si l’histoire était sérieuse ou non, et surtout elle est écrite d’une façon passive, là où la contrainte temporelle impose selon moi de se trouver au coeur de l’action pour mesure la pleine urgence des actes des personnages.

Infos pratiques
Éditeur ‏ : ‎ Pocket (20 mai 2021)
Langue ‏ : ‎ Français
Poche ‏ : ‎ 368 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2266314238
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266314237

60 jours et après, de kim stanley robinson (t3 de la trilogie climatique)

60 jours et après, de Kim Stanley Robinson (T3 de la trilogie climatique, éditions Pocket)

Phil Chase a été élu Président des État-Unis d’Amérique et souhaite faite du changement climatique son combat principal. Sa vision moderne et active lui offre autant le soutien du peuple que son hostilité. Si bien que le jeune Président devra affronter des menaces plus terribles encore que la nature.
Entouré dans son travail par une équipe de chercheurs dont font partie Charly, Frank, Diane et les autres, ce dernier tome vient conclure une trilogie climatique où la politique et la science s’emmêlent à la recherche de résultats.

Il s’agit du dernier tome de cette série d’anticipation climatique écrite par Kim Stanley Robinson après Les 40 signes de la pluie, et 50 degrés au-dessous de zéro. Je dois avouer qu’à la longue, j’avais un peu hâte que cela se termine.
Non pas que le livre soit mauvais, mais parce que l’auteur continue de partir un peu dans toutes les directions, au point parfois de créer des longueurs, des péripéties auxquelles je n’ai pas accroché.
J’ai bien aimé ce dernier volume, qui s’inscrit parfaitement dans la ligne des précédents. Comme d’habitude, il nous permet de nous questionner sur notre présent, sur la catastrophe en cours, sur les solutions que nous pouvons/voulons apporter pour répondre aux problèmes et sur l’inertie des pouvoirs publics pour mettre en place des actions concrètes. J’ai apprécié que l’auteur nous fasse réfléchir, et qu’il distille parfois ses propres opinions à travers la bouche de ses personnages. Phil Chase a notamment un blog sur lequel il écrit des articles censés que j’aurais beaucoup aimé lire dans la vraie vie de la part d’un politique aussi puissant. Il m’a semblé lire dans cette histoire un semblant d’espoir, un peu d’optimisme pour le futur et j’ai apprécié que la trilogie ne soit pas complètement déprimante. Il est vrai que notre futur paraît sombre, et cette histoire ne s’en cache pas, mais alors que j’ai pu penser par moments que l’auteur allait nous proposer une vision très pessimiste de l’avenir, il a su distiller quelques notes d’espoir.
C’est comme toujours très bien écrit, facile à lire et à comprendre, y compris pour les non initiés. Car oui, Kim Stanley Robinson maîtrise ses sujets et écrit de la hard-fiction, cette science-fiction tirant d’avantage sur la « science » que sur la fiction, ce qui lui permet d’établir avec ses oeuvres des sujets prospectifs. Or, malgré la bonne dose de science développée dans ce nouveau roman, on arrive à suivre. Cela nous parle, puisque c’est notre quotidien. Il est donc plutôt logique que tout le monde s’y retrouve et se sente concerné. Bravo à l’auteur d’avoir su mettre à la portée de tous les lecteurs un sujet si complexe à appréhender.
Car complexe, il l’est bel et bien. Entre la science, la politique, et les histoires personnelles de chacun, Kim Stanley Robinson a eu beaucoup à faire pour développer son récit. Et c’est ce que j’ai à reprocher au texte. Certes, il y a plein de bonnes choses, mais elles sont noyées dans une masse d’informations superficielles dont on aurait très bien pu se passer. Certains arcs narratifs n’apportent rien, comme l’arc avec Caroline, que j’ai trouvé aussi inutile qu’insupportable (le personnage n’apporte rien, j’ai eu l’impression que cet arc avait été ajouté a posteriori sur demande de l’éditeur original pour mettre un peu de romance). Il faut donc faire le tri dans les informations données par le livre, ce qui rend la lecture parfois plate et longue.
La fin de cette trilogie est-elle vraiment une fin ? Je me demandais comment l’histoire allait se terminer. Comme vous vous en doutez, dans la mesure où il s’agit de tranches de vie, l’histoire continue en dehors des pages. Néanmoins, il m’a semblé qu’on pouvait considérer la série comme achevée selon certains critères (que je ne pourrai pas expliciter au risque de vous spoiler). J’ai donc apprécié globalement mon voyage avec ces personnages. Bien plus, en tout cas, que lors de ma lecture de 2312. Reste à savoir que la plume de l’auteur est un peu difficile d’accès quand on n’a pas l’habitude de lire des pavés de SF, c’est la raison pour laquelle je ne recommande pas cette série aux débutants. La science-fiction climatique semble avoir le vent en poupe actuellement dans les sorties littéraires, je suis curieuse de voir ce que d’autres auteurs proposent sur le sujet.
N’hésitez pas à me conseiller dans les commentaires.

Pour qui : les lecteurs habitués de grandes séries d’anticipation ou qui connaissent déjà la plume de l’auteur, les lecteurs qui aiment les histoires qui les questionneront sur leur vie actuelle et sur leur rôle à leur échelle.

Les + : des questions intéressantes, des réponses qui le sont tout autant avec des pistes sérieuses que je serais curieuse d’approfondir, des partis pris modernes qu’il faudrait soumettre à nos politiques.

Les – : des longueurs, l’auteur s’éloigne parfois de son sujet pour proposer des arcs narratifs mineurs et sans intérêt. Dommage que cela affaiblisse la concentration et l’intérêt pour le sujet original, plus grave, qui mérite toute notre attention.

Infos pratiques
Éditeur :
Pocket (mars 2021)
Langue : Français
Poche : 704 pages
ISBN-10 : 2266210807
ISBN-13 : 978-2266210805

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