Archives des étiquettes : Sarah Lotz

Jour Quatre, de Sarah Lotz

jour quatre sarah lotzJour Quatre, de Sarah Lotz (one shot, éditions Fleuve Editions)

Un paquebot de croisière en pleine mer dans lequel tout va bien.
Jusqu’à ce que…
Qui est cette étrange médium qui prétend faire passer les messages des esprits ? Certains passagers voient-ils vraiment des ombres ? Pourquoi les secours n’arrivent-ils pas ?
Trois jours au paradis. Jour quatre : l’enfer peut commencer.

 

Après la lecture de l’excellent Trois, Sarah Lotz revient avec ce qui ressemble à une suite sans en être une : Jour Quatre.
Effectivement, si la couverture laisse à penser que le livre est une suite directe, ce n’est pas le cas. On trouve une référence aux événements décrits dans Trois dans le livre, mais cela ne constitue pas la trame principale et les lecteurs qui n’ont pas lu Trois peuvent tout à fait lire ce Jour Quatre.
Pour autant, le roman est le fruit d’un même genre de réflexion, et j’ai l’impression que l’affaire de la disparition du vol de la Malaysia Airlines a beaucoup inspiré Sarah Lotz.
A noter que le roman n’est pas présenté comme l’était le précédent. Là où on avait une compilation d’interviews et d’articles, ici nous avons un récit plus traditionnel, écrit à la troisième personne et à l’imparfait/passé simple. Sarah Lotz n’a cependant pas pu s’empêcher de terminer son ouvrage par quelques articles de presse et un document classé « top secret » (je ne vous dis rien, il vous faudra lire).
Que dire, cette introduction faite, de ce livre ?
J’ai beaucoup apprécié sa lecture, au moins autant que celle de Trois.
Sarah Lotz a un don pour s’emparer de faits anodins pouvant être piochés dans l’actualité, et de tisser autour toute une histoire surnaturelle. C’est bien ce qui se passe ici, où l’arrêt brutal d’un gros paquebot de croisière est le prétexte à un récit de plus en plus sombre qui nous entraîne au fond des abysses de l’âme humaine. A première vue et à l’heure du tout connecté, rien de grave à ce qu’un bâtiment soit à l’arrêt total en pleine mer.
Pourtant, dès le départ, on nous prévient que la compagnie en charge du navire, Foveros, n’a pas bonne réputation. Est-ce une raison pour vivre toutes les horreurs qui vont suivre ?
Le livre raconte de manière très crédible ce qu’il pourrait arriver si une telle catastrophe se produisait. On suit la lente descente aux enfers d’un équipage débordé et de passagers irrespectueux. Petit à petit, le récit se fait plus épais, plus sombre. L’étau se resserre sur le lecteur autant que sur les protagonistes. A tous ces détails crédibles, Sarah Lotz ajoute pêle-mêle un meurtre, une épidémie, et la présence d’esprits aux motivations obscures.
Peut-être un peu trop ? Tous ses éléments ne sont pas traité avec autant d’intérêt. Par exemple l’enquête policière est en arrière plan et ne suscite pas beaucoup d’intérêt, tout comme la présence des fantômes, qui reste finalement plutôt décevante. L’auteur a en revanche bien plus insisté sur l’épidémie et ses conséquences.
Bien sûr la présence d’éléments surnaturels dans le roman explique la présence du titre sur le blog.
Malgré tout, la fin laisse à réfléchir. Déception ou coup de génie ? C’est au lecteur de se faire sa propre idée.
En ce qui me concerne, j’oscille entre les deux. L’auteur a fait monter le suspense par une foule de détails croustillants, mais la fin est trop imprécise pour être à la hauteur du reste du texte.
Je n’arrive pas à savoir si j’ai trouvé la fin convaincante ou totalement à côté du reste. Là encore, le débat est lancé.
Néanmoins, j’ai beaucoup aimé ce livre que j’ai dévoré. Le style de Sarah Lotz est très prenant et plonge immédiatement le lecteur dans la touffeur du navire. On ressent l’angoisse, les questionnements, le tout dégouline sur les murs suintant de terreur des passagers.
Embarquez dans un récit palpitant qui vous fera réfléchir, à n’en pas douter. Sarah Lotz signe ici un nouveau titre marquant. Ne passez pas à côté.

 

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les histoires surnaturelles et en huis-clos.

Les + : Un livre accrocheur, au rythme rapide et à l’intrigue prenante qui déroule ses tentacules pour vous entraîner au fonds des abysses de l’âme humaine. Des personnages attachants.

Les – : Une fins originale à double tranchant, en-dessous du niveau du reste du titre.

Infos pratiques
Publication : 10 mars 2016
Editeur : Fleuve Editions
Pages : 460
ISBN : 978-2-265-09803-9

Trois, de Sarah Lotz

Trois

Trois, de Sarah Lotz (one shot, Fleuve Editions)

Connaissez-vous le Jeudi Noir ? Un jour de janvier, 4 avions s’écrasent aux quatre coins du globe. Sur trois des quatre sites, un enfant est retrouvé. Qui sont-ils ? Des miraculés, ou, comme le prétendent des théories : des monstres. Sont-ils des rescapés ou des envoyés de l’antéchrist ? Des Humains ou des Extra-terrestres ?
C’est bien connu, lorsqu’un fait divers présente une part d’ombre, les médias s’emballent, les populations s’enflamment… Trois nous raconte l’histoire d’un jeudi noir fictif, et d’une journaliste/auteur qui a mené l’enquête.
Le plus effrayant viendra-t-il de l’histoire elle-même ou de son allure si réaliste au regard des phénomènes d’aujourd’hui ?

Un livre, deux jours pour le lire : Trois. Il est rare que je dévore aussi vite un roman de cette taille, mais c’est ainsi. Attirée par le résumé qui fait incontestablement penser à l’actualité récente et à la disparition du vol de la Malaysia Airlines, j’ai ouvert ce titre pour ne plus le lâcher.
La principale chose à m’avoir accrochée est indéniablement le concept. Trois est un livre dans un livre. En effet, passé une mise en bouche durant laquelle on assiste avec horreur au crash de l’un des avions, on découvre, plus vrai que nature, une page de garde de roman, titrée, signée, et incroyablement bien faite. « Jeudi Noir : Du Crash au Complot« , par Elspeth Martins.
A partir de là, le roman se déroule comme une compilation d’articles, interviews, témoignages et extraits de conversations, rapport d’autopsie, boîtes noires… autour des évènements du Jeudi Noir.
Un brin schizophrénique au début, on entre pourtant rapidement dans le concept et les différents documents présentés (tous fictifs, il faut le rappeler), sont incroyablement réalistes. Lieux, dates, noms, tout y est. Si bien qu’à la fin, vous-même commencez à douter et à vous demander si les faits ne se sont pas réellement déroulés.
Mais pour l’heure, il s’agit d’une fiction. Je n’ai pu m’empêcher de penser au tristement célèbre vol de la Malaysia dont on est toujours sans nouvelles. C’est probablement à cause de mon propre engouement pour ce fait divers que j’ai tant apprécié ce livre.
Sarah Lotz oscille constamment entre thriller et fantastique. Chaque fois que le lecteur ou les personnages tentent une explication rationnelle, un petit quelque chose vient faire s’effondrer les théories les plus dures. Plus on avance dans le livre et plus on doute, à tel point que je me suis fait plusieurs fois la remarque « je ne suis quand même pas en train de me ranger du côté des religieux et de leur théorie farfelue sur les cavaliers de l’apocalypse ?! ». N’ayant jamais cru aux extra-terrestres, j’ai par instinct éliminé cette possibilité.
Alors on lit, on cherche, on se creuse les méninges, pendant que l’on assiste à la descente aux enfers des rescapés et de leurs familles.
Le livre est effrayant aussi dans ce qu’il nous montre de la presse, des anonymes, des sociétés. Des familles traquées, harcelées… cela n’a rien d’étonnant. Sarah Lotz retranscrit avec une précision remarquable le calvaire de gens ordinaires devenus du jour au lendemain les personnages principaux d’affaires qui les dépassent.
La société devient-elle folle par le trop plein d’informations ? Est-ce que ces choses se produisent et s’alimentent aussi à cause de l’avidité de la population à avoir constamment son lot de sensations fortes pour s’échapper d’un quotidien trop fade ?
Ne nous leurrons pas, ces fantasmes existent aussi dans notre monde réel. Encore une fois la tragédie de Malaysia Airlines en est la preuve. Nous avons tous commencé à fantasmer sur des théories farfelues, pendus aux informations et aux réseaux sociaux à la recherche de la moindre miette concrète ou non à nous mettre sous la dent.
Pour cela, Trois est effrayant par bien des aspects. Par son réalisme, son absurdité, ses théories, sa proximité avec le réel et le fait que l’on plonge dedans sans s’en rendre compte.
La compilation des documents donne au récit un rythme rapide. Ce ne sont pas vraiment des chapitres, bien que le titre soit découpé en dix parties. Pris dans les pages, on se dit alors avec envie « encore un article », ou « encore un témoignage ».
J’ai apprécié la qualité du travail effectué sur les différents récits. La galerie de personnages est assez fournie et j’ai remarqué que l’auteur s’est attachée à donner à chacun une manière de s’exprimer, un vocabulaire, voire des tics de langage. Cela rend une fois encore le titre extrêmement réaliste et vivant. Prenant. Alors qu’on pense plusieurs fois la fin venue, le livre s’engage sur une nouvelle piste avec de nouveaux documents, comme si l’auteur elle-même n’avait pas su s’arrêter. Peut-être le seul point à retenir qui donne au final une impression de longueur.
Côté scénario, comme je l’ai dit l’auteur est toujours sur le fil du rasoir. Pour moi le livre est clairement fantastique. J’ai moins ressenti le côté thriller. C’est pourquoi ce livre trouve sa place sur ce blog.
Forcément, l’accroche de Stephen King « Ce livre est génial » ne peut que vous orienter sur le chemin du grand maître et je pense que ceux qui aiment son écriture apprécieront aussi ce roman.
Un moment de lecture glaçant, un scénario effrayant, des idées intelligentes : Trois est un livre qui va marquer votre esprit plutôt deux fois qu’une !

Les + : Un livre passionnant et très original avec la mise en abyme d’un livre, des personnages travaillés, une histoire constamment sur le fil du rasoir et très actuelle. Le scénario soulève beaucoup de questions et met le doigt sur la folie du monde qui nous entoure.

Les – : Quelques longueurs sur la fin.

Infos pratiques

Editeur : FLEUVE EDITIONS (22 mai 2014)
Langue : Français
ISBN-10: 2265098027
ISBN-13: 978-2265098022