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Sonate au clair de Lune, Elodie Lemaire

Sonate Au Clair de Lune, d’Élodie Lemaire (one shot, éditions du Petit Caveau)

Charlotte est une jeune fille de 19 ans qui n’a rien vécu dans la vie ou presque. C’est pourquoi, quand sa soeur lui propose de partir en vacances à Paris, elle accepte sans se poser de question.
Cependant, le voyage ne va pas se passer comme prévu et la pauvre Charlotte va vite se retrouver seule au milieu de nulle part.
Elle fera alors la connaissance d’une famille d’excentriques aux airs prévenants qui diront vouloir l’aider à rentrer chez elle en l’accueillant dans leur manoir.
Mais bien vite, les choses vont prendre une tournure délicate et l’étudiante se posera des questions sur les réelles intentions de ses hôtes. Ce qui ressemble d’abord à des vacances de rêve pourrait bien se transformer en cauchemar.
A moins que l’intervention d’un homme à la beauté démoniaque ne vienne tout bouleverser.

Chronique écrite par Lise

Cette chronique n’est pas facile à écrire, d’une part parce que la bit-lit n’est pas ma lecture de prédilection et d’autre part, parce que ce texte est celui d’une amie, que je crains de vexer ou blesser par mes remarques. Je vais donc commencer en signalant que mon avis sur ce livre est tout personnel et n’engage que moi.

Tout d’abord, et même si ça n’est pas du fait de l’auteure (autrice, pour lui faire plaisir), j’aimerais quand même souligner la beauté de la couverture de l’ouvrage. Déjà, sans même avoir lu l’histoire, je pouvais dire haut et fort que ce type de couverture est tout à fait le genre à me donner envie de saisir le livre dans un rayon. Après lecture, je peux confirmer qu’elle capte tout à fait l’essence sombre et fantastique de ce roman. Un grand bravo à Erica Petit. Passons au titre. Mes notions de musique classique sont faibles mais j’ai reconnu la référence à Beethoven (et cette même sonate fait justement son apparition dans le livre). Cela peut être une erreur d’interprétation de ma part mais il me semble que le titre est parfaitement bien ajusté à l’ambiance du texte. J’ai à peine noté la référence à Beethoven ; en revanche, il est clairement question de musique, d’instruments et de lune dans ce récit. Suffisamment pour que lorsque j’ai refermé le livre, je me suis dit « Hé… ! C’était bien trouvé ! » Enfin, le texte… Comment dire ?… J’éprouve un violent complexe d’infériorité quant à ma manière d’écrire, à présent. Vraiment. Je ne cherche pas à en rajouter : le texte est aéré, clair, compréhensible, bien sûr mais surtout le vocabulaire est riche, construit, recherché et il n’y a strictement aucune répétition qui viendrait gâcher la lecture. Je suis sincèrement admirative sur la manière qu’a l’autrice (toujours pour lui faire plaisir) à manier les mots. Je reviendrais sur le fait que ce récit est écrit à la première personne, en fin de chronique. Pour ce qui est de l’histoire et des personnages, j’ai quelques réserves. Globalement, l’histoire est captivante, prenante et j’avais du mal à lâcher le livre que je dévorais durant mes pauses pour retourner travailler. Je salue également au passage la subtilité de l’autrice à ne pas mentionner ses créatures ; j’ai eu une pensée pour « La disparition » de G. Perec (que je n’ai toujours pas lu mais le principe est connu de tout le monde). Ce sont davantage les personnages qui m’ont un peu freiné dans ma lecture. Pour ce qui est de l’héroïne, j’ai eu droit à des échos de critiques, comme quoi l’autrice est sadique (ça, c’est bien vrai !) et que la pauvre Charlotte s’en prend plein les dents à longueur de pages. A mon sens, l’héroïne ne « morfle » pas autant que je m’y attendais (je dois être plus sadique que l’autrice, sans doute…). Au contraire, dès les premières pages, je l’ai trouvée très courageuse : dans sa situation (perdue et sans moyen de contacter ses proches), je me serais assise au sol et j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps, persuadée que j’allais mourir sur place. J’étais même à deux doigts de le faire, en lisant ce passage tellement je me sentais mal pour l’héroïne mais malgré une peur et un désespoir qu’elle ne cherche pas à nier, elle tente de trouver de l’aide et garde un optimiste que je lui envie. En revanche, je ne nie pas que sa naïveté a de quoi surprendre le lecteur. J’ai trouvé étrange que sans qu’on connaisse son âge, une jeune fille de sa trempe soit sans amis, sans petit-ami (ou ex-petit-ami) et mène une vie pratiquement recluse… Mais en bonne petite futée, l’autrice a dû prévoir cette remarque puisqu’elle souligne dans son épilogue que cela fait cliché mais que les clichés sont inspirés de faits réels. J’avoue que je n’ai rien à redire à ça. De plus, bien que je n’aie que très peu d’éléments de comparaison en matière de littérature fantastique, il me semble que ce que les lecteurs aiment dans une histoire de vampires, c’est la fameuse héroïne ingénue qui réalise trop tard le piège dans lequel elle est tombée. Aussi le personnage de Charlotte ne m’a pas plus énervée ou dérangée que ça. Pour ce qui est des autres personnages, la majorité m’ont paru crédibles et même convaincants. Je dirai seulement que je suis déçue par le manque d’apparition de Louise et Blanche qui semblaient pourtant être importantes, au début du récit et qui sont passées au second plan. En revanche, les caractères d’Anaïs et Mirabelle ont été très bien travaillés et il y avait quelque chose de réellement angoissant à lire les passages où elles apparaissaient. J’ignore si c’était le but mais pour moi, ce sont des deux personnages qui ont le mieux transmis l’atmosphère sombre qui est sous-entendu dans les premiers chapitres. A côté, Léandre et Marie m’ont semblé un peu… ternes. Je n’ai rien ressenti de particulier lorsque je lisais des passages sur eux, même lors de la dernière apparition de Léandre. L’héroïne réussit à s’enfuir juste au moment où le lecteur sent que le maître de la maison peut devenir réellement dangereux, ce qui gâche un peu le sentiment, je trouve. Pour ce qui est de Jonas, son apparition m’a fait penser à celle de Shere Khan dans le dessin animé du « Livre de la Jungle » : on ne le voit pas au début mais on l’entend, on le mentionne, on le devine et on en vient à se demander (comme Charlotte) s’il existe jusqu’à ce qu’il apparaisse enfin ! Et il est exactement comme on s’y attend : discret, poli, distingué, charmeur, dangereux… La passion de l’héroïne s’explique tout à fait et j’ajoute que le vocabulaire très recherché dans ces passages est criant de vérité… Je souligne au passage le traitement des moments torrides, exercice plus difficile qu’on ne le pense, à première vue. A nouveau, ce peut être une erreur d’interprétation de ma part mais avant que je ne lise la fin du récit, Jonas me faisait penser à une fleur carnivore : je me suis d’abord demandé si sa « famille » ne l’utilisait pas comme appât pour attirer les demoiselles et les faire rester… avant que je ne découvre le vrai subterfuge. C’est dire à quel point l’intrigue est bien menée : je pensais avoir découvert le pot aux roses et j’ai eu tout faux. Mais c’est tant mieux : le lecteur adore découvrir qu’il avait tort, dans ses suppositions. J’ai également apprécié qu’aucun élément du roman n’est laissé de côté : les points d’interrogation qu’on peut avoir tout au long de l’histoire trouvent leurs explications à un moment ou un autre. C’est agréable à la fin de la lecture d’avoir les réponses à ses questions. Bien sûr, il est hors de question que je spoile la fin mais pour introduire une citation Disney « je fais feu des deux pouces ! » Quel brio ! Je ne m’y attendais pas du tout ! Le choc m’a pratiquement coupé les jambes et j’ai dû relire l’épilogue une deuxième fois pour en saisir les subtilités. J’ai également particulièrement apprécié l’épilogue et le changement de point de vue. Je n’ai d’abord pas compris pourquoi le résumé sur le quatrième de couverture était rédigé à la première personne ; je trouvais cela un peu étrange. J’ai beaucoup mieux compris, une fois que j’ai lu les dernières lignes. Je ne voudrais pas trop en dire pour ne pas gâcher la lecture mais cette petite finesse permet de finir le roman en beauté. En résumé, je dirais que même sans être une amateure (ou amatrice) de romances gothiques, j’ai apprécié celle-ci de bout en bout. Le réalisme des dernières scènes et les caractères de Charlotte et Jonas ont permis de maintenir une attention tout au long du roman. Il n’y a aucune longueur ou perte de temps, le langage est maîtrisé et pour qui connait un peu l’autrice, on reconnait son caractère de temps à autre, ce qui amène un petit sourire à la lecture.

Pour qui : Tous les amoureux de récits de vampires mais il me semble que les fans de voyage dans le temps pourraient également y trouver leur compte.

Les + : Une écriture fluide, claire et recherchée. Le suspense maîtrisé dans le récit. Les explications données à toutes les questions du lecteur. L’utilisation de la première personne qui trouve tout son sens à la fin

Les – : Certaines personnages passent au second plan, de façon un peu brusque.

Infos pratiques
Broché
Editeur : Petit Caveau Editions (5 novembre 2017)
Langue : Français
Pages : 214
ISBN-10: 2373420503
ISBN-13: 978-2373420500

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Délices Nocturnes, de Jade Corbeau

Délices Nocturnes, de Jade Corbeau (one shot, éditions du Petit Caveau)

Lorsqu’une excentrique artiste se met en tête de créer une oeuvre composée de 3 tableaux réalisés par des vampires, cela ne se fera pas aussi simplement.
D’un côté il y a Vianney, vampire plus attaché au chocolat qu’au sang. De l’autre il y a Patrick, ami d’un couple pour le moins étrange et farfelu. Tous vont devoir collaborer pour créer une oeuvre unique, composée de chocolat, de dessin… et d’amour.

Il m’a fallut un peu de temps après la lecture de ce texte pour commencer la rédaction de cette chronique. En effet, je ne savais pas quoi en penser réellement, ni mettre des mots sur ce que je ressentais à la fin de cette lecture.
Pour être totalement honnête, j’ai commencé par éprouver une certaine déception, emprunte d’une certaine frustration. Cela parce qu’autant vous le dire tout de suite : le personnage de Doriane et son projet artistique est un arc narratif inachevé. Je pensais que l’on en saurait plus sur l’oeuvre, sur son vernissage, sur ce qui en découlerait, au moins dans un épilogue, mais non. De fait, ce qui m’apparaissait comme étant l’élément central du roman n’est finalement pas utile.
Et puis en y réfléchissant, je me suis dit que l’intérêt du roman était ailleurs.
Il est dans la romance entre les personnages.
Délices Nocturnes ne propose pas une énième romance entre deux personnages. Ici nous avons plusieurs couples à prévoir et le roman nous raconte comment ils se forment. On en apprend plus sur les questionnements de chacun, sur l’acceptation de leur nature et comment ils vont s’assumer. Voilà le propos du texte, en fait. Et pas la mise en scène artistique du personnage de Doriane. Dans l’histoire, Doriane n’est qu’un prétexte, un liant, un fil rouge pour la vraie histoire.
Je ne m’attendais pas à une histoire de ce type, et pourtant je me suis laissée entraîner.
Le côté « romance » est bien présent sans être omniprésent. Les préoccupations des personnages ne tournent pas autour des battements de leur coeur (au sens figuré, bien sûr, puisqu’ils sont mort, pour la plupart).
Ce que j’ai apprécié aussi, ce sont les descriptions chocolatières de l’auteure. Une chose très originale qu’il faut mettre en avant. Soit l’auteure est issue de ce milieu et il est normal qu’elle en parle aussi bien, soit elle a effectué un bon travail de recherche pour parvenir à retranscrire avec autant de soin et de précision l’univers de la boutique et du laboratoire de la chocolaterie. Aussi, l’idée de la Loi Lesaint est encore un élément jamais lu dans d’autres romans et cela aurait également pu être mis davantage en avant.
J’ai bien aimé le personnage de Vianney et je pense que l’ouvrage aurait pu lui être consacré intégralement sans que cela ne me gène. J’espère le revoir prochainement, pourquoi pas à travers le prisme de la Loi Lesaint, car il a l’air d’avoir encore des choses à raconter et à vivre. J’aurais aimé que le chocolat prenne encore plus de place, tout comme lui, et nous embarque dans une histoire noire et blanche, parsemée de ganache et de noisettes. Ce qui tourne autour de sa soeur et de sa vision du vampirisme est également intéressant. J’ai apprécié le fait qu’elle s’insinue subtilement dans son univers à lui et que les deux puissent vivre une expérience commune.
Patrick est un peu plus en retrait et confus dans son traitement, probablement parce qu’il se cherche lui-même. Pour autant sa singularité est moins originale et attachante que celle de Vianney, plus gourmande.
Le style de l’auteur semble donc marquer une préférence pour l’artisan chocolatier et cela se transmet au lecteur. Néanmoins l’ensemble est écrit dans un style fluide et sans fioriture, qui nous plonge dans ses scènes sans difficulté.
Une lecture gourmande et agréable, le temps d’un instant, le temps de déguster ce texte du bout des doigts.
Même s’il est perfectible dans son histoire, Délices Nocturnes reste un agréable premier roman.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires originales, gourmandes, avec des vampires torturés et qui sortent des sentiers battus.

Les + : Des personnages globalement attachants, l’univers du chocolat très bien dépeint et immersif, un style fluide et agréable.

Les – : l’arc narratif au sujet de l’exposition qui prend beaucoup de place au début n’est finalement pas très développé et inabouti.

Infos pratiques
Date de parution : 3 octobre 2017
ISBN : 978-2-37342-048-7
Nombre de pages : 172
Illustration de couverture : Kryseis

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