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Délices Nocturnes, de Jade Corbeau

Délices Nocturnes, de Jade Corbeau (one shot, éditions du Petit Caveau)

Lorsqu’une excentrique artiste se met en tête de créer une oeuvre composée de 3 tableaux réalisés par des vampires, cela ne se fera pas aussi simplement.
D’un côté il y a Vianney, vampire plus attaché au chocolat qu’au sang. De l’autre il y a Patrick, ami d’un couple pour le moins étrange et farfelu. Tous vont devoir collaborer pour créer une oeuvre unique, composée de chocolat, de dessin… et d’amour.

Il m’a fallut un peu de temps après la lecture de ce texte pour commencer la rédaction de cette chronique. En effet, je ne savais pas quoi en penser réellement, ni mettre des mots sur ce que je ressentais à la fin de cette lecture.
Pour être totalement honnête, j’ai commencé par éprouver une certaine déception, emprunte d’une certaine frustration. Cela parce qu’autant vous le dire tout de suite : le personnage de Doriane et son projet artistique est un arc narratif inachevé. Je pensais que l’on en saurait plus sur l’oeuvre, sur son vernissage, sur ce qui en découlerait, au moins dans un épilogue, mais non. De fait, ce qui m’apparaissait comme étant l’élément central du roman n’est finalement pas utile.
Et puis en y réfléchissant, je me suis dit que l’intérêt du roman était ailleurs.
Il est dans la romance entre les personnages.
Délices Nocturnes ne propose pas une énième romance entre deux personnages. Ici nous avons plusieurs couples à prévoir et le roman nous raconte comment ils se forment. On en apprend plus sur les questionnements de chacun, sur l’acceptation de leur nature et comment ils vont s’assumer. Voilà le propos du texte, en fait. Et pas la mise en scène artistique du personnage de Doriane. Dans l’histoire, Doriane n’est qu’un prétexte, un liant, un fil rouge pour la vraie histoire.
Je ne m’attendais pas à une histoire de ce type, et pourtant je me suis laissée entraîner.
Le côté « romance » est bien présent sans être omniprésent. Les préoccupations des personnages ne tournent pas autour des battements de leur coeur (au sens figuré, bien sûr, puisqu’ils sont mort, pour la plupart).
Ce que j’ai apprécié aussi, ce sont les descriptions chocolatières de l’auteure. Une chose très originale qu’il faut mettre en avant. Soit l’auteure est issue de ce milieu et il est normal qu’elle en parle aussi bien, soit elle a effectué un bon travail de recherche pour parvenir à retranscrire avec autant de soin et de précision l’univers de la boutique et du laboratoire de la chocolaterie. Aussi, l’idée de la Loi Lesaint est encore un élément jamais lu dans d’autres romans et cela aurait également pu être mis davantage en avant.
J’ai bien aimé le personnage de Vianney et je pense que l’ouvrage aurait pu lui être consacré intégralement sans que cela ne me gène. J’espère le revoir prochainement, pourquoi pas à travers le prisme de la Loi Lesaint, car il a l’air d’avoir encore des choses à raconter et à vivre. J’aurais aimé que le chocolat prenne encore plus de place, tout comme lui, et nous embarque dans une histoire noire et blanche, parsemée de ganache et de noisettes. Ce qui tourne autour de sa soeur et de sa vision du vampirisme est également intéressant. J’ai apprécié le fait qu’elle s’insinue subtilement dans son univers à lui et que les deux puissent vivre une expérience commune.
Patrick est un peu plus en retrait et confus dans son traitement, probablement parce qu’il se cherche lui-même. Pour autant sa singularité est moins originale et attachante que celle de Vianney, plus gourmande.
Le style de l’auteur semble donc marquer une préférence pour l’artisan chocolatier et cela se transmet au lecteur. Néanmoins l’ensemble est écrit dans un style fluide et sans fioriture, qui nous plonge dans ses scènes sans difficulté.
Une lecture gourmande et agréable, le temps d’un instant, le temps de déguster ce texte du bout des doigts.
Même s’il est perfectible dans son histoire, Délices Nocturnes reste un agréable premier roman.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires originales, gourmandes, avec des vampires torturés et qui sortent des sentiers battus.

Les + : Des personnages globalement attachants, l’univers du chocolat très bien dépeint et immersif, un style fluide et agréable.

Les – : l’arc narratif au sujet de l’exposition qui prend beaucoup de place au début n’est finalement pas très développé et inabouti.

Infos pratiques
Date de parution : 3 octobre 2017
ISBN : 978-2-37342-048-7
Nombre de pages : 172
Illustration de couverture : Kryseis

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Apostasie, de Vincent Tassy

apostasieApostasie, de Vincent Tassy (one shot, éditions du Chat Noir)

Anthelme est fatigué du monde. C’est pourquoi il se réfugie dans une forêt, loin de tout, et vit de peu de choses. Son quotidien est rythmé par les livres, qu’il dévore sans modération. Il est bien connu à la bibliothèque du village voisin.
Jusqu’au jour où, à l’occasion d’une nouvelle visite dans ce lieu d’évasion, Anthelme fait la connaissance d’un mystérieux homme qui lui annonce qu’il le cherchait… depuis trois ans !
Quelqu’un souhaite le rencontrer pour lui raconter l’histoire la plus fabuleuse de sa vie.
Qui sera justement une histoire de mort.
Hanté par l’image d’une jeune princesse nommée Apostasie, Anthelme ne connaîtra plus la paix avant de l’avoir retrouvée.

Ce premier roman de Vincent Tassy arrive comme une bombe dans le milieu des publications imaginaires. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu de roman de ce genre, depuis la regrettée maison Nuit D’Avril, pour tout vous dire.
En effet, Apostasie est un conte gothique, mélancolique et macabre, au doux parfum de spleen et servi sur un plateau en os.
Apostasie est une princesse perdue dont l’ombre plane au-dessus du roman tout le long. Le roman, une fois terminé, fait l’effet d’un parfum capiteux qui flotterait dans l’air longtemps après que son porteur soit parti.
C’est un titre qui vous prend, vous entraîne, avec son style chargé et suranné, dans les méandres d’un monde à la fois merveilleux et terrifiant.
Ce qui est déroutant, c’est que l’intrigue nous entraîne dans un univers totalement hors du temps. Cependant, vers la fin du livre, Vincent Tassy place son intrigue en France.
Ainsi, le livre oscille constamment entre l’onirisme et la réalité. Les personnages de Vincent Tassy vont et viennent comme des esprits torturés. Car torturés, ils le sont. Au point de faire vivre au lecteur une large palette d’émotion, allant du malaise à la tristesse, car on s’attache à ses âmes maudites.
Anthelme est une victime malgré lui. Victime de créatures aux desseins qui le dépassent. La plume de Vincent Tassy l’anime comme une marionnette et le rend terriblement émouvant. Quant à Apostasie, c’est un peu la Godot de Beckett. On l’attend tout le long du texte. Car Apostasie n’est pas vraiment une présence physique. Pour moi, c’est une présence qui hante le récit jusque dans son coeur. Lorsque l’on s’arrête sur la définition du mot dans la langue française, on voit qu’il signifie globalement le fait d’abandonner aux choses que l’on croit, de renoncer.
N’est-ce pas le coeur de l’ouvrage ? N’est-ce pas l’histoire d’un renoncement ? Le titre du roman, qui de prime abord peut sembler étrange quand on voit la place concrète du personnage éponyme dans le récit, est en fait totalement justifié. C’est même un titre extrêmement bien choisi car il est à l’image du roman : subtil.
Finalement, on découvre un récit d’une incroyable poésie, emplit de métaphores, d’images oniriques, d’âmes torturées et de mélancolie.
Rien de très joyeux ne sort d’Apostasie. Le récit est sombre, gothique, ténébreux. En cela il rappelle les débuts de Sire Cédric et notamment sont Angemort. Une telle plume manquait dans mon paysage.
Une belle découverte. Je me demande ce que pourra écrire Vincent Tassy après cette entrée fracassante dans le paysage français. Une chose est sûre : la barre est placée très très haute, pour le plus grand plaisir des lecteurs conquis, dont je fais déjà partie.

Pour qui : les lecteurs en quête de récit sombre, d’une plume poétique, de personnages mélancolique et gothique.

Les + : Une plume envoûtante, mélancolique, poétique, au service d’un conte gothique sombre et tragique.

Les – : Les qualité de ce livre sont également ses défauts. Le livre ne pourra pas plaire au plus grand nombre.

Infos pratiques
Broché: 334 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (31 mars 2016)
Collection : Griffe sombre
Langue : Français
ISBN-10: 2375680022
ISBN-13: 978-2375680025

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