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Bal Masqué, Collectif

Bal Masqué, Collectif (anthologie, éditions du Chat Noir)

Recueil constitué de 16 nouvelles des genres SFFF ayant pour thème le bal masqué.

D’une manière générale on peut dire que cette anthologie est un bel objet. Servi par une couverture splendide, qui ne manquera pas de déclencher des envies compulsives aux lecteurs qui s’en approcheraient un peu trop près, l’intérieur révèle une illustration à chaque nouvelle. Rien d’extraordinaire, puisqu’il s’agit d’un loup à chaque début de texte, mais c’est assez pour nous plonger dans l’ambiance élégante et mystérieuse propre à cette distraction. Qui sait ce qui se cachent entre les lignes ?
Globalement le recueil est bon et j’ai passé un agréable moment à le lire. J’ai apprécié que les auteurs rivalisent d’imagination, et à quelques exceptions prêt, il n’y a que des partis pris intéressants. J’avais peur que le thème enferme les nouvelles dans des récits un peu tous du même style, mais il n’en est rien.
Mis a part une ou deux vraies déceptions, l’ensemble fait réfléchir et crée souvent des sourires surpris. La qualité d’écriture est bien souvent au rendez-vous et on peut dire que c’est un roman qui tient ses promesses autant sur le fond que sur la forme.
A lire !

Bal de brume, d’Estelle Faye : un premier texte qui nous plonge directement dans l’ambiance. Je n’ai pu m’empêcher de voir en Daniel le visage de Lucius Malfoy. Bien que l’on se doute de la tournure des événements, les choses sont bien racontée et le style fluide nous plonge au coeur de la boutique d’antiquités, ou du manoir. Un texte captivant qui place la barre assez haute dès le début du recueil.

L’orchidée rouge, de Maude Elyther : Autant j’ai été séduite par le premier texte, autant celui-ci m’a ennuyé. Il ne s’y passe rien à proprement parlé et le style est assez lourd, lent et pompeux. Malheureusement cela a rendu ma lecture ennuyeuse et je n’ai pas été mécontente qu’elle se termine. Ce qui est dommage car le décor présenté est intéressant, le thème de l’orchidée rouge aussi. Néanmoins, j’ai l’impression que la seule utilité de ce texte est d’illustrer la couverture. Dommage.

Le sang te va si bien, de Marianne Stern : Un texte assez court et bien rythmé qui ne tombe pas dans le cliché ni le gore facile. Tout y est à sa place pour laisser une ambiance macabre et toutefois crédible. J’y ai cru.

Les larmes de Lucrèce, d’Elie Darco : Comme toujours avec les textes d’Elie Darco, l’originalité est de mise. Ici on a clairement un texte qui sort des sentiers battus du genre. Une sorte d’enquête temporelle dans un décor intéressant et élégant. J’ai beaucoup aimé le mélange des genres, et surtout l’originalité globale de cette nouvelle.

En trois exemplaires, d’Emmanuelle Nuncq : un texte intelligent et bien écrit avec pourtant un thème que je trouve délicat, celui du voyage temporel. Il n’est pas évident de créer quelque chose de crédible et de simple, mais l’auteure y est parvenue. Une lecture fluide et agréable, pour laquelle il faut rester concentré sur la fin mais qui tient ses promesses à qui sait être attentif. Une nouvelle originale qui a su interpréter le thème avec finesse.

Lacrimosa, de Dee L. Aniballe : je suis bien moins cliente de ce type de tête que du précédent. Malheureusement, il est écrit d’une manière étrange, semblant vouloir faire à tout prix ressortir une poésie propre à Antigone, un personnage mythologique que malheureusement je ne connais pas bien. La référence est probablement capitale pour saisir le sens et la profondeur du texte. Ne la possédant pas, je suis restée en dehors. Heureusement pour moi, ce Lacrimosa est jusqu’à présent le texte le plus court du recueil.

Têtes de tigre, de Cécile Duquenne : un joli texte, là aussi original. L’auteure a su créer un univers entier et fourni autour de l’objet masque et de ses connotations. Bien joué ! A noter le clin d’oeil à un personnage de sa série Les Foulards Rouges, que j’ai apprécié (j’avais la référence, cette fois). Un bon texte.

Le masque de la mort noire, de Claire Stassin : un texte agréable avec son ambiance vénitienne comme j’aime. L’incarnation de l’environnement du masque est bien pensée. On suit un duo de créatures blessées aux motivations démoniaques, l’humanité étant assez facile à corrompre. Un bon texte.

Le maître des masques, de Lucie G. Matteoldi : Il va m’être difficile de parler de ce texte pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas compris. Je ne suis absolument pas rentrée dedans et je n’ai pas bien compris tout ce que l’auteure voulait nous dire. Navigant d’un monde à l’autre, le masque m’a semblé plus que secondaire, presque anecdotique, et l’ensemble formait une suite brouillonne d’éléments agencés ensemble. Pas pour moi, probablement.

Le grand froid, de Clémence Godefroy : un décor que l’on n’a pas l’habitude de voir, surtout avec ce genre de thème : celui des étendues glacées de Russie. Un texte agréable à lire et qui raconte une histoire intéressante. Le style est fluide dépaysant, et on se promène avec intérêt au fil des pages.

Les yeux du corbeau, de Céline Chevet : texte coup de coeur dans ce recueil, il a tout ce que j’aime : une histoire originale et bien écrite, des mots qui vous plongent au coeur de l’intrigue, une fin poignante… Sans doute l’un des plus beaux textes de l’anthologie. L’univers créé par l’auteure est intéressant et on y croit. Il est difficile, sans pitié, et incarne bien certaines valeurs que l’on voudrait faire porter au masque. Gommer les différences dernière un objet pour lisser les physiques et les personnalités. Un thème que l’on retrouve dans plusieurs textes de l’anthologie mais qui est ici décrit avec plus de force. Probablement à cause de sa fin.

Belle rose porporine, de Vincent Tassy : Je suis un peu déçue par ce texte car on cheminait vraiment vers le coup de coeur, avant la fin. En effet, après l’excellent Apostasie, j’avais hâte de lire un autre texte de cet auteur que j’apprécie. Cette nouvelle est la plus longue du recueil, mais également celle que j’ai eu l’impression de lire le plus rapidement. L’histoire est peu ordinaire, le style fluide et efficace, j’ai dévoré les pages avec avidité en attendant de voir comment les choses allaient se terminer. Mais voilà, je n’ai pas été convaincue par la fin. Je n’y ai pas suffisamment cru pour qu’elle explose avec intensité, gorgée de cette frénésie qui m’avait prise jusqu’alors. C’est pourquoi ce texte me fait l’effet d’un bon texte, mais qui se termine par une petite note amère. Arf !

Là où danse le jour, de Pascaline Nolot : Ce texte est inhabituel. Si je suis admirative de l’exercice entrepris par l’auteur, qui a choisi de faire rimer ses phrases telle une poésie, je dois avouer que cette forme m’a complètement éjectée du fond. Obnubilée par la forme il m’a été impossible de me concentrer sur le fond. C’est simple : je n’ai pas bien compris. Du coup, je me demande ce que vient faire ce texte dans l’anthologie. On y parle de mort dans un univers sombre, mais rien qui n’ai su me captiver suffisamment pour m’embarquer. C’est d’ailleurs le seul texte au milieu duquel j’ai fait une pause dans ma lecture.

Sans que rien manque au monde, de Fabien Clavel : Un texte dans un univers que je n’aurais jamais soupçonné aux vues du thème : le milieu médical. Pourtant, Fabien Clavel parvient à nous créer une enquête au fil des pages, avec un début, un milieu, et une fin. Un texte sympathique, même si j’ai trouvé l’ensemble un peu trop étonnant pour remporter ma totale adhésion. L’ambiance dépeinte est quant à elle immersive et angoissante.

Les douze invitées, de Pauline Sidre : Un texte bien écrit dont le parti pris réside dans le détail de 12 points de vue différents. J’avais un peu peur de revivre 12 fois la même scène, ou de faire un peu du sur-place, mais non. L’auteure a su finement rédiger son récit pour le faire progresser du point de vue de chacune de ses héroïnes. On y découvre une histoire sombre et tristement crédible de rivalité entre soeurs, qui s’aiment et se jalousent au point de plonger toutes ensembles dans une mortelle tragédie.

Minuit démasqué, de Mélanie Fazi : J’ai été émue par ce texte. L’orientation choisie par l’auteure n’est pas banale. En effet, elle a choisi d’incarner une maison. On dit souvent que les lieux ont une âme, et c’est ici mis en mots avec beaucoup d’émotions. Je n’ai pu m’empêcher de penser à certains faits et certains lieux récemment mis en une de l’actualité pour ce type de phénomène (attaques à main armée, terrorisme) et j’ai trouvé que Mélanie Fazi nous faisait voir les choses sous un angle différent, mais sans en faire trop. Une jolie manière d’achever le recueil, qui laissera à coup sûr une trace dans ma mémoire. Un des meilleurs textes de ce Bal-Masqué.

Pour qui : pour les lecteurs qui aiment les anthologies, ceux qui aiment les textes originaux et les ambiances feutrés et inquiétantes des bals-masqués.

Les + : beaucoup de bons textes, de longueur et de qualité à peu près équivalentes. Cela donne un rythme agréable et soutenu dont il n’est pas facile de se détacher. En plus il s’agit d’un bel objet, épais, à la jolie couverture et aux illustrations intérieures sympathiques.

Les – : Quelques textes m’ont laissés dubitatives, soit par leur fond ou par leur forme. Un défaut courant dans un groupe de texte où tout ne peut pas plaire.

Infos pratiques
Broché: 408 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (7 juin 2017)
Collection : GRIFFE SOMBRE
ISBN-10: 237568043X
ISBN-13: 978-2375680438

 

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Manus Dei, Neachronical T3, de Jean Vigne

Manus Dei, de Jean Vigne (tome 3 de la trilogie Neachronical, éditions du Chat Noir)

Après un séjour dans un tombeau en compagnie d’un chevalier décédé, le moins qu’on puisse dire, c’est que Néa n’est pas contente. La vengeance sera son obsession lorsqu’elle sortira de ce cercueil de pierre.
Elle voudra comprendre, aussi. Comprendre pourquoi elle, pourquoi tout cela ?
Propulsée dans un futur sombre et délirant en compagnie de sa fidèle amie, elle n’aura d’autres choix que d’affronter le passé pour sauver l’avenir.

Ce dernier tome de la trilogie Neachronical nous entraîne une fois encore à travers les époques. Fidèle à lui-même, Jean Vigne dépeint une héroïne remontée et « badass » partie pour en découdre avec la terre entière.
Si vous avez apprécié Post Mortem, le tome précédent, celui-ci est dans sa lignée. L’histoire mêle en effet notre présent au passé arthurien. On trouve donc les plus grands personnages de l’époque médiévale, portés par le trio Merlin/Morgane/Viviane.
Le tome révèlera grâce à des flashback les motivations finalement très terre à terre des protagonistes, ce qui constitue par rapport au premier tome Memento Mori, un changement significatif. On est passé d’un texte d’urban fantasy à un texte de fantasy à la fois « classique » et « futuriste ». L’auteur mêlant les époques pour produire une seule et même histoire. Les fans du premier tome et de son ambiance pourront être déroutés par ce titre qui vient malgré tout fermer la série avec une grande cohérence. La rupture entre le premier et le second tome est si franche que seuls les lecteurs ayant adhéré au deuxième opus pourront apprécier celui-ci.
En ce qui me concerne, au-delà de l’histoire, c’est surtout Néa que j’ai apprécié. De tous les romans de l’auteur, je crois que c’est l’héroïne à laquelle je me suis le plus attachée. Ce n’est pourtant pas sa seule héroïne rousse, mais ici elle est carrément terrible. L’histoire de sa vie est tellement pleine de rebondissements, ses pouvoirs sont intéressants, et son adolescence volée si touchante. Cet attachement créé dès le premier tome a été pour moi source de frustration dans ce dernier tome où l’intrigue est partagée entre trois époques et autant de galeries de personnages. Bien qu’ils soient tous liés, Néa n’existe véritablement que dans un seul de ses tiers. On la voit beaucoup moins que dans les premiers tomes, ce qui est un peu dommage. Les personnages centraux de ce dernier opus sont Merlin et Morgane, le couple diabolique à l’origine de toute la série. On remonte dans le temps pour répondre à une question importante : « comment en est-on arrivé là ? ».
J’ai un peu moins adhéré au personnage d’Hesat l’égyptienne, qui n’apporte pas grand chose. Certaines pistes auraient peut-être gagnées à être moins complexes, leur base étant relativement simples. Cela aurait probablement donné plus de place à Néa pour s’épanouir et proposer un final flamboyant.
Car en ce qui me concerne, j’ai trouvé le final assez plat et même un peu convenu. Rien ne dépasse, certes, mais venant d’une héroïne comme Néa, c’est presque un peu trop guimauve. Je m’attendais à un feu d’artifice, à une Excalibur plus meurtrière que jamais, à du sang, des têtes qui volent et un festin pour Grognon, mais non. Comme si l’intrigue, qui s’est un peu éparpillée au fil des tomes, a fini par se dissoudre elle-même dans toutes les directions, tel les branches d’une fleur de feu d’artifice. Bien sûr ce n’est que mon avis. Il n’en reste pas moins que j’ai ressenti un petit pincement au coeur au moment de fermer le livre à l’idée que je ne reverrai plus Néa et son tigre. J’attendais aussi beaucoup de Juliette, mais elle a été victime de la grande quantité d’éléments et connaît une fin qui m’a laissée plutôt indifférente.
Le style de l’auteur est comme toujours maîtrisé avec sa propre musicalité. Ces constructions inimitables de phrases « dont » il ne se lasse pas rendent le texte identifiable dès les premières lignes.
Néanmoins, l’histoire, originale à plus d’un titre, souffre peut-être de ce qui est aussi sa grande qualité. Jean Vigne n’a pas voulu faire du réchauffé et c’est ce qui le caractérise. Vous pourrez chercher, cette histoire ne vous rappellera rien de ce que vous avez déjà pu lire. Surprise garantie ! Toutefois, cette originalité semble parfois un peu partir dans tous les sens. Et là où on avait une intrigue peut-être plus classique dans le premier tome (encore que) et complètement liée, elle apparaît presque décousue ici. Avec le découpage des chapitres, il m’est arrivé de me demander pourquoi on était dans le bureau du Président de la république ? Que cherche à faire Merlin, déjà ? Et pourquoi est-il allé réveiller l’égyptienne ? Quel rapport avec la Dame du Lac ? Et pourquoi Néa n’est pas d’avantage liée à Viviane ? Quel est l’intérêt de la partie sur la police ?
Certes tout est lié, mais parfois de manière tellement subtile que cela n’en est plus utile. Un fourmillement de détails qui prête parfois à confusion et m’a un peu perdue, avant que je ne retrouve mon chemin.
N’en reste pas moins que la trilogie sait embarquer le lecteur dans une histoire haletante et pleine de rebondissements. Je conseille de la lire d’un seul tenant pour profiter pleinement de l’intrigue et ne pas vous perdre. Je plaide coupable sur le fait que j’ai probablement mis trop de temps entre chaque tome et que j’ai pu perdre des éléments entre chaque, ce qui a participé à mon sentiment de confusion, parfois.
Quoi qu’il en soit Néa est incontestablement une héroïne que je ne suis pas prête d’oublier !

Pour qui : les lecteurs qui ont lu les premiers tomes.

Les + : une héroïne toujours aussi charismatique et accrocheuse très attachante, une histoire originale qui ne sent pas le « déjà lu », un style fluide et une véritable signature stylistique, des rebondissements en pagaille.

Les – : L’alternance de points de vue donne moins de visibilité à Néa et certaines scènes sont un peu confuses.

Infos pratiques
Broché: 370 pages
Editeur : Editions du Chat Noir (1 avril 2015)
Collection : GRIFFE SOMBRE
Langue : Français
ISBN-13: 979-1090627710

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