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Telluria, de Vladimir Sorokine

Telluria, de Vladimir Sorokine (one shot, éditions Actes Sud)

Il existe un futur où le monde est peuplé d’humains et de créatures hybrides. Un monde où les hommes sont devenus accros à une drogue de luxe capable de leur aporter l’extase suprême et même de leur faire rencontrer des personnes disparues. Ce monde, c’est Telluria.

L’erreur à faire serait de chercher à comprendre ce livre. Il s’agit pour moi d’une expérience nouvelle, tant je n’avais encore jamais lu d’ouvrages de ce genre en dépit des centaines qu’il m’ait été donné de lire.
A travers 50 chapitres, l’auteur dépeint des personnages, des situations, dans des styles très différents qui laissent à penser qu’il s’amuse à proposer 50 exercices stylistiques différents. L’unique liant dans ces textes se trouve dans les clous de Tellure, la drogue en vogue, que l’on apprend à connaître au fil des pages. La véritable et seule héroïne de cet ouvrage rédigé dans un style encore jamais lu et unique en son genre, apparemment réservé à un courant d’auteurs russes (j’ai fait mes recherches).
Ainsi, Telluria est comme un grand puzzle dont vous ne verriez pas le sens si vous aviez le nez dessus. A la manière de certaines étoiles dans la nuit, on les voit mieux quand on regarde à côté au lieu de les regarder de front.
Je ne vais pas vous cacher que Telluria a été pour moi une lecture difficile. Ce n’est pas un texte très accessible, d’autant plus qu’il foisonne de notes de bas de pages, de termes et de références russes que je suis loin de maîtriser. Il faut parfois persévérer pour voir un texte s’ouvrir et son sens apparaître comme un cadeau pour votre courage, comme ce fut le cas pour la série L’Etoile de Pandore, de Peter F. Hamilton, par exemple. Or, ici, quand passé les 150 pages, soit presque la moitié de l’ouvrage, je ne comprenais toujours pas grand chose, je me suis interrogée : étais-je bête ? Je suis allée consulter d’autres avis sur internet pour répondre à cette question et savoir s’il était normal de ne rien y comprendre.
La réponse est oui.
Cela m’a rassuré de voir que j’étais normale. Vous allez lire Telluria comme on survole un nuage, ou comme un rêve torturé et noué, duquel on sort en se disant qu’il n’avait pas beaucoup de sens.
Certes on peut avancer qu’il cache en son sein des revendications politiques, mais elles sont si bien cachées que beaucoup de lecteurs passeront à côté. J’ai bien vu quelques attaques aux pouvoirs passés et actuels, des prises de position sur le communisme… Mais cela reste subtile et beaucoup de lecteurs, s’ils parviennent jusqu’à ces pages, risquent de ne pas les voir, trop occupés à essayer de comprendre l’ouvrage.
Cette lecture aura au moins eu le mérite de me faire découvrir le genre littéraire du « skaz », typiquement russe d’après mes recherches, et dont je vous laisse aller lire la définition sur internet.
Ce genre est-il pour moi ? Cela reste à voir. Il me faudrait une seconde lecture de ce genre pour m’en assurer, Telluria étant une lecture riche et complexe certainement très personnelle pour l’auteur. Je ne me vois pas juger ce genre sur un texte aussi compliqué.

Pour qui : les lecteurs à la recherche d’une expérience de lecture hors du commun, avec de la recherche textuelle et des revendications politiques. Ceux qui aiment les récits russes et le skaz.

Les + : le format de l’ouvrage est vraiment sympathique : 50 textes courts, presque comme des nouvelles, et 350 pages tout pile. Si l’ouvrage n’est pas simple, au moins ne nous sentons-nous pas écrasés par un pavé incompréhensible.

Les – : Un  récit difficile d’accès surtout quand on n’a pas l’habitude ou qu’on ne connait pas les codes du genre.

Infos pratiques
Broché: 352 pages
Editeur : Actes Sud Editions (1 février 2017)
Collection : Exofictions
Langue : Français
ISBN-10: 2330073143
ISBN-13: 978-2330073145
Dimensions du produit: 24 x 2,4 x 14,6 cm

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La main immaculée, de Anne Bardelli

La main immaculée, de Anne Bardelli (one shot, éditions du Petit Caveau).

La journaliste Marie Costello est chargée par son patron d’enquêter sur le meurtre de plusieurs individus au look gothique. Mais la jeune femme, d’abord enthousiaste, va vite déchanter lorsqu’elle va prendre conscience de l’horreur dans laquelle elle vient de plonger. La curiosité est un très très vilain défaut, et la jeune femme va l’apprendre à ses dépends.

La main immaculée est le premier ouvrage d’Anne Bardelli publié aux Editions du Petit Caveau, mais le troisième que je lis après les deux opus de sa série Léa Bacal.
Ce récit est un one shot et j’y ai trouvé l’auteure plus à l’aise avec ses personnages.
Si on y retrouve les quelques défauts soulevé dans les Léa Bacal (le hasard fait bien les choses et l’héroïne trouve des explications grâce à des morceaux de l’histoire que l’on ne nous a pas raconté auparavant, ce qui rend tout très facile), j’ai passé un bon petit moment à lire ce titre.
Résolument Bit-Lit, l’héroïne a du caractère. C’est conforme à sa profession et ne nous choque pas. Et puis, il faut bien le dire, elle en prend plein la figure ! Cela change, même si pour plus de crédibilité j’aurais laissé quelques dents sur le tapis. Ici l’auteure n’épargne rien à la pauvre Marie et cela fait le sel de cette histoire. On ne peut pas toujours gagner, ce qui marque une nette différence avec la très lisse Léa Bacal.
Si la romance est bien trop rapide à mon goût, elle sert une fin sympathique qui plaira à bon nombre de lecteurs par son côté surprenant. Quelques éléments auraient pu être dosés un peu plus finement, comme les monologues de la meilleure amie qui n’en finit pas de radoter. Mais au fond ce premier roman est tout à fait réussit, divertissant et agréable à lire. Je regrette que Léa Bacal n’ai pas su aussi bien me convaincre.
L’auteur a du potentiel. Affaire à suivre.

Pour qui: les lecteurs qui aiment les aventures de bit-lit et les one shot.

Les +: une héroïne à qui rien n’est épargné, un style fluide et agréable, une fin originale.

Les -: une romance trop forte et trop rapide, certaines actions manquent de finesse.

Infos pratiques
Date de parution : 29 juin 2015
ISBN : 978-2-37342-009-8
Nombre de pages : 194
Illustration de couverture : Erica Petit

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