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Interview de Christine Brunet

A l’occasion de ma chronique de HX13, et parce que j’avais déjà eu l’occasion de la rencontrer et de la lire sans jamais aller au-delà, j’ai enfin pris le temps d’interviewer Christine Brunet.
Il faut dire que nos échanges à la suite de ma chronique d’HX13 ont éveillé ma curiosité sur la réalisation de cet ouvrage singulier dans le parcours de l’autrice et de ses écrits.
Interview réalisée en décembre 2017
Limaginaria :Bonjour Christine, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?
Christine Brunet : J’habite à Marseille. Mon premier thriller, Nid de vipères, a été édité en 2011 aux Editions Chloé des Lys, un mois avant Dégâts Collatéraux édité lui chez De Pierregord, un éditeur aujourd’hui disparu. Depuis, j’ai édité Le Dragon bleu (aujourd’hui repris avec Dégâts collatéraux aux Editions Chloé des Lys), E16, Non nobis domine, Poker menteur, Convergences, Vénus en Ré et HX13. Je suis l’une des responsables des Editions Chloé des Lys. Je présente également l’émission actu-tv.net (une web tv mensuelle), je suis à la barre d’une revue littéraires sponsorisée par Chloé des Lys « Les petits papiers de Chloé » et j’administre un blog, aloys.me. Bien entendu, j’ai un site auteur (christine-brunet.com). Au-delà de cela, je voyage énormément.
L :Vous écrivez depuis longtemps et j’ai pu vous découvrir à travers votre roman « Nid de Vipères« , en 2014. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et vos publications ?
C.B : Un parcours littéraire et linguistique qui fait sans doute que j’ai tenté l’écriture et l’édition. J’ai commencé à écrire de la pure SF, jamais éditée, puis je me suis tournée vers le thriller avant de revenir, avec HX13, sur la pointe des pieds, à mon premier univers.
L : Nid de Vipères est un polar possédant une pointe de fantastique, tandis que HX13, pouvant être considéré comme une suite, est beaucoup plus orienté SF. Pourquoi ce choix ?
C.B : HX13 n’est pas la suite de Nid de vipères ! Ce thriller est le 7e qui reprend mes héros, Axelle de Montfermy et Sheridan alors que Nid de vipères était le premier ! S’il devait être la suite de l’un de ma série, ce serait Poker menteur. Pourtant, la fin de ce dernier ne laissait pas présager de suite. J’avais décidé de tourner la page avec une autre héroïne, une légiste, Gwen Saint-Cyrq. Mes lecteurs m’ont redemandé Axelle… J’ai accepté avec plaisir de créer une autre aventure à sa mesure mais qui peut être lue de façon indépendante comme tous mes romans. Bien sûr, les héros sont récurrents… Ils vieillissent, évoluent mais beaucoup de lecteurs commencent par l’un ou l’autre de la série avant d’en choisir un autre qu’il ait été publié avant ou après. D’autres préfèrent suivre les enquêtes de façon chronologique… A chacun son approche.
L : Les ouvrages que j’ai pu lire racontent la vie d’Aloys Seigner, un personnage qui semble vous tenir à coeur. Comment est-elle née ?

C.B : C’est, en effet, un personnage que j’aime parce qu’il est humain. Mais j’aime tous mes personnages ! Aloys est née comme ça… Elle a pris de la place sans que j’y prenne garde, elle a grandi, évolué… Qui sait jusqu’où elle m’entraînera ?

L : Dans nos échanges, vous avez explicité le fait qu’HX13 ne soit pas réellement une suite de Nid de Vipères alors qu’il présente pourtant les mêmes personnages. Pourquoi avoir choisi de prendre un  virage radicalement différent dans le genre de l’histoire au lieu de créer un nouveau roman a part entière ? Et pourquoi la SF ?
C.B : Mes lecteurs voulaient retrouver Aloys/Axelle. Je suis partie sur une idée et cette idée m’a amenée à un thriller plus SF. Mais l’héroïne s’y prête bien. Au départ, je ne pensais pas dériver vers l’anticipation/sf… Créer un roman à part entière… Certes: j’ai d’ailleurs une idée actuellement qui m’obligera à créer un nouvel univers, de nouveaux héros. Mais j’aime les héros récurrents parce que nous nous connaissons bien même s’ils me surprennent toujours. Je suis incapable de les sacrifier : les suicider, les trucider… non. Leurs enquêtes ont un point de départ et une fin mais eux poursuivent leur existence… C’est comme ça. Quant à ma dérive SF, voilà un genre littéraire que j’adore parce qu’il demande une imagination débridée. Par ailleurs, en France, le genre est malheureusement pauvre alors que les lecteurs sont là… Alors, pourquoi ne pas proposer quelque chose qui me colle à la peau, un mix entre thriller policier et SF ? Pour le prochain avec Axelle, peut-être y aura-t-il plus de SF. Pour l’instant, je l’écris. Qui sait où les personnages m’emporteront ?

L : HX13 propose un grand nombre de notes de bas de pages destinées à nous en apprendre plus sur le côté scientifique du texte. En cela on peut qualifier le roman de « Hard Fiction », tant les éléments sont pointus. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche de recherche ? Comment vous y êtes-vous prise ? Avez-vous rencontré des personnes spécifiques pour obtenir ces informations ?
C.B : Je suis persuadée qu’un auteur qui ne se documente pas rate quelque chose. Lorsque j’écris, que ce soit du policier ou de la SF, oui, je me documente à fond. CEA, CNES,… J’ai rencontré un ancien patron de salle de jeu. Je suis allée à Kourou. J’ai été accueilli par un équipage de la compagnie « Le Ponant » qui m’a fait faire une visite très approfondie d’un de leur bâtiment… etc. Tenter de comprendre pour être crédible : voilà un challenge enrichissant, non ?

L :De même, l’intrigue se déroule principalement à Marseille, ce qui est assez rare pour être souligné. Qu’est-ce qui  vous a poussé à localiser les péripéties dans cette ville et pas à Paris ou aux US/UK comme le font beaucoup d’auteurs francophones ?
C.B : Je suis marseillaise… Paris, mes héros y sont déjà allés… Marseille m’a paru plus appropriée notamment pour embarquer mes lecteurs dans un environnement atypique. Et puis, franchement, pourquoi faire comme tout le monde ?

L :Comment élaborez-vous vos romans ? Savez-vous à l’avance où vous voulez aller ou bien laissez-vous le texte prendre ses propres libertés ?
C.B : J’écris au fil de la plume: c’est tellement plus passionnant ! Connaître le dénouement, quel intérêt pour moi… Cela ne me donnerait même plus envie d’écrire ! J’ai besoin de suspense, même dans l’écriture. Ce sont les héros et les événements qui sont aux commandes et c’est très bien comme ça !

L : La suite de cette série connaîtra-t-elle une immersion dans d’autres genres ou va-t-elle définitivement s’orienter vers la SF ? 
C.B : Pour le prochain, je me suis énormément documenté sur la transhumanité. Je crois que ce sera de la SF, oui, tandis que mon héroïne Gwen Saint-Cyrq sera la tête d’affiche de mon univers polar.

L : Les lecteurs aiment beaucoup savoir comment travaillent les auteurs. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos habitudes d’écriture ? Avez-vous une routine, un moment privilégié, une méthode… ?
C.B : J’écris quand j’ai envie. Si j’écris sous la contrainte, c’est forcément mauvais. Mais avant de poser le premier mot, je me documente sur l’univers de départ.
L : Vous êtes très impliquée dans l’association « Chloé des Lys », dont j’ai pu chroniquer de nombreux ouvrages. Quel rôle y tenez-vous ? Le blog principal de cette structure porte d’ailleurs le prénom d’Aloys, est-ce un hasard ?
C.B : Je suis l’une des bénévoles qui font tourner la boutique en aidant, autant que possible, les auteurs. Le blog aloys était à l’origine le mien mais peu à peu, il est devenu celui des auteurs de Chloé des Lys. De temps à autres, j’invite des auteurs hors CDL à présenter leur ouvrage, leur univers. C’est toujours un enrichissement ! Et non, le nom du blog n’est pas un hasard puisque je l’ai créé en même temps que nid de vipères et que je voulais à l’époque un titre qui puisse être le symbole de mon univers…

L :Enfin, que pouvez-vous nous dire sur la suite de vos publications ? Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous ?
C.B : Je travaille sur deux projets (une fois n’est pas coutume) : un SF avec Axelle et un thriller policier avec Gwen. Et puis il y a cette idée qui me tourne dans la tête et qui fait son chemin : un autre univers, d’autres héros, une autre approche… Se renouveler, trouver de nouvelles idées pour surprendre les lecteurs, c’est se mettre en danger également mais c’est le rôle d’un auteur, je crois, de proposer du nouveau, de l’étonnant et de ne pas se cantonner au même univers, à la même écriture. Depuis que j’écris, même si mes héros sont récurrents, je m’efforce de changer d’univers : historique, fantastique, huis-clos, polar, médico-légal… Cette fois, avec HX13, c’est un mix SF/policier. La prochaine fois ? A voir…

Merci pour vos lectures
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Les métamorphoses de Julian Kolovos, de J.P Volpi

les-metamorphoses-de-julian-kolovosLes métamorphoses de Julian Kolovos, de J.P Volpi (one shot, éditions Chloé des Lys)

Julian Kolovos n’est pas très porté « famille », d’autant plus que la sienne est un peu spéciale.
Alors qu’il est convié dans le manoir des Kolovos pour fêter la fin de l’année, une révélation va venir bouleverser sa fête : son père a écrit un testament dont les bénéficiaires ne sont pas ceux qu’il faudrait. Entièrement dédié à sa fille préférée, ce morceau de papier tombé par erreur va être la cause de bien des problèmes.
C’est sûr, il va y avoir de l’ambiance !

J’éprouvais une certaine hâte à commencer ce livre dont la couverture et le titre sont plutôt accrocheurs. Malheureusement, je vous avoue dès le départ que je n’ai pas été séduite par Julian Kolovos, le bel acteur un brin mégalo.
Beaucoup de soucis parsèment ce titre qui semble être le premier d’une série. Le fond et la forme ne vont pas. Je m’explique.
Sur le fond :
Le personnage de Julian Kolovos manque de profondeur et de matière pour convaincre. S’il s’agit de second degré, je ne l’ai pas ressenti. On sait que Julian est acteur, mais sa personnalité a l’air si changeante qu’on peine à s’y attacher. Je n’ai pas su si je devais l’apprécier ou le détester.
De plus, les motivations des personnages sont disproportionnées par rapports aux faits. Pourquoi ne pas discuter avec le père concernant le testament au lieu de tout de suite s’embarquer dans un coup monté destiné à l’assassiner ?
Julian Kolovos a l’air de jouer double jeu mais je n’en étais pas vraiment sûre, à aucun moment on ne nous explique vraiment pourquoi (si c’est le cas) ? Le personnage fou amoureuse de lui a des réactions également disproportionnées, telle une Juliette sans Roméo. Bref, cela manquait de subtilité pour moi.
Côté écriture, nous avons des scènes qui ne servent pas le récit comme le passage de Julian à Marseille avec la petite trisomique, qui est un passage long et lors duquel je me suis demandée où voulait en venir l’auteur, des personnages intrigants qui n’apportent pas non plus au récit comme les différents fantômes… En bref l’ensemble du roman comporte beaucoup d’éléments hétérogènes et facultatifs. Ils n’apportent rien au récit. J’ai eu du mal à définir quel était l’objectif de l’histoire : l’assassinat du père ? Autre chose ? Quoi qu’il en soit l’auteur n’a semble-t-il pas assez insisté sur le but de son roman car je suis passée à travers. Quant au style, il est souvent suranné et lourd, peu enclin à nous plonger au coeur de l’histoire. Là encore j’ai eu du mal à adhérer à l’utilisation parfois abusive de tournures telles que « elle eût pu », il y aurait probablement eu la possibilité de fluidifier l’ensemble.
Sur la forme :
Là encore je n’ai pas bien saisi ce que l’auteur a voulu faire. Le récit est imprimé avec moult phrases en italiques détachées des blocs de texte. Mais pourquoi ? Nous avons tantôt une pensé, tantôt une description type « didascalie », tantôt un élément externe à l’histoire. Je n’ai donc pas compris à quoi servaient ces interventions en italique. Est-ce une pièce de théâtre ? Non puisqu’on est parfois dans la tête du personnage. Les descriptions extraites du corps de texte pour être mises en italiques ne sont pas différentes de celles dans le corps du texte. Là encore ces éléments n’apportent rien à l’histoire.
Ces 258 pages sont pleines d’éléments que l’on aurait aisément pu couper pour alléger e récit et se concentrer sur autre chose.
A noter que je me suis plusieurs fois demandée si le concept du roman n’était pas justement de nous fournir un script de pièce de théâtre absurde et tragi-comique. Car les dialogues, les personnages aux traits de caractères clichés et appuyés, les interventions types « didascalie » m’y ont fait penser. Est-ce que le livre a été écrit dans le but d’une adaptation sur les planches ?
Si ce n’est pas le cas, je ne peux pas dire que le but du roman soit atteint. Et si c’est le cas, alors pourquoi pas ?
Ce qui est dommage avec ce titre, c’est qu’il me paraissait avoir le potentiel dans sa première et sa quatrième de couverture, mais que je n’ai pas retrouvé l’ambiance ni le scénario à l’intérieur. J’avais déjà soulevé les mêmes points dans ma chronique des Contes épouvantables et fables fantastiques, du même auteur. Il semble donc que cela soit propre à son style, et que ce style ne soit pas pour moi.

Pour qui : Les lecteurs avides de lectures originales et conceptuelles.

Les + : De bonnes idées et un style propre à l’auteur.

Les – : Un manque d’homogénéité dans le récit, des éléments qui n’apportent rien à l’histoire, des personnages aux réactions étonnantes et une mise en page déroutante.

Infos pratiques
N° ISBN : 978-2-87459-902-6
Auteur : J. P. VOLPI
Année de parution : Février 2016

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