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Ta mémoire, pareille aux fables incertaines – Christian Eychloma

Ta mémoire, pareille aux fables incertaines, de Christian Eychloma (one shot, éditions Chloé des Lys)

Dans le futur, un vaisseau fait route vers une nouvelle planète afin d’y semer la vie.
Dans le passé, une femme tente d’échapper au destin que lui prédisent voyants et marabouts.
Dans le présent, un homme tente de comprendre comment se tissent les fils du temps.
Et si tous était déjà écrit, quelque part ?

Nouveau titre de l’auteur de Chloé des Lys que je suis depuis longtemps. Jamais déçue jusqu’a présent grâce à des titres de SF forts et intelligents tels que Ainsi soit-il ou Que le Diable nous emporte, ou des titres mêlant SF et histoire comme le coup de coeur Mon Amour à Pompéï, qu’en est-il de ce titre-ci ?
Dès le départ, l’auteur me l’a présenté comme un ouvrage hybride, à la frontière de tout ce qu’il a pu faire jusqu’à présent. J’avais un peu peur de ce que j’allais découvrir, peur de ne pas réussir à me plonger autant dedans que les précédents tomes.
Mais non.
Globalement je trouve que l’ensemble fonctionne un peu moins bien que dans les titres précédents. Peut-être parce que la barre était placée très haute, et aussi parce qu’il est toujours difficile de jouer avec les théories temporelles sans se prendre les pieds dans le tapis.
C’est parce que la théorie des multivers était extrêmement bien amenée dans les romans précédents que j’ai adhéré. Ici, la science n’arrive qu’en dernière partie, un peu comme un cheveu sur la soupe, et de manière trop complexe pour parvenir à me faire adhérer totalement.
J’ai bien compris ce que les personnages essaient de faire, mais ils se perdent soudain en conjectures scientifiques si pointues et sans que je ne m’y attende que j’ai eu un peu de mal à adhérer au propos.
Un peu comme si l’auteur avait en fin de récit voulu le rattacher aux théories temporelles qui lui sont si chères. Je me demande si ce roman était ainsi pensé au départ, car de par sa construction, j’ai eu l’impression d’une succession de revirements scénaristiques qui retombent certes sur leurs pattes à la fin, mais avec les pattes flageolantes. Vous voyez ?
Nous avons en effet au départ deux dimensions qui cohabitent : nous suivons tantôt une famille dans le futur, tantôt une autre dans le passé.
Puis la famille du passé prend le dessus alors que l’on s’attendait à un nouvel ouvrage SF. Ensuite est amené une histoire de prophétie chamanique dont l’auteur n’est pas coutumier, avant de finir en théorie scientifique pointue. Cela fait beaucoup.
Bien que tout se tienne, je suis quand même restée un peu sur ma faim, que ce soit vis-à-vis de la famille du passé, mais surtout celle du futur. L’auteur a commencé à nous dépeindre un univers, des enjeux, des péripéties… sans aller au bout. J’aurais tellement aimé aller plus loin !
Néanmoins, le style est toujours aussi prenant, aussi fluide, j’ai dévoré l’ouvrage en très peu de temps. Il n’est pas très épais (278 pages) mais se lit bien. Le suspense est présent puisque l’auteur ne relie pas tous les fils entre eux avant la dernière partie du livre. Si bien que pendant longtemps je me demandais ce qui pouvait unir toutes les parties.
J’ai même commencé à m’inquiéter un peu, mais non. Tout se tient, tout est lié. L’histoire ne révèle son sens qu’en dernière partie d’ouvrage. Accrochez-vous le temps de passer les quelques turbulences techniques, ensuite le soleil d’une bonne découverte éblouira le lecteur que vous êtes.
J’ai une nouvelle fois été transportée par cette lecture. Elle n’est peut-être pas aussi bouleversante que d’autres du même auteur, mais on y retrouve quand même ce qui fait la particularité de l’auteur. En tout cas, pour ma part, j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Christian Eychloma et qui me donne envie de suivre sa plume depuis le début.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les histoires où plusieurs destins s’entrecroisent, les livres de SF aux théories qui font réfléchir.

Les + : On voyage, on découvre, on lit un texte intelligent qui nous fait voir le monde sous d’autres angles et élaborer des théories originales. Les personnages sont attachants, leurs histoires aussi. Et comme toujours c’est bien écrit !

Les – : La partie scientifique est amenée de manière un peu trop rapide et brutale en fin d’ouvrage, l’ensemble est lié mais un peu faiblement.

Infos pratiques
Editeur : Chloe des Lys (17 janvier 2019)
ISBN-10: 239018054X
ISBN-13: 978-2390180548

Interview de Christine Brunet

A l’occasion de ma chronique de HX13, et parce que j’avais déjà eu l’occasion de la rencontrer et de la lire sans jamais aller au-delà, j’ai enfin pris le temps d’interviewer Christine Brunet.
Il faut dire que nos échanges à la suite de ma chronique d’HX13 ont éveillé ma curiosité sur la réalisation de cet ouvrage singulier dans le parcours de l’autrice et de ses écrits.
Interview réalisée en décembre 2017
Limaginaria :Bonjour Christine, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?
Christine Brunet : J’habite à Marseille. Mon premier thriller, Nid de vipères, a été édité en 2011 aux Editions Chloé des Lys, un mois avant Dégâts Collatéraux édité lui chez De Pierregord, un éditeur aujourd’hui disparu. Depuis, j’ai édité Le Dragon bleu (aujourd’hui repris avec Dégâts collatéraux aux Editions Chloé des Lys), E16, Non nobis domine, Poker menteur, Convergences, Vénus en Ré et HX13. Je suis l’une des responsables des Editions Chloé des Lys. Je présente également l’émission actu-tv.net (une web tv mensuelle), je suis à la barre d’une revue littéraires sponsorisée par Chloé des Lys « Les petits papiers de Chloé » et j’administre un blog, aloys.me. Bien entendu, j’ai un site auteur (christine-brunet.com). Au-delà de cela, je voyage énormément.
L :Vous écrivez depuis longtemps et j’ai pu vous découvrir à travers votre roman « Nid de Vipères« , en 2014. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et vos publications ?
C.B : Un parcours littéraire et linguistique qui fait sans doute que j’ai tenté l’écriture et l’édition. J’ai commencé à écrire de la pure SF, jamais éditée, puis je me suis tournée vers le thriller avant de revenir, avec HX13, sur la pointe des pieds, à mon premier univers.
L : Nid de Vipères est un polar possédant une pointe de fantastique, tandis que HX13, pouvant être considéré comme une suite, est beaucoup plus orienté SF. Pourquoi ce choix ?
C.B : HX13 n’est pas la suite de Nid de vipères ! Ce thriller est le 7e qui reprend mes héros, Axelle de Montfermy et Sheridan alors que Nid de vipères était le premier ! S’il devait être la suite de l’un de ma série, ce serait Poker menteur. Pourtant, la fin de ce dernier ne laissait pas présager de suite. J’avais décidé de tourner la page avec une autre héroïne, une légiste, Gwen Saint-Cyrq. Mes lecteurs m’ont redemandé Axelle… J’ai accepté avec plaisir de créer une autre aventure à sa mesure mais qui peut être lue de façon indépendante comme tous mes romans. Bien sûr, les héros sont récurrents… Ils vieillissent, évoluent mais beaucoup de lecteurs commencent par l’un ou l’autre de la série avant d’en choisir un autre qu’il ait été publié avant ou après. D’autres préfèrent suivre les enquêtes de façon chronologique… A chacun son approche.
L : Les ouvrages que j’ai pu lire racontent la vie d’Aloys Seigner, un personnage qui semble vous tenir à coeur. Comment est-elle née ?

C.B : C’est, en effet, un personnage que j’aime parce qu’il est humain. Mais j’aime tous mes personnages ! Aloys est née comme ça… Elle a pris de la place sans que j’y prenne garde, elle a grandi, évolué… Qui sait jusqu’où elle m’entraînera ?

L : Dans nos échanges, vous avez explicité le fait qu’HX13 ne soit pas réellement une suite de Nid de Vipères alors qu’il présente pourtant les mêmes personnages. Pourquoi avoir choisi de prendre un  virage radicalement différent dans le genre de l’histoire au lieu de créer un nouveau roman a part entière ? Et pourquoi la SF ?
C.B : Mes lecteurs voulaient retrouver Aloys/Axelle. Je suis partie sur une idée et cette idée m’a amenée à un thriller plus SF. Mais l’héroïne s’y prête bien. Au départ, je ne pensais pas dériver vers l’anticipation/sf… Créer un roman à part entière… Certes: j’ai d’ailleurs une idée actuellement qui m’obligera à créer un nouvel univers, de nouveaux héros. Mais j’aime les héros récurrents parce que nous nous connaissons bien même s’ils me surprennent toujours. Je suis incapable de les sacrifier : les suicider, les trucider… non. Leurs enquêtes ont un point de départ et une fin mais eux poursuivent leur existence… C’est comme ça. Quant à ma dérive SF, voilà un genre littéraire que j’adore parce qu’il demande une imagination débridée. Par ailleurs, en France, le genre est malheureusement pauvre alors que les lecteurs sont là… Alors, pourquoi ne pas proposer quelque chose qui me colle à la peau, un mix entre thriller policier et SF ? Pour le prochain avec Axelle, peut-être y aura-t-il plus de SF. Pour l’instant, je l’écris. Qui sait où les personnages m’emporteront ?

L : HX13 propose un grand nombre de notes de bas de pages destinées à nous en apprendre plus sur le côté scientifique du texte. En cela on peut qualifier le roman de « Hard Fiction », tant les éléments sont pointus. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche de recherche ? Comment vous y êtes-vous prise ? Avez-vous rencontré des personnes spécifiques pour obtenir ces informations ?
C.B : Je suis persuadée qu’un auteur qui ne se documente pas rate quelque chose. Lorsque j’écris, que ce soit du policier ou de la SF, oui, je me documente à fond. CEA, CNES,… J’ai rencontré un ancien patron de salle de jeu. Je suis allée à Kourou. J’ai été accueilli par un équipage de la compagnie « Le Ponant » qui m’a fait faire une visite très approfondie d’un de leur bâtiment… etc. Tenter de comprendre pour être crédible : voilà un challenge enrichissant, non ?

L :De même, l’intrigue se déroule principalement à Marseille, ce qui est assez rare pour être souligné. Qu’est-ce qui  vous a poussé à localiser les péripéties dans cette ville et pas à Paris ou aux US/UK comme le font beaucoup d’auteurs francophones ?
C.B : Je suis marseillaise… Paris, mes héros y sont déjà allés… Marseille m’a paru plus appropriée notamment pour embarquer mes lecteurs dans un environnement atypique. Et puis, franchement, pourquoi faire comme tout le monde ?

L :Comment élaborez-vous vos romans ? Savez-vous à l’avance où vous voulez aller ou bien laissez-vous le texte prendre ses propres libertés ?
C.B : J’écris au fil de la plume: c’est tellement plus passionnant ! Connaître le dénouement, quel intérêt pour moi… Cela ne me donnerait même plus envie d’écrire ! J’ai besoin de suspense, même dans l’écriture. Ce sont les héros et les événements qui sont aux commandes et c’est très bien comme ça !

L : La suite de cette série connaîtra-t-elle une immersion dans d’autres genres ou va-t-elle définitivement s’orienter vers la SF ? 
C.B : Pour le prochain, je me suis énormément documenté sur la transhumanité. Je crois que ce sera de la SF, oui, tandis que mon héroïne Gwen Saint-Cyrq sera la tête d’affiche de mon univers polar.

L : Les lecteurs aiment beaucoup savoir comment travaillent les auteurs. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos habitudes d’écriture ? Avez-vous une routine, un moment privilégié, une méthode… ?
C.B : J’écris quand j’ai envie. Si j’écris sous la contrainte, c’est forcément mauvais. Mais avant de poser le premier mot, je me documente sur l’univers de départ.
L : Vous êtes très impliquée dans l’association « Chloé des Lys », dont j’ai pu chroniquer de nombreux ouvrages. Quel rôle y tenez-vous ? Le blog principal de cette structure porte d’ailleurs le prénom d’Aloys, est-ce un hasard ?
C.B : Je suis l’une des bénévoles qui font tourner la boutique en aidant, autant que possible, les auteurs. Le blog aloys était à l’origine le mien mais peu à peu, il est devenu celui des auteurs de Chloé des Lys. De temps à autres, j’invite des auteurs hors CDL à présenter leur ouvrage, leur univers. C’est toujours un enrichissement ! Et non, le nom du blog n’est pas un hasard puisque je l’ai créé en même temps que nid de vipères et que je voulais à l’époque un titre qui puisse être le symbole de mon univers…

L :Enfin, que pouvez-vous nous dire sur la suite de vos publications ? Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous ?
C.B : Je travaille sur deux projets (une fois n’est pas coutume) : un SF avec Axelle et un thriller policier avec Gwen. Et puis il y a cette idée qui me tourne dans la tête et qui fait son chemin : un autre univers, d’autres héros, une autre approche… Se renouveler, trouver de nouvelles idées pour surprendre les lecteurs, c’est se mettre en danger également mais c’est le rôle d’un auteur, je crois, de proposer du nouveau, de l’étonnant et de ne pas se cantonner au même univers, à la même écriture. Depuis que j’écris, même si mes héros sont récurrents, je m’efforce de changer d’univers : historique, fantastique, huis-clos, polar, médico-légal… Cette fois, avec HX13, c’est un mix SF/policier. La prochaine fois ? A voir…

Merci pour vos lectures
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